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LA GRANDE CROISIERE DE BAILLY DE CHAMBRAY CONTRE LES TURCS EN 1732

 

André PLAISSE

 

Pendant des siècles, sur mer comme sur terre, les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem n’ont pas cessé de batailler contre les Turcs et les Barbaresques.

Au XVIe siècle, après s’être réfugiés à Malte, dernier rempart de la Chrétienté contre l’Islam, ils continuent de se livrer à des actions offensives dans le Ponant et le Levant. Avec leurs fines galères, ils participent en 1571 à la célèbre bataille navale de Lépante.

Puis, au début du XVIIIe siècle, pour mieux protéger les navires marchands chrétiens et lutter efficacement contre les bâtiments du Grand Seigneur, ils modernisent leur flotte. A leurs cinq galères, qui ne pouvaient guère s’éloigner des côtes à la mauvaise saison, ils adjoignent quatre vaisseaux, capables à la fois d’affronter les sautes d’humeur de la Méditerranée par tous les temps et d’attaquer tous les navires de haut bord grâce à leurs puissantes batteries.

Ils se prêtent alors à toutes les missions : convoyage de bateaux marchands, police de la mer dans le canal de Malte et ses parages, patrouilles dans les eaux barbaresques, délivrance de navires capturés en haute mer, attaque de vaisseaux turcs, incursions et "jonctions" dans le Maghreb pour faciliter des entreprises chrétiennes comme à Oran en 1707, et, exceptionnellement, grandes croisières dans les mers lointaines du Levant pour dommager la flotte du sultan.

Croiser vers la Terre Sainte était alors toute une affaire. Depuis le temps d’Homère, les vents de la Méditerranée n’avaient guère changé, et il fallait toujours compter sur eux pour voguer dans de bonnes conditions. Même lorsqu’ils gonflaient les amples voilures étagées des vaisseaux, ils ne permettaient pas de joindre Malte à Chypre en moins de quinze jours. Et, par le fait même qu’elle requérait de multiples préparatifs, une expédition guerrière dans le Levant présentait toujours un caractère extraordinaire.

Nous nous proposons, dans cet article, d’analyser l’une de ces grandes croisières, celle qui, en juillet-août 1732, permit à l’escadre de l’Ordre de Malte de remporter une éclatante victoire dans les eaux égyptiennes.

LE PROJET DU GRAND MAÎTRE

L’Ordre, le pape et le roi

Dans le premier tiers du XVIIIe siècle, les grands inspirateurs de la politique de l’Ordre sont le Souverain Pontife et le Roi Très-Chrétien.

Au Saint-Siège, la doctrine proclamée à l’égard des Infidèles n’a pas varié depuis des siècles, comme le prouvent ces extraits du bref du pape et du discours de l’ablégat qui furent lus ou prononcés dans la cathédrale Saint-Jean, à La Valette, le 3 mai 1725 lors de la remise au grand maître Manoël de Vilhena de l’estoc et du casque bénits par Sa Sainteté Benoit XIII. Ainsi armé, "vous brûlerés d’une nouvelle ardeur et les ennemis de la foi vont être terrassés. L’épée sacrée est donnée à Emmanuel afin que ce prince (...) dissipe ces nations ennemies de la Croix qui mettent leur gloire dans leur barbarie". L’ennemi de la Sainte Foi, c’était l’Islam. Trucider un "Turc" était un acte de piété à l’égard du Seigneur.

A la cour de France, on partage les mêmes sentiments. Les relations sont d’autant plus excellentes entre le Roi Très-Chrétien et le grand maître que "la fille aînée de l’Eglise" est en guerre contre la régence de Tripoli dont les corsaires, malgré de multiples menaces de représailles, ne cessaient d’insulter les navires français. En juillet 1728, Tripoli est copieusement bombardé par l’escadre de l’amiral de Grandpré. De 1700 à 1735, le commandement des vaisseaux de l’Ordre n’est pas "sorty de la nation françoise". Et, précisément, en 1732, le "lieutenant général des armes de la Religion en mer et commandant de l’escadre des vaisseaux" est le normand Jacques-François de Chambray, dont la famille vit depuis des siècles aux environs d’Evreux, dans un château dressé sur les bords de l’Iton. C’est lui qui, sous l’autorité nominale du grand amiral de l’Ordre, dirige en fait l’escadre gérosolomitaine, raison pour laquelle on lui décernera parfois le titre de vice-amiral.

Mais si le roi de France, à l’égal du pape, exerce une souveraine influence sur l’Ordre de Malte, son action contre les Infidèles se trouvait tempérée par la traditionnelle et bienveillante protection qu’il accordait aux Lieux Saints et aux pays du Levant depuis le règne de François Ier. Le bailli de Chambray le constate lui-même. Dans "les endroits appelés Echelles du Levant, écrit-il, à Alexandrie, la ville de Rosette, la Terre Sainte de Gaza à Saîda, les corsaires de Malte ne peuvent croiser que cinquante milles au large. Dans la suite des Echelles, poursuit-il, à Saint-Jean-d’Acre, Tripoli de Syrie, Alexandrette en Chypre, Lernica en Salines, en Natolie, Smyrne et Salonich, les corsaires de Malte peuvent prendre les bâtiments turcs jusqu’à la portée du canon, lesquels pourroient être enlevés de nuit à plusieurs de ces endroits, mais il leur est défendu par le roy à cause du commerce de ses sujets avec le Levant".

