| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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LES COMMISSAIRES GENERAUX DE L’ARTILLERIE La nomination de commissaires généraux et de commissaires ordinaires s’inscrivit dans le cadre de la politique de promotion et de perfectionnement de l’artillerie de la marine. "L’augmentation des forces maritimes et les avantages qu’elles ont remportés par l’heureux succès de notre artillerie de marine, particulièrement les bombes", avaient en effet conduit le Roi à augmenter le nombre d’officiers nécessaires pour perfectionner la manœuvre et l’exercice du canon et du mortier. Les nominations suscitèrent des convoitises et des démêlés sans nombre que l’imprécision et l’insuffisance des textes favorisèrent. Le 1er mars 1687, Landouillette et Pointis, qui avaient participé aux bombardements d’Alger en 1682 et en 1683, de Gênes en 1684 et de Tripoli en 1685 en qualité de commissaires ordinaires de l’artillerie, étaient promus commissaires généraux, Landouillette pour le levant et Pointis pour le ponant. Selon les termes de la commission du 1er mars 1687 délivrée à Pierre Landouillette de Logivière, l’essentiel du rôle du commissaire général de l’artillerie était de faire faire l’exercice, tant sur les vaisseaux, galiotes et autres bâtiments que dans les ports et arsenaux du levant, aux officiers, canonniers, bombardiers et gens d’équipage préposés pour le service du canon et du mortier. Le commissaire général avait, en outre, à prendre connaissance de la fonte des canons, des mortiers, des boulets et des bombes pour que les devis et proportions soient bien observés et que les affûts et ustensiles soient bien proportionnés. Il était également chargé de corriger les défauts de fabrication des fonderies de canons. Le règlement du 26 avril 1688 tendit à renforcer l’autorité du commissaire général de l’artillerie vis-à-vis des capitaines de galiote. Embarqué, "il aura un commandement général sur tous les officiers tant dans l’exercice du mortier que dans l’exécution des bombes et autres occasions de guerre et Sa Majesté veut qu’on lui obéisse en tout ce qu’il commandera pour son service. Il aura le soin de faire exécuter les ordres des officiers généraux tant pour le mouillage des galiotes dans les rades que pour la manière de les poster" et il aura le commandement des batteries de mortiers. En juillet, l’avis du maréchal d’Estrées, lors de la troisième campagne d’Alger, était qu’il serait préférable à l’avenir de partager le service entre les deux commissaires généraux qui, "agissant de concert, feraient beaucoup mieux". En février 1689, le commissaire général de Pointis était désigné par le Roi pour commander l’artillerie envoyée en Irlande dans le cadre de l’expédition, en même temps que trois commissaires ordinaires de l’artillerie de la marine, dont un commissaire bombardier, cinq ou six officiers subalternes, six maîtres canonniers, un mineur, soixante canonniers, "un bon ingénieur" et deux ingénieurs en second. Le livre 16 de l’ordonnance du 15 avril 1689 fixa le statut des commissaires généraux de l’artillerie de la marine auquel fut consacré le titre VI composé de 27 articles. Les deux commissaires généraux, l’un établi au ponant et l’autre au levant, avaient, en particulier, "soin de tout ce qui regarde les fontes et épreuves des canons de fonte et de fer, des mortiers, armes et munitions". Sur les galiotes, ils étaient chargés de l’exécution des mortiers (art. 17). A terre, ils commandaient dans les batteries (art. 18). Restait que les épineux problèmes de commandement et de préséance étaient loin d’être réglés dans le détail. Du fait de la mort accidentelle de Pierre Landouillette de Logivière, survenue en avril 1690, Pointis, qui commandait le Courtisan, vaisseau de 64 canons, se trouva être le seul commissaire général de l’artillerie de la marine de l’armée navale. En mai, le sieur Duclos, commissaire de la marine, qui avait souvent contrôlé les épreuves de canons fabriqués pour la marine du levant, demandait à Seignelay de le nommer commissaire général de l’artillerie de la marine en remplacement de feu Pierre Landouillette de Logivière. En juillet 1691, à Barcelone et à Alicante, comme auparavant à Villefranche, à Nice et à Oneille, les opérations dans lesquelles se trouvèrent engagés les galiotes à bombes et les artilleurs de la marine furent placées sous le commandement du commissaire général de Pointis. Le 19 septembre, demeuré seul commissaire général de l’artillerie, Pointis proposa au ministre les nominations en qualité de commissaires généraux de l’artillerie du chevalier de La Guiche, capitaine de vaisseau, et du chevalier de Ressons, commissaire ordinaire depuis le 19 mars 1687, auquel Seignelay n’avait pas voulu accorder une promotion prématurée. Vétéran des campagnes contre les barbaresques, le chevalier de La Guiche, qui avait été sous les ordres de Pointis à Alger et Tripoli, commandait l’une des chaloupes bombardières. En 1683, il avait été désigné par Colbert pour jeter des bombes sur le môle d’Alger lors de la descente. Le 1er janvier 1692, le chevalier de Ressons était nommé commissaire général de l’artillerie pour le levant, en remplacement de Pierre Landouillette de Logivière auprès duquel il avait servi pendant trois ans. A la veille de la publication de l’ordonnance du 6 février 1692, le commissaire général de Pointis, qui avait été associé aux travaux préparatoires, faisait état à la fois du peu d’importance accordée jusqu’alors à l’artillerie de la marine, malgré la notoriété qu’elle avait acquise, et de la nécessité de procéder, au plus vite, à la création d’un corps spécifique. Selon Pointis, "l’artillerie doit être regardée comme la partie la plus essentielle de la marine. Cependant, c’est l’article auquel on s’est le moins attaché jusqu’à présent et dont on est le moins instruit. C’est vrai que, depuis quelques années, les bombardiers ont donné lieu à faire une compagnie et de créer pour cela quelques officiers qui ont un peu plus étudié cette matière, mais comme ces officiers sont en petit nombre, sans aucune règle, et que leurs fonctions ne sont pas encore bien réglées, on ne pourra pas espérer voir de grands projets dans l’artillerie de la marine ni que beaucoup de gens s’y rendent capable que l’on en forme une espèce de corps qui se conduise uniformément dans les ports à proportion du travail qui s’y trouve". La situation de l’artillerie