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L’AFFAIRE DU “TRENT” *

UN EPISODE DE LA GUERRE DE SECESSION

 

Gérard de la MARDIÈRE

 

 

L'affaire du "Trent", intervenue dans la première année de la guerre de Sécession, est un événement à la fois naval et diplomatique qui aurait pu avoir des conséquences incalculables, à savoir entraîner une guerre entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, voire avec le soutien de la France à la Grande-Bretagne, alors que les Etats-Unis eux-mêmes étaient déchirés par une guerre terrible entre les Etats du Nord et ceux du Sud, et à une époque où les Nordistes n'avaient subi que des revers.

LE CONTEXTE POLITIQUE ET INTERNATIONAL

Le 12 avril 1861, alors que sept Etats du Sud seulement ont fait Sécession, (Caroline du Sud, Mississipi, Floride, Alabama, Georgie, Louisiane et Texas), le général confédéré Beauregard fait ouvrir le feu sur le Fort Sumter qui verrouille la rade de Charleston. La guerre a éclaté.

Aussitôt, le président Lincoln lance un appel pour recruter 75 000 volontaires. Pour réagir, Jefferson Davis fait appel aux corsaires. En réaction, Lincoln, le 19 avril, décrète le blocus de tous les ports du Sud, en menaçant les corsaires du sort réservé aux pirates.

Dans le Sud, la Sécession s'étend encore. Du 17 avril au 20 mai, quatre nouveaux états rejoignent la Confédération : Virginie (orientale), Arkansas, Tennessee, Caroline du Nord. Jefferson Davis transfère le 21 mai sa capitale de Montgomery (Alabama) à Richmond, capitale de la Virginie, soit à 150 km de la capitale fédérale.

Au début, les Confédérés, mieux préparés, mieux commandés, remportent victoires sur victoires : Bull Run (21 juillet), Wilson Creek (10 août), Ball's Bluff (21 octobre).

Mais, devant l'ampleur de ce conflit, quelle va être l'attitude des grandes puissances européennes, et en particulier la Grande-Bretagne et la France ?

La perfide Albion ne cache pas une certaine satisfaction de voir s'entre-déchirer ses anciens colons révoltés. Il ne faut pas oublier que la seconde guerre de l'Indépendance (1812-1815) ne remonte qu'à 45 ans, et que ce conflit avait trouvé son origine dans le droit d'investigation des navires neutres, dont usa et abusa la Royal Navy pour harceler la marine marchande américaine. Ce droit d'investigation avait été invoqué sous le prétexte de confondre les éventuels négriers et de récupérer les présumés déserteurs de la Navy.

Comme le dit le baron Mercier, ministre de France à Washington, dans une dépêche du 11 février 1861 :

“L'opinion de lord Lyons (ministre de Sa Majesté britannique à Washington) est que la reconnaissance de l'Angleterre des Etats sécédés ne se fera pas attendre. Il croit même qu'elle sera d'autant plus prompte que les républicains du Congrès, sous prétexte qu'il leur faut de l'argent, cherchent à mettre en ce moment à profit l'absence de leurs collègues du Sud pour faire passer un tarif dont les droits seraient beaucoup plus élevés que ceux établis dans le tarif actuellement en vigueur. Nous sommes donc menacés, me disait-il, de nous trouver bloqués, au Sud, par ses vaisseaux, au nord par le tarif”.

 

Nous voici donc placés au cœur du problème : les questions économiques. Et Thouvenel, ministre français des Affaires étrangères, l'homme de l'acquisition de Nice et de la Savoie, l'homme des traités de commerce, est tout particulièrement sensibilisé par ce problème, à l'époque où le coton, produit par les Etats du Sud, fait vivre une partie importante des manufactures françaises. Et l'Empire a besoin pour se maintenir de la prospérité économique. il semble que l'idée maîtresse de Thouvenel dans sa politique américaine ait été la résultante des trois facteurs :

1) Maintenir dans toute la mesure du possible les bonnes relations avec le gouvernement de Washington, soutenu par la majorité du peuple américain, auquel la France est liée depuis la guerre d'Indépendance par 80 ans d'une amitié indéfectible.

2) S'aligner sur l'attitude de l'Angleterre (et ceci est très important). La France était à l'époque en plein flirt avec la Grande-Bretagne et venait de remporter avec elle la victoire de Crimée.

3) S'efforcer par tous les moyens de sauvegarder les relations commerciales avec les Etats du Sud.

En effet, après l'envoi d'une délégation de Commissaires Confédérés en avril 1861 à Paris et à Londres, Thouvenel, dans sa dépêche du 25 avril adressée à Mercier (il ne sait pas encore que la guerre a éclaté), l'informe de son entretien avec l'envoyé de Washington, Sanford.

"Je lui ai répondu que nos sentiments, d'accord avec
la politique traditionnelle de la France, nous portaient à regretter profondément les dissentiments qui divisaient les Etats-Unis, et nous nous considérions comme intéressés au maintien

intégral de la Fédération de l'Amérique du Nord”.

