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(Institut de stratégie comparée en collaboration avec l’Institut d’histoire des Conflits contemporains)
 

Yves SALKIN

 

COLLET AU GALOP DES TCHERKESSES

1999

résumé - table des matières - avant propos

 

 

Résumé

La fascinante personnalité du général Collet a marqué de son empreinte une génération de cavaliers de légende d’entre les deux guerres en Syrie. Le commandant des Tcherkesses a récolté de multiples décorations, il est devenu Compagnon de la Libération. Il s’est fait aussi connaître par des missions délicates dans le sandjak d’Alexandrette, dans la région de Meknès et dans celle de Toulouse.

 

Officier de cavalerie, docteur en histoire, habilité, le général Salkin a été attiré très tôt par l’étude des conflits du Maghreb et du Proche-Orient. Il a écrit une Histoire des goums marocains, unités où il a eu l’occasion de servir au Maroc et en Indochine.

Table des matières

Avant-propos

Chapitre I - La Première Guerre mondiale (1915-1918)

Chapitre II - Dans la Syrie turbulente (1919-1927)

Chapitre III - Dans la Syrie pacifiée (1927-1939)

Chapitre IV - Dans les remous de la Seconde Guerre
mondiale (1939-1941) *

Chapitre V - En Syrie avec la France libre (1941-1943)

Chapitre VI - Chef de région à Meknès (1943-1944)

Chapitre VII - Commandant de la région militaire à
Toulouse (1944-1945)

Conclusion

Liste des annexes

Liste des cartes

Liste des principaux sigles

Sources et bibliographie

Index des unités

Index

 

AVANT-PROPOS

Quand il m’a été demandé d’écrire une biographie du général Collet (1896-1945), j’ai éprouvé deux sortes de réactions. j’ai été heureux à l’idée de mieux découvrir le cavalier de légende et d’approfondir la connaissance des milieux dans lesquels il a évolué. Milieux où j’ai eu la chance de servir moi-même, dans la France de la Libération comme "maquisard", au Maroc comme officier d’affaires indigènes et au Proche-Orient comme chef de mission militaire. Mais j’ai ressenti une certaine inquiétude à propos des sources. M’apporteraient-elles des richesses ou des faiblesses ? Effectivement, une première approche du sujet m’a mis en éveil sur les lacunes de certains fonds d’archives.

Ma problématique s’est orientée selon quatre voies. Collet n’a-t-il été qu’un sabreur comme ont semblé l’indiquer les images d’Épinal d’avant-guerre ou a-t-il été un autre personnage ? Quelle a été son attitude devant le phénomène gaulliste qui a touché le Proche-Orient à compter de juin 1940 ? Lors de sa fin de parcours, s’est-il trouvé aux prises avec les grands problèmes qui ont affecté nos théâtres d’opérations et la renaissance de l’armée française ? Anne Collet, épouse du général et romancière anglaise, a-t-elle joué un rôle important auprès de son mari ? Tels sont les phares brillants ou simplement scintillants qui ont guidé les diverses étapes de mon enquête.

Ma méthode de travail a consisté pour chaque période et pour chaque théâtre d’opérations à définir la position de Collet, ses missions, ses initiatives, ses échecs, ses succès. Mais c’est sur le plan des sources que j’ai éprouvé des difficultés. j’ai été satisfait au Service historique de l’armée de terre (SHAT), à la Bibliothèque nationale de Paris et à son annexe de Versailles ainsi qu’à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC). j’ai été moins heureux au Quai d’Orsay, au Centre d’archives et de documentation de Nantes, au Centre des archives d’outre-mer à Aix-en-Provence, à l’Académie des sciences d’outre-mer et au Centre des hautes études sur l’Afrique et l’Asie modernes. Il convient aussi de préciser que Collet, plus homme d’action que de réflexion, n’a pratiquement pas écrit au cours de sa carrière. Pour compenser le vide des lacunes rencontrées, j’ai accordé une grande importance à la peinture des milieux dont a été entouré Collet et au rappel des grands événements qui l’ont approché au fil du temps.

Ma plus grande désillusion a été le manque d’informations sur la jeunesse et l’adolescence de Collet. Il y a, bien sûr, les données majeures mais brèves de l’état civil. Philibert Collet est né le 12 décembre 1896 à Sidi-bel-Abbès, département d’Oran, faubourg de Gambetta. Il est le fils de Joseph, Jean et de Dolorès Engracia Hurtado. Il y a aussi des éléments à recueillir dans les livres d’Anne Collet, notamment dans Collet des Tcherkess.

