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LE VICE-AMIRAL EMMANUEL AUGUSTE DE CAHIDEUC COMTE DU BOIS DE LA MOTTE (1683-1764)
Hubert GRANIER
Emmanuel Auguste de Cahideuc, comte du Bois de la Motte est né à Rennes dans l’hôtel de ses parents en 1683. Il est baptisé en la Paroisse de Saint Sauveur le 1er avril 1683 ; Charles René d’Andigné, son parrain, Jeanne de Cahideuc, épouse de François d’Andigné, sa tante et Thérèse Boterel, dame de la Voué, sa marraine, ont signé sur le registre de Saint Sauveur. La famille de Cahideuc Les Cahideuc ancienne famille de chevalerie bretonne, originaire de la paroisse d’Iffendic en Ille et Vilaine, pouvant justifier de 14 générations successives, sont déclarés d’ancienne extraction à la Réformation en 1668. Leur château s’élevait à 2 kilomètres dans l’ouest d’Iffendic, où une ferme porte encore le nom de Cahideuc. leurs armoiries sont "de gueules à 3 têtes de léopard d’or" et leur devise "Antiqua fortis virtute" ; elles figurent toujours sur les vitraux et les piliers de l’église d’Iffendic. Le fondateur de la famille, Jehan de Cahideuc, est mort vers 1200 ; Robert de Cahideuc, qui épouse Jeanne de Montfort, se croise en 1248 ; Raoul de Cahideuc, époux de Louise de Liscouët, est écuyer tranchant de la reine sous François Ier. François, onzième seigneur de Cahideuc, né en 1530, époux de Françoise de Coëtlogon Méjusseaume en 1555, veuf en 1570, devient prêtre, chanoine de Rennes et Prieur de Bécherel, d’Iffendic et de Saint Nicolas de Montfort ; son fils Arthur, né en 1562 à Rennes, fait le blocus de l’île Tristan à Douarnenez en 1595 contre le pirate Fontenelle et meurt à Bignan près de Locminé en 1631 ; il était seigneur de Saint Armel au sud de Rennes et baron du Guildo. La terre du Bois de La Motte, dans la commune de Trigavou au nord de Dinan, dans les Côtes d’Armor, fut érigée en bannière le 21 juillet 1433 par le duc Jean V de Bretagne au profit de son chambellan Jean de Beaumanoir, né au château d’Evran au sud de Dinan ; à cette époque s’élève au Bois de la Motte un château fort avec douves, pont levis, murailles, tours crénelées et donjon. Par mariage des héritières des seigneurs du Bois de La Motte, la seigneurie passe successivement à François de Coëtquen, à Michel de Bellouan et à Jean Ier d’Avaugour (1550-1617), gouverneur de Dinan. Son fils Jean II d’Avaugour, dont la terre du Bois de La Motte est érigée en Marquisat en 1621 par Louis XIII (premier marquis) meurt en 1654 sans enfants. Le marquisat passe à la fille du frère uterin de son père Guyonne de Montbourcher, qui a épousé en 1633 Sébastien de Cahideuc (13e du nom), lequel devient ainsi deuxième marquis du Bois de la Motte en 1654 (voir généalogie). Leur fille Jeanne épouse François d’Andigné seigneur de la Chasse (château voisin de celui des Cahideuc), qui acquiert la terre de Cahideuc reliée, selon la légende, par un souterrain à La Chasse ; leur fils Jean François né en 1640 à Cahideuc (14e du nom) épouse en 1664 Gillonne de Langan, fille du marquis de Bois Ferrier, fait reconstruire l’église de Saint Armel et devient en 1670, à la mort de son père le troisième marquis du Bois de la motte. Le marquis et la marquise du Bois de la Motte habitent Rennes dans leur hôtel particulier, et le château du Bois de la Motte en Trigavou près de Dinan ; ils ont successivement deux fils : Jean François, né en 1665, et Henri-Charles, né à Rennes en 1673 ; deux filles : Marie-Anne, morte à sa naissance en 1679, et Claire