 

En revanche, en ce qui concerne les Commissaires Confédérés, Thouvenel ajoute :

“Je ne lui ai pas caché qu'il m'était impossible de refuser de les recevoir et de les écouter”.

 

Enfin, en ce qui concerne l'alignement sur l'Angleterre :

“Devant nécessairement attacher du prix à savoir comment le gouvernement anglais entendait régler sa conduite en présence des événements qui ont surgi aux Etats-Unis, j'avais invité M. le comte de Flahaut 1 à pressentir à cet égard le Foreign Office. J'ajouterai que d'après ce que m'a dit M. l'ambassadeur d'Angleterre, lord John Russell serait dans l'intention, en recevant les envoyés du Sud, d'user dans ses rapports avec eux d'une extrême réserve, aussi longtemps que le comporteront les circonstances”.

 

Mais, maintenant la guerre a éclaté, le blocus de tous les ports du Sud est décrété depuis le 19 avril.

Comment, dans ces conditions, aussi bien pour l'Angleterre que pour la France, sauvegarder les relations commerciales avec le Sud ?

Or un congrès international venait de régler toutes les grandes questions de droit maritime. C'est la Convention de Paris, en 1856, signée par toutes les grandes puissances européennes et l'empire Ottoman.

Cette Convention de Paris avait aboli la course. Cependant les Etats-Unis n'étaient pas représentés au Congrès de Paris. C'est la raison pour laquelle le secrétaire d’Etat Seward envisage de proposer au prochain Congrès d'adhérer à la Convention de Paris. Mais cela ne fait pas l'affaire du gouvernement français, ni du gouvernement britannique, car si un navire fédéral arraisonne un corsaire sudiste transportant ou escortant une marchandise destinée à la France ou à l'Angleterre, ou inversement, il ne faudrait pas, le corsaire étant traité comme un pirate, que la marchandise soit considérée comme prise de guerre.

De même, si un navire français, ou britannique, transportant une marchandise en provenance, soit de l'Union, soit du Sud, se trouve arraisonné par un navire du parti adverse, il faut que la marchandise soit couverte par la neutralité du pavillon.

C'est pourquoi il est indispensable que la France comme l'Angleterre proclament bien haut leur neutralité dans le conflit qui vient de s'ouvrir, en reconnaissant le caractère de belligérant d'une part aux Etats-Unis, dont le gouvernement est à Washington, et d'autre part à la Confédération de fait, dont le siège est à Montgomery, sans pour autant en faire une reconnaissance officielle.

Quant au commerce maritime, nous ne détaillerons pas tous les accords et traités passés en revue par Thouvenel depuis 1778 jusqu'à 1859 entre la France et les Etats-Unis d'une part, et l'Angleterre et les Etats-Unis d'autre part. La conclusion de son étude est la suivante : la déclaration du Congrès de Paris relative à l'abolition de la course n'est pas applicable aux Etats-Unis, puisqu'ils n'étaient pas représentés à cette grande conférence diplomatique. Donc la France, comme l'Angleterre, ne peut demander aux belligérants de s'abstenir d'armer des corsaires. Les corsaires sudistes sont donc considérés par la France et par l'Angleterre comme des auxiliaires réguliers.

En revanche, les signataires de la Déclaration de Paris, France, Angleterre, bénéficient des principes établis dans cette déclaration en faveur du pavillon et de la marchandise, à savoir : le pavillon neutre couvre la marchandise ennemie, et la marchandise neutre n'est pas saisissable sous pavillon ennemi.

En ce qui concerne le séjour des corsaires dans les ports neutres, tant français qu'anglais, Thouvenel estime que cette question doit être réglée par le droit maritime commun et, en l'occurrence, il s'agit de l'Ordonnance de la Marine de 1681 (datant de Colbert) qui décrète (article 14) que les navires de guerre ou corsaires étrangers ne pourront entrer et séjourner dans nos ports plus de 24 heures, s'ils n'y sont pas retenus par la tempête, ou si la prise n'a pas été faite sur nos ennemis.

Cette prise de position a été concrétisée en France par la Déclaration impériale du 10 juin 1861, publiée à cette date, signifiée à Washington d'une part, à Richmond d'autre part, spécifiant :

• neutralité dans le conflit

• qualité de belligérant reconnue aux deux parties

(ce qui n'impliquait pas la reconnaissance de la Confédération)

• droit aux deux parties d'armer des corsaires.

En novembre 1861, soit à l'époque de l'affaire du Trent, la Grande-Bretagne avait pris la même position que la France vis-à-vis du conflit américain.

LES FAITS

Le 8 novembre 1861, à 240 milles au nord de Cuba, l'U.S.S. San Jacinto, corvette de la Marine des Etats-Unis, commandée par le Commodore Charles Wilkes, invitait par signaux le paquebot britannique Trent, de la British Steaming Company, et commandée par le capitaine Moir, à stopper.

Ce dernier, ignorant l'injonction faite et continuant sa route, le Commodore Wilkes fit tirer au canon devant l'étrave du paquebot neutre qui dut céder à la force et mettre en panne.

