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LES MAITRES CANONNIERS

 

 

Avant la nomination des commissaires ordinaires et des commissaires généraux, tout ce qui concernait l’artillerie des vaisseaux et des ports dépendait des intendants de la marine et des officiers généraux. A partir du moment où ils furent nommés, ils assurèrent, dans la limite de leurs attributions, le choix des maîtres canonniers, des canonniers entretenus et des apprentis canonniers, comme celui des bombardiers et des apprentis bombardiers, et également la direction des écoles dans lesquelles ils étaient formés. Pour le commissaire Pierre Landouillette, le métier de canonnier était beaucoup plus difficile que celui de bombardier ; aussi convenait-il de faire passer les futurs maîtres canonniers par l’emploi de sergent bombardier.

Selon le commandeur Desgouttes, depuis longtemps déjà, il y avait dans chaque port, et notamment à Toulon, "un maître canonnier royal qui a le détail de toute l’artillerie et la connaissance de tous les ustensiles d’artillerie qui sont dans les magasins particuliers de chaque vaisseau ; ce canonnier sait parfaitement toutes les proportions des affûts de chaque calibre et généralement de tous les ustensiles d’artillerie ; il sait la qualité des poudres qui sont dans chaque poudrière, les marchés de tous les entrepreneurs et de ceux qui ont les transports pour tout ce qui peut regarder l’artillerie". Le maître canonnier et le second canonnier, qui devaient savoir écrire, connaître l’arithmétique et la géométrie, figuraient parmi les principaux officiers mariniers lorsqu’ils étaient à bord des vaisseaux.

A Toulon, la fonction de maître canonnier royal, aux appointements de 40 l. par mois, était pourvue en 1662 ; le 6 octobre 1663, les appointements des deux maîtres canonniers entretenus, Lambert Jansse et Jean de Fréjeac, qui tenaient l’école du canon, étaient de 30 l. par mois.

Selon le traité de Lempereur de 1671, le maître canonnier commandait la première batterie avec six hommes par pièce, un bon canonnier commandait la deuxième avec cinq hommes et un bon canonnier la troisième avec quatre hommes. A chacune des batteries étaient en outre affectés deux ou trois hommes pour porter les gargousses. L’auteur ajoutait : "On prend des canonniers, des matelots et des soldats pour le service du canon à bord des vaisseaux".

En janvier 1678, trois maîtres canonniers étaient entretenus au port du Havre ; à partir de cette époque, le nombre de canonniers fut sensiblement augmenté à l’occasion de la garde des côtes.

En janvier 1679, deux maîtres canonniers à 50 l. par mois et dix canonniers à 40 l. étaient entretenus au port de Toulon. Ces maîtres canonniers et canonniers entretenus encadraient, à bord des vaisseaux, les canonniers et les matelots canonniers qui constituaient une partie très importante des équipages.

Le 10 décembre 1681, Vauvré, intendant de la marine de Toulon, écrivait : "Les habits des maîtres canonniers entretenus ne servent que les jours de fête pour les faire durer plus longtemps".

En 1682, les cinq premiers maîtres canonniers furent embarqués sur les galiotes à bombes : Alexandre Estrope sur la Foudroyante, Jean Le Courtois sur la Menaçante, Gaspard Le Courtois sur la Cruelle, Honoré Vachin sur la Subtile.

Fin 1682, la distinction n’étant pas encore clairement établie entre canonniers et bombardiers. Selon l’état établi au retour de la campagne d’Alger, 22 sergents, 20 caporaux et 108 canonniers bombardiers, plus quatre tambours et fifres, étaient entretenus au port de Toulon, soit 154 au total. Leurs appointements du mois de septembre avaient représenté un montant de 4 212 l. Ainsi, ces canonniers bombardiers avaient-ils été répartis à la fois sur les galiotes à bombes et sur les vaisseaux. En tête des 22 sergents venaient François Sigalin et Jean Sourisseau, à 50 l. chacun, Jean Humeau à 45 l., François Rousset à 40 l. Les 18 autres touchaient 35 l. chacun. Les appointements des 20 caporaux étaient de 30 l. ; ceux des autres canonniers bombardiers étaient de 25 l..