Hyppolyte, née à Rennes en 1681, qui deviendra visitandine ; un troisième fils en 1683, Emmanuel Auguste, le futur vice-amiral, dont la vie et les combats sont l’objet de cette biographie ; une troisième fille Julienne Lucrèce, née à Rennes en 1685, et un quatrième fils Achille né en 1688. La jeunesse d’Emmanuel-Auguste (1683-1698) Emmanuel Auguste, dont le père est conseiller au Parlement de Bretagne, fait ses études à Rennes et passe ses vacances avec ses frères et ses soeurs au château du Bois de la Motte, où pendant 5 ans règne encore sa grand mère la marquise douairière, née Guyonne de Montbourcher, décédée en 1688, l’année de la naissance de son dernier frère. Il perd en 1692 le premier de ses frères aînés, Jean François, capitaine de dragons, marquis de Brie, tué à 27 ans en Savoie et inhumé en la cathédrale de Rennes ; son père réserve son bien à son deuxième fils Henri Charles, qui deviendra le 4e marquis du Bois de la Motte. Admis garde de la Marine le 22 juillet 1698 à 15 ans, Emmanuel-Auguste entre à la Compagnie de Brest le 8 novembre ; le cousin de son père, le chef d’escadre Alain Emmanuel de Coëtlogon, n’est certainement pas étranger à sa vocation maritime, destinée d’ailleurs normale pour un cadet sans fortune. 2 - Garde de la Marine, Sous-BriGadier et BriGadier (1698-1708) A partir de novembre 1698, le jeune du Bois de la Motte fait ses classes à Brest dans la Compagnie des Gardes, un an après le traité de Ryswick, qui mettait fin à la guerre de la Ligue d’Augsbourg. Les compagnies des Gardes dans les ports doivent former les officiers de vaisseau et leur fonctionnement est réglé par l’Ordonnance de 1683 rédigée avant sa mort par Colbert, qui disait "Tout ce qui s’est fait et se fera dans la Marine ne servira de rien, si l’on n’a pas de bons officiers". Emmanuel-Auguste s’exerce aux évolutions militaires, au maniement des armes, à la pratique des arts du gentilhomme : escrime, danse..., visite l’arsenal et se prépare à son métier d’officier de marine. Avec plusieurs camarades, Emmanuel Auguste embarque en 1699 sur le vaisseau l’Eclatant du lieutenant-général comte de Relingues. L’effectif des Gardes constitue un vingtième de l’équipage. Traité en soldat, il fait la police, porte des ordres, arme les batteries et est initié par les officiers et les pilotes à la manoeuvre et à la navigation. Le jeune du Bois de la Motte va naviguer et apprendre son métier sur l’Eclatant de 1699 à 1701 et sur le Merveilleux dans l’escadre du comte de Chateaurenault, promu vice-amiral à la mort de Tourville, de 1701 à 1703. Durant la guerre de Succession d’Espagne, leMerveilleux escorte des galions espagnols à travers l’Atlantique et ne participe pas au désastre de Vigo le 23 octobre 1702 durant lequel l’amiral Rooke s’empare de 6 vaisseaux français, de 3 vaisseaux et 6 frégates espagnols et de 19 galions ramenés de La Havane par Chateaurenault, tandis que 9 vaisseaux français sont incendiés dans le port pour ne pas tomber aux mains des Anglais. En 1703, Emmanuel-Auguste de Cahideuc embarque sur le vaisseau la Couronne, armé à Toulon et commandé par le chef d’escadre M. de Châteaurenault, fils du vice-amiral, qui sert dans l’escadre du lieutenant-général de Coëtlogon. celui-ci, sur le Monarque, attaque avec son escadre le 22 mai 1703, au large de Lisbonne un convoi hollandais escorté par 5 vaisseaux, dont l’un est coulé et les 4 autres pris. Emmanuel Auguste du bois de la Motte reçoit dans cette affaire le baptême du feu, lorsque