Le Trent accomplissait régulièrement le périple La Havane-Southampton aller et retour.

Quant à l'U.S.S. San Jacinto, quelques semaines plus tôt, il croisait encore au large des côtes africaines à la recherche de trafiquants de bois d'ébène. C'est en faisant route vers la côte orientale américaine, rappelé par les autorités de son pays, et plus précisément lors d'une escale à Saint-Thomas (Antilles) qu'il fut informé de la présence du croiseur confédéré, le C.S.S. Sumter, commandé par le capitaine Raphaël Semmes2 dans les eaux avoisinantes.

Wilkes décida alors unitéralement de différer son retour à la base pour se lancer à la poursuite du navire confédéré, et ce n'est que tout à fait incidemment, lors d'une escale à Cienfuegos, sur la côte méridionale de Cuba, qu'il apprit par le consul général américain à La Havane que deux politiciens sudistes notoirement connus avaient pris place à bord du Trent, paquebot britannique, dont le départ pour Southampton était fixé au 7 novembre.

Les deux personnalités en question, James Mason et John Slidell, l'un et l'autre accompagnés de leur famille et de leurs secrétaires particuliers, avaient "forcé" le blocus de Charleston dans la nuit du 12 octobre à bord du Theodora et, après un arrêt à Nassau (Bahama), port britannique, étaient parvenus sans encombre à La Havane, port espagnol, dix jours plus tard.

La mission dont étaient investis ces deux personnages consistait à composer politiquement de manière à amener les gouvernements français et britanniques à reconnaître officiellement l'existence de la nation sudiste.

Le Commodore Charles Wilkes, vieil officier de 63 ans, dont l'incommensurable vanité reposait sur la publication de quelques ouvrages traitant de la marine, développait un égotisme forcené qui le faisait détester de ses collègues et de la plupart de ses subalternes.

Impressionné par la renommée de Mason et de Slidell, auxquels il prêtait une importance surfaite, il s'imagina que leur capture lui serait accréditée comme un glorieux exploit lui permettant d'achever sa carrière par un titre de gloire.

Reste à savoir maintenant s'il avait agi de sa propre initiative ou s'il en avait reçu l'ordre. C'est ce que nous verrons plus loin.

L'arrestation de Mason et Slidell fut assez vaudevillesque. Quand le détachement de marines, commandé par le lieutenant Fairfax, eut franchi l'échelle de coupée du Trent, le capitaine Moir protesta énergiquement contre l'intervention armée dont son navire était victime, soutenu par le chœur unanime des passagers.

Sommés de prendre leurs effets personnels pour se rendre à bord du San Jacinto, Mason et Slidell ne bougèrent pas, déclarant avec emphase qu'ils ne se soumettraient qu'à la contrainte physique.

le lieutenant Fairfax dut donc ordonner à ses hommes de se saisir des deux protagonistes sous les bras et de les transporter ainsi dans la chaloupe détachée du San Jacinto.

Après s'être emparé des deux parlementaires sudistes, Wilkes laissa le Trent continuer sa route vers la Grande-Bretagne.

Dès que le San Jacinto eut mouillé à Fort Monroe, dans la Chesapeake, et que la nouvelle de l'arrestation des Commissaires Confédérés se fut répandue dans le Nord, et à Boston pour commencer, Wilkes y fut accueilli comme un héros national. Gideon Welles, le secrétaire d'Etat à la Marine, lui adressa ses plus vives félicitations, et les membres de la "Top Society" de Boston improvisèrent un grand banquet en son honneur.

Ce n'était qu'un début. La presse s'empara de l'affaire et ses détails balayèrent bientôt tous les Etats libres de l'Union dont les populations furent secouées par une véritable frénésie.

Cette soudaine passion ne déferlait pas seulement dans les milieux populaires, mais jusque dans la Chambre des représentants qui décida, à l'unanimité, d'accorder à Wilkes une médaille spéciale pour sa conduite avisée et patriotique.

Quant aux victimes de cette affaire, Mason et Slidell, confortablement installés dans des chambres aménagées dans la prison de Fort-Warren (Massachussetts), ils se réjouissaient probablement de la publicité donnée à l'événement par une presse américaine absolument inconsciente de la très visible réaction de la Grande-Bretagne outragée dans ce qu'elle avait de plus cher : son hégémonie maritime.

Mais cette exaltation populaire, exacerbée par quelques journaux à tendance démagogique, ne contamina pas tout le monde. Lincoln demeura invisible, le secrétaire d'Etat, Seward, s'abstint de tout commentaire, le Postmaster General Blair émit quelques réserves sur l'opportunité de l'intervention de Wilkes, et Charles Summer, le président du Comité des Affaires étrangères du Congrès, s'il n'en avait tenu qu'à lui, aurait bien forcé Wilkes à ramener lui-même ses prises en Angleterre. Ces opinions ne sortirent pourtant pas du cénacle des politiciens de haut niveau ; l'événement les avait pris de court, mais, aux yeux de la population, il compensait les récents revers de leurs armées sur le continent.