Les "corsaires de Malte", c’étaient tous ceux qui, maltais de souche ou non, chevaliers de Malte ou non, français ou non, avaient obtenu des "lettres de marque" ou des "patentes de course" du grand maître pour se livrer à la

fois à la piraterie et au commerce.

Le grand maître et le Rouge de Malte

Lorsque le commandant de Chambray reçut l’ordre en juillet 1732 d’appareiller pour le Levant, il était donc parfaitement au courant de la situation. Il savait qu’il ne pouvait attaquer les Turcs qu’à certaines conditions. Il se souvenait aussi que, lors de sa prestation de serment, il avait juré de "rendre une vraie obéissance au Supérieur que Dieu lui plaira de lui donner, et qui sera choisi par ( la ) Religion".

Croiser dans les mers du Levant afin de parer une attaque des Tunisiens contre les Vénitiens, engager le combat contre les vaisseaux du Grand Seigneur et ravager un important convoi de navires turcs devant quitter la rade de Damiette pour Smyrne et Constantinople : tel était l’ordre que Son Altesse Eminentissime Manoël de Vilhena lui avait donné. En raison du siège d’Oran effectué au même moment par les Espagnols, lequel empêcherait les Algériens de courir dans les mers du Ponant, le grand maître, avec l’accord de son Sacré Conseil, avait en effet estimé que les vaisseaux de la Religion seraient alors plus utilement employés du côté du Levant.

Le grand maître savait aussi qu’en s’adressant à frère Jacques-François de Chambray jamais ordre ne serait mieux exécuté, car le commandant de l’escadre des vaisseaux avait déjà donné d’éclatantes preuves de sa bravoure et de ses talents. Devenu page dès l’âge de treize ans et ayant fait ses "caravanes", il avait rapidement gravi tous les échelons de la hiérarchie navale et participé à maints combats. En 1723, en ramenant au port la Patrone de Tripoli, amarinée après une furieuse canonnade, il avait reçu les félicitations de plusieurs grands personnages en Europe, et en 1727 il était devenu commandeur de Mirecourt en Lorraine.

Mieux que les titres et les récompenses, le surnom que lui donnent alors les Barbaresques parle en faveur de son ardeur combative et de la terreur qu’il inspire. Pour eux, à cause de son visage rubicond, il était le Rouge de Malte, et, dans tous les ports du Maghreb, il était craint comme le feu...

Les vaisseaux et les tartanes

En juillet 1732, pour accomplir sa mission, le commandeur de Chambray, assisté par Picot de Combreux, major général, dispose de deux vaisseaux, le Saint-Georges mis en chantier en 1718 et monté par le capitaine Tomassi, et le Saint-Antoine construit en 1726 et dont il prend lui-même le commandement parce qu’il le jugeait "meilleur que les autres".

Tous les deux, lancés à Malte, ont été conçus par "le très habile sieur Blaise Coulomb", constructeur en chef du roi de France, à Toulon, lequel avait la flatteuse réputation de bien savoir "emménager" les navires. Comme les autres vaisseaux de l’Ordre, ils ont un gréement à trois mâts soutenant des vergues facilement orientables, et deux ponts desservant une soixantaine de canons de calibre 24 ou 18 pour la batterie basse, de calibre 12 pour la batterie haute, et de calibre 6 pour les gaillards d’avant et d’arrière, tous ces chiffres désignant le poids en livres du boulet rond ou la charge de mitraille. Par référence aux navires de ligne de la marine royale française alors classés en cinq rangs, les vaisseaux de l’escadre maltaise étaient des bâtiments de troisième rang. Mesurant 45 mètres de long sur 12 mètres de large et ayant 5 mètres de creux, ils jaugeaient environ 1 000 tonneaux.

A raison de 400 à 500 hommes par vaisseau, le commandant de Chambray exerce directement son autorité sur presque un millier de personnes : officiers, chefs d’équipages, soldats et matelots, dont il doit prévoir la subsistance car la route du Levant est très longue... Faisant le plein, il embarque 3 mois 1/2 de vivres et 68 jours d’eau, puis le 23 juillet il lève l’ancre et file vers Candie où six jours plus tard il accoste au cap Saint-Jean (à la pointe ouest de la Crète). Il ne se dirige pas à l’aveuglette... Longeant la côte de Candie "a mesogiorno", il laisse bientôt derrière lui l’île Scarpente et arrive dans les parages de l’île de Chypre où il sait qu’il va rencontrer les deux tartanes des capitaines Castagnet (un Lyonnais) et Jean Pietro (un Corse), postées là comme espionnes et capables de se faire reconnaître par des signaux secrets.