En 1683, parmi les maîtres canonniers embarqués sur les sept galiotes à bombes, figurèrent notamment Michel Gouivan sur l’Ardente, Guillaume Friquet sur la Brûlante, Jean Le Courtois sur la Menaçante, Alexandre Estrope sur la Foudroyante. Un certain nombre de maîtres canonniers furent en outre embarqués sur les vaisseaux des escadres parmi lesquels Olivier Bertrand, Jean Perette, Guillaume Fourneau, Jean Albert, au port de Rochefort ; Nicolas Burel, Daniel Favereau, Richard Foucher, François Sigalin, au port de Brest ; Gaspard Le Courtois, au port du Havre.

Le 12 novembre, Seignelay demandait à Desclouzeaux, intendant de la marine à Brest, de rechercher un habile maître canonnier pour faire faire l’exercice du canon aux nouveaux gardes de la marine à Toulon.

En 1684, mis à part Alexandre Estrope qui était sur la Foudroyante, de nouveaux maîtres canonniers furent embarqués sur les galiotes à bombes, parmi lesquels Jean Geoffroy sur l’Ardente, Jean Charpentier sur la Bombarde, Henri Roubaud sur la Terrible, Auguste Bifoul sur la Cruelle.

En 1688, les rôles d’équipages de chacune des cinq galiotes ne comportèrent pas de maîtres canonniers. Parmi ceux qui furent embarqués sur les vaisseaux figurèrent en revanche, en plus de François Daniel qui était sur le navire amiral, Antoine Bailleul, Claude Beausset, Nicolas Burel, François Durand, Louis de La Serre, Salomon Mouchet, Paul Tourreau.

En 1689, un premier maître canonnier entretenu était en service dans chacun des ports ; à Rochefort, Lambert, à 75 l. par mois ; à Brest, Jean de Caux, à 60 l. ; au Havre, Jean de La Ville, à 50 l. ; à Toulon, François Daniel… En février, six maîtres canonniers furent envoyés en Irlande. Selon l’ordonnance du 15 avril 1689, les vaisseaux du 1er, 2e et 3e rang disposaient d’un premier maître et d’un second maître canonnier ; ces vaisseaux du 4e et du 5e rang ne disposaient en revanche que d’un seul maître canonnier.

En 1690, parmi les maîtres canonniers embarqués pour Brest sur les vaisseaux de l’escadre du levant, commandés par le comte de Chateaurenault, lieutenant général, figuraient notamment Nicolas Louis sur le Dauphin-Royal, André Vibaud sur le Brusque, Joseph Humeau sur le Saint-Louis, Jean Fabre sur le Fleuron, Charles Antoine sur le Fortuné, Jean Sourisseau sur le Prudent, Antoine Martinencq sur le Pompeux, François Marquant sur le Florissant, Pierre Guillet sur le Hardi ; si la plupart étaient de Toulon, plusieurs étaient de Marseille. Avant la mort de Seignelay, les habitants de Saint-Malo obtinrent trois maîtres canonniers des classes pour le service de leurs remparts.

En 1693, 26 maîtres canonniers entretenus figuraient dans le budget de l’arsenal de Toulon à la section du chapitre des officiers mariniers. Le 1er janvier 1694, parmi les maîtres canonniers qui bénéficièrent d’un brevet de premier maître canonnier amiral, figuraient notamment Pierre Chabert, sur le Royal-Dauphin, Pierre Dumant, Nicolas Louis, sur le Soleil-Royal, Jean Charpentier, Jean Albert… ; parmi les premiers maîtres canonniers vice-amiraux figuraient Jean Roulet, Jean Le Courtois, Jean Pistou, Jean Ponsin. Les appointements d’un maître canonnier amiral étaient de 900 l. par an à terre et de 1 200 l. en mer ; ceux d’un maître canonnier vice-amiral, respectivement de 840 et 1 080 l.

Fin 1695, 30 maîtres canonniers entretenus étaient affectés au port de Toulon. En 1696, le maître canonnier Honeau était nommé maître canonnier amiral sur le Royal-Louis à la place de Durand, aux appointements de 80 l. par mois. En décembre 1698, les appointements du premier maître canonnier du port de Toulon étaient de 60 l. par mois, ceux de Jean Ripert, deuxième maître canonnier entretenu, étaient de 46 l..

