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RIHM
 

 

PALAMOS ET BARCELONE

 

 

Ce fut avec la participation des troupes de la marine que Rosas, pour la deuxième fois, et Palamos, furent prises d’assaut, respectivement les 9 juin 1693 et le 10 juin 1694. Le 1er juin 1693, composée de 17 vaisseaux, 35 galères et deux galiotes à bombes, l’escadre du comte d’Estrées, qui soutenait par mer le siège de Rosas, débarquait 1 400 hommes des vaisseaux commandés par le marquis de La Porte et 2 000 hommes des galères. Le 5, au soir, les troupes de la marine et des galères montèrent à la tranchée comme les troupes de terre. Les 18 canons mis en batterie tirèrent à la cadence de 150 coups par jour. Les mortiers jetaient leurs bombes de leur côté. Le 9, Rosas capitula.

Palamos (1694)

Le 29 mai 1694, l’escadre du comte de Tourville, qui comprenait 50 vaisseaux, 12 brûlots, 10 frégates et deux galiotes à bombes, débarquait à Palamos 3 000 hommes de la marine répartis en neuf bataillons dont le comte d’Estrées devait prendre lui-même le commandement. L’artillerie de la marine était commandée par le commissaire général de Ressons.

Le 30, François Gaulette, ingénieur de la marine à Toulon, était demandé par La Parra, ingénieur en chef de l’armée de terre, qui commandait les ingénieurs au siège de Palamos et qui avait sous ses ordres six brigades de sept à huit ingénieurs chacune. Parmi les ingénieurs de la marine qui participèrent au siège de Palamos figura Benjamin de Pène qui fut légèrement contusionné.

Le 1er juin, les canons et les mortiers de la marine étaient débarqués. 200 petites bombes, tirées depuis neuf chaloupes des vaisseaux commandés par des officiers d’artillerie, étaient jetées à l’entrée de la nuit pour favoriser l’ouverture de la tranchée. Le 2 juin, "157 petites bombes étaient tirées fort juste dans la ville".

En plus du chevalier de Ressons qui commandait le détachement à terre, et de Gombault, capitaine de galiote et d’artillerie, qui commandait l’une des deux galiotes, une dizaine d’officiers de l’artillerie de la marine dont un capitaine, Joseph Clavel, huit lieutenants, La Motte Chabannes, Duquesnel, du Coudray, Daniel, Michault, Saint-Aubin, Sigalin, Simonnet, et un enseigne, Beaucaire… participèrent aux opérations sur mer ou à terre. Dans la nuit du 3 au 4, 180 bombes furent tirées sur Palamos, bombardée notamment par une batterie de 10 canons de la marine.

Le 4, Antoine Razaud, ingénieur des galères et vétéran de Gênes, était tué tandis que l’ingénieur Gaulette continuait de tracer la tranchée à laquelle travaillaient les hommes des galères dont un bataillon avait été mis à terre. L’artillerie de la marine "servait très utilement et jetait beaucoup de bombes dans les dehors où les ennemis faisaient feu". 117 bombes furent notamment tirées de la chaloupe du sieur de Saint-Aubin.

Le 5, quatre canons de 24 l. fournis par le maréchal de Tourville au maréchal de Noailles commencèrent de battre la brèche. A dix heures du soir, 60 bombes furent tirées d’une galiote sur le fort. Dans les nuits du 5 au 6, du 6 au 7 et du 7 au 8, galiotes et chaloupes tirèrent plusieurs centaines de bombes sur la ville et le château.

Les 9 et 10, quatre gros mortiers et 6 petits, qui tirèrent des bombes continuellement pendant la nuit et une partie du jour, ruinèrent tous les logements du château. Meinet était tué tandis que Jean-François Pernet était blessé ; l’un et l’autre étaient ingénieurs des fortifications. Le 10 juin, à deux heures, Palamos capitulait ; la porte du château était remise le soir. La ville et le château avaient coûté au Roi 100 tués et 160 blessés. Le 14, les galères rembarquaient 12 pièces de canons qui avaient servi aux sièges de Rosas et de Palamos. Le 29, le maréchal de Noailles commençait le siège de Gérone.

Barcelone (1697)

En mai 1697, l’artillerie de la marine apporta à nouveau son soutien au siège de Barcelone. L’escadre du comte d’Estrées, composée de huit vaisseaux, trente galères et trois galiotes à bombes, bloquait le port et la ville.

Le 15 mai, le bailli de Noailles avait reçu l’ordre de faire débarquer au moins 2 000 hommes des troupes des galères pour former cinq bataillons "qui serviraient sous le commandement d’officiers de la marine, lorsque le comte d’Estrées les lui demanderait". Le bataillon de Rochefort était commandé par M. de La Jonquière, inspecteur des troupes de la marine à terre, et en second par le chevalier de Broglie.

