| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Nous voici donc placés au cœur du problème : les questions économiques. Et Thouvenel, ministre français des Affaires étrangères, l'homme de l'acquisition de Nice et de la Savoie, l'homme des traités de commerce, est tout particulièrement sensibilisé par ce problème, à l'époque où le coton, produit par les Etats du Sud, fait vivre une partie importante des manufactures françaises. Et l'Empire a besoin pour se maintenir de la prospérité économique. il semble que l'idée maîtresse de Thouvenel dans sa politique américaine ait été la résultante des trois facteurs : 1) Maintenir dans toute la mesure du possible les bonnes relations avec le gouvernement de Washington, soutenu par la majorité du peuple américain, auquel la France est liée depuis la guerre d'Indépendance par 80 ans d'une amitié indéfectible. 2) S'aligner sur l'attitude de l'Angleterre (et ceci est très important). La France était à l'époque en plein flirt avec la Grande-Bretagne et venait de remporter avec elle la victoire de Crimée. 3) S'efforcer par tous les moyens de sauvegarder les relations commerciales avec les Etats du Sud. En effet, après l'envoi d'une délégation de Commissaires Confédérés en avril 1861 à Paris et à Londres, Thouvenel, dans sa dépêche du 25 avril adressée à Mercier (il ne sait pas encore que la guerre a éclaté), l'informe de son entretien avec l'envoyé de Washington, Sanford. "Je lui ai répondu que nos
sentiments, d'accord avec
En revanche, en ce qui concerne les Commissaires Confédérés, Thouvenel ajoute :
Enfin, en ce qui concerne l'alignement sur l'Angleterre :
Mais, maintenant la guerre a éclaté, le blocus de tous les ports du Sud est décrété depuis le 19 avril. Comment, dans ces conditions, aussi bien pour l'Angleterre que pour la France, sauvegarder les relations commerciales avec le Sud ? Or un congrès international venait de régler toutes les grandes questions de droit maritime. C'est la Convention de Paris, en 1856, signée par toutes les grandes puissances européennes et l'empire Ottoman. Cette Convention de Paris avait aboli la course. Cependant les Etats-Unis n'étaient pas représentés au Congrès de Paris. C'est la raison pour laquelle le secrétaire d’Etat Seward envisage de proposer au prochain Congrès d'adhérer à la Convention de Paris. Mais cela ne fait pas l'affaire du gouvernement français, ni du gouvernement britannique, car si un navire fédéral arraisonne un corsaire sudiste transportant ou escortant une marchandise destinée à la France ou à l'Angleterre, ou inversement, il ne faudrait pas, le corsaire étant traité comme un pirate, que la marchandise soit considérée comme prise de guerre. De même, si un navire français, ou britannique, transportant une marchandise en provenance, soit de l'Union, soit du Sud, se trouve arraisonné par un navire du parti adverse, il faut que la marchandise soit couverte par la neutralité du pavillon. C'est pourquoi il est indispensable que la France comme l'Angleterre proclament bien haut leur neutralité dans le conflit qui vient de s'ouvrir, en reconnaissant le caractère de belligérant d'une part aux Etats-Unis, dont le gouvernement est à Washington, et d'autre part à la Confédération de fait, dont le siège est à Montgomery, sans pour autant en faire une reconnaissance officielle. Quant au commerce maritime, nous ne détaillerons pas tous les accords et traités passés en revue par Thouvenel depuis 1778 jusqu'à 1859 entre la France et les Etats-Unis d'une part, et l'Angleterre et les Etats-Unis d'autre part. La conclusion de son étude est la suivante : la déclaration du Congrès de Paris relative à l'abolition de la course n'est pas applicable aux