de la marine et de l’artillerie de l’armée de terre n’était, en effet, nullement comparable. La marine, qui disposait à cette époque de 8 303 canons, dont 1 499 de fonte et 6 804 de fer, pour l’armement de 120 vaisseaux de guerre, ne bénéficiait encore d’aucun corps constitué. Le corps de l’artillerie de l’armée de terre, qui disposait du dixième des canons de la marine, était en revanche composé : 1) du corps des officiers du Grand maître, à savoir 60 lieutenants qui avaient rang d’officiers généraux, 60 commissaires provinciaux qui avaient rang de capitaines, 60 commissaires extraordinaires et 80 officiers pointeurs qui avaient rang de lieutenants ; 2) du régiment des fusiliers du Roi (13 compagnies) ; 3) de 12 compagnies de canonniers ; 4) du régiment royal des bombardiers (14 compagnies) ; 5) de deux compagnies de mineurs. L’ordonnance du 6 février 1692 concernant l’établissement d’un corps d’artillerie de la marine ne mentionnait plus que les commissaires généraux fussent nécessairement des officiers militaires et eussent le rang de capitaines de vaisseau. En exceptant Pierre Landouillette de Logivière, les fonctions de commissaire général d’artillerie de marine ne furent jamais exercées que par des officiers de marine. Selon les termes de l’ordonnance, "la satisfaction que Sa Majesté a eue des services qui lui ont été rendus par les officiers qui ont été employés dans le détail de l’artillerie de la marine l’engage à former un corps qui ait des fonctions plus étendues que celles que ces officiers ont eues jusqu’à présent et de leur accorder des grades qui marquent l’approbation qu’Elle donne à ce service. Elle a ordonné et ordonne ce qui suit : Le corps de l’artillerie de la marine sera composé à l’avenir de deux commissaires généraux, l’un en ponant et l’autre en levant, desquels néanmoins l’ancien commandera l’autre lorsque le service de Sa Majesté demandera qu’ils se trouvent ensemble. Ainsi le Roi avait-il "estimé à propos de former un corps d’officiers d’artillerie dans sa marine et leur assigner des fonctions fixes. Le règlement complétera l’ordonnance. Sa Majesté nommera les officiers qui devront composer ce corps". Si, par la suite, des galiotes à bombes furent basées dans les ports de l’Atlantique ou de la Manche, à Brest, mais aussi au Havre et à Dunkerque, puis à Port-Louis, Toulon resta néanmoins, en importance et en moyens, le premier port du royaume pour tout ce qui concernait l’artillerie de la marine, le seul à fournir des officiers d’artillerie et des mortiers pour les sièges de terre ou de mer auxquels la marine participa. De 1692 à 1697, les opérations au cours desquelles les galiotes à bombes et les artilleurs de la marine se trouvèrent engagées furent effectivement placés sous le commandement de l’un des deux commissaires généraux de l’artillerie de la marine. En 1697, le Roi chargeait René Landouillette de Logivière, commissaire général de la marine ayant le département de l’artillerie à Rochefort, de commander les officiers d’artillerie, les bombardiers, les canonniers dans les occasions qui se présenteront". En juin, à Barcelone, le commandement des galiotes à bombes et des artilleurs de la marine fut assuré, comme à Palamos en juin 1694, par le chevalier de Ressons, commissaire général pour le levant. En octobre 1699, Vauban écrivait à propos de Pierre de Combes, le plus ancien prétendant au poste de commissaire général : "Aucun ne l’égale. Je les connais presque tous ; personne ne lui enviera sa nomination". Le 1er janvier 1703, René Landouillette de Logivière et Pierre de Combes, le plus ancien capitaine de galiote, étaient nommés commissaires généraux de l’artillerie de la marine ; le premier, en faveur duquel une troisième charge avait été créée, était chargé du département de Rochefort, et le deuxième, capitaine de vaisseau depuis 1689, était nommé pour le ponant et chargé du département de Brest. En octobre 1704, le commandement de l’artillerie de la marine au siège de Gibraltar fut confié au commissaire général Pierre de Combes. Fin novembre, le chevalier de Ressons, qui avait reçu du duc du Maine, grand maître de l’artillerie, une charge de lieutenant général de l’artillerie de l’armée de terre, quittait définitivement le service de la mer. Le 29 juillet 1705, Pontchartrain écrivait à Duquesne-Mosnier, capitaine de vaisseau, qui avait sollicité sa protection : "J’avais pensé vous proposer au Roi pour la charge de commissaire général. Je m’en suis acquitté, mais d’autres considérations ont prévalu. Le 1er novembre, Etienne-Nicolas de Grandpré, ancien capitaine de galiote d’artillerie et capitaine de vaisseau depuis 1696, était nommé commissaire général de l’artillerie pour le levant en remplacement du chevalier de Ressons. En décembre, les trois commissaires généraux de l’artillerie de la marine, de Combes, Logivière et Grandpré, nommé le jour même, participaient au siège de Nice. Selon l’ordonnance du 9 mars 1706, les commissaires généraux de l’artillerie de la marine; lorsqu’ils serviront à terre, et les lieutenants généraux de l’artillerie de terre "marcheront entre eux en fonction de leur ancienneté". Pontchartrain écrivait : "Les commissaires généraux de l’artillerie de la marine auront rang de colonels, ce que les lieutenants généraux d’artillerie établis dans les départements n’avaient pas. Il conviendrait de les faire rouler ensemble suivant la date de leur nomination". En novembre 1712, le chevalier de Boulainvilliers, ancien capitaine de galiote et d’artillerie et capitaine de vaisseau depuis 1701, était nommé commissaire général de l’artillerie du département de Rochefort en remplacement de René Landouillette de Logivière, décédé à Nîmes le 21 août 1711. Tableau rÉcapitulatif des
commissaires gÉnÉraux
