Cette troisième série
d’essais sur la stratégie théorique procède du même esprit que les
deux premières, publiées en 1982 et 1987. Il s’agit toujours
d’interroger le stratège militaire sur les instruments et les mécanismes
de sa pensée. Celle qui produit deux classes d'œuvres, indissociables :
la littérature du théoricien et les actes stratégiques du praticien. La
stratégie théorique se propose d’apporter des éléments de réponse
à la question que ne peuvent éviter, tôt ou tard, ceux qui font la
stratégie et ceux qui la disent : qu’est-ce que penser stratégiquement ?
La réponse ne peut venir que de la critique des méthodes d’approche,
de représentation et d’explication de l’objet-stratégie ; de
celle du corps de concepts et de propositions avec lesquels s’édifient
les théories ; de celle, enfin, des procédures décisionnelles du
stratège actant. En bref, la stratégie théorique s’intéresse à la
nature et aux modalités d’emploi de l’outillage intellectuel du stratège
opérant ; à la genèse et à l’évolution d’une pensée créatrice,
à la fois individuelle et collective, sous l’effet des transformations
de l’Univers politico-stratégique. Elle observe les retards du langage
stratégique usuel, souvent ossifié par les habitudes et paresses
mentales, sur les situations conflictuelles réelles. Elle indique les
directions de recherche sur les nouveaux instruments de pensée
applicables à la nouvelle réalité, et soumet à la critique de validité
ceux qu’inventent les praticiens engagés dans l’action et les théoriciens
sollicités d’expliquer l’état des choses. Ainsi, si le présent
recueil d’essais rappelle les théories stratégiques françaises
construites dans les années 60 et désormais invalidées par la fin de la
Guerre froide, c’est afin de mieux juger, par la critique comparative,
ce que valent aujourd’hui d’anciens concepts, comme celui
d’autonomie de décision, ou les nouveaux : celui de dissuasion
concertée par exemple…
Lucien Poirier est
officier général (CR) de l’armée de Terre. Il a contribué, dans les
années 60, à l’élaboration des théories stratégiques dont a procédé
la doctrine française et, plus spécialement, la stratégie de dissuasion
nucléaire du faible au fort. Chargé de cours ou de séminaires aux
Universités Paris I et II, à l’ENA, à l’EHESS, à l’ENS (Ulm),
dans les établissements de l’enseignement militaire supérieur, ayant
dirigé la section militaire de l’IHEDN, puis les études de la FEDN où
il a lancé la revue Stratégique, il a publié de nombreux
articles et plusieurs ouvrages sur la polémologie, la politique de défense
et la stratégie militaire.
Table des matières
Avant-propos
Le stratège militaire
Le discours de la stratégie
militaire
Penser stratégiquement
Dissuasion et puissance
moyenne
Quelques problèmes
actuels de la stratégie nucléaire française
La greffe
La guerre du Golfe dans
la généalogie de la stratégie
Stratégie intégrale et
guerre limitée
Désarmement, sécurité,
défense