La grande caravane d’Alexandrie

Légères et très rapides, les tartanes, bâtiments d’escorte, sont les fidèles accompagnatrices des vaisseaux auxquels elles doivent normalement fournir une foule de renseignements en effectuant des raids de reconnaissance. De fait, lesdites tartanes n’ont pas perdu leur temps : par elles-mêmes ou par l’entremise des corsaires de Malte qui croisent dans la région, elles ont recueilli toute une série d’informations montrant à l’évidence que les vaisseaux du Grand Seigneur fourmillent dans les eaux du Levant.

En avril dernier, huit sultanes sont parties de Constantinople. Il y a trente-cinq jours, "l’amiral qu’ils appellent la capitane", portant 80 canons, a quitté Alexandrie pour conduire un convoi dans l’Archipel et pour transporter à Négrepont (Eubée) un pacha venant du Grand Caire. "Il y avait trois autres sultanes à l’Archipel, une autre qui était à Cacomo à se raccommoder une voye d’eau, et trois autres pour les côtes de Damiate, Syrie et Chipres, une portant pavillon de contre-amiral qu’ils appellent la Réale". En outre, depuis dix jours, deux corsaires de Tunis croisaient en vue de Chypre : l’un a rejoint Alexandrie pour commercer avec l’Archipel, l’autre s’est retiré à "Giaffa en Syrie où l’équipage s’est révolté contre le capitaine, l’ayant mis à la chaîne". Au total, quatorze navires ennemis avaient été repérés.

N’en soyons pas surpris. Au large de la Caramanie, entre Chypre et Rhodes, passait en effet, traditionnellement, la "grande caravane d’Alexandrie" qui, après avoir longé la côte syro-palestinienne, transportait vers la capitale du monde musulman la quasi-totalité des produits et des articles les plus appréciés "du sérail et du peuple" : le riz, le sucre et le lin du Delta auxquels s’ajoutaient les épices, le café, la soie, les parfums et les drogues de l’Extrême-Orient. Et, bien sûr, pour parvenir à Constantinople en toute sécurité après avoir franchi le dédale de l’Archipel où croisaient les corsaires de Malte prêts à s’abattre sur toutes ces riches proies, il fallait que les navires marchands fussent escortés par des vaisseaux de guerre.

Pour le Rouge de Malte qui avait pour mission d’engager le combat, c’était une véritable aubaine ! N’oubliant pas qu’il devait se rendre vers les bouches du Nil, il détache à Chypre les deux tartanes "pour faire tout leur possible d’avoir des nouvelles d’Alexandrie et de Damiate", et il fait route vers Rhodes "à la rencontre de quelque bonne fortune".

Mais il était trop tard : les "Alexandrins" voguaient déjà dans l’Archipel. Après avoir jeté l’ancre au cap Célidonia, rencontré "deux vaisseaux marchands françois" allant en droiture vers Marseille, "un sembequin grec portant pavillon anglois qui venoit d’Antiochete chargé de bois à brûler pour Alexandrie", et "un pingue françois" venant de Chypre qui lui apprit que "le convoi de Damiette devoit partir incessamment" pour Smyrne, la Corne d’Or et Salonique escorté par la Réale de Constantinople portant pavillon de contre-amiral, le commandant de Chambray, craignant d’avoir éveillé l’attention du pacha de Rhodes, "jugea à propos" de se rendre au rendez-vous qu’il avait fixé aux deux tartanes, au cap Saint-Albifania en Chypre.

Les renseignements obtenus concordaient : deux sultanes respectivement armées de 70 et de 60 canons, dont l’une portait pavillon de contre-amiral, mouillaient à Damiette depuis dix jours, tandis qu’une "troisième sultane commandée par un renégat maltois avait été détachée par ce contre-amiral pour croiser contre les corsaires en Caramanie". Aussitôt, le 13 août, le commandant de Chambray prit la décision d’aller "attaquer les deux sultanes et le convoie au mouillage de Damiette avant qu’ils eussent de (ses) nouvelles".

LE COMBAT NAVAL AU LARGE DE DAMIETTE

Une manoeuvre sage et rusée

Deux jours plus tard, l’escadre maltaise "atterre" à Rossetto, et, le lendemain 16 août, au point du jour et à la hauteur de Damiette, le commandeur de Chambray développe son plan. Le Saint-Georges attaquera la sultane de 60 canons. Lui-même, avec le Saint-Antoine, se réservera la sultane amirale de 70 canons, et les deux tartanes brûleront, couleront ou feront échouer tous les bâtiments du convoi.

Comme tout bon stratège, il intègre dans son plan les données du terrain, c’est-à-dire les vents et les fonds marins. La terre étant sous le vent de son escadre, et la côte extrêmement basse mais très fortifiée se prolongeant par des bas-fonds, il ne veut surtout pas engager le combat à proximité de la rade. Grâce à un très bon pilote du Levant (un Corse) qu’il a "embarqué exprès" et qui, par huit à dix brasses d’eau, navigue la sonde à la main, il ne court aucun risque de faire échouer son vaisseau.

