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La géopolitique américaine

Les origines et le développement de la géopolitique américaine demanderaient une étude à eux seuls; mais cet article serait incomplet s'il ne fournissait au moins une esquisse des sources principales et des tendances de cette école, ainsi qu'une bibliographie de base pour qui voudrait pousser plus loin les recherches. Au reste, ce que nous allons dire de la géopolitique américaine s'applique aussi dans une large mesure aux géopolitiques d'autres pays.

On peut grossièrement distinguer trois types de travaux qui ont contribué à fonder la géopolitique américaine et à en influencer le développement : les travaux stratégiques , les travaux géo-historiques 87 et les travaux de géographie politique . Chacune de ces trois branches s'est développée sans chercher essentiellement ou consciemment à se constituer en géopolitique, mais s'est plutôt attaquée à certains problèmes extérieurs à l'orbite des sciences politiques. Les divers matériaux et idées géographiques qu'elles ont rassemblés n'ont jamais fait l'objet d'un inventaire systématique et d'une synthèse méthodologique -si tant est qu'elle soit possible-, de sorte qu'il est quelque peu abusif de parler d'une école géopolitique américaine.

Des trois branches, celle des travaux stratégiques est la plus clairement politique, même s'il s'agit d'un type très particulier de politique, à savoir les affaires étrangères et tout spécialement ce qu'on a appelé la "politique de la puissance" (Power Politics). D'où l'association courante, voire l'assimilation de la géopolitique et de la géostratégie, qui évoque la guerre, ou pire, sa préparation et sa recherche délibérée. Les écrits stratégiques sont aussi ceux qui ont influencé le plus prématurément la géopolitique américaine, dont ils marquent peut-être le commencement; mais ils se caractérisent par un manque d'unité méthodologique sans équivalent dans toute la littérature géopolitique. Leur genèse s'enracine dans l'idéologie de la New Manifest Destiny -tout particulièrement dans l'œuvre de l'amiral Alfred Thayer Mahan.88 Homer Lea, le général William "Billy" Mitchell, Nicholas Spykman, George T. Renner et Alexander P. de Seversky peuvent être considérés comme les continuateurs de cette tradition, même si certains d'entre eux doivent peut-être plus à la Geopolitik qu'à Mahan.89 A l'instar de Mahan, tous plaident pour une politique et une stratégie qu'ils estiment indispensables compte tenu des données géographiques, du contexte international et de l'évolution des technologies militaires.90

Harold H. Sprout, autre disciple de Mahan et spécialiste de la puissance maritime, est le seul politologue américain à montrer un intérêt soutenu pour les questions géopolitiques; il traite lui aussi de l'impact des facteurs géographiques sur les capacités de puissance internationale des Etats. Mais à la différence de la plupart des géostratèges, son approche est analytique et de nature plus générale.91

Les disciples américains de Sir Halford J. Mackinder se situent quelque part entre les stratégistes et les géo-historiens. Une partie des travaux de Mackinder et de ses continuateurs traitent, comme ceux de Mahan, de Grand Strategy au sens impérial du terme.92 D'autres sont plus géo-historiques, bien que gardant pour toile de fond les grandes questions de politique internationale.93 Les travaux de Vihjalmur Stefansson relèvent aussi de ce type intermédiaire de géopolitique : ils sont en un sens impérialistes et s'intéressent à la Grand Strategy . Stefansson n'est pourtant pas un impérialiste de type mahanien, pas plus qu'il n'est à proprement parler un géo-historien soucieux d'élaborer une théorie globale du développement humain; il est avant tout un croisé du grand Nord. Mais aussi pertinents que puissent être ses arguments politiques, économiques et stratégiques en faveur d'un "impérialisme nordique", il semble difficile d'admettre qu'ils constituent ses vraies motivations. En définitive, son amour du "bel Arctique" -un amour de la nature à la Thoreau ou à la John Muir- est au principe de sa vocation d'explorateur, de géographe, d'historien et de géopoliticien.94

En règle générale, la différence entre l'approche stratégique et l'approche géo-historique de la géopolitique tient au fait que la première établit un lien plus direct entre les facteurs géographiques et la politique. Elle envisage et évalue le fait spatial, la répartition des matières premières et du peuplement, les routes stratégiques et les autres facteurs conditionnant la puissance des nations, leur potentiel militaire, etc. d'après des objectifs politiques préétablis. Par conséquent, le facteur "géo" y reste extérieur aux objectifs politiques proprement dits; traité comme une donnée distincte et bien identifiée, il fait l'objet d'un examen objectif visant à mettre en évidence les avantages ou les handicaps qu'il impose à la mise en œuvre d'une politique donnée.