LES CONSÉQUENCES INTERNATIONALES ET LES JUGEMENTS SUR CETTE AFFAIRE

S'il est intéressant d'avoir un jugement objectif sur cette affaire, il n'est pas de meilleure source que le Journal de Campagne du Comte de Paris.

Petit-fils de Louis-Philippe, fils aîné du Prince royal, le duc d'Orléans, Philippe, comte de Paris, avait dû prendre en 1848, à l'âge de dix ans, le chemin de l'exil. A l'Angleterre, où se trouvaient tous les princes d'Orléans, sa mère, la duchesse d'Orléans, née Mecklembourg Schwerin, avait préféré une installation en Allemagne, au château d'Eisenach, mis à sa disposition par son oncle, le duc de Saxe Weimar. La duchesse éleva ses fils dans le culte de leur père et leur insuffla ses idées à la fois chevaleresques et libérales.

Après des études sérieuses complétées par des voyages en Europe et en Orient, ayant atteint l'âge d'homme et ne pouvant, sous l'empire, servir dans l'armée française, il vit dans la guerre de Sécession l'occasion de servir sous les armes et de mettre son épée au service d'une cause que ses idées libérales lui désignaient comme la plus noble : celle de la liberté qui incluait aussi dans son esprit l'abolition de l'esclavage.

Débarqué à New York le 13 septembre 1861 avec son frère le duc de Chartres, et son oncle, le prince de Joinville, le jeune prince fut reçu par le président Lincoln qui lui réserva le meilleur accueil, et l'affecta, ainsi que son frère, à l'état-major du général MacClellan, alors commandant en chef de l'armée de l'Union, en qualité d'aide de camp, avec le grade de capitaine.

Le comte de Paris a laissé une œuvre abondante sur la guerre de Sécession. Si l'on met à part l'histoire de la guerre civile en Amérique 3 (7 volumes de 600 pages chacun), ses notes manuscrites (journal, papiers militaires et correspondances, notes militaires et correspondances, notes militaires sur la guerre civile américaine et sujets divers, artillerie, etc.) éclairent d'un jour très vivant une longue année de la guerre de Sécession4.

Ouvrons donc son journal à la date du 16 novembre :

“Le 16 novembre, la nouvelle s'est subitement répandue que Slidell et Mason avaient été pris. Joie générale. Mais, ont demandé aussitôt quelques personnes, comment a-t-on pu les prendre puisqu'ils avaient pris le paquebot anglais ? Et bientôt l'on a appris que la corvette, le San Jacinto, avait accosté le 8, dans le canal des Bahamas, le bateau le Trent, du Royal Mail, allant à Saint-Thomas, et avait enlevé de force les Commissaires du Sud, laissant leur famille continuer leur voyage. Le San Jacinto revenait de la côte d'Afrique, et apprenant à son passage à La Havane, le départ de M. Slidell, il avait immédiatement poursuivi le Trent. M. Seward déclare que le Commodore l'a fait sous sa propre responsabilité et qu'il n'avait pas donné cet ordre”.

 

Pour moi, je crois que, sans calculer la portée de ses actes, il s'est laissé aller à un moment de colère en voyant la manière dont M. Slidell lui avait échappé, et a ordonné de l'arrêter n'importe où, fût-ce sous le pavillon anglais. Les Américains sont comme des enfants, incapables d'apercevoir les conséquences de ce qu'ils font. M. Seward n'a peut-être pas songé un moment à l'importance de l'ordre qu'il donnait, car c'est ainsi que l'on fait ici, et il n'a vu, dans la capture de ses anciens adversaires politiques, de ses ennemis d'aujourd'hui, qu'une satisfaction donnée à ses rancunes et à celles de son parti et de la populace du Nord. Il est vraiment effrayant de voir un grand et riche pays livré dans des circonstances si délicates à la direction de pareils hommes, et je commence à croire qu'il lui faudra de longues et rudes épreuves pour apprendre à se mieux diriger.

La capture de M. Slidell est un outrage flagrant et injustifiable au pavillon britannique. L'explosion en Angleterre sera instantanée, générale et irrésistible. Si les Etats-Unis ne consentent pas à la réparation que l'Angleterre leur demandera, c'est la guerre. Ils ont été habitués à la traiter avec insolence et à la voir toujours céder, mais c'était lorsqu'ils étaient forts, lorsque leur commerce prospérait, lorsqu'ils tenaient l'Angleterre par le grand argument du coton.

“Aujourd'hui, la situation est bien changée ; le gouvernement fédéral est faible et toutes ses forces absorbées. Les Anglais n'ont gardé le souvenir de ses heureuses insolences que pour chercher à s'en venger, leurs immenses préparatifs contre la France leur donnant les moyens d'agir sur le champ, et la question du coton, au lieu de les retenir, doit aujourd'hui les pousser à la guerre. Mais les Américains ne voient pas ou ne veulent pas voir ce changement. D'ailleurs, comme toutes les démocraties, ils ont la vue prodigieusement courte. L'affaire Slidell satisfait aujourd'hui leurs grossiers instincts. Ils sentent bien, il est vrai, qu'elle leur attirera des difficultés avec l'Angleterre, mais ces difficultés, ils ne les sentiront que dans trois semaines, et quelle est la populace qui peut étendre ses prévisions trois semaines dans l'avenir ? Le fait présent leur suffit et ils s'inquiètent peu du lendemain. Certes, sur mon honneur, à entendre les conversations de gens qui semblent doués d'intelligence et de bon sens, je suis parfois tenté de me croire dans une maison d’aliénés”.

