| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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GIBRALTAR ET NICE
Le 24 mars 1704, alors que l’on procédait à l’armement des vaisseaux de Duquesne-Mosnier, capitaine de vaisseau, pour le siège de Nice, le Roi, qui avait annulé les deux galiotes prévues, recommandait néanmoins de faire embarquer le chevalier de Ressons et les officiers de l’artillerie de la marine avec les bombardiers, les canonniers et les mortiers nécessaires. Fin mai, "Sa Majesté voulait qu’on emploie à Nice deux bataillons, un de la marine et un des galères, avec les troupes de terre". Gibraltar (1704-1705) A l’automne 1704, la marine participa au siège de Gibraltar, pris par les anglais le 4 août. Après la bataille de Velez-Malaga, le comte de Toulouse avait, à cet effet, laissé sous les ordres du baron de Pointis 13 vaisseaux, deux frégates, deux brûlots, 3 000 hommes des troupes de la marine répartis en bataillons, 10 canons de 36 l. et 20 de 24 l., un certain nombre de mortiers, 100 canonniers et 40 bombardiers. Le baron de Pointis, qui commanda à Gibraltar en qualité de lieutenant général, était notamment entouré du chevalier de Villars, capitaine de vaisseau, de Renau, ingénieur général de la marine, maréchal de camp, de Pierre de Combes, commissaire général, commandant l’artillerie de la marine, de Des Herbiers, capitaine de vaisseau, commandant les chaloupes. Les six bataillons, dénommés l’amiral, la marine, les vaisseaux, Brest, Toulon, Rochefort, étaient commandés par des capitaines de vaisseau ; les deux bataillons Saint-Clair et Caffaro avaient par ailleurs été formés à partir des équipages des vaisseaux. Parmi les officiers de l’artillerie de la marine détachés pour le siège et placés sous les ordres de Joseph Clavel, capitaine de vaisseau, commandant les batteries de mortiers, figurèrent notamment Nicolaï et Saint-Meloir, capitaines de galiote et d’artillerie, Du Bosquet, lieutenant de vaisseau, Le Vasseur, sous-lieutenant d’artillerie, Baraudin, enseigne de vaisseau, Meyran, aide d’artillerie, ainsi que plusieurs gardes de la marine dont le fils Gombault… La compagnie de bombardiers était composée de 41 hommes. Rentré à Toulon le 9 octobre, l’armée navale du comte de Toulouse fut désarmée. Trois capitaines d’artillerie furent démobilisés en même temps que les 28 compagnies franches de la marine, 22 capitaines de vaisseau, 44 lieutenants, 2 300 officiers et sous-officiers mariniers et 8 475 matelots. Le 25, du camp établi devant Gibraltar, le commandant d’un bataillon de la marine écrivait : "Nous apprenons un métier où nous sommes fort novices, la guerre des tranchées", encore que les matelots et les hommes des galères eussent déjà pris part largement aux travaux et aux attaques de tranchées, notamment à Palamos en l694 et à Barcelone en 1697. Selon Pidansat de Mairobert, "il y avait au siège de Gibraltar 4 000 hommes des troupes de la marine qui avaient débarqué après l’affaire de Malaga. M. de Pointis, qui avait 13 vaisseaux pour attaquer la place du côté de la mer, revint à Cadix avant d’aller débarquer munitions et canons à Gibraltar. Le 21 mars 1705, huit gros vaisseaux furent dispersés, cinq autres attaqués dont trois furent pris à l’abordage et deux brûlés. L’on retira alors le reste des troupes de marine que l’on fit passer à Malaga avec 1 400 matelots et soldats rescapés des cinq vaisseaux pris ou brûlés qui regagnèrent Toulon par la suite. Les ennemis étaient maîtres du détroit et de la Méditerranée ; la prise de Cadix était leur grand objet". Tableau des descentes
EFFECTUÉES