Il est beaucoup plus difficile d'isoler le facteur géographique dans l'approche géo-historique. Celle-ci insiste moins sur l'impact quotidien de l'environnement physico-géographique en politique que sur ses effets indirects à long terme. Comme une telle démarche implique la prise en compte de facteurs impondérables et immatériels, ce type de géopolitique dépend nécessairement de certains présupposés sur la nature humaine, d'interprétations personnelles et de théories de l'histoire et de la politique.

L'essor de l'école géo-historique américaine remonte aux travaux d'un historien, Frederick Jackson Turner, et d'une géographe, Ellen Churchill Semple.95 Nullement oubliée aujourd'hui, cette disciple de Ratzel est pour les géographes américains une ancêtre encombrante, enterrée dans le caveau de famille sous une dalle de marbre gravée de lettres d'or, mais dont on évite de parler pour ne pas réveiller le souvenir d'anciens péchés. Peut-être certains craignent-ils de voir ressurgir quelque exemplaire poussiéreux de la thèse qu'ils écrivirent jadis sous son influence... A l'inverse, les idées de Turner continuent d'inspirer nombre de lectures ou relectures géopolitiques de l'histoire américaine, voire extra-américaine. Elles combinent géopolitique spatiale et géopolitique environnementale. J. C. Malin a ainsi appliqué la problématique turnérienne espaces ouverts/espaces fermés aux questions politiques internationales de l'ère aérienne.96

Le plus connu sans doute des représentants de l'école géo-historique américaine est Ellsworth Huntington97, dont l'influence court sur près d'un demi-siècle. Mais bien que ses travaux restent très prisés de certains auteurs, ils sont aussi sûrement menacés par l'oubli que ceux d'Ellen Semple. A tort ou a raison, ils évoquent trop Henry T. Buckle, L. Metchnikoff, voire Montesquieu pour rester crédibles de nos jours.98 De plus, la plupart des hypothèses de Huntington vont à contre-courant des valeurs et des philosophies aujourd'hui partagées par l'Ouest comme par l'Est; elles offrent enfin des perspectives si cavalières et si larges qu'il est extrêmement difficile de les passer au crible d'une enquête scientifique systématique pour établir leur validité ou leur imposture. A cet égard, les travaux de Huntington sont très similaires à ceux d'Arnold J. Toynbee.99

Assez comparable est la démarche -mais non les conclusions- de Karl A. Wittfogel.100 Alors que Huntington est surtout un géo-historien traitant de la relation entre l'environnement -en particulier le climat- et l'écologie/biologie humaine à travers les grandes phases de l'histoire, Wittfogel est plutôt un économiste-politologue recourant à la géographie et à l'histoire pour expliquer la naissance et la diffusion de certains systèmes politico-administratifs. Il s'inspire essentiellement de Hegel et de Marx, dont il réinterprète les idées à la lumière de ses vastes connaissances; mais comme ses problématiques sont aussi ambitieuses que celles de Huntington et de Toynbee, ses conclusions, aussi argumentées soient-elles, ne font pas toujours l'unanimité.101