Voilà comment ce jeune prince qui a embrassé avec enthousiasme la cause du Nord porte un jugement très dur sur la nation qu'il est venu soutenir par les armes et sur ses dirigeants. La suite montrera à quel point ce jugement est exact, et on ne peut qu'admirer à quel point ce jeune homme de 23 ans fait preuve d'un grand sens politique.

“Si la guerre éclate avec l'Angleterre, ce pays ne saurait échapper à une crise analogue à celle de notre première Révolution. Il est impossible d'en prévoir les conséquences, mais je crois que le Sud y périra, que le Nord souffrira cruellement et sortira modifié et bouleversé, mais non détruit d'une crise longue et terrible.

 

D’abord la guerre actuelle changera de caractère. Le Sud, débloqué et soutenu par l'Europe, consacrera sa séparation ; l'armée fédérale sera impuissante à le subjuguer par la guerre régulière comme elle le fait aujourd'hui. Mais le Nord emploiera aussitôt l'arme terrible de la guerre servile. D'autre part, les éléments révolutionnaires excités dans le Sud, les principes désorganisateurs de la Sécession n'étant plus contenus par les anxiétés d'une grande lutte, éclateront de toute part. Le jour où l'existence de la Confédération sera consacrée, sa décadence et sa désorganisation commenceront.

Le Nord, serré entre ses ennemis du Sud, la frontière du Canada et les flottes anglaises, ayant tout son commerce ruiné, sera réduit à la défensive. Il se trouvera à peu près dans la situation actuelle du Sud, mais avec bien plus de ressources, une population plus considérable et plus de ténacité, je crois. Dans une pareille crise, la dictature militaire naîtra de la force même des choses. La révolution et les violences à l'intérieur, une lutte désespérée sur les frontières, voilà ce que je prévois”.

Plus loin : ...

“Le Gouvernement, aussitôt qu'il a appris l'arrestation de M. Slidell, n'avait qu'une seule ligne de conduite à la fois prudente et honorable à suivre : relâcher immédiatement ses prisonniers avant que cela pût avoir l'air d'une concession à l'Angleterre, avant même que l'opinion eût pu se prononcer ; il pouvait dire que le Commodore Wilkes avait exercé là le droit de visite, droit que les Anglais avaient souvent voulu établir, mais que l'Amérique avait toujours repoussé, et qu'aujourd'hui elle saisissait cette occasion pour proclamer hautement le principe de l'inviolabilité du pavillon qu'elle avait toujours défendu. Il y aurait eu tout avantage à relâcher les prisonniers ; car les garder ici en laissant leurs familles aller en Europe, c'est en faire des martyrs ; et si, en les arrêtant, on a voulu les empêcher d'intriguer pour la reconnaissance de la Confédération, ce but sera-t-il atteint lorsque leur arrestation provoquera une brouille avec l'Europe dont le premier résultat sera cette reconnaissance tant redoutée ? Enfin, en les relâchant, le Nord prouverait sa puissance, et les amoindrait.

 

Mais il faut dire que M. Seward avait, à ce qu'il paraît, donné par écrit l'ordre de les arrêter et que cet ordre aurait été lu sur le pont du Trent le 8 novembre.

Nous étions tellement pénétré de cet événement que mon oncle 5 est allé le lendemain (le 17) chez le général 6 pour lui en parler. Il lui a montré les choses telles que nous les représentent les lettres d'Angleterre, l'opinion publique hostile, mais encore hésitante, la France poussant à la guerre 7, et le ministère résistant avec peine à cette double pression.

Le général partage complètement notre manière de voir : “Il faut absolument éviter une difficulté avec l'Angleterre. Que voulez-vous que l'on fasse avec des gens qui sont capables de vous lancer ainsi sans vous prévenir dans de pareilles aventures ? Tenez, j'étais tellement occupé, lorsque vous êtes arrivé, à combiner l'attaque de la Nouvelle Orléans ; ce sera un grand coup, mais si l'on me met l'Angleterre sur les bras durant l'expédition, ce sera un désastre. Il faut que j'aille de suite chez le président pour lui faire sentir le danger de la situation, et le décider à relâcher M. Slidell”. Le soir, il est venu chez nous : ”J'ai perdu ma peine”, a-t-il dit, “le Président est incapable de comprendre une affaire politique, “he is perfectly insensible”, vous lui parlez des affaires les plus graves, vous croyez qu'il vous écoute, et il vous interrompt d'un coup pour vous raconter une anecdote. Maintenant, ils ont trouvé un précédent pour l'affaire Slidell, ils prétendent qu'ils auraient même eu le droit de confisquer le bâtiment anglais, et il est impossible de les faire sortir de leurs arguments de légistes, quant aux conséquences politiques, il est impossible de les leur faire voir”. Je crains aussi que le général n'ait été refroidi par l'un de ses amis, M. Staunton, homme de loi qu'il était allé voir auparavant. quoiqu'il en soit, là où le général avec toute son autorité avait échoué, il n'y avait plus rien à faire
qu'à espérer”.