la Couronne aborde le Rescherner. En 1704, il passe sur le Terrible monté par le lieutenant général de Relingues, qui sera mortellement blessé au combat de Velez Malaga le 24 août ; du Bois de la Motte est également blessé au bras durant la bataille et sert en qualité de lieutenant de grenadiers au siège de Gibraltar en 1705. Le 1er novembre 1705, Emmanuel-Auguste de Cahideuc est major de batteries à Saint Malo et revient souvent au château paternel du Bois de la Motte en Trigavou. En 1706, il devient second de la Dauphine, commandée par M. de Gouyon Miniac, qui dans un combat très vif s’empare de 2 corsaires flessinguois de 30 et 36 canons emmenés à Port Louis, de plusieurs marchands, d’un portugais de 36 canons, d’un vaisseau dans la rade de l’île Saint Michel sous les forts malgré les tirs de toutes les batteries et d’un corsaire de Salé de 18 canons. En 1707, sur l’Achille, commandé par M. de Beauharnais dans l’escadre de Duguay Trouin, du Bois de la Motte participe au combat du cap Lizard, durant lequel le 21 octobre, Duguay Trouin sur le Lys et M. de la Jaille sur la Gloire s’emparent du Cumberland de l’amiral Richard Edwards ; M. de Courserac sur le Jason prend le Chester ; M. de la Moinerie sur le Maure vient à bout du Ruby ; seul le Royal Oak échappe à l’Achille, tandis que Forbin engage le Devonshire, qui coule pavillon haut. Du bois de la Motte est nommé brigadier des Gardes-marine le 7 janvier 1708. 3 - Enseigne de vaisseau (1709-1727) Promu enseigne de vaisseau, le 13 février 1709, du bois de la Motte obtient du comte de Toulouse la permission d’armer et d’équiper en guerre, la frégate Argonaute de 44 canons "pour courir aux pirates". Il s’empare d’une frégate anglaise de même force, croise à l’ouvert de la Manche et se trouvant dans la brume au milieu de 5 gros vaisseaux anglais, s’échappe en manoeuvrant. A la vue du cap Lizard, il rencontre une petite flotte anglaise de 7 à 8 navires marchands escortés par un vaisseau de 60 canons, auquel il livre un combat de 3 heures en effectuant trois tentatives d’abordage. A la suite d’un incendie dans le gaillard d’avant, il est obligé d’abandonner la lutte : mâts abattus, gréements hachés ; sur 300 hommes d’équipage, il n’en reste que 80 debout ; son jeune frère Achille, âgé de 19 ans, a reçu 2 coups de fusil au travers du corps et est coupé en deux par un boulet. Après une relâche à Brest pour réparer, il prend, avec l’Amazone de M. de La Jaille, 3 vaisseaux anglais ; il fait ensuite de nombreuses prises sur la côte d’Irlande et combat un corsaire flessinguois de 54 canons. A la prise de Rio de Janeiro le 21 septembre 1711 dans l’escadre de Duguay Trouin, du bois de la Motte commande une compagnie de grenadiers. A la paix, Emmanuel-Auguste de Cahideuc quitte le commandement de l’Argonaute et sert à terre au port de Brest. Il perd son père le 15 février 1712, qui meurt à 72 ans en rentrant des Etats de Bretagne et est inhumé à Saint Armel, dont il avait fait reconstruire l’église. Le 28 octobre 1713, il épouse Jeanne François d’Andigné, la fille de son parrain et de Jeanne de Bréban, qui lui donnera un fils né à Saint-Malo en 1714, et un second fils, Charles François-Emmanuel né à Rennes en 1716. Il est nommé chevalier de Saint Louis à 20 ans de service le 28 juin 1718. Les années s’écoulent monotones et ses états de service font apparaître chaque année ses mois de présence à Brest et ses congés ; il réside dans son Hôtel à Rennes de 1722 à 1724. 