Il faut mentionner en dernier lieu Owen Lattimore, le plus important peut-être des géo-historiens américains contemporains.102 En dépit de sa vaste érudition, il ne se pique pas de perspectives grandioses, mais se limite à une aire géographique plus modeste -essentiellement la Mongolie et ses marges. Son œuvre ne se borne pourtant pas à de brillantes interprétations de l'histoire de la frontière Nord de la Chine : elle fournit aussi des schémas applicables à d'autres temps et à d'autres lieux. L'historien comme le politologue ont beaucoup à apprendre de Lattimore.103 L'étude de la statique ou de la dynamique des frontières culturelles/politiques d'après les conditions environnementales et économiques existantes pourrait être élargie à beaucoup de contrées. Elle convient particulièrement aux zones sous-développées et politiquement inorganisées (par exemple l'Afrique noire), où les vieilles solidarités historiques font défaut ou sont menacées de disparition sous l'effet de nouvelles forces centripètes, nées de l'essor rapide de pôles économiques régionaux qui bénéficient de ressources naturelles très recherchées.104

La pensée géopolitique américaine se développe enfin dans une troisième direction, produit marginal de la géographie politique américaine, qui, à la différence de l'anthropogéographie américaine, remonte à la participation des Etats-Unis à la Première guerre mondiale et aux conférences de paix qui l'ont suivie. Lors de ces conférences, des géographes ont joué le rôle de conseillers officiels du Gouvernement : cette promotion leur a permis de beaucoup mieux saisir le rapport entre leur discipline et la politique générale. Ils ont notamment compris que le savoir géographique peut et doit s'impliquer dans l'art politique et dans la formation des décideurs.105 Comme cette première entrée en politique des géographes américains concernait les relations internationales, la géographie politique américaine fut d'abord un pendant et une annexe de la politique interétatique, ou si l'on veut une "géographie interétatique". Là où la géographie physique faisait l'étude comparée de ce qu'il est convenu d'appeler les régions naturelles, la géographie politique se spécialisa dans l'étude comparée des régions politiques définies par l'espace de souveraineté des Etats.

Mais assez rapidement, les préoccupations des géographes cessèrent de se focaliser sur les problèmes externes de la politique interétatique, lesquels relevaient plutôt du droit international (en l'occurrence les conflits de frontières, étudiés conjointement par les géographes et les juristes). A l'instar des politologues, qui glissaient de la politique interétatique à la politique intra-étatique et s'intéressaient de plus en plus aux conditions et aux motivations intérieures des comportements internationaux, les géographes cessèrent d'envisager l'Etat comme un espace politiquement homogène (bien qu'éventuellement hétérogène d'un point de vue culturel) et commencèrent à analyser et à cartographier les composants du pouvoir étatique ainsi que les complexes réseaux de forces idéologiques et économiques interférant avec les frontières des Etats, voire les transcendant. Ainsi, dans une certaine mesure, la géographie politique américaine élabora-t-elle d'abord une nouvelle géographie régionale consacrée aux relations et différenciations spatiales entre unités politiques souveraines; puis, combinant l'approche régionale avec l'approche systémique, elle redescendit la hiérarchie des phénomènes politiques de son niveau suprême jusqu'à ses fondements premiers, élémentaires; elle commença alors à analyser les aspects, éléments et traits géographiques de l'Etat et de son territoire dotés d'une signification politique.106

Pourtant, parce que cette approche de type morphologique tendait à fournir une multitude de données plutôt qu'un corpus intégré de connaissances, la géographie politique américaine recentre actuellement son attention sur les sources de l'énergie politique, sur les éléments-clés de l'activité politique, tant intellectuels que matériels.107 En d'autres termes, elle devient beaucoup plus politique (sans nécessairement être moins géographique); de même que la géographie en général devient de plus en plus anthropocentrique, la géographie politique s'attache de plus en plus à l'Homo politicus . Originellement, elle n'était politique que dans la mesure où elle ajoutait et corrélait des éléments politiques à la géographie physique; mais à l'heure actuelle, l'attention se porte sur les phénomènes dont procède l'activité politique et à partir desquels elle se déploie : il s'agit d'étudier cette activité sous l'angle de la géographie, en termes de performance fonctionnelle et de mouvement spatial. Si le contenu, le but de l'étude reste la géographie, le point de référence, l'objet de l'investigation est emprunté au champ politique.