Nice (1705) En 1705, un rôle important devait être à nouveau joué par l’artillerie et les troupes de marine lors du siège et du bombardement de Villefranche et du château Nice. L’arsenal de Toulon chargé du soutien logistique fournit canons, mortiers, poudre, munitions, ainsi que les canonniers et bombardiers pour servir les batteries. Vauvré assura les fonctions d’intendant général de l’armée de terre. Le 25 mars, René de Logivière, commissaire général de l’artillerie du département de Rochefort, était au camp de Nice. Peu de temps auparavant, des ordres avaient été réitérés par le ministre aux capitaines et lieutenants de l’artillerie de lui obéir sur les vaisseaux comme à terre. Le 27, 20 canons de 24 l., cinq mortiers de 12 pouces et trois de 7 pouces étaient en batterie devant Villefranche. Le 30, "on ne pouvait être plus content de l’artillerie de marine que ne l’était le duc de la Feuillade" qui avait auprès de lui l’ingénieur Roussel. Le 2 avril, le chevalier Hué de Langrune, ingénieur de la marine, était envoyé pour la capitulation de Saint-Hospice. Le 7, après la capitulation de Montalban, les batteries étaient mises en position devant Nice pour bombarder la ville et le château. Le 8, les mortiers de 7 pouces tiraient 200 bombes sur la ville de Nice qui capitulait le 10 avril. Les officiers de l’artillerie de la marine, qui avaient servi au siège et à la prise de la ville de Nice, eurent part à la distribution des 10 000 l. provenant du rachat des cloches. Ainsi Saint-Hospice, Montalban et Nice avaient-elles capitulé après avoir été notamment bombardées avec le soutien des batteries de canons et de mortiers de l’artillerie de la marine, mises à terre et servies par des canonniers et des bombardiers de l’escadre du levant. Selon Pidansat de Mairobert, "le bruit ayant couru que le projet des ennemis regardait Toulon, le comte de Toulouse fut envoyé pour commander. Le Roi lui donna six bataillons de troupes réglées et deux régiments de dragons pour s’opposer aux ennemis en cas de descente". Les opérations contre le château de Nice ne devaient reprendre qu’en novembre, après l’expiration de la trêve de six mois. Le 10, l’artillerie de terre, servie par des officiers d’artillerie de la marine, arrivait à Villefranche. 40 canons de fer prélevés sur les magasins de la marine étaient débarqués. Trois vaisseaux et quelques galères bloquaient la place. Vauvré était sur place. Les deux commissaires généraux de l’artillerie, Grandpré, qui remplaçait le chevalier de Ressons depuis le 1er janvier 1705, et Combes, commandaient l’artillerie. D’après Niquet, "c’était les bombes et les mines" qui devaient avoir raison de la place. Le siège du château de Nice fut en effet soutenu par une artillerie plus nombreuse que jamais et de fort calibre. Le 20, avec l’aide des galères, 10 canons de 24 l., 20 de 18 l. et trois mortiers, étaient mis en batterie sur les hauteurs de Nice. Le 30, "on faisait marcher le grand mortier de 18 pouces de Marseille qui pesait 14 milliers". Le grand mortier, qui avait été fondu en 1694 à Toulon, était le seul dont disposait la marine pour l’emploi des bombes de 500 l. Mis en batterie de l’autre côté du Paillon, il tirait d’environ 800 m. alors que les batteries de mortiers ordinaires, notamment celles de Combes et de Lozières, ne tiraient que de 300 à 600 m. 40 canonniers étaient dans le même temps arrivés de Toulon. Le 7 décembre, les galères débarquèrent encore un mortier de 12 pouces et deux de 9 pouces, 30 milliers de poudre, 837 bombes de 12 l. et 300 de 9. Durant la nuit, 120 matelots des vaisseaux et 55 mulets mettaient un mortier en batterie et un autre à couvert. Neuf canons et trois mortiers dont un de 12 pouces restaient encore à mettre en place. Les tirs se poursuivaient dans le même temps, enregistrant quelques accidents. Le 8, d’énormes travaux avaient été faits pour mettre en batteries 74 canons et 13 mortiers. Le 9, sur les 580 canonniers qu’il convenait d’avoir pour servir les 70 canons dont on disposait pour le siège du château de Nice, il en manquait près de 240. L’arsenal de Toulon avait fourni 11 maîtres canonniers, 10 seconds maîtres canonniers et 139 canonniers, Antibes, 37 canonniers, Cannes, 53, l’escadre des vaisseaux, 24, et les vaisseaux de Saint-Malo pris par les Anglais, 24. Ainsi la marine avait-elle au total fourni 298 canonniers, l’armée de terre, seulement un canonnier et 18 hommes. Les batteries de canons et de mortiers de Paratte, de Lozières, de Vauvré, de Freville, et quelques pièces de la batterie royale, étaient commandées par des capitaines de l’artillerie de la marine. Les canons de 36 étaient servis par 10 hommes, ceux de 24 par huit et ceux de 16 par sept. 80 des 83 bombardiers, dont 12 pour le gros mortier de 18 pouces, et 65 pour les 13 mortiers de 12 pouces, appartenaient à la compagnie de