Etats-Unis, puisqu'ils n'étaient pas représentés à cette grande conférence diplomatique. Donc la France, comme l'Angleterre, ne peut demander aux belligérants de s'abstenir d'armer des corsaires. Les corsaires sudistes sont donc considérés par la France et par l'Angleterre comme des auxiliaires réguliers. En revanche, les signataires de la Déclaration de Paris, France, Angleterre, bénéficient des principes établis dans cette déclaration en faveur du pavillon et de la marchandise, à savoir : le pavillon neutre couvre la marchandise ennemie, et la marchandise neutre n'est pas saisissable sous pavillon ennemi. En ce qui concerne le séjour des corsaires dans les ports neutres, tant français qu'anglais, Thouvenel estime que cette question doit être réglée par le droit maritime commun et, en l'occurrence, il s'agit de l'Ordonnance de la Marine de 1681 (datant de Colbert) qui décrète (article 14) que les navires de guerre ou corsaires étrangers ne pourront entrer et séjourner dans nos ports plus de 24 heures, s'ils n'y sont pas retenus par la tempête, ou si la prise n'a pas été faite sur nos ennemis. Cette prise de position a été concrétisée en France par la Déclaration impériale du 10 juin 1861, publiée à cette date, signifiée à Washington d'une part, à Richmond d'autre part, spécifiant : • neutralité dans le conflit • qualité de belligérant reconnue aux deux parties (ce qui n'impliquait pas la reconnaissance de la Confédération) • droit aux deux parties d'armer des corsaires. En novembre 1861, soit à l'époque de l'affaire du Trent, la Grande-Bretagne avait pris la même position que la France vis-à-vis du conflit américain. LES FAITS Le 8 novembre 1861, à 240 milles au nord de Cuba, l'U.S.S. San Jacinto, corvette de la Marine des Etats-Unis, commandée par le Commodore Charles Wilkes, invitait par signaux le paquebot britannique Trent, de la British Steaming Company, et commandée par le capitaine Moir, à stopper. Ce dernier, ignorant l'injonction faite et continuant sa route, le Commodore Wilkes fit tirer au canon devant l'étrave du paquebot neutre qui dut céder à la force et mettre en panne. Le Trent accomplissait régulièrement le périple La Havane-Southampton aller et retour. Quant à l'U.S.S. San Jacinto, quelques semaines plus tôt, il croisait encore au large des côtes africaines à la recherche de trafiquants de bois d'ébène. C'est en faisant route vers la côte orientale américaine, rappelé par les autorités de son pays, et plus précisément lors d'une escale à Saint-Thomas (Antilles) qu'il fut informé de la présence du croiseur confédéré, le C.S.S. Sumter, commandé par le capitaine Raphaël Semmes2 dans les eaux avoisinantes. Wilkes décida alors unitéralement de différer son retour à la base pour se lancer à la poursuite du navire confédéré, et ce n'est que tout à fait incidemment, lors d'une escale à Cienfuegos, sur la côte méridionale de Cuba, qu'il apprit par le consul général américain à La Havane que deux politiciens sudistes notoirement connus avaient pris place à bord du Trent, paquebot britannique, dont le départ pour Southampton était fixé au 7 novembre. Les deux personnalités en question, James Mason et John Slidell, l'un et l'autre accompagnés de leur famille et de leurs secrétaires particuliers, avaient "forcé" le blocus de Charleston dans la nuit du 12 octobre à bord du Theodora et, après un arrêt à Nassau (Bahama), port britannique, étaient parvenus sans encombre à La Havane, port espagnol, dix jours plus tard. La mission dont étaient investis ces deux personnages consistait à composer politiquement de manière à amener les gouvernements français et britanniques à reconnaître officiellement l'existence de la nation sudiste. Le Commodore