En 1703, un brevet de premier maître canonnier vice-amiral était accordé au sieur La Bretesche en remplacement de feu Roulet. En 1705, Nicolas Louis et Jean Charpentier étaient maîtres canonniers amiraux au port de Toulon, à 80 l. par mois ; Jean Pistou, Pierre Guillou et Philibert Pillart, maîtres canonniers vice-amiraux, à 70 l. En 1705, Jean Pistou, auteur d’un traité d’artillerie écrit la même année, décédait à Toulon. Fin 1707, une médaille était décernée au sieur Garreau, premier maître canonnier au port de Toulon.

Le 30 juin 1710, Vauvré écrivait : "Nommé par brevet, le maître canonnier ordinaire est un ancien officier marinier entretenu distingué par sa capacité. Il touche 50 l. par mois".

Les canonniers entretenus

En avril 1670, Colbert, qui réfléchissait sur ce problème depuis longtemps, incitait Matharel à former un corps de quatre ou cinq compagnies de 100 canonniers chacune qui seraient entretenus à son service au port de Toulon, à la tête desquels Sa Majesté mettrait un commissaire général d’artillerie ou quelque autre officier pour leur faire faire continuellement la manœuvre et l’exercice du canon.

Le règlement du 15 août 1681 fixait les conditions de l’exercice du canon pour les 100 canonniers qui devaient composer la compagnie. L’intendant était chargé "d’achever le nombre de 100 auquel la compagnie de canonniers à été fixée". Les dix canonniers entretenus au port de Toulon touchaient alors entre 40 et 45 l. par mois. Le 28 octobre 1682, une gratification de 200 l. était accordée à Louis de La Serre, canonnier de marine, pour services exceptionnels rendus devant Alger. Le 21 septembre 1686, Seignelay réclamait au Dey la libération de Pierre Laurent, canonnier de Toulon, toujours retenu à Alger comme esclave. Le 15 septembre 1687, huit canonniers du port de Brest embarquaient pour le Siam.

Selon l’ordonnance du 15 avril 1689, le nombre de canonniers variait de 40 à 50 pour les vaisseaux du premier rang, de 26 à 32 pour ceux du deuxième, de 21 à 24 pour ceux du troisième, de 9 à 12 pour ceux du quatrième et de 6 à 8 pour ceux du cinquième.

En septembre 1690, le roi accordait un mois de gratification aux canonniers qui s’étaient distingués à Béveziers. Le 7 octobre, Sa Majesté, voulant rétablir la compagnie des canonniers de Rochefort, ordonnait la levée de 100 matelots. Le 1er mars 1692, le sieur de Fricambault, capitaine de galiote et d’artillerie, et Michault, lieutenant de galiote et d’artillerie, étaient désignés pour commander la compagnie des canonniers de Rochefort. D’après Vauban, Edmé de Fricambault était "fort bon officier, bien sage et fils d’un illustre chef d’escadre de mon pays".

En 1693, le nombre de canonniers et des bombardiers fut sensiblement augmenté en vue de mieux assurer la défense et la protection des côtes. En juin 1694, Vauban écrivait à propos des canonniers de la marine de Brest : "Ce sont les gens du monde les plus adroits pour tout ce qui regarde la mer". S’agissant en revanche des travaux de fortifications, "n’étant pas stylés, ils sont sujets à faire des fautes ; il convient de les instruire sur les ouvrages de terre".

En 1695, Massiac et Nicolaï, capitaines de galiote et d’artillerie, commandaient les compagnies de canonniers respectivement à Brest et à Rochefort. Vauvré écrivait à la même époque : "Compte tenu des nécessités de la défense de Toulon, il y aura 1 500 soldats de marine qui, étant instruits du service du canon, pourront, avec des matelots et des canonniers, aider à servir les canons. C’est un nombre à peine suffisant pour garder les endroits où les ennemis pourraient débarquer".

Le 4 mars 1698, le commissaire général de Ressons estimait que les canonniers n’étaient pas toujours très expérimentés, "n’étant pas encore bien accoutumés à bien placer le canon au milieu du sabord. Quand ils servent à la mer, ils sont longtemps à remettre une pièce en batterie ; ils mettent souvent feu, pressés par les officiers pendant le combat, sans trop ajuster leur coup". Quant au sieur Malorty, le commis de Ressons, il dessinait toute l’artillerie, les mortiers, les canons, les affûts avec leurs proportions, les fourneaux de la fonderie.