Pierre Landouillette de Logivière, né à La Flèche le 16 février 1650, suivit, dans son jeune âge, ses parents successivement à Nantes, à Toulon puis à Beaumont-la-Ferrière. Il entra ensuite dans la marine. Les frères Landouillette, René, l’aîné, et Pierre, le cadet, étaient les fils de René Landouillette, maître fondeur à l’arsenal de Toulon en 1668-1669, et les petits-fils de Pierre Landouillette, capitaine d’artillerie sous Louis XIII. Leurs destins se croisèrent et se confondirent souvent. En 1677, avec les vaisseaux du comte d’Estrées, Pierre Landouillette s’illustra au siège de Tabago. Il avait alors 27 ans. D’après Arnoul fils, il était à la fonderie de Toulon en mars 1677 ; il trouva à cette époque le secret d’une balle ardente, d’un grand effet dans les combats de mer. Le 9 mai 1680, il était nommé commissaire ordinaire de l’artillerie sur les vaisseaux de l’armée navale du ponant ; il avait alors 30 ans. Comme il fut tué en avril 1690, sa période créatrice ne dura qu’une dizaine d’années. Le 1er décembre 1681, il était envoyé à Hendaye pour participer au bombardement de Fontarabie. En mars 1682, il était envoyé à Dunkerque pour l’essai des mortiers placés à bord des premières galiotes. En juillet, il participait, comme capitaine bombardier, au premier bombardement d’Alger. Le cursus de Pierre Landouillette a été, en partie, reproduit dans les lettres de noblesse que le Roi lui accorda le 1er janvier 1685 : "Nous avons été fort satisfaits des services qu’il a rendus devant Alger sur notre armée navale commandée par le sieur marquis Duquesne, l’un de nos lieutenants généraux, pendant les campagnes 1682 et 1683 où il fut pareillement chargé du soin des mortiers qui firent si grand effet que le Dey, Divan et Milice ont été contraints de nous envoyer des ambassadeurs pour nous demander pardon des hostilités commises contre nos sujets. Il reçut, la campagne suivante, sur la même galiote, un coup de canon à la main droite qui lui ôta l’usage de deux doigts, et l’année dernière [1684], il servit dans l’armée navale devant Gênes, commandée par le sieur Duquesne, où il disposa toutes choses sur les galiotes en si bon ordre et s’appliqua avec tant de soin à l’exécution des mortiers que ladite ville fut embrasée par les bombes en plus d’un endroit dès le premier jour. Dans la descente qui fut faite ensuite dans le faubourg de la ville nommé Saint-Pierre d’Arène, il commanda pareillement l’artillerie sous les ordres du duc de Mortemart, général de nos galères". Si les lettres de noblesse faisaient état des qualités de courage et d’habileté du commissaire Landouillette et de son comportement lors des bombardements d’Alger en 1682 et 1683 et de Gênes en 1684, où il servit à chaque fois en sa qualité de commissaire de l’artillerie de la marine, elles passaient cependant sous silence le rôle qu’il avait joué, dès la fin de l’année 1682, dans l’invention, la fabrication et la mise au point des mortiers à plaque, et des bombes de la nouvelle génération, qui équipèrent les galiotes à mortiers, inventées dans le même temps par Renau d’Elissagaray. L’année 1683, au cours de laquelle les premiers mortiers à plaque de 12 pouces conçus pour des bombes de 150 l. furent expérimentées par Pierre Landouillette, fut décisive tant au plan de l’innovation et du progrès technologique qu’au plan de la fabrication et de l’expérimentation des armes nouvelles. Une guerre sur mer d’un nouveau type était désormais possible. Lors de la deuxième campagne d’Alger, le Roi et Colbert, qui hésitaient à remplacer les mortiers à tourillon et à affûts séparés dont on se servait alors, ne voulurent pas prendre le risque qu’une nouvelle arme pouvait comporter pour le succès des opérations. Il convenait d’obtenir au préalable toutes les garanties nécessaires. Aussi le mortier à plaque de 12 pouces ne fut-il adopté définitivement par Seignelay qu’en 1684, après avoir fait ses preuves lors du bombardement de Gênes. Le 29 décembre 1684, Sa Majesté trouvait bon, à l’instigation de Seignelay, que le commissaire Landouillette fît faire quatre mortiers de 18 pouces de la nouvelle invention des frères Landouillette pour tirer des bombes de 500 l. Longtemps différée, l’autorisation de fabriquer ces nouveaux mortiers "d’une grosseur extraordinaire" ne devait être définitivement donnée que l’année suivante. Les quatre gros mortiers, dont les chambres contenaient 40 l. de poudre, furent coulés en novembre 1685 par René Landouillette, devenu entretemps maître fondeur de l’arsenal de Toulon. En juin 1685, Pierre Landouillette participa au bombardement de Tripoli, effectué par cinq galiotes à bombes et huit vaisseaux placés sous le commandement du maréchal d’Estrées. Il commandait dans les batteries des galiotes à mortiers, alors que Pointis avait le commandement général des galiotes. Le 26 août, Vauvré signalait au ministre la manière dont Pierre Landouillette était rentré à Toulon "sans être parfumé". Le 20 novembre, Seignelay écrivait : "Le commissaire Landouillette de Logivière n’a que fort peu d’expérience et beaucoup de présomption. Sa Majesté est persuadée que son frère René, qui a fait toute sa vie le métier de fondeur, est plus capable que lui dans ce fait là". Landouillette entretint à cette époque un différend avec le commandeur Desgouttes qui devait se poursuivre l’année suivante. En 1686, il participait à la campagne anti-barbaresque du duc de Mortemart et demandait à demeurer avec lui après le retour à Toulon des trois galiotes que commandait Pointis. Le 1er mars 1687, il était promu commissaire général de l’artillerie de la marine pour le levant. Cette nomination, qui illustrait "l’heureux succès de notre artillerie de marine, particulièrement celui des bombes", visait à la fois à récompenser le sieur de Logivière pour ses mérites et le conforter dans ses fonctions. En juillet, les frères Landouillette participèrent ensemble au bombardement d’Alger. Le commissaire général Pierre Landouillette de Logivière reçut, pour la première fois, le commandement des galiotes, celui qu’avaient eu le commandeur Desgouttes à Gênes en 1684 et le commissaire de Pointis à Tripoli en 1685, alors qu’il n’avait exercé jusque là que celui des batteries. Deux des gros mortiers de 18 pouces furent mis en œuvre au cours de cette campagne. En octobre, de retour d’Alger, il demandait, s’il y avait la guerre, à participer à quelque siège pour se rendre plus capable de servir au cas où il se ferait quelque entreprise par mer. Dans le même temps, Grandpré, capitaine de galiote et héros des campagnes bombardières, portait plainte contre lui. Tué le 15 avril 1690 en Franche-Comté lors de l’épreuve de boulets creux de son invention, à la veille de rejoindre Brest pour servir sur l’armée navale du ponant, Pierre Landouillette de Logivière, toujours célibataire, disparaissait prématurément à 40 ans, après avoir exercé une dizaine d’années seulement ses fonctions de commissaire puis de commissaire général de l’artillerie de la marine, laissant le souvenir d’un homme particulièrement inventif et compétent pour tout ce qui concernait l’artillerie, notamment les mortiers, les bombes et les artifices. Sa disparition, suivie quelques mois plus tard de celle de Seignelay, qui avait été l’interlocuteur privilégié du Roi pour toutes les questions touchant la conception et la fabrication des armes nouvelles, allait mettre fin à cette période exceptionnelle d’invention et d’expérimentation, sinon que René Landouillette, son frère, était devenu, dans le même temps, le premier fabricant de canons, de bombes, d’armes et de munitions du royaume. Tableau des principales