Charles Wilkes, vieil officier de 63 ans, dont l'incommensurable vanité reposait sur la publication de quelques ouvrages traitant de la marine, développait un égotisme forcené qui le faisait détester de ses collègues et de la plupart de ses subalternes. Impressionné par la renommée de Mason et de Slidell, auxquels il prêtait une importance surfaite, il s'imagina que leur capture lui serait accréditée comme un glorieux exploit lui permettant d'achever sa carrière par un titre de gloire. Reste à savoir maintenant s'il avait agi de sa propre initiative ou s'il en avait reçu l'ordre. C'est ce que nous verrons plus loin. L'arrestation de Mason et Slidell fut assez vaudevillesque. Quand le détachement de marines, commandé par le lieutenant Fairfax, eut franchi l'échelle de coupée du Trent, le capitaine Moir protesta énergiquement contre l'intervention armée dont son navire était victime, soutenu par le chœur unanime des passagers. Sommés de prendre leurs effets personnels pour se rendre à bord du San Jacinto, Mason et Slidell ne bougèrent pas, déclarant avec emphase qu'ils ne se soumettraient qu'à la contrainte physique. le lieutenant Fairfax dut donc ordonner à ses hommes de se saisir des deux protagonistes sous les bras et de les transporter ainsi dans la chaloupe détachée du San Jacinto. Après s'être emparé des deux parlementaires sudistes, Wilkes laissa le Trent continuer sa route vers la Grande-Bretagne. Dès que le San Jacinto eut mouillé à Fort Monroe, dans la Chesapeake, et que la nouvelle de l'arrestation des Commissaires Confédérés se fut répandue dans le Nord, et à Boston pour commencer, Wilkes y fut accueilli comme un héros national. Gideon Welles, le secrétaire d'Etat à la Marine, lui adressa ses plus vives félicitations, et les membres de la "Top Society" de Boston improvisèrent un grand banquet en son honneur. Ce n'était qu'un début. La presse s'empara de l'affaire et ses détails balayèrent bientôt tous les Etats libres de l'Union dont les populations furent secouées par une véritable frénésie. Cette soudaine passion ne déferlait pas seulement dans les milieux populaires, mais jusque dans la Chambre des représentants qui décida, à l'unanimité, d'accorder à Wilkes une médaille spéciale pour sa conduite avisée et patriotique. Quant aux victimes de cette affaire, Mason et Slidell, confortablement installés dans des chambres aménagées dans la prison de Fort-Warren (Massachussetts), ils se réjouissaient probablement de la publicité donnée à l'événement par une presse américaine absolument inconsciente de la très visible réaction de la Grande-Bretagne outragée dans ce qu'elle avait de plus cher : son hégémonie maritime. Mais cette exaltation populaire, exacerbée par quelques journaux à tendance démagogique, ne contamina pas tout le monde. Lincoln demeura invisible, le secrétaire d'Etat, Seward, s'abstint de tout commentaire, le Postmaster General Blair émit quelques réserves sur l'opportunité de l'intervention de Wilkes, et Charles Summer, le président du Comité des Affaires étrangères du Congrès, s'il n'en avait tenu qu'à lui, aurait bien forcé Wilkes à ramener lui-même ses prises en Angleterre. Ces opinions ne sortirent pourtant pas du cénacle des politiciens de haut niveau ; l'événement les avait pris de court, mais, aux yeux de la population, il compensait les récents revers de leurs armées sur le continent. LES CONSÉQUENCES INTERNATIONALES ET LES JUGEMENTS SUR CETTE AFFAIRE S'il est intéressant d'avoir un jugement objectif sur cette affaire, il n'est pas de meilleure source que le Journal de Campagne du Comte de Paris. Petit-fils de Louis-Philippe, fils aîné du Prince royal, le duc d'Orléans, Philippe, comte de Paris, avait dû