À défaut de renseignement précis, un regard sur l’Algérie de la fin du xixe siècle ne paraît pas inutile : c’est une notion de flou qui domine. Les secteurs de chaque type d’administration ont pourtant été délimités entre les communes de plein exercice (si la population européenne est assez nombreuse), les communes mixtes (si ce n’est pas le cas) et les territoires du Sud gérés par les bureaux arabes. jusqu’en 1896, subsistera même un système de rattachement aux ministères parisiens. Mais il y a de mauvaises habitudes qui paralysent en partie l’administration du pays.

Dans son ouvrage sur l’Algérie, publié aux éditions Rothschild en 1894, Henri Pensa se montre très sévère et insiste sur les périodes d’hésitation et de tâtonnements qu’a connues ce territoire, qui ont entraîné des flots de "législation et de réglementation, différentes successivement excellentes et détestables". L’auteur estime que des graves questions de politique et d’administration doivent être résolues. Sombre pressentiment qui devait se prolonger, chez de nombreux observateurs, au cours des décennies suivantes.

Pour nos hommes de lettres épris de voyages, les jugements sont durs. "L’Algérie, dit Théophile Gautier, est un pays superbe où il n’y a que les Français de trop", tandis qu’Alphonse Daudet est gêné par l’odeur d’absinthe qui flotte sur les villes européennes. Quant à Guy de Maupassant, il a donné une peinture terrible de la société algérienne : "Il y a actuellement sur les murs d’Alger une nuée de petits mesquines à peu près nus".

Après la défaite de 1870, les civils prennent leur revanche. Le ministre de la justice, chargé des affaires algériennes, fait donner la naturalisation française aux juifs d’Algérie (33 000 cas) et supprimer le régime militaire.

Quatre groupes de pression se font alors sentir :

  1. les Européens, satisfaits de disposer d’une administration civile,
  2. les militaires, repliés dans leurs tours d’ivoire,
  3. les juifs, avantagés par l’option Crémieux,
  4. les musulmans, prêts à en découdre en cas de révolte contre le pouvoir central.

Cette fin de siècle est intéressante : en août 1898, des décrets annoncent l’autonomie administrative et financière ainsi que l’élection d’une assemblée coloniale. Il faudra attendre Ain-Sefra en 1903 pour apprécier de nouveau le souffle créateur d’un militaire.

Dans le domaine du maintien de l’ordre, le calme règne. La révolte du Constantinois de mai 1871 reste un souvenir tandis qu’une crise va affecter la colonie juive à la suite de l’affaire Dreyfus de 1898. Sur le plan militaire, l’Oranie est un rassemblement de garnisons. En 1895, l’organigramme de la région est le suivant :

un général à Oran, commandant la 2e brigade d’infanterie composée du 2e zouaves (Oran) et du 2e tirailleurs (Mostaganem),
un général à Sidi-bel-Abbès, commandant la brigade de légion composée du 1er régiment étranger (Sidi-bel-Abbès) et du 2e régiment étranger (Saïda).

D’aucuns voient dans ce quadrillage de garnisons l’héritage de la lutte opiniâtre entre Bugeaud et Abd el-Kader.

Sidi-bel-Abbès est la petite ville type Algérie. On y trouve tous les rouages de l’administration : postes, trésor, gendarmerie, police ainsi qu’un indispensable kiosque à musique. Mais elle est surtout une ville de garnison. Sous les ordres d’un général, on trouve le 1er régiment étranger, le creuset de la légion. Arrivées d’Europe, les recrues passent obligatoirement par ce "moule". Elles y reçoivent l’instruction individuelle. Quant à l’instruction collective, elle se pratique dans les hauts plateaux de Saïda.

À Sidi-bel-Abbès, la vie se déroule assez monotone. Pour se distraire, les jeunes légionnaires se promènent le dimanche dans les jardins de la ville. Ils ont le droit de s’écarter de 7 kilomètres du centre de la cité. Là, ils peuvent se désaltérer avec du vin frais. Mais ils doivent se méfier de l’ambiance du village nègre et de ses charmes où des patrouilles viennent souvent mettre de l’ordre. Véritable tour de Babel, on y parle toutes les langues.

Ce regard sur l’Algérie n’avait pour but que de montrer cette partie de la France d’outre-mer, à la fin du siècle dernier, calme mais non sans problèmes. La population chrétienne, surtout dans les campagnes, vivait en symbiose avec la population musulmane. Très proche de l’armée, elle était une pépinière de militaires d’active.