innovations
Jean-Bernard de Saint-Jean, baron de Pointis, né à Loches en 1645, fut nommé enseigne de vaisseau en 1672, cassé en 1675 pour une courte période, et nommé lieutenant de vaisseau le 13 janvier 1677. En 1682 et 1683, il reçut le commandement de la galiote la Cruelle et participa aux deux premiers bombardements d’Alger en compagnie notamment de Pierre Landouillette et de Renau "qui étaient des amis". Le 13 janvier 1684, il fut nommé capitaine de galiote, sous les ordres du commandeur Desgouttes, et participa au bombardement de Gênes en sa double qualité de commandant de galiote et de commissaire ordinaire d’artillerie. A ce titre, et bien que sa commission ne fût datée que du 17 juillet de la même année, il commanda une compagnie de bombardiers à l’instar de Landouillette qui commandait l’autre. Selon lui, "il avait commandé l’artillerie aux bombardements d’Alger et de Gênes". Il fut nommé capitaine de vaisseau le 1er janvier 1685 et participa avec Landouillette de Logivière au bombardement de Tripoli sous les ordres du maréchal d’Estrées. Le 1er mars 1687, au moment où Landouillette de Logivière était promu commissaire général d’artillerie pour le levant, il était nommé commissaire général de l’artillerie pour le ponant ; il participait, avec lui, à la demande du maréchal d’Estrées, au troisième bombardement d’Alger de juillet 1688. Le 15 février 1689, il était nommé par le Roi pour servir en qualité de lieutenant d’artillerie dans l’armée d’Irlande. Le 6 mars 1690, il rejoignait l’arsenal de Rochefort, siège du commissariat général de l’artillerie de marine pour le ponant. En avril, il inspectait les fonderies de canons d’Angoumois et du Périgord mais pas celles du Dauphiné comme il aurait souhaité, et proposait, en raison des besoins de la marine, la création à Libourne d’une manufacture de petits canons de fer pour le ponant. Le 5 août, lors de la descente effectuée à Tingmouth par 1 570 hommes détachés des galères et des vaisseaux de l’armée navale, Pointis, en sa qualité de commissaire général de l’artillerie, commanda 50 grenadiers "pour achever de chasser les ennemis". Le 28 novembre, des instructions lui étaient adressées par Pontchartrain de se rendre en Angoumois/Périgord en vue d’accélérer la fabrication des canons de fer nécessaires à l’armement des vaisseaux de la prochaine campagne. Ambitieux et imaginatif, Pointis était aussi un officier d’une audace et d’une témérité exceptionnelles. En août 1683, il avait déjà indisposé Seignelay en prétendant être en mesure d’effectuer la descente du môle d’Alger qui s’avérait impossible. Le 16 mars 1688, Vauvré écrivait : "L’envie que le sieur de Pointis a de se distinguer et de faire quelques actions d’éclat ne lui permet pas assez d’y réfléchir". En juin 1689, comme il proposait de bombarder Londonderry par mer, Seignelay lui écrivait : "Votre imagination vous porte souvent à des choses dont l’exécution serait très incertaine". Pointis, qui avait été de toutes les batailles, à Solebay, au Texel, à Tabago, à Alger, à Gênes, à Tripoli, participa, après le siège de Londonderry au cours duquel il fut blessé le 11 juin 1689, à celle de Béveziers le 10 juillet 1690 comme capitaine de vaisseau. En 1691, il commanda les galiotes et l’artillerie de la marine lors des bombardements d’Oneille en avril, puis de Barcelone et d’Alicante en juillet. En 1692, il commanda l’Ardent, vaisseau de 68 canons, dans l’escadre du comte d’Estrées qui joignit Brest après le départ de Tourville. Dans son mémoire du 3 avril 1694 sur les fonderies de fonte et de fer adressé à Monseigneur de Phélipeaux, le commissaire général de Pointis devait faire preuve à la fois de suffisance, en prétendant avoir été à l’origine de la fonte des canons de fer de gros calibre, et d’inexpérience en matière de fonderies en raison des erreurs que comportait son texte. René Landouillette le suspectait d’ailleurs de préconiser les foreries couchées "qui ne valent rien", en raison de sa collusion avec le sieur Dans de Hautefort et des intérêts qu’il avait dans ses affaires. En 1696, alors qu’il exerçait à Brest ses fonctions de commissaire général de l’artillerie pour le ponant, il demandait au Roi de lui accorder la charge de lieutenant général de l’artillerie de la marine et des armées navales de France, qui n’avait pas été pourvue depuis 1646 mais qui n’avait pas été supprimée, rappelant qu’il n’y avait pas eu d’actions considérables où il ne se fût trouvé. Pointis écrivait dans sa supplique : "J’ai été à Alger et à Gênes chargé du principal soin du bombardement et de l’exécution de la machine infernale, et blessé à la descente de Gênes. J’ai depuis ce temps, presque toutes les campagnes, commandé des vaisseaux et toujours servi à la tête de votre artillerie de marine. La soumission de Tripoli en 1685, la résipiscence d’Alger après le bombardement de 1688, le désordre de Barcelone et la destruction d’Alicante en 1691, sont les effets de cette artillerie que je conduisais". En 1697, Pointis, parti de Brest avec 7 vaisseaux dont le Sceptre, quelques frégates, une galiote à bombes et environ 3 000 hommes de troupes, réalisait l’extraordinaire exploit de Carthagène. Le baron de Pointis et le chevalier de Ressons coexistèrent dans leurs fonctions respectives de commissaire général, l’un pour le ponant et l’autre pour le levant, jusqu’en novembre 1699. Le 4 octobre 1699, Pointis était nommé chef d’escadre du Languedoc à la place de M. de Septèmes, deux ans après la prise de Carthagène qui l’avait rendu célèbre. En 1700, il commandait une petite escadre armée à Brest contre les corsaires de Salé. Le 24 décembre 1701, il rédigeait un mémoire concernant le bombardement de la ville et du port d’Amsterdam. En août 1704, il participait à la bataille de Velez-Malaga avant de recevoir le commandement d’une escadre de 13 vaisseaux de guerre pour le siège de Gibraltar. Il devait, du fait des circonstances, subir deux revers