bombardiers de Toulon. Le 12, un canon de fer de 36 l. de Saint-Gervais s’éventrait. Le même jour, un canon de fonte de 36 l. et un autre de 24 l. avaient la volée emportée. six canons de fonte de 18 l. étaient déchargés des galères pour remplacer les canons hors de service. Le 14, une pluie extraordinaire empêchait le tir de toute la journée. Le 17, l’artillerie continua de ruiner les ouvrages de la citadelle de Nice et du bastion neuf. Le même jour, on confia 18 canons endommagés au sieur Guyon, commissaire d’artillerie, "qui avait le secret de remettre des grains aux pièces dont les lumières sont le plus agrandies sans les sortir des batteries en les mettant seulement entre les plate-formes". Le 18, le sieur Duverger, ingénieur, intervenait pour rétablir des batteries ou en établir de nouvelles. Le 19, il était blessé à la hanche d’un éclat de bombe en conduisant les travaux. Le 22, le château de Nice était bombardé de toutes les batteries mises en place pour l’attaque. Les ducs de Vendôme et de La Feuillade constataient la précision du tir et l’adresse des canonniers de la marine. Fin décembre, on envoyait au ministre un état de la consommation des batteries de Montalban, Saint-Charles et Limpia pour la période du 11 au 29 décembre 1705, qui s’élevait à 629 milliers de poudre, 360 bombes de 500 l., 5 022 bombes de 12 pouces, 253 bombes de 9 pouces, 8 888 boulets de 36 l., 28 153 boulets de 24 l. et 8 108 boulets de 18 l. Au total, plus de 60 000 boulets et de 8 000 bombes avaient été utilisés pour le siège du château de Nice. Toutes ces places avaient été assiégées et bombardées avec le soutien de l’artillerie de la marine. Les munitions, la poudre, les boulets, les bombes, les mortiers, utilisés pour le siège de Nice, avaient été tirés des magasins de l’arsenal de Toulon. Ainsi, par le rôle qu’elle avait joué tout au long du siège, la marine du levant avait-elle pris une place importante dans la capitulation du château qui intervint le 4 janvier 1706 après 48 jours. Le siège du château de Nice n’avait-il pas de surcroît été, après la mort de l’ingénieur Filley, conduit par Lozières d’Astier, ingénieur de la marine. Quant à l’artillerie, elle avait été entièrement fournie par la marine : canons, mortiers, canonniers, bombardiers, munitions… Le 31 janvier 1706, Vauvré, sans fausse modestie, mettait en valeur le rôle personnel qu’il avait joué en s’employant, comme il l’avait fait, en tant qu’intendant général, pour la prise du château de Nice "qui ne serait pas pris sans moi à l’heure qu’il est. Vous m’avez ordonné d’embarquer 54 canons de 24 l., 50 000 boulets, 12 mortiers et plusieurs milliers de bombes et vous avez approuvé qu’il ait été embarqué 450 milliers de poudre. Ce faisant, j’ai dégarni l’arsenal de Toulon" qui ne disposait que de 15 mortiers de fonte, y compris le gros pour les bombes de 500 l. L’habileté des artilleurs de la marine n’était plus à démontrer dans la mesure où l’on sollicitait leur concours. Selon le duc de Vendôme lui-même, "les canonniers des vaisseaux et les bombardiers avec leurs officiers tirent mieux que ceux de terre, lesquels en revanche ne tiraient pas assez bien". Le 17 février 1706, le commissaire général de Combes recevait l’ordre d’embarquer sur le Sceptre et de commander les deux galiotes à bombes à la suite de l’armée navale du levant. Le 11 avril, l’armée navale était devant Barcelone. L’artillerie de la marine était placée sous le commandement du commissaire général de Grandpré. 20 canons de 24 l. étaient mis à terre, ainsi que 20 officiers de galiote et d’artillerie parmi lesquels Boispinault et La Sauvagère, capitaines, Sigalin, lieutenant, d’Aulnay et Joly, sous-lieutenants, Gineste et des Tourres, aides, et 200 canonniers, pour participer au siège et servir 20 canons de 24 l. pris sur les vaisseaux. Des contestations ne manquèrent pas de se produire avec l’artillerie de terre qui était commandée par M. de Riboulaud et M. de La Motte, lieutenants d’artillerie depuis plusieurs années. Le 20, "nous commençâmes à bombarder avec la galiote du sieur Duquesnel. Huit bombes seulement furent tirées ce jour là". Tableau des bombardements et
des siÈges
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