"Le 16, étant à maestro de la forteresse de Damiette trois lieues, écrit le bailli de Chambray, nous ne vîmes qu’une sultane mouillée avec son petit mast d’hune amené et environ quarante bâtiments marchands, saygues, londres, sembequins, quelques tartanes françoises et deux petits vaisseaux napolitains".

 

"Aussitôt, la sultane (portant pavillon de contre-amiral) guinda son petit mast d’hune et tout de suite fit voile ayant coupé son câble, nous voyant approcher. Et prit le large avec ses quatre corps de voiles, ayant fait ses pavillons assurés d’un coup de canon". C’était précisément la réaction espérée par le commandeur de Chambray qui "pendant cinq heures, avec toute la patience qu’on pouvait souhaiter en pareille occasion", se tenant à une portée et demie de canon, va louvoyer de manière à attirer la sultane sur des fonds plus propices. L’astucieuse manoeuvre, "sage et rusée", réussit à souhait.

Un furieux combat naval

Dernière phase de l’action : le combat lui-même qui s’engage "à tremontane de Damiate quatre lieues", à onze heures, après que le commandeur de Chambray, lui aussi, eut fait faire ses pavillons assurés d’un coup de canon, comme le voulait le rituel du combat naval.

Toutes les batteries crachent un feu d’enfer... A de foudroyantes bordées qui la privent "de son grand mast et de celuy de son perroquet de fougue", tandis que chancellent ses mâts d’artimon et de misaine, la sultane répond par des volées si fracassantes que le Saint-Antoine, relayé alors par le Saint-Georges, doit momenta-nément s’éloigner pour réparer "ses principales manoeuvres".

Plutôt que de chercher à faire des trous dans la coque, lesquels étaient facilement obstruables en raison de l’épaisseur de la carène et du foisonnement des fibres, les deux vaisseaux avaient préféré viser les gréements. Briser des vergues, rompre des haubans et faucher des mâts, c’était plus difficile car le canon ne tirait en moyenne qu’un coup toutes les cinq minutes, sans compter que de nombreux boulets s’égaraient, mais c’était aussi empêcher toute tentative de fuite et se rendre finalement maître d’une riche cargaison ardemment convoitée.

Ayant "raccommodé" ses avaries, le Saint-Antoine revient à la charge. Une demi-heure après, avec une fureur accrue, les passades et les tirs en enfilade reprennent. Le mât de misaine de la sultane tombe à la mer. Abandonnant ses gaillards, le commandant du vaisseau désemparé se retranche dans la première batterie "avec un entêtement téméraire de ne vouloir pas se rendre" quoique le commandeur de Chambray l’ait menacé de vive voix de le "couler à fond". Sa réponse fut "qu’un contre-amiral du Grand Seigneur ne se rendait qu’à la dernière extrémité".

Essuyant les terribles bordées du Saint-Antoine et du Saint-Georges tirées bas "à portée de pistolet", le contre-amiral se défendit rageusement jusqu’au soleil couchant. Impossible de couler la sultane en raison de "la grosse épaisseur de son bord à son flottant". Mais c’est avec son arcasse brisée, son timon coupé à tronc et "son bord lardé de coups de canon" qu’elle dut passer la nuit, dérivant et commençant à faire de l’eau, ce qui, réflexion faite, détermina le contre-amiral, dès le lendemain matin, à 10 heures 3/4, à "faire pavillon blanc, l’assurant d’un coup de canon, signal qu’elle se rendait".

Une capitulation déshonorante

Ce matin là, le 17 août, écrit le bailli de Chambray, "Damiate nous restait à mesogiorno et lebece six lieues", mais "le calme ne nous permit pas de nous approcher de la sultane" qui était à six milles du Saint-Antoine.

C’est donc au capitaine du Saint-Georges qui "se trouvait plus à portée", que le contre-amiral se rendit, lui demandant de lui promettre "de ne point dépouiller des habits qui sont sur le corps de (ses) officiers janissaires et leventis" lesquels, selon l’usage, devaient seulement perdre leur argent. Le capitaine lui ayant "promis cette capitulation", lesdits officiers "pour lors s’embarquèrent pour le bord du Saint-Georges où ils furent dépouillés nus comme la main, les canotiers et chaloupiers ayant commencé en présence du contre-amiral qui resta pétrifié du peu de bonne foy" de ses vainqueurs.

Arrivant trop tard sur les lieux, le commandant de Chambray ne put que désapprouver hautement cette manière de faire. Les canotiers du Saint-Antoine lui ayant livré 21 Turcs qui étaient restés sur la sultane, il fit "donner des ordres publiques pour qu’on ne les touchât pas, ny leur argent, ce qui fut exécuté (...), sachant faire beaucoup de différence (entre les) vaisseaux de guerre qui appartiennent au Grand Seigneur (et ceux) des pirates corsaires barbaresques auxquels (on) n’accorde pas de capitulation".