graves, le premier, le 24 décembre 1704, au cours duquel cinq frégates furent perdues, le second, le 11 mars 1705, au cours duquel cinq vaisseaux furent brûlés ou coulés. Selon Pidansat de Mairobert, "Pointis fut envoyé d’abord avec 10 vaisseaux, ensuite avec un plus grand nombre. Il en perdit 4 par un coup de vent. Il fut obligé d’en détacher quelques-uns pour l’Amérique, ce qui fut la cause que Gibraltar, une des plus importantes places d’Espagne, la clé de la Méditerranée et de tout le commerce du levant, resta aux ennemis". Il mourut le 24 avril 1707 à 62 ans. Auguste Jal n’a-t-il pas été quelque peu restrictif en écrivant à son propos : "Ce fut un homme distingué dont la carrière fut honorablement remplie". Jean-Baptiste Deschiens de Ressons, né en 1660, eut un double cursus d’officier de marine et de commissaire de l’artillerie, ayant été nommé successivement garde de la marine le 24 décembre 1683, enseigne de galiote le 1er janvier 1684, puis lieutenant de galiote le 21 avril de la même année. Aussi avait-il déjà servi comme enseigne de galiote à Alger en 1683 avant de servir comme lieutenant de galiote à Gênes en mai 1684 et à Tripoli en 1685. Ses premiers démêlés avec Pointis remontèrent à cette époque. Le 3 janvier 1685, Ressons adressait à Seignelay "un mémoire dans lequel on verra les injures que Pointis lui a dites". Le chevalier de Ressons fut nommé commissaire ordinaire de l’artillerie de la marine au port de Toulon le 1er mars 1687. La commission dont il bénéficia rappela dans le détail les droits et les devoirs qui s’attachaient à la fonction de commissaire ordinaire de l’artillerie. Il accompagna à diverses reprises Logivière dans les missions d’inspection des forges de Bourgogne et de Franche-Comté, notamment à la fin de 1687 et au début de 1688. A l’issue de la troisième campagne d’Alger de 1688, le maréchal d’Estrées écrivit : "Ressons, commissaire de l’artillerie, et Deschamps, écrivain principal d’artillerie, furent fort assidus". Dès 1690, Ressons, qui avait toujours commandé la compagnie de bombardiers depuis la mort de Landouillette et pris soin de celle de Pointis en son absence, sollicitait que la commission de commissaire général lui fût donnée ou à défaut, "puisqu’il voit que Monseigneur ne le fait pas", le poste d’inspecteur général de l’artillerie pour le distinguer de Pointel et Daniel, commissaires ordinaires "dont il passe les qualités sous silence". Seignelay estimait à cette époque "qu’il était trop tôt" pour lui donner satisfaction". En mars 1691, il participait à la mise en défense des places de Marseille et d’Antibes, des îles Sainte-Marguerite et des forts de Toulon et y installait des batteries de canons et de mortiers. Le 1er janvier 1692, il était promu commissaire général de l’artillerie pour le levant. le 1er janvier 1693, il était nommé capitaine de vaisseau. En avril, il dirigeait le tir des mortiers sur le château de Nice. Le 16 mai, il était à Perpignan pour rencontrer le duc de Noailles : "Monseigneur se reposerait entièrement sur moi pour le commandement des batteries de mortiers tant de la marine que ceux de terre". Perplexe, il se demandait quelle serait en réalité la position des officiers de galiotes dans la mesure où le sieur d’Andigny commandait l’artillerie de l’armée. D’après Ressons, les avantages dont bénéficiaient ces MM. de l’artillerie, qui touchaient 200 l. lorsqu’ils mettaient un mortier en batterie, avaient "de quoi tenter un jeune homme". A vrai dire, Ressons était jaloux du sieur de Vigny, lieutenant d’artillerie, "qui a eu du Roi 200 pistoles pour bombarder une place où, lui-même, les yeux fermés, n’aurait pas manqué une bombe". En juin 1694, il commandait les galiotes devant Palamos et assurait à terre le commandement des batteries de la marine. En 1695, il était désigné par le maréchal de Tourville pour commander l’un des deux pontons artillés pour la défense de Marseille. En juin 1697, il commandait les galiotes devant Barcelone et dirigeait personnellement les bombardements effectué par l’artillerie de la marine. Le 10 août, il recevait du duc du Maine une commission de commissaire provincial de l’artillerie dans l’armée de terre. En 1701, il obtenait, à sa demande, le commandement d’une frégate à la voile. "Par ailleurs, il tiendra une espèce d’école pour tout ce qui concernera l’artillerie". En janvier 1702, à l’occasion de la visite à Toulon des jeunes princes de Bourgogne et de Berry, il organisait un superbe divertissement nautique inspiré des fêtes mythologiques de Versailles dans lequel figuraient monstres marins, dauphins, baleines et sirènes de toutes sortes, ainsi qu’un grand feu d’artifice tiré de la mer. A la même époque, il proposait, pour la défense des ports de Marseille et de Toulon, de construire des pontons, sorte de tours flottantes garnies de canons et de mortiers : "Les canons de fonte, de loin, tireront horizontalement des bombes et, de près, des boulets massifs, et lors des attaques, des paquets de 80 boulets d’une livre. Le 24 juin 1702, Ressons, qui commandait une frégate, était à Messine. Le 14 octobre, il se distinguait, au cours d’une opération sur les côtes de Dalmatie, avec la frégate qu’il commandait. En 1704, Ressons, qui commandait, en sa qualité de commissaire général de l’artillerie, les batteries de mortiers et de canons de Toulon, se plaignait que les nominations des officiers d’artillerie, qui n’auraient pas dû lui échapper, fussent faites en dehors de lui par le marquis de Langeron. Le 29 septembre, il se rendait encore à la fonderie de Saint-Gervais pour rectifier les défauts des canons. Le 8 novembre, toujours protégé du duc du Maine qui l’avait apprécié au siège de Barcelone en 1697, il était autorisé à se retirer du service de la marine et à servir dans l’armée de terre, pourvu de la deuxième charge de lieutenant-général de l’artillerie que l’on avait créée pour lui. "Sa Majesté est satisfaite des services qu’il a rendus depuis 20 ans en qualité d’enseigne de galiote, de commissaire et de commissaire général de la marine ainsi que de capitaine de vaisseau". De 1699 à janvier 1703, jusqu’à la nomination de Pierre de Combes et de René de Logivière, il fut le seul commissaire général en titre. Ressons effectua au moins six campagnes sur les galiotes. Il servit comme enseigne sur la Belliqueuse en 1684 à Gênes, comme lieutenant sur l’Ardente en 1685 à Tripoli, puis comme commissaire général sur la Terrible en 1692, sur l’Ardente en 1694 à Palamos, sur la Salamandre en 1697 à Barcelone. De 1692 à 1703, il participa à la plupart des opérations dans lesquelles l’artillerie de la marine du levant se trouva engagée. Il fut membre associé de l’Académie des sciences. Il mourut le 31 janvier 1735. Ressons figure, à l’instar des frères Landouillette de Logivière, au nombre des concepteurs et des inventeurs qui apportèrent une contribution significative au développement et au perfectionnement des armes. Il s’intéressa notamment au travail de la fonte et du fer, compte tenu des nouvelles possibilités qu’offraient à l’artillerie les progrès de la métallurgie. Différents types de mortier portèrent sa signature. Tableau des principales