Comme on le voit, le général MacClellan avait une vue beaucoup plus lucide de la situation que les civils Lincoln et Seward, ce dernier surtout qui, ayant certainement donné l'ordre de l'arrestation des parlementaires confédérés, ne voulait pas par orgueil reconnaître qu'il avait eu tort.

Quant aux répercussions en Angleterre de l'affaire, le jugement porté par le comte de Paris s'est révélé parfaitement juste.

En effet, lorsqu'en arrivant à Southampton, le 27 novembre 1861, le commandant du Trent eut relaté à quelle inquisition son bâtiment avait été soumis, une tornade de passions secoua brusquement le pays tout entier, la presse, et en particulier le London Times, réputé gouvernemental, ameuta l'opinion publique par de virulents éditoriaux qui, dès le 30 novembre déjà, assuraient que le Commodore Wilkes ne pouvait avoir agi sans l'assentiment de son gouvernement.

Le Times précisa ensuite que, si quelque analogie pouvait être établie entre l'interception du Trent et les anciennes pratiques de la Royal Navy en haute mer, l'enlèvement des deux civils protégés par l'Union Jack se situait néanmoins dans un contexte spécifique qu'il convenait de différencier totalement du passé.

Moins de trois jours après que le Trent eût jeté l'ancre dans le port de Southampton, le cabinet Palmerston votait les crédits nécessaires à la mise sur pied de guerre de la flotte toute entière, et à l'envoi d'un corps expéditionnaire de 8 000 hommes au Canada. Quant à lord Russell, ministre du Foreign Office, il rédigea à l'intention de son homologue américain une lettre qui, en substance, n'était rien d'autre qu'un ultimatum.

“Le gouvernement de Sa Majesté est persuadé que, lorsque cette affaire sera prise en considération par le gouvernement des Etats-Unis, ce dernier, de son propre chef, proposera aux autorités britanniques de réparer l'offense qui leur a été faite, dans les seuls termes acceptables pour le peuple anglais, à savoir : la libération des quatre gentlemen 8 en question qui seront replacés sous la protection britannique avec des excuses à la mesure de l'agression commise à notre égard”.

 

Pour mieux faire peser encore la vindicte britannique, lord Lyons, ambassadeur de Grande-Bretagne à Washington, avait été chargé d'exiger une réponse immédiate du gouvernement américain en brandissant la menace d'une déclaration de guerre immédiate.

Si ce document, assorti de telles mises en demeure, avait été transmis tel quel à son destinataire, il aurait à coup sûr déclenché les hostilités entre les deux nations, dans la mesure où lord Russell plaçait le président Lincoln le dos au mur en lui ôtant toute possibilité de sauver la face.

C'est alors qu'intervint la reine Victoria. Comme elle avait l'habitude lorsqu'il s'agissait d'apprécier un texte de portée internationale, elle soumit la lettre de Russell à son époux, le prince Albert, alors très malade. Ce dernier usa ses dernières forces9 à édulcorer les propos les plus percutants de son ministre du Foreign Office. D'autre part, dans un addendum rédigé à l'attention de Seward, le prince tendait une perche à ce dernier en laissant entendre que l'action du Commodore Wilkes ne résultait pas d'un ordre de Washington.

Dans un second document libellé le même jour (30 novembre 1861), Russell altérait sa précédente directive en ordonnant à lord Lyons de laisser à Seward un délai d'une semaine pour amener le gouvernement américain à reconnaître ses torts ! Enfin, le chef du Foreign Office adressait une ultime note à son ambassadeur dans laquelle ce dernier était invité à s' abstenir de proférer toute menace à l'égard des Etats-Unis tant que le délai en question n'était pas venu à échéance.

Toujours, grâce au Journal du Comte de Paris, l'on peut se rendre compte des répercussions aux Etats-Unis de la réaction de l'Angleterre.

“13 décembre 1861. les nouvelles de la première impression causée en Angleterre par l'affaire Slidell sont arrivées hier. Les Américains attendaient avec une inquiétude dissimulée, mais profonde. Une fois le premier moment d'excitation passé, l'extrême réserve de lord Lyons d'une part, du Gouvernement fédéral de l'autre, ont donné à réfléchir. On s'est demandé ce que ferait l'Angleterre, et cette longue attente, durant laquelle tout était calme et silencieux et au bout de laquelle pouvait se trouver une guerre dont chacun a eu le loisir de calculer les conséquences, a singulièrement refroidi l'opinion publique. Les uns ont commencé à dire que le jeu n'en valait pas la chandelle, et que c'était donner trop d'importance à MM. Mason et Slidell, les autres que si l'on prouvait qu'ils avaient été saisis illégalement, il fallait les rendre. Enfin, l'“Intelligencer”, organe de M. Seward, nous produit aujourd'hui une phrase presque entière de mon oncle Joinville, et qu'il faut savoir s'il est dans l'intérêt du pays d'endosser une doctrine qui a toujours jusqu'ici été repoussée aux Etats-Unis. En somme, les Américains étaient plus disposés à céder, ils s'attendaient à une explosion unanime en Angleterre, et elle a été, du moins au premier moment, moins forte qu'ils ne le craignaient. Aussi, peut-on espérer maintenant que l'affaire s'arrangera”.