Sur ce, par les quinze brasses d’eau, "à quatre heures après midy", le commandant fit mouiller la sultane et la fit visiter par la maistrance du Saint-Antoine afin de "lui prendre ce qu’il y avait de bon". Il répartit aussi les esclaves sur ses deux vaisseaux, et c’est alors que "voyant venir du Saint-Georges les Turcs dépouillés, revêtus de la robe de Saint-Jean", le contre-amiral lui "porta ses plaintes".

Le vainqueur et le vaincu

"Beau vieillard de 57 ans, gros et grand et de belle figure", le vaincu, qui s’appelait Kali Michamet, était un officier général de haute volée. Au cours de ses nombreuses campagnes contre les armées chrétiennes, entre autres à la bataille de Passavas, il s’était particulièrement distingué. C’est lui qui, aussi, "désolait les corsaires de Malte, en ayant pris cinq depuis quelques années". Il avait la réputation d’être à la fois un excellent marin et un "frappe-fort".

Beau joueur, "il fit son compliment" au commandeur de Chambray, lui disant qu’il était "l’unique, de mémoire d’homme, qui avait pris une sultane du Grand Seigneur le plus grand du monde, et ornée d’un pavillon de commandement". Selon une tradition très aristocratique, le commandeur de Chambray traita l’amiral du Grand Seigneur de manière qu’il n’eût pas à "se chagriner". Au sujet de la promesse non tenue du capitaine du Saint-Georges, il dit à son illustre prisonnier qu’il "en étoit plus fâché que luy", que ledit capitaine avait outrepassé ses fonctions, et que c’était la moindre chose qu’on dût lui accorder une aussi modeste capitulation, "sachant la considération que le grand maître (...) a pour tout ce qui appartient au Grand Seigneur. Malgré mes raisons, écrit le bailli de Chambray, il me parut peu satisfait, ne perdant pas de veue le point d’honneur militaire"...

Cela faisait 49 jours que le contre-amiral était parti de Constantinople et 9 jours qu’il avait mouillé à Damiette où 70 hommes de son équipage étaient restés. D’après lui, il n’avait à son bord que 220 hommes "compris Grecs schismatiques et esclaves chrétiens". Mais le commandeur de Chambray ne trouva que 117 Turcs, 14 chrétiens de plusieurs nations (qui furent heureux de retrouver leur liberté), 16 Grecs et 18 qui se sauvèrent avec leur canot vers la fin du combat, "le reste (ayant) été tué".

Construit il y a cinq ans, le vaisseau du contre-amiral s’appelait la Sultane Neuve. Percé pour 70 bouches à feu, il n’avait en réalité que 42 canons montés, tous de bronze (seize de 12 et vingt-six de 8, calibre de France). Etant "dans une profonde paix", les Turcs estimaient être ainsi suffisamment armés pour lutter contre les corsaires de Malte, "les vaisseaux de la Religion naviguant rarement dans leurs mers"...

L’avidité des équipages

"A la réserve d’un tombé à la mer en tirant", les 42 canons furent embarqués sur le Saint-Georges. Firent également partie du butin 60 barils de poudre à canon pesant 126 quintaux de France, les voiles de rechange, deux câbles neufs, 70 couffes de riz, biscuit et autres embarras, plus dix mille piastres en monnaie d’or et d’argent qui, ajoutées aux soieries, furent partagées entre les équipages dont l’avidité fut telle qu’elle les poussa à "arracher jusqu’aux chevilles de fer et autres ferrements" de la sultane.

En tant que chef d’escadre, le commandant de Chambray se déclara très "mortifié" par ce "désordre", ce qui le détermina dès le 3 octobre, à son retour devant Malte, à faire parvenir au grand maître une lettre additive à son rapport.

Après la capitulation de la Réale Neuve, écrit-il, les gens du Saint-Georges n’ont songé qu’à "piller haut et bas, forçant les serrures (...), la chambre du contre-amiral, la campagna (chambre aux vivres), la camera sarsie (fosse aux câbles), endroits où était tout ce qu’il y avait de meilleur"..., les gens du Saint-Antoine "n’ayant trouvé que les

balayeures". Les deux principaux pilleurs furent les pilotes Miquel Angelo et Angelo. Ils ne songèrent même pas à "mouiller le vaisseau qui dérivait sur les bas-fonds, ( ni à ) se saisir des esclaves blessés". Le Saint-Georges, poursuit-il, aurait dû attendre son commandant (le Saint-Antoine) où il y avait le capitaine de pavillon tenant aussi l’emploi de provéditeur, chargé des affaires de la Religion. "Malheur à un homme de mer qui ne sait pas faire la différence d’un vaisseau de guerre monté par un officier général et des pirates corsaires de Barbarie"...