innovations
Pierre de Combes, capitaine de galiote de 1684 à 1689 et capitaine de vaisseau en 1689, fut nommé commissaire général de l’artillerie du ponant le 1er janvier 1703. Vauban avait appuyé sa candidature. Vauvré écrivit : "M. de Combes est sans contredit le plus ancien des prétendants à l’emploi vacant du baron de Pointis". Sa fonction au département de Brest était notamment "de faire faire l’exercice des canons, des mortiers et des bombes, de bien observer les devis et propositions, la qualité de la poudre et de contrôler les épreuves". Ainsi Pierre de Combes recevait-il là la consécration d’une carrière bien remplie d’officier de marine et d’artillerie. Les lettres de noblesse de Pierre de Combes, anobli en mars 1685 en même temps que son frère Benjamin, retraçaient fidèlement et dans le détail sa carrière qui ne manquait pas de points de convergence avec celle de son frère. Benjamin de Combes, qui avait alors la conduite des travaux du port de Dunkerque, n’avait-il pas lui-même commencé sa carrière dans la marine, d’abord enseigne et lieutenant de galère à Marseille en 1663 avant d’être nommé lieutenant de vaisseau à Brest en 1667 et de devenir ingénieur en chef en 1671. Ainsi, des trois frères Combes, un aurait été officier de marine, un autre, officier de marine et ingénieur, et un autre, ingénieur. "Pierre de Combes a été, pour notre service, aux grandes Indes pendant trois ans, sous les ordres du feu sieur de La Haye, lieutenant général de nos armées, s’étant distingué à la défense de San Tomé et dans tous les combats qui furent donnés par ledit sieur de La Haye contre les hollandais ; il fut ensuite au Canada par nos ordres, et depuis il a servi dans nos troupes, en qualité de lieutenant, dans le régiment de Navarre ; s’étant trouvé sous les ordres du capitaine Albert à la prise d’un corsaire ostendois, qu’ils firent échouer près de Boulogne, il se rendit à bord à la nage, l’épée aux dents, et s’en étant rendu le maître, il le conduisit au Havre-de-Grâce. Il s’est trouvé ensuite à l’Amérique aux prises des forts de Gorée et de Tabago (1677), et dans un combat qu’un de nos vaisseaux, sur lequel il était officier, rendit contre deux corsaires ostendois, il contribua considérablement, par sa bravoure et bonne manœuvre, après quinze heures de combat, à sauver ce vaisseau, qui se trouvait moins fort que le plus petit de ces corsaires. Après ces actions de valeur, nous lui avons donné une lieutenance de vaisseau, et, depuis trois ans, le commandement d’une galiote à jeter des bombes ; en quoi il a servi avec approbation à Alger et à Gênes en 1682, 1683 et 1684". De 1684 à 1688, Pierre de Combes participa à chacune des cinq campagnes bombardières. Comme capitaine, il commanda la Bombarde à Alger en 1682, la Brûlante à Alger en 1683 et à Gênes en 1684, la Bombarde à Tripoli en 1685, la Terrible à Alger en 1688. De 1690 à 1692, il participa aux trois grandes escadres du comte de Tourville comme capitaine de vaisseau, il commanda l’Opiniâtre (44 canons) en 1690, l’Illustre (74 canons) en 1691 et 1692. En 1695, il fut choisi par le maréchal de Tourville pour commander les quatre chaloupes armées pour la défense de Marseille. En 1701, il accusa le marquis de Langeron d’être "un vrai malhonnête homme, et capable de toute méchanceté et malin subtil", estimant qu’il était presque impossible qu’un homme qui a été obligé de se justifier tant de fois puisse valoir quelque chose". En 1703 et 1704, il servit à différentes reprises à Cadix en sa qualité de commissaire général de l’artillerie. En octobre 1704, il commandait l’artillerie de la marine au siège de Gibraltar au cours duquel il eut un différend avec Joseph Clavel, capitaine d’artillerie, contre lequel il porta plainte. Le 27 mai 1705, il était de retour à Toulon. En novembre, il participait au siège du château de Nice et, en avril 1706, à celui de Barcelone, ayant reçu l’ordre le 17 février d’embarquer sur le Sceptre et de commander les deux galiotes à bombes à la suite de l’armée navale. Le 11 avril, en rade de Barcelone, il commandait l’artillerie de la marine. Selon Vauvré, de Combes était très bien vu de Pontchartrain. En août 1707, Pontchartrain écrivait : "De Combes est un très bon sujet quoiqu’il aît des prétentions ; lorsque les officiers de marine servent dans l’artillerie, ils ont le rang de leur ancienneté. De Combes ne peut pas commander les capitaines plus anciens que lui". En 1708, le sieur de Grandpré, commissaire général de l’artillerie pour le levant, bien que fâché qu’il lui eût fait faire une grande distance pour rien, écrivait à son sujet : " De Combes a été de mes amis. Je l’ai toujours connu pour être un très brave homme fort désintéressé, zélé pour le service et fort capable". Il devait exercer ses fonctions de commissaire général d’artillerie du département de Brest jusqu’à sa mort, survenue le 25 novembre à Brest. Une troisième charge de commissaire général de l’artillerie de la marine fut créée à Rochefort en faveur de René Landouillette de Logivière, le frère de feu Pierre de Logivière, nommé le 1er janvier 1703 à Rochefort. René Landouillette de Logivière, l’aîné, né à la Flèche le 5 janvier 1649, était, à la mort de son frère en avril 1690, à la fois maître fondeur de l’arsenal de Rochefort, bénéficiant à ce titre de traités confortables, et entrepreneur à son compte de fonderies de canons de fer et de bombes et de manufacture d’armes et de munitions en Angoumois. Ainsi, pendant longtemps, dirigea-il les deux plus grandes fonderies de canons de fonte de la marine en même temps que ses forges de Planchemenier et de Rancogne. Il était devenu le premier fondeur de France et le seul à fondre, en même temps, pour le Roi, des