Dès le début des opérations, le duc de Vendôme avait réclamé des canonniers de la marine pour servir les batteries établies à terre par le sieur Cléron. Le commissaire général de Ressons commandait l’artillerie de la marine, assisté de François Daniel, capitaine d’artillerie, et de Sigalin, sous-lieutenant. 30 bombardiers de la marine servaient à terre les batteries de mortiers "car les bombardiers des mortiers de terre ne tiraient pas assez bien". Les galiotes se trouvèrent ainsi désarmées, sauf celle de Joseph Clavel qui tira nuit et jour des bombes sur la ville.

Dans la nuit du 4 au 5 juin, le tir des galères commença une heure avant le lever du jour. Des canonniers des galères servaient à terre dans le même temps. L’armée de terre disposait, de son côté, pour le siège de la ville, de 36 canons de 24 l., 12 de 16 l. et de 10 mortiers.

Le 9, les bataillons de la marine et des galères étaient débarqués. Composé de 800 hommes, le bataillon de la marine de Rochefort, qui combattait avec les troupes de terre, compta de nombreux morts et blessés. Selon le comte d’Estrées, "on ne peut mieux faire que ne l’ont fait les officiers de marine et les officiers généraux qui en ont été témoin leur donne toute sorte de louanges. Le bataillon des galères du chevalier de Courtebonne a très bien fait de son côté ; on est très content de toutes les troupes de la marine".

Devenues inutiles, deux des galiotes, celles de Clavel et de Daniel, dont les mortiers étaient hors de services après avoir tiré jusqu’à 300 bombes chacun, étaient renvoyées à Toulon tandis que les officiers d’artillerie et les bombardiers continuaient de servir à terre. Le comte d’Estrées notait : "Il n’y a pas moyen d’obtenir de M. d’Andigny, qui commande l’artillerie, un reçu des canons, des mortiers et des bombes que j’ai fait débarquer, ce qui ne nous a pas empêché de fournir tout ce qui leur était nécessaire". Le Roi faisait savoir qu’il était content de la marine et "du mouvement qu’elle se donnait" pour contribuer au succès du siège.

Le 15, le commissaire général de Ressons était toujours à terre avec les deux officiers d’artillerie, Daniel et Sigalin, et 30 bombardiers. Dans la nuit du 22 au 23, le duc de Vendôme demandait que les galères canonnent pendant une heure et demie pour faire la diversion lors de l’attaque. Dans la nuit du 23 au 24, les mariniers de rame, commandés par des officiers des galères, montaient deux canons de 36 l. et 6 de 24 l. dans les bastions. Trois officiers de la compagnie des grenadiers des vaisseaux étaient blessés et 25 grenadiers blessés ou tués. Le comte d’Estrées écrivait : "Les vaisseaux et les galères sont entièrement désarmés de troupes, toutes à terre. Nos mortiers sont toujours parfaitement bien servis. Le commissaire général de Ressons, malgré une contusion, est aux batteries ; il a parfaitement servi pendant le siège, de même tous les officiers d’artillerie qui servent sous lui".

Dans la nuit du 24 au 25, deux commissaires de l’artillerie de terre, dont le sieur de Lalande, étaient "tués d’une bombe". Le 27, tandis que l’artillerie de la marine tirait de jour, le duc de Vendôme demandait au comte d’Estrées des canonniers et des matelots avec un lieutenant et deux enseignes pour les commander, en même temps qu’une batterie de 10 pièces de canons de fonte de la marine "sur laquelle les officiers de terre n’auraient aucune inspection".

Le 5 juillet, la compagnie de grenadiers du bataillon de la marine de Rochefort, qui avait participé la veille à l’attaque du chemin couvert, comptait 7 tués et 14 blessés. Quant aux galères, elles s’étaient avancées vers minuit pour tirer à nouveau sur la ville. Le 10, le duc de Vendôme demandait encore à la marine six pièces de canons de fonte de 24 l., deux petits mortiers de fonte et 454 barils de poudre. Les 13 et 14, 25 des hommes qui servaient les 26 pièces de canons de la marine étaient tués.

Le 17, 30 aides canonniers des galères, dont Sa Majesté devait être tout à fait satisfaite, étaient débarqués pour servir aux batteries des mortiers de la marine. 1 500 hommes des troupes des galères, réparties en trois bataillons, participaient à la prise du chemin couvert. La résolution fut prise de laisser sur place 15 galères ainsi que les trois bataillons.

Le 24, les compagnies de soldats et de matelots de la marine comptaient 80 blessés au nombre desquels figurait le commandant de la compagnie des grenadiers. Le comte d’Estrées écrivait : "Depuis que le bataillon de la marine est à terre, tous les officiers de la compagnie des grenadiers ont été renouvelés trois fois et tous ont été tués ou blessés, sauf un". Le 27, un renfort de 2 500 hommes venus de Toulon, d’Antibes et de Monaco, débarquait. Le 30, Gérone capitulait.