En toute logique, les géographes politiques américains n'abordent pas leur domaine comme s'il se composait de deux séries de phénomènes entièrement distincts -les politiques et les géographiques- susceptibles ou non d'être mis en rapport les uns avec les autres. La géographie politique (comme la géopolitique) étudie des phénomènes semblables à Janus, des phénomènes à double face; l'une est politique, l'autre géographique, et parce que la seconde ne peut être étudiée et comprise qu'à la lumière de la première, la démarche correcte consiste à examiner les traits de la face politique, et ensuite seulement à se tourner vers sa géographie.

Aussi la géographie politique américaine actuelle est-elle plus proche de la géopolitique qu'elle ne l'a jamais été; en fait, elle s'est incorporée avec talent bon nombre des acquis de cette dernière. L'accent mis sur le mouvement, les processus et les dynamiques atteste combien les géographes américains ont adapté à leurs besoins ce qui, trente ans auparavant, avait fait le succès et la modernité de la géopolitique allemande. Le concept de "point focal d'un processus", introduit par Platt108, évoque celui de "manomètre géopolitique", couramment utilisé par les Allemands dans leur description des mouvements et des réseaux fluctuants qui conditionnent le développement politique, économique, démographique ou autre, comme dans leur étude des pressions s'exerçant à l'intérieur de l'Etat ou sur la scène internationale. Le concept d' "idée étatique" comme élément nodal de l'étude des Etats remonte à Ratzel et constitue de nos jours le cœur de la théorie hartshornienne de l'approche fonctionnelle en géographie politique.109 On a récemment suggéré que cette théorie présente des idées similaires aux lois de croissance territoriale des Etats selon Ratzel, dont elle diffère très peu.

Le plus notable effort de rapprochement entre géographie et politique est dû à Stephen B. Jones. Il s'est reconnu "incapable de démêler l'écheveau entre géographie politique et ce que l'on pourrait appeler politique géographique" et a insisté sur le continuum de la géographie à la politique; "mon propos est de les unir, non de les séparer".110 Sa théorie d'un champ unifié de la géographie politique "enseigne aux spécialistes des deux domaines, dans les termes les plus généraux, ce qu'ils doivent apprendre l'un de l'autre, ce que chacun apporte, et non ce qui les différencie." Son "enchaînement des idées" ("idée politique-décision-mouvement-domaine d'application-espace politique" ) s'apparente à "une chaîne de lacs et de bassins, non à une chaîne métallique aux maillons distincts; ces bassins communiquent entre eux, de sorte que tout ce qui en affecte un se diffusera dans les autres." Il devient donc possible de suivre non seulement les impulsions des forces centripètes ou centrifuges autour des solidarités fondamentales (celles qui procèdent de l' "idée étatique"), mais encore les réactions en chaîne engendrées par toute idée politique suivie d'une décision et d'un mouvement, d'où un "circuit" affectant un espace. Bien mieux, cette démarche prend en compte le courant qui va de la politique à la géographie, "essentiellement processus de création ou de gestion" , et son contraire, qui "relève davantage du conditionnement externe." En conséquence, la théorie de Jones devrait pouvoir être acceptée tant par les volontaristes extrémistes comme Emrys Jones que par les "néo-déterministes" à la O.H.K. Spate ou les "déterministes stop-and-go " (G. Taylor par exemple). Puisque Jones conçoit la chaîne de l'idée à l'espace comme une voie à double sens et non à sens unique, le débat sur l'ordre, la chronologie et le processus des causalités reste ouvert à l'analyse et à la controverse dans chaque cas particulier. La théorie du champ unifié présente un dernier avantage : elle ne se contente pas de surmonter l'obstacle qui sépare généralement la science politique de la science géographique, mais dépasse encore le clivage moins ardu qui tend si souvent à diviser géographie physique et géographie humaine, ou géopolitique environnementale et géopolitique spatiale.