4 - Lieutenant et capitaine de vaisseau Promu lieutenant de vaisseau le 17 mars 1727 à 44 ans après 18 années passées dans le grade d’enseigne, du bois de la Motte embarque sur le vaisseau Griffon, commandé par Nesmond de Brie du 1er juillet 1733 au 10 janvier 1734. En 1734, à la demande de Duguay Trouin qui l’apprécie, il rédige avec Desherbiers de Létanduère des instructions de manoeuvre et de combat. De mai à octobre 1734, il embarque sous les ordres de Létanduère sur le vaisseau Neptune. Dés 1735, Duguay Trouin, l’a recommandé à Maurepas pour qu’il soit promu capitaine de vaisseau ; il est nommé à ce grade le 1er avril 1738. Il assiste la même année au mariage de son frère aîné Henri Charles avec Claire Hingant de la Tremblaye ; la cérémonie religieuse se déroule à Saint Samson, à quelques kilomètres du château du Bois de la Motte. Emmanuel-Auguste de Cahideuc devient du 24 juillet 1740 au 5 mai 1741, second sur le Superbe du chef d’escadre de Roquefeuil, qui commande une division dans l’escadre du vice-amiral d’Antin envoyé, avec de timides instructions, croiser aux Antilles entre la Martinique et Saint Domingue, en raison de la tension diplomatique régnant entre l’Angleterre et l’Espagne, à laquelle nous sommes alliés par le Traité de L’Escurial. Antin meurt à son retour à Brest en avril 1741. Du Bois de la Motte sert à terre à Brest en 1742 et 1743 ; il prend le commandement du vaisseau Mercure du 8 janvier 1744 au 3 octobre 1744 et fait 3 prises au moment où éclate la guerre de Succession d’Autriche, qui oppose la France et l’Espagne à l’Autriche sur le continent et à la Grande Bretagne à la mer. De février à novembre 1747, il commande le Caribou, avec lequel il escorte un convoi à Saint Domingue dans l’escadre du chef d’escadre Létanduère et ramène 50 voiles jusqu’à Brest. Le 18 juillet 1746, il prend le commandement du Magnanime. Le combat du Magnanime (29 novembre 1746) Le 28 novembre 1746, après avoir vu entrer à Fort Royal de la Martinique, les vaisseaux l’Espérance et l’Aquilon et les bâtiments marchands destinés aux îles du Vent, du bois de la Motte, commandant le Magnanime, de 74 canons, fait route vers Saint Domingue avec la frégate Etoile, escortant environ 40 bâtiments marchands. Le 29 à 8 heures du matin, du Bois de la Motte aperçoit 4 vaisseaux anglais, qui lui donnent la chasse. A 4 heures du soir, deux de ces vaisseaux sont encore loin, les deux autres portant chacun 60 canons, sur la hanche du Magnanime, et commencent à le canonner. M. de la Motte, décidé à se sacrifier pour sauver le convoi, le fait passer devant lui avec la frégate Etoile. Toute la nuit le Magnanime soutient le feu des deux vaisseaux anglais, dont la vitesse est supérieure à la sienne et qui cherchent à le démâter. Pris en enfilade par leurs bordées, du Bois de la Motte ne peut riposter qu’avec ses canons de retraite. A 3 heures du matin les 2 vaisseaux anglais découragés se tiennent hors de portée ; toute la journée du 30, le Magnanime est poursuivi par les 4 vaisseaux britanniques, qui selon les alternances de la brise, se rapprochent ou se trouvent distancés ; à 4 heures du soir les anglais abandonnent la chasse ; du bois de la Motte a sauvé son convoi. A l’atterrissage sur Saint Domingue, 3 bâtiments de commerce mal manoeuvrés sont pris par des corsaires et un quatrième s’échoue. Emmanuel-Auguste de Cahideuc quitte le Cap Français le 1er avril 1747 avec le Magnanime, l’Alcide, l’Arc en Ciel et le Zéphyre, escortant 7 bâtiments marchands se