Pour avoir un éclairage sur la famille et la propriété des Collet, il faut se reporter au témoignage d’Anne qui figure dans ses deux livres encore intéressants malgré son ton exalté et ses erreurs de calendrier. Signalons pour commencer le trait d’humour qui apparaît dans l’ouvrage Collet des Tcherkess. Interrogeant son mari sur l’origine de son prénom si original : "Qu’a donc pensé votre mère en vous appelant Philibert ?", et d’ajouter : "Je vous appellerai Bobby".

Elle donne un court portrait de son époux alors qu’ils sont sur le bateau, les ramenant de Douvres à Calais, à l’issue de leur mariage religieux en 1929 : "Il ne paraissait pas un très vieux monsieur malgré ses vingt-huit ans… solidement bâti, brun, une petite moustache coupée court ; l’habitude du commandement perçait dans toute son attitude. Il paraissait bien ce qu’il était : un officier de cavalerie1. Ses yeux grands et clairs, profondément logés sous d’épais sourcils, avaient un regard droit. Une expression dure passait parfois sur son visage, mais si fugitive qu’en un instant elle faisait de nouveau place à la tendresse".

Elle obtient enfin quelques renseignements sur sa belle-famille après que son époux lui a déclaré n’avoir jamais été petit garçon : "Mes parents étaient des gens simples. Mon père, colon en Algérie, vivait uniquement pour la terre. Toujours, il essayait de m’intéresser aux merveilles qu’il cultivait. Je lui disais que seule l’armée m’attirait. Pourtant, quand il comprit que rien ne pourrait m’empêcher d’être soldat, il promit de m’envoyer à l’école militaire. La guerre de 1914 éclata. J’attendis d’avoir seize ans et, imitant la signature de mon père, je m’engageai. On me nomma aspirant"2.

C’est dans son ouvrage The road to deliverance Damascus-jerusalem3 qu’Anne Collet décrit son odyssée syrienne et parle des siens. Une permission en Algérie où elle accompagne son mari lui donne l’occasion de se pénétrer du milieu dans lequel Philibert a grandi. Celui-ci lui présente son père qui gère une petite propriété, sa mère qu’il appelle "Mamma" et qu’il respecte avec beaucoup d’égards et sa sœur Berta, épouse d’un beau-frère qui devait mourir au combat quelques années plus tard. Le petit neveu, qui porte le même prénom de Philibert, nourrit une admiration sans bornes pour son oncle guerrier qui consent à lui raconter des histoires recueillies dans ce pays merveilleux qu’est la Syrie. D’après la romancière, les parents Collet ont disparu en juillet 1940 à Mers el-Kébir4.

Malgré la rareté des documents concernant la jeunesse de l’officier tcherkesse, on peut aisément imaginer quel fut le genre de vie du jeune Philibert dans le bled de ses parents proche de Sidi-bel-Abbès. Une éducation très libre, une vie saine à la campagne avec des compagnons de son âge toujours prêts à sauter à cheval ou à courir par monts et par vaux ; une fréquentation de jeunes Français, d’Espagnols et de Nord-Africains ; d’où sa connaissance de l’arabe et son intérêt pour l’espagnol.

Quant à la vie militaire, il devait y participer indirectement pendant les fêtes du type Camerone5 ou lors des retours d’exercice quand les hommes remontaient leur sac pour faire une entrée triomphale dans leur ville de garnison. Légionnaires accompagnés parfois de tirailleurs et de zouaves voire de chasseurs d’Afrique et de spahis.

Un jeune homme sportif, sain, courageux, élevé dans une de ces familles traditionnelles de la campagne algérienne, volontaire pour prendre part au grand affrontement de la guerre mondiale ! Voilà comment pouvait se présenter Philibert Collet le 4 janvier 1915 au Service du recrutement d’Oran.

*
* *

Qu’il me soit permis de remercier les hautes autorités qui m’ont fait part de leurs témoignages sur Collet et sur ses environnements :

pour le Levant : les généraux Rondot, Marzloff, Buis, Oddo et M. Pierre Cristofini,
pour le Maroc : le général Lecomte,
pour la France à la Libération : le général Redon.
Que ma reconnaissance aille, enfin, à mes deux amis, le professeur André Martel et le général Jean Delmas, qui ont eu la patience de me maintenir sur mes rails et de m’encourager.

 

 

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