Avant de clore ce chapitre, il nous faut encore mentionner un autre courant d'écrits géopolitiques -celui qui traite des problèmes frontaliers et des zones de contact.111 Les deux seuls ouvrages importants parus sur ce sujet aux Etats-Unis sont International Boundaries : A Study of Boundary Functions and Problems , de S. Whittlemore Boggs (New York, Columbia University Press, 1940), et Boundary-Making : A Handbook for Statesmen, Treaty Editors and Boundary Commissioners , de Stephen B. Jones (Washington, D.C., Carnegie Endowment for International Peace, 1945). Tous deux traitent exclusivement des zones de contacts, non des frontières au sens juridique du terme; ils sont indispensables aux politologues qui s'intéressent à la question et recherchent des études de cas sur les rivalités frontalières. Les spécialistes des relations internationales liront avec profit les études plus récentes d'Eric Fischer, G. Etzel Pearcy et Stephen B. Jones112; l'auteur de ces lignes a lui-même proposé une théorie critique de la nature des frontières et des zones de contact.113

Il faut plus généralement observer que l'étude des problèmes frontaliers, jadis un des domaines majeurs de la science politique, est de nos jours presque entièrement accaparé par les géographes politiques. Un tel phénomène, comme d'autres "empiètements" similaires des géographes sur des terres relevant auparavant de la politologie, eût été le bienvenu s'il ne s'était accompagné d'un recul de cette dernière. Mais les géographes n'y sont naturellement pour rien : il ne tient qu'aux politologues de faire face et de faciliter ainsi des contacts approfondis et une meilleure compréhension entre géographie et politologie.

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Notes:

87 "Environmental-historical" dans le texte original (NdT).

88 Cf. Mahan, The Interest of America in Sea Power, Present and Future , Boston : Little, Brown & Co, 1898.

89 Cf. Homer Lea, Day of the Saxon , New York, Harper & Bros., 1912; The Valor of Ignorance , même éditeur, 1909 - Spykman, America's Strategy et The Geography of Peace , op. cit. - Sur George T. Renner, voir "George T. Renner, 1900-1955", Annals of the Association of American Geographers , XLVIII, 1958, pp. 245-249; de Renner, voir "Maps for a New World", art. cit., et Global Geography , New York, Thomas Y. Crowell Co., 1944 - A. de Seversky, Air Power, Key to Survival , New York, Simon & Schuster, 1950; Victory through Air Power , même éd., 1942 - Quant au général Mitchell, infatigable croisé de la puissance aérienne, il partageait avec Homer Lea la conviction que la domination du monde reviendrait à qui s'emparerait des points stratégiques permettant de contrôler le Pacifique. Cet océan était pour lui le Heartland : "Qui contrôle l'Alaska contrôlera l'univers" , disait-il. Comme Lea encore, il avait prédit que le Japon attaquerait l'Amérique. Il annonçait en 1936 que les Japonais "ne déclareraient pas poliment la guerre" mais frapperaient Pearl Harbor "par un beau dimanche matin paisible." Comme Lea toujours, il trouvait absurde l'idée que la paix puisse être garantie par la concertation; "La paix ne sera pas assurée par la concertation, mais par l'aviation." Il faut toutefois souligner que le général Mitchell n'était pas impérialiste et n'aspirait pas au règne de la force ou d'une élite. Voir Emile Gavreau, The Wild Blue Yonder , New York, Doubleday-Doran Co., 1946; Isaac Don Levine, Mitchell, Pioneer of Air Power , New York, Duell, Sloan & Pearce, 1943; Mitchell, "How Asiatic Aerial Army Could Strike Quick, Ravaging Blow", New York American , 4 avril - 23 mai 1926; Mitchell, Winged Defense , New York, G. P. Putnam & Sons, 1925; U.S. Congress, House, Committe on Military Affairs, Subcommitte n° 8, Hearings, H. R. 2227 and Other Bills Authorising the President of the United States To Award Posthumously, in the Name of Congress, a Medal of Honor to William Mitchell (79th Cong., 1st sess.), Washington, D.C., 31 mai 1945.

90 Cf. Eugene M. Emme, éd., The Impact of Air Power, National Security and World Politics , Princeton, N.J., D. Van Nostrand Co., 1959.