N’étant pas en état de naviguer à cause de son timon coupé et de son arcasse enfoncée, la sultane ne pouvait être amarinée et ramenée à Malte. A neuf heures du soir, juste au moment de lever l’ancre, le commandant de Chambray fit donc "mettre le feu à ce beau et bon vaisseau" qui, selon le rapport des corsaires, brûla pendant vingt-quatre heures.

Le ravage du convoi

A la question de savoir comment se comportèrent les autres navires de l’escadre, il est très facile de répondre, car le résultat de leur action s’avéra très décevant. Les quelque quarante bâtiments restés au mouillage de Damiette étaient en effet entièrement "vuides, n’ayant pas pu charger à cause du Nil qui ne s’étoit pas encore jeté à la mer, ce qu’ils attendoient de jour en jour, mais cette année il avoit tardé plus que les autres". Seul le dieu Hâpy aurait sans doute pu dire à quel moment précis se produiraient "la chute de la goutte" et le débordement tant attendu du grand fleuve nourricier...

Dans ces conditions, les deux tartanes corsaires mouillées au milieu du convoi firent d’autant plus aisément "leur commission" qu’aucun desdits bâtiments n’opposa la moindre résistance. Leurs équipages avaient "fui à terre prévoyant bien ce qu’il leur
allait arriver".
Les felouquiers des deux corsaires se contentèrent donc de les "piller et ravager" sans toutefois les détruire car, "pour lors, ils auroient été obligés de se retirer à Malte, faute de pouvoir espérer de très long temps de faire prise à la mer"... Dans l’Archipel ou ailleurs, ils étaient sûrs de pouvoir les retrouver un jour... abondamment remplies !

Leur seule satisfaction fut de s’attaquer au fameux lougre de Satalie qui "s’étoit rendu imprenable des corsaires maltois par sa force et son bien marcher". Long de 130 pieds, il disposait en effet de 12 canons de fer et de 14 pierriers de bronze. Lui seul, faisant voile, avait eu le bon réflexe de venir se réfugier sous la protection des deux forts de Damiette, là "où est étably la douanne du Grand Seigneur où se déposent toutes les marchandises qui doivent s’embarquer pour l’Archipel venant du Grand Caire". Mais, malgré les coups de canon, les felouques s’en emparèrent, embarquèrent son armement, et l’incendièrent d’autant plus facilement qu’il était chargé de bois à brûler pour Damiette.

Le bilan des pertes

Le Saint-Georges, lui aussi, n’avait pu accomplir sa principale mission. Il apparut en effet que la sultane de 60 canons qu’il devait attaquer était partie pour la "coste de Syrie avec un convoie, il y avait vingt jours".

Le 17 août, après avoir chargé son butin, le commandant de Chambray aurait eu de bonnes raisons de rejoindre le port de La Valette où il serait rentré tout auréolé de l’éclat de sa victoire. Le combat avait été d’une violence inouie. Une stricte comptabilité indique en effet que le Saint-Antoine tira 639 coups de canon et 1 126 de fusil, et le Saint-Georges 303 coups de canon et 446 de fusil. Mais, la sultane ayant surtout pointé haut pour dommager la mâture, les pertes chrétiennes n’avaient pas été très grandes. Sur "le champ de bataille", le commandant de Chambray avait perdu un caravaniste (le chevalier de la Coste, gascon), un sergent, un pilote, un quartier-maître, un garde du grand maître et trois matelots. Dans son entourage, il dénombrait aussi "douze blessés desquels il y en aura plusieurs d’estropiés". En outre, il estimait que "le radoub de (sa) mature sera considérable" : il fallait en effet changer le mât de misaine et sa vergue, le grand mât d’hune, le mât et la vergue d’artimon, et "beaucoup de principales manoeuvres". Seul le jeu de voiles avait pu être réparé.

LA POURSUITE DE LA COURSE

La chasse aux sultanes

Mais, n’étant parti que depuis 25 jours et considérant que le Saint-Georges n’avait eu "qu’un matelot blessé dangereusement et rien d’incommodé à sa masture", le commandant de Chambray décida de poursuivre sa course. Toutes ces sultanes dont il avait flairé la trace dans les eaux du Levant, il lui tenait à coeur de les retrouver. Le 17 août, à soleil couchant, il fit donc route vers le nord en longeant la côte palestinienne, projetant en outre de "faire l’eau au Port Orland" en Caramanie où trois bateaux corsaires de Malte et les deux tartanes devaient caréner, car il ne lui restait plus que 30 jours d’eau.