rendant au Petit Goave. Le 3 avril ayant enlevé une prise à un corsaire anglais, celui-ci appelle à la rescousse 3 vaisseaux britanniques de 80, 74 et 66 canons, auxquels il donne 100 hommes de son équipage. Le 5, du Bois de la Motte les engage ; l’Arc en Ciel et l’Alcide sont dégréés par les bordées anglaises ; le capitaine de vaisseau de la Motte se retrouve seul contre les 3 vaisseaux ennemis ; il reçoit 18 bordées à bout portant ; les anglais, dont l’un a été démâté de son petit mât de hune, s’éloignent. Le Magnanime, criblé de boulets, ayant 49 tués ou blessés, rejoint l’Alcide et l’Arc en Ciel et conduit le convoi à Petit Goave. Le 2 mai 1747, du Bois de la Motte quitte Saint Domingue avec 163 voiles, qu’il conduit en France ; intercepté par Anson, il perd 48 marchands avant de rentrer à Brest, où il débarque du Magnanime. Etant passé à la haute paye de capitaine de vaisseau le 1er janvier 1747, Maurepas le récompense de ses succès aux Antilles en lui faisant attribuer par le Roi une pension de 1 200 livres sur le Trésor royal le 1er août. Ayant reçu le 11 juillet 1748 une gratification de 6 000 livres et 1 000 livres de pension sur la Marine, du bois de la Motte reste à terre de 1748 à 1750. Il achète le manoir des Mottes à proximité d’un étang du même nom au village de Sainte Colombe, prés de Couesmes à 25 kilomètres au sud de Rennes ; il va ainsi pouvoir mener une vie familiale à la campagne sur ses terres, car le château des Cahideuc, du bois de la Motte en Trigavou, appartient à présent à son neveu Emmanuel-Auguste, cinquième marquis depuis la disparition de son père Henri Charles décédé en 1747 et inhumé au pied de l’église de Trigavou. 5 - Chef d’escadre (1751-1755) La pension sur la Marine de du bois de la Motte est portée le 17 février 1750 à 1 500 livres ; le 1er janvier 1751, il est nommé chef d’escadre des Armées navales, gouverneur des îles sous le Vent à 68 ans ; il rejoint Saint Domingue sur l’Illustre, qu’il commande jusqu’en novembre 1751 et que Kersaint ramène en France ; il apprend à Saint Domingue la mort de son fils aîné, décédé à Brest le 26 novembre, quelques mois après sa promotion au grade de lieutenant de vaisseau. Remplaçant le chef d’escadre, comte de Conflans, il tombe gravement malade et ne prend ses fonctions de Gouverneur qu’en février 1752 ; il quitte le Cap Français en mai 1753 et arrive à Brest le 2 juillet. A 70 ans il est nommé Commandeur de l’Ordre de Saint Louis avec 3000 livres de pension et faculté de porter le ruban rouge couleur de feu en écharpe : le Cordon rouge. Du Bois de la Motte reçoit en 1755 le commandement de 19 bâtiments armés en flûte, chargés de ravitailler le Canada et l’île Royale et d’y transporter les troupes du général Dieskau à la suite de l’occupation de l’Acadie par les Anglais et des mesures prises contre la population française, "le Grand Dérangement’. Sur l’Entreprenant, il quitte Brest le 3 mai, protégé par les escadres de Macnamara puis de Duguay. Grâce au brouillard, il échappe à l’amiral Boscawen, qui a reçu l’ordre de l’intercepter ; seuls l’Alcide et le Lys sont capturés, après une lutte inégale le 10 juin. Au retour, pour éviter l’ennemi, le chef d’escadre passe audacieusement avec son escadre par le détroit de Belle Isle entre Terre neuve et le Labrador, route qu’aucun vaisseau n’avait emprunté avant lui. Son arrivée à Brest est couverte le 21 septembre 1755 par l’escadre de Duguay, qui réussit par de brillantes manoeuvres à écarter les forces de Hawke. Du Bois de la Motte assiste au mariage de son neveu Emmanuel Auguste Marquis du Bois de la Motte avec Marie Eon de Carman. 