91 Harold & Margaret H. Sprout, "Environmental Factors in the Study of International Politics", Conflict Resolution , I, 1957, pp. 309-328; "From Mahan to Mackinder", in Foundations of National Power , 2e éd., New York, D. Van Nostrand Co., 1951; Man-Milieu Relationship Hypotheses in the Context of International Politics , Princeton University Press, 1956; Toward a New Order of Sea Power : American Naval Policy and the World Scene , 2e éd., Princeton University Press, 1943; The Rise of American Naval Power, 1776-1918 , 2e éd., Princeton University Press, 1946; H. & M. H. Sprout, éds. Foundations of National Power : Readings on World Politics and American Security , 2e éd., New York, D. Van Nostrand Co., 1951.

92 Cf. Sir Halford J. Makinder, Britain and the British Seas , New York, D. Appleton & Co., 1902. Note du traducteur : le concept anglo-saxon de Grand Strategy désigne la plus vaste échelle de l'art militaire, coiffant la "stratégie de théâtre" elle-même située au-dessus de la tactique. La Grand Strategy serait donc la coordination des théâtres, la géostratégie, ou encore l'interface entre le politique et le militaire, en tant que la valeur relative accordée à tel ou tel théâtre reflète les buts de guerre poursuivis, donc les finalités politiques du conflit.

93 Les plus remarquables exemples de réinterprêtation critique de la théorie mackindérienne du Heartland par des auteurs américains sont les travaux de H. W. Weigert, "Heartland Revisited", in Weigert, Stefansson & Harrison, éds., New Compass of the World , New York, Macmillan Co., 1949, et de D. W. Meinig, "Heartland and Rimland in Eurasian History", Western Political Quarterly , IX, 1956, pp. 553-569.

94 Cf. Stefansson, The Arctic in Fact and Fable , New York, Foreign Policy Association, 1945; The Friendly Arctic : The Story of Five Years in Polar Regions , New York, Macmillan Co., 1921; The Northward Course of Empire , New York, Harcourt, Brace & Co., 1922; Northwest to Fortune : The Search of Western Man for a Commercial Practical Route to the Far East , New York, Duell, Sloan & Pearce, 1958; "The Soviet Union Moves North", in Weigert, Stefansson & Harrison, éds., New Compass of the World , op. cit.

95 Cf. E. C. Semple, American History and Its Geographic Conditions , Boston, Houghton Mifflin Co., 1903; Influences of Geographic Environment on the Basis of Ratzel's System of Anthropo-geography , New York, Henry Holt & Co., 1911. A noter l'intéressante étude d'un universitaire norvégien, Per Sveeas Andersen, sur le thème turnérien dela Frontière comme facteur politico-culturel décisif : pour Turner, le mode de vie des pionniers ne saurait s'expliquer indépendamment de l'environnement. Cf. Andersen, Westward Is the Course of Empires - A Study in the Shaping of an American Idea : Frederick Jackson Turner's Frontier , Oslo University Press, 1956.

96 Cf. Malin, "Space and History : Reflections on the Closed-Space Doctrines of Turner and Mackinder and the Challenge of Those Ideas by the Air Age", Agricultural History , XVIII, 1944, pp. 65-74 et 107-126.

97 Cf. sa bibliographie, supra.

98 Voir Buckle, History of Civilization in England , 3 vols., Londres, Longmans, Green & Co., 1872; Metchnikoff, La civilisation et les grands fleuves historiques , Paris, Hachette 1889; Montesquieu, L'esprit des lois .

99 Cf. O. H. K. Spate, "Toynbee and Huntington : A Study in Determinism", art. cit.

100 Le livre géopolitique le plus récent de Wittfogel est Oriental Despotism , op. cit., où il corrige ses vues précédentes sur le rôle de l'environnement naturel dans le développement sociopolitique

101 Cf. le compte-rendu de Toynbee sur Oriental Despotism , in American Political Science Review , LII, 1958, pp. 195-198, suivi de la réponse de Wittfogel, ibid. pp. 502-506, auquel répond à nouveau Toynbee, ibid. pp. 829-830. Voir aussi Theodore Shabad, "Non-Western Views of the 'Hydraulic Society", Annals of the Association of American Geographers , XLIX, 1959, pp. 324-325.