Cinq jours plus tard, il aborda "un bâtiment appelé bouliche" sur lequel il y avait "sept Grecs de Syrie, sans patentes, ny pavillon" et qui, venant de Saint-Jean-d’Acre, était "chargé de blé, de coton, d’abricots pilés et mis en feuilles séchées, et des coufes de tabac en feuilles pour les Turcs de Damiate". L’équipage du Saint-Antoine "profita de cette occasion pour chacun faire sa provision. Etant arrivés à un certain point de satisfaction, le commandant fit cesser cet (te) espèce de pillage, ne voulant pas qu’on embarrassât son vaisseau davantage (...) et fit dire à ces Grecs de continuer leur route (...) quoy qu’ils étoient (de) bonne prise comme hérétiques..." On croira volontiers le commandant de Chambray lorsqu’il ajoute qu’ils furent "heureux d’en estre quitte à sy bon marché", c’est-à-dire d’échapper à l’esclavage grâce au tabac et aux abricots. Rappelons que dans l’Archipel, les corsaires de Malte ne faisaient généralement pas de distinction entre le gibier musulman et la poulaille schismatique...

Le 24 août, le commandant de Chambray accoste au cap Saint-André, à la pointe orientale de Chypre, et là, ô surprise, "au gregal", il voit venir de la côte de Syrie la sultane de 60 canons qui lui avait échappé à Damiette. De nouveau, côté chrétien et côté musulman, les pavillons assurés d’un coup de canon donnent le signal du combat. Mais, très vite, la sultane prend la fuite, activement poursuivie par les trois bateaux corsaires et les deux tartanes qui la canonnent toute la soirée. Le 25 août, à deux heures après minuit, le Saint-Georges "s’entraversa et luy tira deux bordées sans pouvoir l’arrêter". Le commandant de Chambray s’aperçut alors "avec un extrême chagrin" que "l’assiette de ses deux vaisseaux trop dérangée" par la lourdeur du butin limitait beaucoup ses capacités offensives... Faute aussi de "pilote pratique" pour le diriger jusqu’au fond du golfe d’Antioche, il fit donc cesser la chasse...

Une aiguade chez les Turcs

Le 27 août au soir, l’escadre de la Religion mouilla devant Port Orland pour y "faire l’eau selon l’usage qu’on pratique à cet endroit".

Sur la côte sud de la Caramanie, écrit le bailli de Chambray, les Turcs sont "pacifiques : ils viennent offrir des vivres, mais le plus seur est de les voir hors de portée d’insulte"... De même qu’il se garde du côté de la mer en postant un vaisseau corsaire au large du cap Saint-André afin de n’être pas surpris par quelque escadre, il envoie donc une petite troupe (un enseigne, un sergent, un caporal et treize soldats) pour "se saisir du poste où l’on fait l’eau".

Grâce aux chaloupes des vaisseaux et des tartanes qui travaillèrent "toute la nuit", l’aiguade en pays turc prit fin le lendemain à deux heures après-midi.

Un combat heureusement évité

Aussitôt, le commandant de Chambray fila vers Rhodes, se donnant ainsi une nouvelle chance d’intercepter, au sortir de l’Archipel, les habituels convois entre la Turquie et l’Egypte.

Effectivement, le 4 septembre, au sud des îles Cavy, il aperçut, "passant au vent" de son escadre, trois gros vaisseaux turcs dont l’un "n’ayant que son pavillon de l’arrière" lui "donna lieu de croire que c’était la capitaine amiral" dont il avait eu nouvelles.

Armés de 70 à 80 canons, ils auraient sûrement constitué un très gros danger pour le commandant de Chambray s’ils avaient pris la décision d’attaquer le Saint-Antoine dont la mâture était "estropiée" et dont "l’équipage étoit hors d’estat de faire un second combat". Seul le Saint-Georges "étoit en estat de se battre... ce qui ne laissa pas d’inquiéter intérieurement le commandant". Mais, "intimidés par la bonne contenance" de ce dernier, les trois vaisseaux "prirent le party de fuir"... Le commandant de Chambray était vraiment né sous une bonne étoile : "par la suite du temps", il apprit en effet que ces trois redoutables vaisseaux turcs "avoient la peste" à leur bord. Ils ramenaient à Alexandrie des troupes qui, au service du "Grand Turc", venaient de combattre les Perses.

Trop alourdis par leurs énormes prises, le Saint-Antoine et le Saint-Georges ne parvinrent pas à les rejoindre... Alors, écrit le bailli de Chambray, "je fis lever la chasse" et "je ne songé (plus) qu’à proffiter du premier temps favorable pour m’aller débarrasser à Malte du débris" de la Sultane Neuve.

Le retour à Malte

Curieusement, après avoir accosté à l’île Scarpente, le commandant de Chambray cingle vers le sud et, le 12 septembre, il jette l’ancre au cap Luco. Il avait certes reçu l’ordre de "visiter toutes les croisières où il espéreroit trouver des Tunisiens". Mais la véritable raison de cette déviation vers la Libye était tout autre : Eole ne soufflait plus dans le bon sens, et les courants étaient tout aussi contrariants ! Durant tout leur retour, écrit le bailli de Chambray, les deux vaisseaux durent naviguer "de bouline", remarque qui prend tout son sens lorsqu’on sait que ce terme désignait la partie du gréement permettant d’orienter les voiles de manière qu’elles reçoivent le vent de biais.

