| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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PREFACE
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lorsque se sont développées économie mathématique et recherche opérationnelle, la théorie de la décision est devenue un chapitre central des sciences sociales. Son objet ? Tenter de répondre à la question : comment un individu choisit-il ou doit-il choisir entre diverses possibilités en fonction de ses intérêts propres ou de ceux de l’entité à laquelle il se réfère ? Ce champ s’est révélé plus riche que ne l’envisageaient les premiers explorateurs. Il est aujourd’hui, sinon défriché, du moins bien quadrillé. Pourtant, il apparaît désormais que l’attention - légitime - qu’il a retenue a occulté un problème plus vaste, celui de l’action. En effet, faire aboutir un projet ne consiste pas à prendre une unique décision, mais à mener une action enchaînant des décisions successives jusqu’à l’aboutissement éventuel de l’intention initiale. Dans de nombreux cas d’ailleurs, une décision n’a de sens que par rapport à l’action dans laquelle elle s’insère. Tout dirigeant connaît l’immense fossé qui sépare souvent la décision de principe et l’exécution. "Penser l’action", tel est l’objectif de recherche que s’est donné Anne Marchais-Roubelat, car les concepts de la théorie de la décision ne permettent pas une description pertinente du processus complexe qui va de l’amorce d’une action à son accomplissement terminal. Pour dégager ces concepts, Anne Marchais-Roubelat s’est appuyée sur l’analyse de quatre cas pour lesquels existe une abondante documentation. Ces cas diffèrent par la période (de la fin du XVIIIe siècle à nos jours), par le domaine (deux relèvent de la conduite de la guerre et deux de la poursuite de projets industriels), par la situation des décideurs (dans le premier, un homme seul conduit l’action ; dans le second, l’acteur principal doit prendre en compte de multiples contraintes ; dans les deux derniers, les acteurs sont multiples). Il s’agit de la campagne d’Italie de 1796, du début de la guerre de 1914 sur le front occidental, du lancement du projet de l’avion supersonique Concorde, de la mise en place du programme électronucléaire français. On ne peut guère imaginer exemples plus différents. Et pourtant, de leur étude, Anne Marchais-Roubelat a dégagé une batterie unique de concepts qui rendent possible une description cohérente de ces diverses séquences. Ces concepts sont exposés dans le premier chapitre de ce livre dont la lecture requiert naturellement quelque attention. L’effort en vaut la peine. Viennent ensuite les quatre chapitres présentant les cas concrets. Ce livre est un point de départ. Anne Marchais-Roubelat fait œuvre de pionnière, dans un domaine qui a peu fait l’objet de conceptualisations. Ses propositions intéresseront certainement un large éventail de lecteurs, des dirigeants industriels aux consultants en stratégies, des enseignants de gestion aux historiens, des hauts fonctionnaires aux militaires, des économistes aux sociologues. Les uns y trouveront des éléments les aidant à mieux percevoir leur démarche professionnelle, d’autres y découvriront l’amorce d’une théorie de l’action susceptible de les accompagner dans leurs recherches en sciences sociales. Aucun d’eux ne devrait rester indifférent au contenu de cet ouvrage. Jacques Lesourne
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