6 - Lieutenant GÉnÉral (1755-1762) Nommé lieutenant-général le 25 septembre 1755, du Bois de la Motte, qui a eu 72 ans, obtient un congé non limité le 30 septembre. Le 16 juin 1756, la Guerre de Sept ans contre la Grande-Bretagne est officiellement déclarée. Le 27 janvier 1757, le lieutenant-général marie son fils cadet Charles François Emmanuel, lieutenant de vaisseau depuis 1751, à Mademoiselle de Boisgelin, fille du marquis de Cucé, Président à mortier au Parlement de Rennes, âgée de 21 ans. Le Roi lui écrit pour lui assurer la première des deux places de vice-amiral de France, qui viendra à vaquer. Il est autorisé à arborer le pavillon de vice-amiral à la mer et dans les ports. Le 30 mars 1757, il est fait Grand Croix honoraire de l’Ordre de Saint Louis. Dernière mission à la mer (3 mai-3 novembre 1757) A 74 ans, du bois de la Motte reçoit le commandement d’une escadre de 9 vaisseaux et de 2 frégates, qui doit ravitailler Louisbourg à l’île Royale. Il met sa marque sur le Formidable le 3 mai 1757 et arrive à Louisbourg le 19 juin. Les instructions qui lui sont données sont restrictives ; elles sont conformes à la thèse de Bigot de Morogues, qui dans son Traité des Evolutions et des Signaux, dédié à Choiseul, prétend qu’il est possible de réaliser de grandes opérations sans avoir à livrer bataille : "Vous devez éviter s’il est possible la rencontre des escadres anglaises. Supposez que vous les rencontriez, vous vous tiendrez sur vos gardes relativement aux manoeuvres qu’elles feront. Et si elles vous donnent lieu de soupçonner qu’elles en veulent venir à une attaque, je trouverai bon que vous cherchiez à l’éviter autant qu’il sera possible sans compromettre l’honneur de mon pavillon". Pourtant la concentration sous ses ordres des forces de Bauffremont, venant de Brest, et de M. de Revest, venant de Toulon, porte l’effectif de son escadre à 18 vaisseaux et 5 frégates et devrait lui permettre d’anéantir la flotte rassemblée à Halifax par les Anglais pour attaquer Louisbourg, sous le commandement de Hardy. Il est vrai qu’une épidémie de typhus dans les équipages l’empêche de mener des opérations offensives ; son dispositif défensif conduit l’adversaire à se retirer, lorsqu’il se présente devant l’île Royale, ce qui retardera d’un an la chute de Louisbourg. Après quatre mois de séjour au Canada, son escadre étant ravagée par le typhus, du bois de la Motte quitte Louisbourg le 4 octobre et débarque à Brest le 23 novembre 5 000 malades, qui transmettent l’épidémie à la population, causant un véritable désastre sanitaire. Ce fut la dernière traversée du lieutenant-général ; le ministre Moras l’informe que le Roi lui accorde "les honneurs et les appointements de vice-amiral de France" à compter du 30 mars 1757. L’affaire de Saint Cast (septembre 1758) Le 5 janvier 1758, le duc de Malborough débarque avec 15 000 hommes à Cancale, brûle 80 bâtiments dans les bassins et sur les chantiers de Saint Servan et regagne en hâte ses transports sous la menace de colonnes françaises imaginaires. En août, Blight descend à Cherbourg et détruit tous les ouvrages du port ; le 3 septembre, il débarque à Saint Briac et marche sur Saint Malo ; les bâtiments de la Rance sont armés ; le duc d’Aiguillon, gouverneur de Bretagne rassemble les milices à Lamballe. Le vice amiral du bois de la Motte, à 75 ans, participe