canons de fonte et des canons de fer. L’aventure industrielle de René Landouillette, maître fondeur de l’arsenal de Rochefort depuis 1678, prit une nouvelle dimension en octobre 1682, lorsque son frère Pierre, commissaire de l’artillerie pour le levant, fut, en même temps que Renau, envoyé en Angoumois et Périgord pour trouver des fourneaux et fondre des bombes pour l’arsenal de Toulon. Le 10 août 1684, il était nommé maître fondeur de l’arsenal de Toulon tout en conservant sa fonction à la fonderie de Rochefort. Du fait du cumul de ses fonctions et de sa réussite, René Landouillette s’enrichit. L’amitié et la protection de Seignelay confortèrent grandement sa situation et valorisèrent ses affaires. En 1689, au début de la guerre de la ligue d’Augsbourg, la position de René Landouillette était déjà prééminente dans le secteur de l’industrie de l’armement. Les deux établissements de Planchemenier de Rancogne ne comprenaient-ils pas déjà, le premier trois fourneaux, le deuxième, deux, plusieurs forges, fonderies, mouleries, foreries… pour la fabrication des canons, des bombes, des grenades, des boulets et des munitions de toutes sortes ; un atelier pour la fabrication de canons de mousquet et d’armes pour la marine avait en outre été installé à Planchemenier. Le 7 avril, Seignelay informait Landouillette de son intention de faire fabriquer pour avril 1690, à Planchemenier et à Rancogne, 300 pièces de canons de fer de 24 l. et en-dessous, 1 000 mousquets, 10 000 à 12 000 grenades ainsi qu’un nombre considérable de boulets", auxquels s’ajoutait, en juillet, une commande de 2 000 fusils boucaniers et de 5 000 mousquets. A partir de 1690, René Landouillette joua un rôle décisif dans la fabrication des canons de fer de 24 puis de 36 l. qui relayèrent puis remplacèrent les canons de fonte dont "le coût excessif ne pouvait plus être supporté par le Roi, ni par la marine". En janvier, Seignelay, qui envoyait Pierre Arnoul en Angoumois et Périgord dans le cadre de la préparation de la campagne et de la coordination des fabrications d’armement, s’inquiétait des informations que lui adressait l’intendant Bégon et des retards enregistrés dans les livraisons de René Landouillette. Landouillette ne s’était-il pas engagé à livrer fin mars 600 canons de fer dont 200 de 24 et 100 de 18 l. ainsi que les 2 000 fusils boucaniers et les 5 000 mousquets ? Une épreuve de force avait, en fait, été engagée par Landouillette, qui, pour obtenir plus vite les lettres de noblesse qu’il avait sollicitées, ne faisait preuve ni de la diligence ni même du zèle escomptés par le ministre. Arnoul avait bien compris le marchandage de Landouillette à propos des canons de fer de 24 l. et des mousquets que Seignelay réclamait avec la dernière insistance. Le 26 avril, le ministre, revenant sur les termes de sa lettre du 19, informait René Landouillette que le Roi avait bien voulu répondre favorablement à sa demande, mais qu’il devait, sans attendre, "agrandir et perfectionner ses manufactures", et notamment construire un troisième fourneau à Rancogne pour les canons de 24 l. Le 19 mai, Seignelay, en expédiant à Landouillette les lettres de noblesse, lui adressait ses condoléances : "J’ai été fort fâché de la mort de votre frère. Je connaissais son zèle pour le service du Roi et l’application qu’il avait d’exécuter des ordres qu’il recevait de ma part". Le 27 juin, après l’achat des terres de Planchemenier, préconisé et favorisé par Arnoul, les exigences de Seignelay étaient plus contraignantes que jamais ; il s’agissait de faire faire au moins 2 000 mousquets par mois, voire davantage. Le 18 novembre, quinze jours après la mort de Seignelay, M. de Bouville, intendant de la généralité de Limoges, et chargé de la coordination de la fabrication des canons, révélait à Pontchartrain la personnalité de Landouillette : "Landouillette est contrarié de tous les fourneaux qui ont été construits parce qu’il souhaiterait qu’on ne puisse se passer entièrement de lui et être le seul à fournir la marine. C’est un homme rare dans son espèce qu’il est nécessaire de ménager, mais il s’engage à plus qu’il ne peut et il ne se fait pas une règle de tenir ce qu’il a promis". Le 2 mai 1691, Begon écrivait à Pontchartrain : "Landouillette s’est obligé à faire en Angoumois, d’ici avril 1692, 120 canons de 24 l., 30 de 18 l., 70 de 6 l., un certain nombre de 12 et de 18 l., 1 000 fusils boucaniers, 1 000 mousquets, 500 fusils ordinaires, 500 mousquetons". Le 7 novembre, alors qu’il travaillait à la fonderie de Toulon, Landouillette de Logivière bénéficiait de la part de Pontchartrain d’un traité d’une durée de cinq ans pour la livraison à l’arsenal de Rochefort d’un minimum de 300 canons de fer par an, à dater du 1er avril 1692. Fin novembre, le bruit courait que Landouillette voulait abandonner ses affaires et l’ensemble de ses établissements de Planchemenier, de Rancogne, de Razac, de Jommellières, du Gond… Ce n’était que "malveillance", même s’il rencontrait des difficultés avec l’administration des domaines en Poitou. La position omniprésente de René Landouillette de Logivière, qui dominait tout le secteur de la fonte de canons, dérangeait. Rancœurs et jalousies resurgissaient. Des officiers généraux de la marine et des commissaires généraux de l’artillerie demandaient à ce qu’un nouveau maître fondeur fût nommé à l’arsenal de Toulon. D’après Arnoul, Landouillette était, compte tenu de la capacité de production de ses forges qui s’élevait à près de deux millions de livres de fonte par an, en état de livrer chaque année à l’arsenal de Rochefort 5 000 quintaux de fer forgé, 300 canons de 36 et 24 l., 6 000 canons de mousquet et "toutes les bombes et les grenades dont on aurait besoin". Fin 1692, les tentatives de déstabilisation redoublaient à l’encontre de René Landouillette, arrivé pourtant au faîte de sa puissance et de son ambition. On faisait à nouveau courir le bruit qu’il allait abandonner ses établissements. A peine venait-il d’acheter une charge de commissaire général de la marine qu’il réclamait avec insistance une commission de capitaine de vaisseau. Le fait qu’il eût acheté une charge de commissaire général de la marine tout en continuant ses activités de maître fondeur à l’arsenal de Rochefort et de maître-fondeur à l’arsenal de Toulon et de maître de forges en Angoumois excitait les jalousies. N’était-il pas de surcroît, avec le traité de novembre 1691, le premier fournisseur