prendre en 1848, à l'âge de dix ans, le chemin de l'exil. A l'Angleterre, où se trouvaient tous les princes d'Orléans, sa mère, la duchesse d'Orléans, née Mecklembourg Schwerin, avait préféré une installation en Allemagne, au château d'Eisenach, mis à sa disposition par son oncle, le duc de Saxe Weimar. La duchesse éleva ses fils dans le culte de leur père et leur insuffla ses idées à la fois chevaleresques et libérales. Après des études sérieuses complétées par des voyages en Europe et en Orient, ayant atteint l'âge d'homme et ne pouvant, sous l'empire, servir dans l'armée française, il vit dans la guerre de Sécession l'occasion de servir sous les armes et de mettre son épée au service d'une cause que ses idées libérales lui désignaient comme la plus noble : celle de la liberté qui incluait aussi dans son esprit l'abolition de l'esclavage. Débarqué à New York le 13 septembre 1861 avec son frère le duc de Chartres, et son oncle, le prince de Joinville, le jeune prince fut reçu par le président Lincoln qui lui réserva le meilleur accueil, et l'affecta, ainsi que son frère, à l'état-major du général MacClellan, alors commandant en chef de l'armée de l'Union, en qualité d'aide de camp, avec le grade de capitaine. Le comte de Paris a laissé une œuvre abondante sur la guerre de Sécession. Si l'on met à part l'histoire de la guerre civile en Amérique 3 (7 volumes de 600 pages chacun), ses notes manuscrites (journal, papiers militaires et correspondances, notes militaires et correspondances, notes militaires sur la guerre civile américaine et sujets divers, artillerie, etc.) éclairent d'un jour très vivant une longue année de la guerre de Sécession4. Ouvrons donc son journal à la date du 16 novembre :
Voilà comment ce jeune prince qui a embrassé avec enthousiasme la cause du Nord porte un jugement très dur sur la nation qu'il est venu soutenir par les armes et sur ses dirigeants. La suite montrera à quel point ce jugement est exact, et on ne peut qu'admirer à quel point ce jeune homme de 23 ans fait preuve d'un grand sens politique.
Plus loin : ...
Comme on le voit, le général MacClellan avait une vue beaucoup plus lucide de la situation que les civils Lincoln et Seward, ce dernier surtout qui, ayant certainement donné l'ordre de l'arrestation des parlementaires confédérés, ne voulait pas par orgueil reconnaître qu'il avait eu tort. Quant aux répercussions en Angleterre de l'affaire, le jugement porté par le comte de Paris s'est révélé parfaitement juste. En effet, lorsqu'en arrivant à Southampton, le 27 novembre 1861, le commandant du Trent eut relaté à quelle inquisition son bâtiment avait été soumis, une tornade de passions secoua brusquement le pays tout entier, la presse, et en particulier le London Times, réputé gouvernemental, ameuta l'opinion publique par de virulents éditoriaux qui, dès le 30 novembre déjà, assuraient que le Commodore Wilkes ne pouvait avoir agi sans l'assentiment de son gouvernement. Le Times précisa ensuite que, si quelque analogie pouvait être établie entre l'interception du Trent et les anciennes pratiques de la Royal Navy en haute mer, l'enlèvement des deux civils protégés par l'Union Jack se situait néanmoins dans un contexte spécifique qu'il convenait de différencier totalement du passé. Moins de trois jours après que le Trent eût jeté l'ancre dans le port de Southampton, le cabinet Palmerston votait les crédits nécessaires à la mise sur pied de guerre de la flotte toute entière, et à l'envoi d'un corps expéditionnaire de 8 000 hommes au Canada. Quant à lord Russell, ministre du Foreign Office, il rédigea à l'intention de son homologue américain une lettre qui, en substance, n'était rien d'autre qu'un ultimatum.