Le 5 août, la frégate bombardière la Salamandre était toujours devant Barcelone avec les sept vaisseaux de l’escadre. Le 7, le comte d’Estrées écrivait : "Les 15 galères ne pourront rentrer dans le môle de Barcelone qu’après la prise du Montjuich", et ajoutait : "Les troupes de la marine et des galères n’ont pas pour le pillage le savoir-faire des troupes de terre".

Le 10, Barcelone capitulait après deux mois de tranchée et deux assauts. Le même jour, la flûte la Baleine arrivait à Barcelone avec neuf compagnies du régiment royal de Toulon. Les pertes avaient été lourdes. Sans les galères, la marine comptait 272 tués ou blessés. Parmi les capitaines de vaisseau qui avaient été tués figurait notamment le sieur de Sartous, commandant les 120 gardes de la marine, qui eux-mêmes avaient eu 8 tués et 22 blessés. Les bombardiers comptaient aussi un certain nombre de tués et de blessés. Sur les 48 ingénieurs qui avaient servi au siège de Barcelone, 12 avaient été tués et 22 blessés.

Le 17, l’escadre quittait Barcelone sans pouvoir embarquer la dernière batterie de 10 canons de fonte des vaisseaux mise à terre. La marine avait notamment fourni 100 milliers de poudre. Quarante tartanes furent nécessaires pour transporter l’artillerie à Tarragone. Le 18, la satisfaction était générale. Vauvré écrivait : "Tous les secours que Sa Majesté pouvait attendre de sa marine ont été donnés fort à propos et le Roi a été satisfait du zèle et de la valeur de ses officiers et troupes des vaisseaux et galères".

Soulignant plus particulièrement le rôle des galères à Barcelone, Barras de La Pène écrivit de son côté : "L’on forma quatre bataillons des troupes des galères, chacun de 500 hommes ; on les fit débarquer et ils montèrent à la tranchée comme des troupes de terre. Maîtres du bastion neuf, 100 hommes, pris dans les équipages des galères, montèrent en trois heures six canons de 24 l., et trois heures plus tard, quatre gros mortiers et un canon à bombes.

Le 28 août, le Roi adressait ses félicitations au bailli de Noailles : "Il n’y a pas eu d’expédition plus glorieuse et plus importante que celle de la prise de Barcelone dont le siège a été fait par terre et par mer. Toute l’Europe a vu les difficultés presque insurmontables de cette entreprise. Barcelone était le plus fort rempart d’Espagne. Après 52 jours de tranchée ouverte et plusieurs actions très vigoureuses, cette conquête par laquelle je me vois maître de la Catalogne a pu être menée à bien".

Le siège de Barcelone de l’été 1697 fut un succès pour la marine en général et pour le comte d’Estrées en particulier qui s’y distingua : "Il fit canonner et bombarder la ville si à propos qu’il mit les ennemis dans l’impossibilité de se servir de toutes leurs forces ; il anima par sa présence et son expérience les officiers, soldats et matelots qu’il avait fait débarquer et il fut à l’attaque du bastion que l’on prit en plein jour, ce qui décida du sort de cette place". Le rôle de la marine fut en revanche minimisé dans certains comptes-rendus du siège de Barcelone, comme celui de Vauban, ne faisant état des tirs des deux galiotes et de la Salamandre qu’au cours des nuits du 15 au 18 juin.

Recevant une commission de commissaire provincial d’artillerie que le duc du Maine lui avait adressée pour commander l’artillerie de terre, le chevalier de Ressons, commissaire général
de l’artillerie de la marine, écrivait : "Lorsqu’il conviendra au service du Roi que les bombardiers et canonniers de marine servent à terre, je la lui rendrai".

Dans le même temps, des officiers de l’artillerie de la marine et des bombardiers du port de Toulon étaient répartis dans les villes de la côte méditerranéenne où des batteries de mortiers avaient été installées. Le chevalier de Ressons lui-même fut désigné par le maréchal de Tourville pour commander l’un des deux pontons qui défendaient le port et la ville de Marseille sur lesquels des mortiers avaient été placés et qui devaient tenir éloignés les galiotes ennemies à 1 500 toises (3 000 m) de la ville, "ce qui était, selon le maréchal, la portée de leurs bombes". Quant à de Combes, capitaine de vaisseau, il avait été choisi par le maréchal pour commander les quatre chaloupes armées pour la défense du port de Marseille.

En 1698, les bataillons de la marine et des galères participèrent à nouveau aux opérations entreprises contre Rosas et Palamos. En 1701, l’on procéda à l’envoi d’officiers de l’artillerie de la marine dans les places d’Espagne et d’Amérique. Deux officiers et quatre bombardiers furent notamment détachés à Veracruz et à Porto-Bello, un officier et deux bombardiers à Carthagène, et d’autres à La Havane.

 

 

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