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ALGER ET GÊNES

 

 

S’agissant des places barbaresques que le Roi et Colbert voulaient réduire à tout prix, les résolutions étaient claires. La plupart des mémoires établis par les meilleurs ingénieurs de l’époque allaient dans le même sens : effectuer une descente de soldats et matelots des vaisseaux et des galères était la seule façon de détruire complètement les installations à terre (forts, estacade, chantiers navals…), et de démanteler les batteries.

Alger (1683)

Dans le même temps, le port d’Alger, défendu par 160 canons, dont bon nombre de 36 et 24 l., s’avérait inattaquable par mer, rendant quasiment impossible le débarquement de détachements de la marine. Les avis convergeaient, y compris les plus autorisés et les moins suspects, ceux des ingénieurs comme les frères de Combes, Plantier et Renau, ceux de Duquesne, lieutenant général, et de Belle-Isle-Erard, capitaine de vaisseau. Seul ou presque des officiers de la marine, le chevalier de Pointis, capitaine de galiote, emporté à la fois par son audace et "son désir de faire parler de lui", comme l’écrivait Vauvré, soutenait que le môle n’était pas inaccessible.

Restait que dans le cadre d’une action de grande envergure, comme l’avaient préconisé Belle-Isle-Erard en janvier 1682 ou les frères de Combes en juillet 1683, l’opération eût été possible sinon qu’évalués à 20 000 hommes et 1 000 chevaux, du même ordre de grandeur que ceux dont avait disposé Charles Quint en son temps, les moyens à mettre en œuvre étaient beaucoup trop considérables pour pouvoir être envisagés.

Prises par le Roi et Colbert dès le début de 1683, les dispositions relatives à l’attaque du môle d’Alger et à la destruction de l’estacade s’avérèrent très vite sur le terrain tout à fait insuffisantes.

Le 6 mai, l’opération fut placé sous le commandement du chevalier de Tourville, lieutenant général, qui aurait pu trouver là "une nouvelle occasion de s’illustrer", tandis que l’attaque du môle était confiée au chevalier de Lhéry, chef d’escadre. l 700 hommes dont 300 officiers ou gardes de la marine, 300 soldats grenadiers et 100 "matelots braves" participeraient à l’entreprise, prévue de nuit. Les canonniers des galères se chargeraient de "battre en brèche la muraille".

Le détachement, embarqué sur 28 chaloupes, effectuerait trois attaques en trois endroits différents ; la première attaque serait conduite par le chevalier de Lhéry, assisté du commandeur Desgouttes, huit autres capitaines, six lieutenants, quinze enseignes et 300 hommes ; la deuxième, par le marquis de La Porte, capitaine de marine, quatre capitaines, six lieutenants et quinze enseignes ; la troisième, par le comte de Sébeville, capitaine de vaisseau, assisté du chevalier de Combes, trois autres capitaines, sept lieutenants dont un commanderait les grenadiers, cinq sous-lieutenants et quinze enseignes parmi lesquels Félix Beaussier et du Coudray.

L’objectif était de brûler tous les vaisseaux dans le port. Des ponts volants, construits selon le dessin de l’ingénieur de Combes, et des échelles seraient utilisés pour l’escalade des murailles dont l’entreprise serait confiée au chevalier de Béthomas, chef d’escadre des galères. Huit galères, 10 fortes chaloupes construites à Marseille, quelques felouques et 15 caïques conduiraient "les braves officiers et les soldats" munis de haches pour "couper l’estacade" et donneraient passage aux brûlots chargés de tout faire sauter. Les 1 000 matelots pour brûler les vaisseaux seraient sous les ordres du chevalier de Bellefontaine, capitaine de vaisseau, de deux capitaines et de trois lieutenants. Les quatre chaloupes sur lesquelles seraient embarqués les petits mortiers qui serviraient ensuite à jeter les bombes sur le môle d’Alger seraient commandées par M. de Pointis, le marquis d’O, le chevalier de Courtagnon, lieutenant de vaisseau, et le sieur de La Guiche. Compte tenu de la disposition des lieux, des fortifications et des moyens de défense des barbaresques, l’opération paraissait néanmoins des plus aléatoires.

Selon les remarques du 18 juillet 1683, de Benjamin de Combes, ingénieur de la marine, "la défense était, pour l’essentiel, assurée par un ensemble de batteries simples ou doubles, voire triples, parfois voûtées ou enterrées. Le môle, joint à la ville par une jetée faite à pierres perdues, fait 120 toises (240 m) de long et de quelque 6 pieds (1,98 m) au dessus de la surface de l’eau. Un consolidé de maçonnerie fait 18 à 20 pieds (6 à 7 m) de haut et, au milieu, un mur de passage de la ville au môle".

Malgré la résolution qu’il avait prise, le Roi renonça s’agissant du môle d’Alger, mais consentit s’agissant de la descente à Gênes dont les conditions étaient d’ailleurs tout à fait différentes. Gênes compenserait Alger où rien, en définitive, ne pouvait être tenté malgré la résolution de Tourville et de Pointis.