102 Cf. O. Lattimore, "The Geographical Factor in Mongol History", Geographical Journal , XCI,, 1938, pp. 1-20; "Inner Asian Frontiers : Chinese and Russian Marginal Expansion", Journal of Economic History , VII, 1947, pp. 24-52; Inner Asian Frontiers of China , 2e éd., New York, American Geographical Society, 1951; "Yakutia and the Future of the North", in Weigert, Stefansson et Harrison, New Compass of the World , op. cit.; en collaboration : Pivot of Asia : Sinkiang and Inner Asian Frontiers of China and Russia , Boston, Little, Brown & Co., 1950.

103 Lattimore reconnaît avoir accepté dans ses jeunes années (jusque vers 1930) la théorie huntingtonienne des "pulsions climatiques" comme facteur historique primordial, voire décisif. Mais ultérieurement, l'étude de l'histoire chinoise et mongole ainsi qu'une expérience directe de vie nomade en Mongolie l'incitèrent à rejeter l'enseignement de Huntington (Inner Asian Frontiers of China , p. XLIX). La théorie de Huntington a été reprise et développée par Toynbee (A Study of History , New York, Oxford University Press, 1951, III, pp. 395-454).

104 Dans certains pays sous-développés, la volonté de puissance et de prestige via l'acquisition de biens matériels est si impérieuse que la présence de richesses naturelles relativement accessibles et commercialisables peut exercer une influence décisive sur l'émergence de nouveaux centres politiques et culturels.

105 Le plus important ouvrage de géographie politique de cette époque est celui d'Isaiah Bowman, The New World : Problems in Political Geography (1ère édition, 1921), qui, avec celui de James Fairgrieve, Geography and World Power (1ère édition, 1915), a marqué toute une génération de géographes politiques en Amérique et ailleurs.

106 Voir Isaiah Bowman, Geography in Relation to the Social Sciences , New York, Charles Scribner's Sons, 1934; Charles C. Colby, éd., Geographic Aspects of International Relations , University of Chicago Press, 1938; Richard Hartshorne, "Recent Developments in Political Geography", American Political Science Review , XXIX (1935), pp. 785-804 et 943-966; Derwent Whittlesey, The Earth and the State , New York, Henry Holt & Co., 1939, et Environmental Foundations of European History , New York, Appleton-Century-Crofts, 1949.

107 Voir W.A. Douglas Jackson, "Whither Political Geography ?", Annals of the Association of American Geographers , XLVIII (1958), pp. 178-183; P.E. James et C.F. Jones, éds., American Geography : Inventory and Prospects , Syracuse University Press, N.Y., 1957.

108 "Environmentalism versus Geography", American Journal of Sociology , LIII (1948), p. 190.

109 Cf. Hartshorne, "The Functional Approach in Political Geography", Annals of the Association of American Geographers , XL (1950), pp. 95-130. Hartshorne y répudie la définition et l'approche de la géographie politique qu'il avait proposées quinze ans auparavant dans "Recent Developments in Political Geography", art. cit.

110 Stephen B. Jones, "A Unified Field Theory of Political Geography", Annals of the Association of American Geographers , XLIV (1954), pp. 111-123.

111 Voir Lewis M. Alexander, "Samuel Whittlemore Boggs : An Appreciation", Annals of the Association of American Geographers , XLVIII (1958), pp. 237-243.

112 E. Fischer, "The Nature and Functions of Boundaries" et "The Impact of Boundaries", in H.W. Weigert (éd.), Principles of Political Geography , pp. 79-142, New York; "On Boundaries", World Politics , I (1949), pp. 196-222; G. Etzel Pearcy, "Geographical Aspects of the Law of the Sea", Annals of the Association of American Geographers , XLIX (1959), pp.1-23; Stephen B. Jones, "Boundary Concept in the Setting of Time and Place", Annals of the Association of American Geographers, XLIX (1959), pp.241-255; "Global Strategic Views", Geographical Review , XLV (1955), pp.492-508; "Views of the Political World", Geographical Review , XLV (1955), pp.309-326.

113 Ladis K.D. Kristof, "The Nature of Frontiers and Boundaries", Annals of the Association of American Geographers , XLIX (1959), pp. 269-282.

 

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