de canons de fer des arsenaux du ponant à un moment où les autres maîtres fondeurs manquaient de travail ? Fin 1694, René Landouillette, qui avait entretemps renoncé à ses fonctions à l’arsenal de Toulon, se proposait de résilier son marché pour les canons de fer, mais de conserver la direction de la fonderie de canons de fonte de l’arsenal de Rochefort. Le 19 janvier 1695, si le processus de désengagement de René Landouillette était déjà engagé, il était encore loin d’être achevé. Le 19 janvier, Sa Majesté, "informée de l’expérience consommée du sieur Landouillette de Logivière, commissaire général de la marine au fait de l’artillerie", lui donnait pouvoir de faire les fonctions de commissaire général de l’artillerie au port de Rochefort. Le 24 août, le ministre lui ordonnait de cesser ces activités d’entrepreneur privé : "cela ne convient pas si vous voulez servir dans les fonctions de commissaire général de l’artillerie". Au début de 1696, il demandait à être déchargé du soin de la fonderie de Rochefort. Le 30 mai, le Roi le renouvelait dans les fonctions de commissaire général de l’artillerie au port de Rochefort. En 1697, sa situation continuait de rester ambiguë dans la mesure où il exerçait depuis deux ans, sans avoir par ailleurs entièrement renoncé à ses activités de maître de forges, les fonctions de commissaire général de l’artillerie, pourtant renouvelées par le Roi le 15 janvier. Le 12 juin 1702, René Landouillette de Logivière, commissaire général de l’artillerie en fonction au département de Rochefort, recevait à la fois une commission de capitaine de galiote au port de Rochefort, à la place du sieur de Chavagnac, et la croix de chevalier dans l’ordre militaire de Saint-Louis. Sa Majesté était tout à fait satisfaite des services qu’il lui avait rendus l’année précédente. Ainsi son ascension se poursuivait-elle irrésistiblement. Comblé de faveurs, il bénéficiait, le 1er janvier 1703, d’une commission pour une troisième place de commissaire général de l’artillerie de la marine qui venait d’être créée. En 1705, il recevait l’ordre de participer au siège de Nice. Le 20 juillet, il était à bord du Foudroyant avec le comte de Toulouse qui commandait l’armée navale. On ne pouvait être en meilleure compagnie. Le 27 septembre, Pontchartrain l’informait que Sa Majesté lui destinait le commandement de l’artillerie dans une expédition à Nice. Le 1er novembre, il obtenait une commission de capitaine de vaisseau, celle que son frère n’avait jamais pu obtenir. Le 17 août 1707, Pontchartrain intervenait une nouvelle fois auprès de Logivière : "Sa Majesté m’a encore demandé si vous vous étiez défait de vos forges, ne voulant absolument pas qu’étant commissaire général, c’est-à-dire à la tête de ce corps à Rochefort, vous vous méliez de fournitures de canons, de mortiers, de bombes. Le 21 décembre, l’arrangement, en fin de compte trouvé avec le sieur de Lalande, était accepté par le Roi, "Sa Majesté ayant l’assurance que vous n’avez gardé aucun intérêt et rien fait pour déguiser la vérité". Le 21 août 1711, René Landouillette de Logivière décédait à Nîmes, à l’âge de 62 ans, 21 ans après son frère qui avait été son cadet d’un an, laissant une veuve, un fils qui servait à Rochefort en qualité de sous-lieutenant d’artillerie de la marine, et une fille. Parlant de René Landouillette de Logivière et de son successeur, Nicolas de Saint-Hubert, le père Théodore de Blois, les associant dans le même souvenir, écrivait en 1733 : "Depuis l’établissement de Rochefort, la fonderie a été conduite par deux des plus habiles fondeurs qui aient paru en France". Tableau des principales
innovations
Etienne-Nicolas de Grandpré, qui était l’un des trois plus anciens capitaines de galiote, fut le sixième commissaire général de l’artillerie de la marine. Né en 1661, il fut nommé garde de la marine à Brest le 1er décembre 1676, enseigne de vaisseau le 4 mai 1681, capitaine de galiote le 17 janvier 1684, puis major de l’artillerie à Toulon sous les ordres du commandeur Desgouttes. D’Alger en 1683 à Lagos en 1693, il participa à la plupart des opérations de bombardement effectuées par les galiotes à bombes ; il servit comme lieutenant sur la Brûlante à Alger en 1683 ; comme capitaine, il commanda l’Eclatante à Gênes en 1684 et à Tripoli en 1685, la Foudroyante à Alger en 1688, la Belliqueuse en 1691. Il fut nommé capitaine de galiote et d’artillerie le 1er mars 1692, et commandant de l’artillerie et de la compagnie des bombardiers de Rochefort en octobre 1694. Demandant à être "fixé et assujetti sans inquiétude dans le corps de l’artillerie auquel peu de gens conviennent", il fut nommé le 1er janvier 1696 capitaine de vaisseau, et, le 1er janvier 1705, commissaire général de l’artillerie du levant à la place du chevalier de Ressons. En novembre 1705, il commandait l’artillerie de la marine au siège du château de Nice. De février à septembre 1706, il était à Toulon ; il passait ensuite à Brest. En 1714, au siège de Barcelone, il commandait l’artillerie de la marine, puis toute l’artillerie après la mort du général espagnol. Le 27 mars 1728, il fut nommé chef d’escadre. En juillet de la même année, il commanda l’escadre qui bombarda Tunis. Il mourut à Toulon, âgé de plus de 70 ans, le 27 août 1731. Alexandre de Boulainvilliers, après avoir servi vingt-huit ans dans l’artillerie de la marine, fut nommé commissaire général de l’artillerie à Rochefort le 22 novembre 1712 en remplacement de René Landouillette de Logivière. Ancien garde de la marine à Toulon en mars 1681, il fut enseigne de galiote à Toulon le 1er janvier 1684, lieutenant de galiote à Brest le 1er mai 1688, puis lieutenant de vaisseau le 1er janvier 1691, capitaine de galiote et d’artillerie, commandant la compagnie des apprentis canonniers de Toulon le 1er janvier 1693, inspecteur des batteries des côtes de Léon en 1695, commandant la compagnie des bombardiers de Brest de 1696 à 1698. De 1684 à 1701, il participa à un certain nombre de campagnes bombardières avec la Fulminante en 1684 et en 1685, avec l’Eclatante en 1686, avec la Menaçante en 1688, avec la Bellone, armée à Brest, en 1700. En 1701, il fut nommé capitaine de vaisseau. En 1707, il commanda un bataillon des troupes de la marine à terre. Pendant près de quinze ans, il exerça ses fonctions de commissaire général de l’artillerie à Rochefort où il mourut le 13 mars 1727.
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