| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Le désarmement naval - (9) Le protocole de limitation des armements navals entre la Grèce et la Turquie du 30 octobre 1930 Grâce à la science de Madame Geneviève Salkin, j’ai pu accéder in extremis aux rapports de l’attaché naval français en Grèce513 qui présentent ce protocole de 1930 que personne n’a jamais étudié. Ce protocole répond à la volonté du Président du Conseil grec, Venizelos, de mettre un terme à la tension entre les deux pays, souvenir des événements tragiques des années 20. Ses efforts aboutissent à la signature, le 30 octobre 1930, à Angora, d’un pacte d’amitié et d’arbitrage et d’un protocole de limitation des armements navals. Pressé d’aboutir, il a écarté toute discussion d’experts pour se contenter d’un accord de principe, qui n’entre pas dans les détails. L’objectif initial était de consacrer le principe de la parité, mais celui-ci pose de tels problèmes de définition qu’il est écarté au profit d’une formule beaucoup plus souple : les deux parties s’engagent à "marcher de pair dans la voie de la limitation parallèle de leurs forces respectives en tenant compte des conditions particulières à chacune d’elles". Dans ce but, elles "s’engagent à ne procéder à aucune commande, acquisition ou construction d’unités de guerre ou de leurs armements sans aviser au préalable l’autre partie contractante au moins six mois à l’avance, afin que l’occasion soit ainsi fournie aux deux gouvernements de prévenir éventuellement la course aux armements navals, au moyen d’un échange amical de vues et d’explications de part et d’autres dans un esprit de parfaite sincérité". L’accord est conclu pour sept ans. L’attaché naval français estime que "le protocole est actuellement à l’avantage de la Turquie qui vient de commander deux nouveaux sous-marins. Si l’Amirauté hellénique veut agir de même, elle devra prévenir Angora, qui sera en droit de se référer au protocole pour demander à M. Venizelos de donner l’exemple de la modération dans les armements". La Grèce pourrait tenter de sortir de ce piège en commandant immédiatement deux sous-marins et l’attaché naval signale des rumeurs en ce sens. Mais Venizelos tient au rapprochement avec la Turquie. Il renonce à cette acquisition et décide de ne pas remplacer les cuirassés Lemnos et Kilkis qui sont désarmés. Lors du débat de ratification au Parlement, l’opposition critique vivement le protocole, avec les arguments que l’on retrouve dans tous ces débats : Venizelos est accusé d’avoir accepté un pacte léonin, d’avoir sacrifié la souveraineté de la Grèce, d’avoir renoncé à toute acquisition de navires pendant la durée de l’accord… Un opposant condamne l’idée de parité pour des raisons géostratégiques : les bases turques de Nagara et de Smyrne sont à l’abri d’une attaque navale alors que les bases grecques d’Athènes et de Salonique sont exposées, la Turquie ne dépend pas autant que la Grèce de la mer pour son commerce… Fort d’une solide majorité, Venizelos obtient cependant la ratification le 21 décembre 1930. Les rapports de l’attaché naval ne contiennent aucun renseignement sur l’accord soviéto-turc de 1931. ________ Notes: Comptes rendus de renseignement, SHM, BB7 147.
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