Gênes (1684)

Effectuée en mai 1684, la descente de Gênes, qui s’apparenta ou presque, malgré quelques pertes, à un exercice d’école organisé et orchestré par d’Usson de Bonrepaus, fut un succès pour la marine du levant en général et pour Seignelay en particulier qui en avait pris la responsabilité. Elle mit en œuvre 3 850 soldats et matelots dont 1 850 furent tirés des vaisseaux et 2 000 des galères avec les officiers des deux corps et placés sous le commandement du duc de Mortemart et de deux officiers généraux, les chevaliers de Tourville, lieutenant général, et de Lhéry, chef d’escadre.

Les ingénieurs de la marine avaient, au préalable, procédé secrètement aux investigations. Si la défense de Gênes était assurée par près de 150 canons, sans compter les 25 canons et 7 mortiers de l’arsenal, les batteries du port, y compris celle de 10 canons du fanal située à l’ouest du nouveau môle, à 50 mètres au-dessus de la mer, étaient dans l’ensemble assez disparates et, pour l’essentiel, composées de pièces de 18, 12 et 8 l. Les quelques canons de 36 l. et la vingtaine de canons de 24 l. qui avaient été dénombrés ne semblaient pas constituer une menace bien considérable sérieuse les 10 canons de la batterie du fanal à l’ouest.

Selon "le journal de ce qui a été exécuté devant Gênes par l’armée royale du Roi en mai 1684", le duc de Mortemart commandait toute la descente et devait attaquer vis-à-vis d’un fort qui est sur le bord de la mer, au milieu du faubourg de Saint-Pierre d’Arène, le chevalier de Tourville, à sa droite, du côté de la ville, et le chevalier de Lhéry, à sa gauche, du côté d’une petite rivière qui termine le faubourg.

Le corps de troupes du détachement du duc de Mortemart, commandé sous lui par le chevalier de Béthomas, chef d’escadre des galères, était composé de 1 200 hommes, à savoir 800 soldats commandés par le chevalier de Janson, capitaine de galère, 150 grenadiers commandés par les sieurs Sabran, Barras de La Pène et Vidau, lieutenants de galère, et 200 matelots commandés par le chevalier de Ricous, capitaine de marine. 200 soldats formaient un détachement pour les travaux des ingénieurs conduit par Antoine Niquet, ingénieur général, et sous lui par Plantier. Bailli de Malte, vétéran des campagnes d’Alger de 1682 et de 1683, le chevalier de Béthomas s’était notamment illustré avec le corps des galères le 2 juin 1676 à Palerme.

Le détachement du chevalier de Tourville, commandé sous lui par le chevalier de Chaumont, capitaine de vaisseau, était composé de 800 hommes, à savoir 50 anciens gardes de la marine, commandés par le chevalier de Chalais, capitaine de marine, 100 nouveaux gardes commandés par le sieur de Sartous, lieutenant de vaisseau, 100 grenadiers commandés par le marquis de La Porte, capitaine de marine, 500 soldats commandés par le chevalier de Genlis, capitaine de marine, et 150 matelots commandés par le chevalier de Digoine, capitaine de marine. 300 ou 400 hommes formeraient un détachement pour brûler les maisons.

Celui du chevalier de Lhéry était commandé par le sieur de Belle-Isle-Erard, capitaine de marine, et composé de 800 hommes, à savoir 50 nouveaux gardes de la marine commandés par le sieur de Champagnette, lieutenant de vaisseau, 100 grenadiers commandés par le chevalier des Adrets, capitaine de marine, 550 soldats commandés par le chevalier de Villars, capitaine de marine, et 100 matelots commandés par le sieur de Courtagnon, lieutenant de vaisseau.

L’ensemble des bâtiments qui servirent à mettre à terre les troupes de débarquement et le matériel furent soutenus par les galères. Les galères commandées par le chevalier de Noailles, lieutenant général, firent trois décharges de leur canon à l’endroit où la descente se devait faire et, pendant toute l’action, canonnèrent les batteries du fanal avec tout le bon ordre et toute la diligence possible. Tous les grenadiers qui formaient une troupe d’élite, firent bien leur devoir, en particulier les 200 des galères du duc de Mortemart et les 100 des vaisseaux de Tourville. Ils contribuèrent pour beaucoup au succès de l’opération. Victime peut-être de sa trop grande témérité, le chevalier de Lhéry devait trouver la mort.

Une note discordante devait cependant être apportée par les officiers brûleurs qui déjeunaient à leur aise avec les frères de Combes alors qu’on les recherchait. "Ces Messieurs ne voulant pas interrompre leur déjeuner, le commissaire Pierre Landouillette fit prendre des pétards et des artifices qu’il appliqua lui-même à la porte du palais ainsi qu’à deux autres maisons. Selon la relation adressée à Seignelay par un agent secret le 30 septembre, "l’action entreprise avec des troupes aussi peu aguerries que celles de la marine était téméraire ; quant à Benjamin de Combes, "ingénieur fort estimé", il n’avait lui-même pas tout prévu.

Les équipages des galiotes à mortiers ne comptèrent qu’un seul mort, mais 54 blessés, plus ou moins grièvement, parmi les bombardiers et les matelots, dont 14 sur la Bombarde et 11 sur la Menaçante. Quatre sergents, François Sigalin, premier sergent, Jean Denin, Pierre Doudon, Antoine Roubaud, et une vingtaine de bombardiers figurèrent dans le nombre.

 

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