Pour mieux faire peser encore la vindicte britannique, lord Lyons, ambassadeur de Grande-Bretagne à Washington, avait été chargé d'exiger une réponse immédiate du gouvernement américain en brandissant la menace d'une déclaration de guerre immédiate. Si ce document, assorti de telles mises en demeure, avait été transmis tel quel à son destinataire, il aurait à coup sûr déclenché les hostilités entre les deux nations, dans la mesure où lord Russell plaçait le président Lincoln le dos au mur en lui ôtant toute possibilité de sauver la face. C'est alors qu'intervint la reine Victoria. Comme elle avait l'habitude lorsqu'il s'agissait d'apprécier un texte de portée internationale, elle soumit la lettre de Russell à son époux, le prince Albert, alors très malade. Ce dernier usa ses dernières forces9 à édulcorer les propos les plus percutants de son ministre du Foreign Office. D'autre part, dans un addendum rédigé à l'attention de Seward, le prince tendait une perche à ce dernier en laissant entendre que l'action du Commodore Wilkes ne résultait pas d'un ordre de Washington. Dans un second document libellé le même jour (30 novembre 1861), Russell altérait sa précédente directive en ordonnant à lord Lyons de laisser à Seward un délai d'une semaine pour amener le gouvernement américain à reconnaître ses torts ! Enfin, le chef du Foreign Office adressait une ultime note à son ambassadeur dans laquelle ce dernier était invité à s' abstenir de proférer toute menace à l'égard des Etats-Unis tant que le délai en question n'était pas venu à échéance. Toujours, grâce au Journal du Comte de Paris, l'on peut se rendre compte des répercussions aux Etats-Unis de la réaction de l'Angleterre.
L'on peut déjà constater que la vague d'enthousiasme qui avait soulevé les Etats nordistes depuis la mi-novembre s'est déjà singulièrement calmée. Mais, à la date du 13 décembre, on était encore sans nouvelles de la réaction officielle de la Grande-Bretagne. Pendant ce temps, la tension monte. Reprenons le journal à la date du 21 décembre :
Et plus loin...
Il n'y a guère de commentaires à faire sur cette analyse du comte de Paris. Le geste de Seward et ses conséquences sont fort bien analysés. LE DÉNOUEMENT Ce n'est que le 18 décembre 1861 que lord Lyons entra en possession des volumineuses instructions de lord Russell, et, le jour suivant, dans l'espoir "d'arrondir les angles", il informa Seward de l'objet de sa très prochaine démarche officielle. Ce dernier remercia le diplomate pour son attitude conciliatrice, et lui demanda un délai de deux jours avant de le recevoir. Le 21 décembre, toutefois, lorsque l'ambassadeur britannique apparut dans les bureaux de Seward avec son dossier "sous le bras", il lui fut répondu que les réactions de la presse locale et d'autres impondérables avaient empêché Seward d'étudier sérieusement la question, et un nouveau délai de deux jours fut demandé à Lyons, requête à laquelle ce dernier se plia de bonne grâce. Il convient également de noter qu'entre temps le baron Mercier, ambassadeur de France à Washington, avait fait savoir à Seward que son pays supporterait énergiquement le point de vue britannique. Il ne restait qu'une semaine au Cabinet de Lincoln pour répondre à l'ultimatum britannique ; ce fut dans la matinée de Noël que ses membres se réunirent pour débattre de la réponse à faire à la Grande-Bretagne. Montgomery Blair, du Cabinet, et Summer, du Sénat, étaient partisans de la relaxation immédiate de Mason et Slidell. Lincoln répugnait visiblement à céder devant un gouvernement qui supportait indirectement les corsaires sudistes. D'autre part, la veille de cette réunion, Seward l'avait entretenu de l'une des premières mesures de représailles exercées par l'Angleterre, à savoir l'embargo sur le salpêtre canadien dont dépendaient les poudrières nordistes de la compagnie du Pont pour assurer le continuation de la production de munitions. Tous ces éléments ne manquèrent pas d'influencer Lincoln, mais en tout cas pas suffisamment pour que l'affaire fût réglée sur le champ. Finalement ce fut Seward