au combat de Saint Cast, qui rejette les Anglais à la mer, le 11 septembre après avoir perdu 4 000 hommes ; son fils, capitaine de vaisseau depuis 1757, poitrinaire, à demi paralysé et perclus, retiré du service depuis le 25 juillet, l’accompagne en se faisant lier sur un cheval ; le frère de sa bru, le jeune Boisgelin de Cucé, est tué à Saint Cast. 7 - La retraite (vice-amiral) et la mort (1758-1764) Le 15 août 1759, du bois de la Motte, qui vit dans son domaine des Mottes et son Hôtel de Rennes perd son neveu, le fils de son frère marquis, lieutenant de vaisseau depuis 1756, qui meurt à Port au Prince. Le 4 juillet 1761, le lieutenant-général est fait Grand Croix de l’Ordre de Saint Louis avec 6 000 livres de pension, dignité qu’il attend depuis 1757. Le 13 octobre 1762, à 79 ans, il est nommé vice-amiral en remplacement de M. de Barrailh décédé à 91 ans. Il meurt le 23 octobre 1764, à 81 ans, à Rennes ; ses obsèques se déroulent en l’église de Toussaints ; il est inhumé dans l’église de Sainte Colombe, qui dessert sa propriété des Mottes. 8 - L’homme et sa descendance A la mort de du Bois de la Motte, son deuxième fils Charles François Emmanuel vit encore ; tuberculeux, il disparaît en 1766. Son petit fils Emmanuel-Paul, né le 1er mai 1764 et qu’il n’aura connu que quelques mois, deviendra capitaine au Régiment Royal Cavalerie ; aide de camp de Monsieur, frère du Roi, il émigre en 1790 et meurt vers 1860, très riche et dernier du nom.
Emmanuel-Auguste de Cahideuc, qui avait perdu son frère Achille à son bord en 1709, son fils aîné lieutenant de vaisseau en 1751 à Brest, son neveu, lieutenant de vaisseau fils de son frère aîné, à Port au Prince en 1759, n’aura pas de descendance dans la Marine, car son deuxième neveu, également lieutenant de vaisseau, disparaît en 1768, après 22 ans de service. Son neveu Emmanuel-Auguste cinquième marquis de Cahideuc du Bois de la Motte depuis 1747, n’a pas de fils et sa petite nièce Marie-Françoise Angélique épouse en 1773 Jean Baptiste Le Roux de Coatando, maréchal de camp (1739-1817). Le château du Bois de la Motte est vendu en 1890 aux Briot de la Mallerie. Entouré d’une large douve, il existe toujours et dresse fièrement sa tour centrale et ses ailes sévères sur la route de Dinan à Ploubalay en la commune de Trigavou. Cadet de famille sans fortune, du Bois de la Motte doit sa carrière à son seul mérite ; c’est un remarquable manoeuvrier : "Faire passer pour la première fois une escadre entière par le détroit de Belle Isle au nord de Terre Neuve n’est pas à la portée du premier venu" (E. Taillemite). Chef énergique, audacieux et plein d’allant, il reste cependant méthodique et réfléchi. Duguay Trouin, dont il fut l’élève et qui avait pour lui une grande affection, loue "sa valeur, sa prudence et son sang froid". Il a servi 66 ans et a été présent "aux grandes actions de son temps" ; il a pris part à 21 combats et fait 17 campagnes. Il a fait honneur à la très ancienne famille de Cahideuc et à sa devise "Antiqua Fortis Virtute" ; il demeure une des plus belles figures de la Marine du XVIIIe siècle. Bibliographie et sources P. La Condamine, Epopée de la Bretagne, 1977. Levot, Biographies Bretonnes. E. Taillemite, Dictionnaire des Marins français, 1982, E.M.O.M. Archives Nationales Marine - B4 68 F°97-C1 160 161 165 166 286-C7 90, Départementales d’Ille et Vilaine et Municipales de Rennes. GÉNÉALOGIE DES CAHIDEUC DU BOIS DE LA MOTTE
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