| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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INTRODUCTIONDepuis la Deuxième Guerre mondiale les théories de la décision ont connu un extraordinaire développement, fédérant les recherches de nombreux domaines scientifiques sur la problématique des choix entre différentes options dans des situations extrêmement variées. À y regarder de près cependant, une décision, qu’elle concerne un choix politique, une stratégie militaire ou encore la stratégie d’une entreprise, s’intègre dans un processus d’action complexe où le choix final est le fruit de négociations partielles, ponctuées de décisions intermédiaires. Les acteurs participent souvent épisodiquement au processus, au cours duquel les relations de pouvoir se modifient ou s’inversent, au point parfois de remettre en cause la décision ou sa mise en œuvre. Aussi ce livre, qui a pour objectif de contribuer à l’analyse théorique des processus d’actions complexes, définit-il un système de concepts adapté à la description opérationnelle de processus d’actions. Ce système demandera de la part du lecteur une certaine bienveillance pour assimiler la quarantaine de concepts qui le composent et auxquels le lecteur pourra se reporter dans le glossaire figurant en annexe. Un tel nombre peut surprendre ; pourtant il n’existe aucune redondance entre les concepts et tous sont nécessaires, comme le montreront les études de cas. Pour modéliser les processus d’actions et notamment dissocier les intentions implicites des acteurs de leurs justifications explicites et des conséquences de leurs actes au cours du temps, ces concepts introduisent, en effet, des distinctions qui n’existent pas dans la littérature sur la décision. La deuxième difficulté réside dans l’utilisation de termes courants ou dont les consonances sont similaires. Certains de ces termes ont déjà, dans plusieurs domaines de recherches comme la théorie de la décision, la théorie des jeux, la stratégie militaire, les sciences de gestion, la psychologie et la sociologie des organisations, des sens plus ou moins proches de ceux qui seront définis ici. Cet ouvrage propose au lecteur de considérer l’ensemble des définitions comme un tout dont il pourra vérifier la cohérence. Sans chercher à comparer les définitions aux différentes acceptions déjà existantes, il s’agit d’accepter le système de concepts comme seule référence et d’en tester l’opérationalité. Pour illustrer l’opérationalité des concepts, quatre cas, volontairement fort différents, ont été choisis. Les deux premiers sont militaires. L’un illustre une conquête ; il s’agit du début de la campagne de 1796 en Italie jusqu’à la prise de Milan. Le deuxième se déroule dans un tout autre contexte ; c’est la préparation de la bataille de la Marne par Joffre. Le choix d’exemples militaires est justifié à double titre : d’une part, pour la clarté de la présentation car les actions sont particulièrement bien discernables et les concepts facilement applicables ; d’autre part, parce que le stratège militaire est directement confronté au problème qui consiste à allier son modèle de l’action avec la conduite des opérations. Les deux autres cas sont industriels. On abordera à cette occasion l’évolution des interrelations entre des acteurs à travers la décision de construire le Concorde, puis les débuts de l’électronucléaire en France jusqu’au changement de filière nucléaire à la fin des années 60. En raison de leur ampleur, ces cas font intervenir des acteurs politiques et, plus ou moins marginalement, des considérations militaires. Néanmoins le lecteur y trouvera principalement des problématiques et des modalités de mise en œuvre propres au management des organisations. Le premier chapitre définit l’ensemble des concepts à la manière d’un mode d’emploi. Cette présentation, qui a l’inconvénient de rendre la lecture un peu ardue, permet néanmoins de faire clairement apparaître l’organisation logique du système conceptuel. Pour en faciliter l’utilisation, le lecteur trouvera un glossaire en annexe. La campagne de Bonaparte en Italie (chapitre II) introduira les concepts de base du système : ceux concernant l’action comme processus (notamment la phase et la règle) et ceux concernant plus particulièrement la stratégie et la tactique, ainsi que la notion d’effet. La deuxième étude de cas (chapitre III) portera sur une période de trois ans, de la nomination du général Joffre à la tête de l’armée française à la bataille de la Marne. Elle reprendra la démarche adoptée dans le premier cas et les mêmes concepts, mais insistera sur les notions concernant le fonctionnement interne des acteurs et leurs interrelations (procédure, coalition, institution, décision collective, décideur, négociation). L’originalité et l’utilité de la notion de décision, telle qu’on la définit dans le cadre de l’action, apparaissent particulièrement bien dans le troisième cas : la décision de construire le Concorde (chapitre IV). L’analyse de l’enchaînement des décisions et de leur mise en œuvre permettra d’insister plus particulièrement sur les notions d’actation et d’actuation. L’analyse des débuts de l’électronucléaire en France (chapitre V) combinera les apports théoriques des trois cas précédents en faisant appel aux notions de stratégie et de tactique au cours d’un processus en partie orienté par la volonté d’hommes (agents) qui œuvrent au nom d’acteurs et pour lesquels le virtuel et le réel s’imbriquent systématiquement dans un environnement où les espaces d’évaluation, les dimensions d’évaluation et les critères sont modifiés au cours du temps.
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