Remontant vers le nord, le commandant de Chambray atteint le Goze de Candie le 20 septembre, et le cap Spartivento au sud de la Calabre, le 1er octobre. Au cap Passero, le 2 octobre, il "parle" à un vaisseau français qui, ayant quitté Alexandrie le 4 septembre, lui apprend qu’un courrier de Damiette arrivé dans cette ville "donnait avis que les vaisseaux de Malte avaient brûlé la Réale de Constantinople" et "qu’aussitôt, il y eut défense (faite) aux bâtiments marchands turcs de ne point sortir jusques à nouvel ordre"...

Le 3 octobre, achevant une croisière de quelque 3 000 km qui les avait tenus éloignés de Malte durant 73 jours, le Saint-Antoine et le Saint-Georges rentraient triomphalement dans la grande rade de La Valette.

Une floraison de louanges

La très heureuse issue de son combat dans les mers du Levant valut au commandeur de Chambray de recevoir des lettres de félicitations du grand maître et de plusieurs grands personnages des cours européennes.

"Cette glorieuse action nous a comblé de joye, lui écrit Manoël de Vilhena. Elle est une preuve authentique de votre valeur, de votre sage conduite, de la bravoure de vos officiers et du courage de vos équipages. Le souvenir de cette prise nous sera toujours prétieux, et sy cette action rend votre commandement distingué et brillant, il est également vray qu’elle sera comptée au nombre des époques les plus glorieuses de notre magistaire".

 

Le vice-roi de Naples, le bailli de Mesmes, ambassadeur à Paris, et le duc de Bouillon, grand chambellan de France, le complimentent pareillement. "Je baise les mains de Votre Seigneurie très illustre" : ainsi se termine la lettre qu’il reçoit du ministre du roi d’Espagne.

Dès le mois de novembre, le pape accorde au commandeur de Chambray l’insigne honneur de porter la Grand Croix de l’Ordre de Malte. Devenant ainsi bailli, il siège avec les "piliers" des "langues" au Conseil de l’Ordre présidé par le grand maître. Peu de temps après, il se voit gratifié de la commanderie magistrale de Metz.

Comme en 1723, les gazettes de l’Europe "racontèrent à l’envi la fameuse bataille navale" du bailli de Chambray, et les pavillons du contre-amiral turc, percés de coups de canon, furent envoyés en France. La reine en fit placer un dans l’église des Dames de Saint-Cyr-les-Versailles "en action de grâces à Dieu de ses faveurs pour la conservation et le triomphe de la religion chrétienne, et pour renouveler la mémoire des grands exploits du roi saint Louis contre les Infidèles". Ce pavillon, qui avait 55 pieds de hauteur sur 25 pieds de largeur, était d’une étoffe de soie blanche et verte à grandes rayures. Deux autres vinrent orner l’église de l’abbaye royale d’Almenèches en la ville d’Argentan et l’église paroissiale de Saint-Léger près de Beaumont-le-Roger, accompagnés aussi d’inscriptions élogieuses en lettres d’or sur marbre noir.

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Par delà cette floraison de louanges, ces belles récompenses et cette glorification des entreprises chrétiennes contre les Infidèles, l’historien témoin des conditions dans lesquelles se pratiquait la course en Méditerranée est naturellement porté à s’interroger.

Dans quelle mesure, à cette époque, les musulmans étaient-ils inquiétants pour le monde chrétien ? Les chevaliers de Malte dont la vocation première était hospitalière ont-ils eu raison au XVIIIe siècle de privilégier la fonction militaire ? Quelles étaient leurs véritables motivations ? Ont-ils vraiment constitué un danger pour les Turcs et les Barbaresques ? Pourquoi acceptaient-ils l’aide des corsaires de Malte ? Comment le grand maître conciliait-il l’éthique de l’Ordre avec le profit de la course ? Quelle était l’importance du trafic des esclaves au siècle des Lumières ?

Dans le cadre très étroit de cet article, nous nous contenterons de dire que nous avons tenté d’apporter des débuts de réponses à toutes ces questions dans notre dernier ouvrage.

SOURCES

National Library of Malta, La Valette, Archives, ms. n° 262 (Extrait des mémoires du bailly de Chambray), pp. 291-292, 307-308 ; n° 268 (Ce qui s’est passé de plus essentiel dans la campagne du Levant... en 1732), pp. 207-210 ; n° 1232 (Registre des lettres reçues), pp. 135-142.

Bibliothèque nationale, Paris, N.A.F., n° 9397 (Mémoires de Jacques-François de Chambray, tome II), pp. 61-118, 141-147, 168-169, 263-269, 392.

BIBLIOGRAPHIE

C. Guéry, Le bailli de Chambray, Evreux, 1904, pp. 63-73.

M. Fontenay, "L’empire ottoman et le risque corsaire au XVIIe siècle", Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome XXXII, 1985, pp. 185-208.

André Plaisse, Le Rouge de Malte, Rennes, Ouest-France Université, 1991.

 

 

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