qui, après avoir été le défenseur acharné de la non-libération des commissaires sudistes, finit par changer totalement d'avis et plaider la cause de la libération. Il avait convoqué MacClellan et lui avait demandé quelles seraient les chances de la Fédération si elle entrait en conflit avec l'Angleterre. Le général répondit que, dans une telle éventualité, l'Union pourrait renoncer à tout espoir de vaincre les Sudistes. Seward estima que, dans ces conditions, Mason et Slidell devaient être libérés sur le champ. Aussi, le 26 décembre, Seward convainquit son entourage de la nécessité de faire prévaloir le principe de "une guerre à la fois", et, le 27 décembre 1861, une réponse favorable (quoique dénuée de toute excuse) fut donnée officiellement à l'ultimatum britannique. Cette réponse, formulée par Seward, fut immédiatement reproduite dans toute la presse américaine. Elle ne constituait pas un chef d'œuvre du genre, tant son argumentation était fallacieuse et résolument démagogique, mais elle n'avait pour ambition que de recueillir un écho favorable auprès de la population nordiste et plus précisément de l'électorat républicain. La bonne nouvelle, sous la forme d'un télégramme rédigé par lord Lyons, fut reçue à Londres le 8 janvier 186210. Elle annonçait laconiquement que Mason et Slidell, ainsi que leurs secrétaires, allaient être incessamment restitués à la Grande-Bretagne, et le surlendemain (10 janvier), lord Russell répondit à son ambassadeur à Washington que la réponse américaine était considérée comme satisfaisante et que l'incident désormais était clos. Au moment où les commissaires confédérés débarquèrent du H.M.S. Rinaldo à Liverpool, l'affaire avait déjà été oubliée du public britannique, et, bien que leurs noms eussent été à la "une" des plus grands quotidiens du pays, personne ne les attendait à l'arrivée de leur train à Londres. CONCLUSION L'affaire du Trent, qui aurait pu provoquer une guerre à la fois navale et terrestre entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis du Nord, et dont personne ne peut imaginer exactement quelles en auraient été les conséquences, se terminait pacifiquement. Finalement, libres, Mason et Slidell étaient politiquement beaucoup moins dangereux qu'enfermés dans les geôles de l'Union. Les deux commissaires du Sud avaient été à deux doigts de faire triompher leur cause, non en raison de leur mérite, mais en tant qu'abstraction impliquée dans une question de droit international. La Grande-Bretagne avait laissé passer l'occasion d'aider le Sud à obtenir son indépendance. Comme a pu l'écrire le général Lee :
BIBLIOGRAPHIE E. 0. Adams, Great Britain and the American War, 2 vol. Gloucester - Massachusetts, 1957. D. Mc M. Fairfax, "Captain Wilkes' seizure of Mason and Slidell" Battles and Leaders - Vol. 2, New York, 1884. J. M. Schmidt, "The Trent Affair", Civil War Illustrated, Gettysburg, Pennsylvanie, janvier 1963. H.W. Temple, "W. H. Seward Secretary of State 1861-1869", The American Secretaries of State and their diplomacy, - vol. 7, New York, 1928 (Ces quatre ouvrages ont été consultés à la Bibliothèque américaine à Paris, 10 rue du général Camou, 75007 Paris). - Bulletin trimestriel du Chab News, organe de la "Confederate Historical Association of Belgium", 31-12-1989. - Journal de Campagne du Comte de Paris, Archives nationales, Archives de la Maison de France, (300 APIII 385).
* Conférence prononcée à la Sorbonne le 29 janvier 1991. ________ Notes: Ambassadeur de France à Londres. Raphaël Semmes devait être plus tard le Commandant du C.S.S. Alabama, qui devait être coulé le 19 juin 1864 au large de Cherbourg, et dont on vient de retrouver l'épave. Que l'on peut trouver à la Bibliothèque nationale. Ce journal et toutes ces notes se trouvent aux Archives nationales. Le Prince de Joinville. Le général MacClellan. poussant l'Angleterre à la guerre. Mason et Slidell et leurs secrétaires. Il devait mourir deux semaines plus tard. Le 12 août 1858, s'échangea le premier télégramme entre Terre-Neuve et l'Europe.
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