 

L'on peut déjà constater que la vague d'enthousiasme qui avait soulevé les Etats nordistes depuis la mi-novembre s'est déjà singulièrement calmée. Mais, à la date du 13 décembre, on était encore sans nouvelles de la réaction officielle de la Grande-Bretagne. Pendant ce temps, la tension monte.

Reprenons le journal à la date du 21 décembre :

“Le 21 décembre 1861, l'affaire Slidell a pris depuis quelques jours la tournure et l'importance que nous avions toujours prévues et redoutées. Aujourd'hui, nous en sommes arrivés au point critique ; d'un moment à l'autre, nous pouvons apprendre, ou que les prisonniers ont été rendus, ou que les Etats-Unis résistent, et que la guerre va éclater. L'inquiétude est profonde, l'émotion extrême, et les rapides oscillations de l'opinion publique nous font passer brusquement de la crainte à l'espérance et de l'espérance à la crainte...”

 

Et plus loin...

“Le 16, sont arrivées les télégraphies du Cap Race qui nous ont appris l'indignation qui avait succédé en Angleterre au premier moment d'étonnement... Les articles des journaux anglais reproduits et publiés dans toute l'Amérique ont permis d'en juger. L'effet a été d'autant plus grand que ce peuple léger se croyait déjà hors d'affaire sur la foi d'un premier article du Times. La nation américaine a reçu toute entière ce matin-là un grand seau d'eau froide sur la tête.

 

La panique a été extrême parmi tous ceux dont les intérêts étaient absolument directement menacés. Les autres se sont tus. Les esprits politiques qui avaient toujours souhaité la conciliation en ont profité pour exprimer plus hautement leur opinion. J'ai rencontré au Sénat M. Summer qui m'a dit en propres termes : “Il ne s'agit plus que de trouver un moyen de nous en tirer honorablement”.

Quant au gouvernement, il a été jeté dans la plus grande perplexité, M. Seward avait depuis quelque temps répété avec affectation que le Commodore Wilkes avait agi sans ordres. Les gens les mieux informés ont su bientôt qu'il était disposé à céder et que, si une fraction du cabinet s'y opposait, il était en revanche appuyé par M. Lincoln.

Lorsque le général a dit de M. Seward : “He is the greatest coward on the face of the earth”, il ne le jugeait pas très sévèrement, je le crains, quoique je pense que l'ordre d'arrêter n'importe où les commissaires du Sud ait été décidé en cabinet, on peut cependant encore en douter. Mais si tout le monde, pour faciliter la conciliation, accepte les assurances de M. Seward, personne ne le croit. Il est parfaitement certain que l'ordre imprudent a été donné par lui. Il l'a donné par colère, par esprit de rancune personnelle, et aussi avec l'espoir de la popularité.

Il l'a donné avec imprévoyance et légèreté et cette ignorance de la situation de l'Angleterre et de son pays, ainsi que du sentiment du droit en Europe l'a fait persister dans sa faute jusqu'au jour même où les faits lui ont dessillé les yeux. Alors, il n 'a plus songé qu'à sortir d'embarras n'importe comment...”

Il n'y a guère de commentaires à faire sur cette analyse du comte de Paris. Le geste de Seward et ses conséquences sont fort bien analysés.

LE DÉNOUEMENT

Ce n'est que le 18 décembre 1861 que lord Lyons entra en possession des volumineuses instructions de lord Russell, et, le jour suivant, dans l'espoir "d'arrondir les angles", il informa Seward de l'objet de sa très prochaine démarche officielle. Ce dernier remercia le diplomate pour son attitude conciliatrice, et lui demanda un délai de deux jours avant de le recevoir. Le 21 décembre, toutefois, lorsque l'ambassadeur britannique apparut dans les bureaux de Seward avec son dossier "sous le bras", il lui fut répondu que les réactions de la presse locale et d'autres impondérables avaient empêché Seward d'étudier sérieusement la question, et un nouveau délai de deux jours fut demandé à Lyons, requête à laquelle ce dernier se plia de bonne grâce.

Il convient également de noter qu'entre temps le baron Mercier, ambassadeur de France à Washington, avait fait savoir à Seward que son pays supporterait énergiquement le point de vue britannique.

Il ne restait qu'une semaine au Cabinet de Lincoln pour répondre à l'ultimatum britannique ; ce fut dans la matinée de Noël que ses membres se réunirent pour débattre de la réponse à faire à la Grande-Bretagne.

Montgomery Blair, du Cabinet, et Summer, du Sénat, étaient partisans de la relaxation immédiate de Mason et Slidell.

Lincoln répugnait visiblement à céder devant un gouvernement qui supportait indirectement les corsaires sudistes. D'autre part, la veille de cette réunion, Seward l'avait entretenu de l'une des premières mesures de représailles exercées par l'Angleterre, à savoir l'embargo sur le salpêtre canadien dont dépendaient les poudrières nordistes de la compagnie du Pont pour assurer le continuation de la production de munitions.

Tous ces éléments ne manquèrent pas d'influencer Lincoln, mais en tout cas pas suffisamment pour que l'affaire fût réglée sur le champ.

Finalement ce fut Seward qui, après avoir été le défenseur acharné de la non-libération des commissaires sudistes, finit par changer totalement d'avis et plaider la cause de la libération.

Il avait convoqué MacClellan et lui avait demandé quelles seraient les chances de la Fédération si elle entrait en conflit avec l'Angleterre. Le général répondit que, dans une telle éventualité, l'Union pourrait renoncer à tout espoir de vaincre les Sudistes. Seward estima que, dans ces conditions, Mason et Slidell devaient être libérés sur le champ.

Aussi, le 26 décembre, Seward convainquit son entourage de la nécessité de faire prévaloir le principe de "une guerre à la fois", et, le 27 décembre 1861, une réponse favorable (quoique dénuée de toute excuse) fut donnée officiellement à l'ultimatum britannique.

Cette réponse, formulée par Seward, fut immédiatement reproduite dans toute la presse américaine. Elle ne constituait pas un chef d'œuvre du genre, tant son argumentation était fallacieuse et résolument démagogique, mais elle n'avait pour ambition que de recueillir un écho favorable auprès de la population nordiste et plus précisément de l'électorat républicain.

La bonne nouvelle, sous la forme d'un télégramme rédigé par lord Lyons, fut reçue à Londres le 8 janvier 186210. Elle annonçait laconiquement que Mason et Slidell, ainsi que leurs secrétaires, allaient être incessamment restitués à la Grande-Bretagne, et le surlendemain (10 janvier), lord Russell répondit à son ambassadeur à Washington que la réponse américaine était considérée comme satisfaisante et que l'incident désormais était clos.

Au moment où les commissaires confédérés débarquèrent du H.M.S. Rinaldo à Liverpool, l'affaire avait déjà été oubliée du public britannique, et, bien que leurs noms eussent été à la "une" des plus grands quotidiens du pays, personne ne les attendait à l'arrivée de leur train à Londres.

CONCLUSION

L'affaire du Trent, qui aurait pu provoquer une guerre à la fois navale et terrestre entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis du Nord, et dont personne ne peut imaginer exactement quelles en auraient été les conséquences, se terminait pacifiquement.

Finalement, libres, Mason et Slidell étaient politiquement beaucoup moins dangereux qu'enfermés dans les geôles de l'Union. Les deux commissaires du Sud avaient été à deux doigts de faire triompher leur cause, non en raison de leur mérite, mais en tant qu'abstraction impliquée dans une question de droit international. La Grande-Bretagne avait laissé passer l'occasion d'aider le Sud à obtenir son indépendance. Comme a pu l'écrire le général Lee :

“Nous devons nous résoudre à mener notre lutte seuls. Nous ne pouvons compter sur aucun appui”.

 

BIBLIOGRAPHIE

E. 0. Adams, Great Britain and the American War, 2 vol. Gloucester - Massachusetts, 1957.

D. Mc M. Fairfax, "Captain Wilkes' seizure of Mason and Slidell" Battles and Leaders - Vol. 2, New York, 1884.

J. M. Schmidt, "The Trent Affair", Civil War Illustrated, Gettysburg, Pennsylvanie, janvier 1963.

H.W. Temple, "W. H. Seward Secretary of State 1861-1869", The American Secretaries of State and their diplomacy, - vol. 7, New York, 1928

(Ces quatre ouvrages ont été consultés à la Bibliothèque américaine à Paris, 10 rue du général Camou, 75007 Paris).

- Bulletin trimestriel du Chab News, organe de la "Confederate Historical Association of Belgium", 31-12-1989.

- Journal de Campagne du Comte de Paris, Archives nationales, Archives de la Maison de France, (300 APIII 385).

 

* Conférence prononcée à la Sorbonne le 29 janvier 1991.

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Notes:

1 Ambassadeur de France à Londres.

2 Raphaël Semmes devait être plus tard le Commandant du C.S.S. Alabama, qui devait être coulé le 19 juin 1864 au large de Cherbourg, et dont on vient de retrouver l'épave.

3 Que l'on peut trouver à la Bibliothèque nationale.

4 Ce journal et toutes ces notes se trouvent aux Archives nationales.

5 Le Prince de Joinville.

6 Le général MacClellan.

7 poussant l'Angleterre à la guerre.

8 Mason et Slidell et leurs secrétaires.

9 Il devait mourir deux semaines plus tard.

10 Le 12 août 1858, s'échangea le premier télégramme entre Terre-Neuve et l'Europe.

 

 

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