En 1701, la compagnie de canonniers de Brest était commandée par Boispinault, capitaine de galiote et d’artillerie. Lambert, lieutenant de galiote et d’artillerie, était envoyé à Anvers. En 1702, 80 canonniers de Toulon, après avoir été envoyés à Cadix, servaient au Portugal.

En 1703, le Dauphin-Royal (vaisseau du premier rang, 98 canons dont 28 de 36 l., 28 de 18 l., 28 de huit l. et 14 de six l.), disposait de 427 hommes pour l’artillerie d’un seul côté du vaisseau. On comptait en effet quinze hommes pour servir une pièce de 36 l., neuf pour une pièce de 18 l., cinq pour une pièce de 8 l. et trois pour une pièce de 6 l.

Le 14 juillet 1705, 319 des 595 canonniers demandés par Vauvré manquaient encore pour l’armement des 42 vaisseaux de l’armée navale commandée par le comte de Toulouse.

En 1706, 200 canonniers de la marine participaient en avril au siège de Barcelone, puis en juin à celui de Turin sous les ordres de Duquesnel, capitaine de galiote et d’artillerie au port de Toulon.

En mars 1708, Duquesne-Mosnier était désigné pour commander à terre en Ecosse en qualité de capitaine de vaisseau et servir comme lieutenant général de l’artillerie. Le 11 avril, un détachement formé de 30 canonniers était envoyé à Messine. Bien que Sa Majesté fût satisfaite des services de Sigalin, le chevalier de Choiseul était désigné pour commander le détachement. Selon Vauvré, "Sigalin, bien que bon officier, n’a pas la politesse qui convient pour le lier avec les italiens et les espagnols". Le 24 août 1710, Villars, sous-lieutenant d’artillerie, commandait les canonniers de la marine à Arras.

Au cours de l’année 1711, les canonniers de la marine, commandés par les officiers d’artillerie, participèrent notamment aux sièges de Saint-Omer, du Quesnoy, d’Ypres, de Condé… En avril, Choiseul-Beaupré, capitaine de vaisseau, était à Saint-Omer ; Du Bois de Villiers, sous-lieutenant d’artillerie, était à Ypres. Le 17 août, 50 canonniers de la marine, commandés par Benoist et Guillaume de Logivière, respectivement lieutenant et sous-lieutenant d’artillerie, étaient au Quesnoy. Fin août, un autre détachement de 50 canonniers et un maître canonnier de la marine étaient envoyés d’Ypres à Condé sous le commandement de Du Bois de Villiers, sous-lieutenant d’artillerie.

Fin avril 1712, Du Bois de Villiers commandait les canonniers de la marine à Condé, les Du Pin de Belugard, respectivement lieutenant et aide d’artillerie, ceux de Valenciennes, Labatut, lieutenant d’artillerie, ceux d’Arras, Benoist, lieutenant d’artillerie, ceux du Quesnoy, Villars, capitaine de brulôt, ceux de Saint-Omer…

Les apprentis canonniers

Les premières compagnies d’apprentis canonniers dans les ports de Brest, Toulon et Rochefort, créées par l’ordonnance du 1er janvier 1666, furent confirmées dans le cadre du règlement du 15 octobre 1676 concernant l’établissement de l’école des canonniers.

Les modalités de fonctionnement de l’école des apprentis canonniers, tenue par le maître canonnier du port, et celles de l’exercice du canon pour les écoliers, figuraient dans le nouveau règlement. Les apprentis canonniers participaient à l’exercice du dimanche : "Chacun des apprentis tirera un coup au but qui sera planté à cet effet ; plusieurs personnes étant nécessaires pour servir une pièce de canon, tous les écoliers se partageront par brigades de 3, dont chacune viendra tout à tour pour charger une des pièces de canon, la pointer, la tirer et la nettoyer ensuite".

En 1683, la compagnie de Toulon était composée de 150 apprentis canonniers. Fin 1686, la compagnie de 40 canonniers apprentis du port de Toulon était commandée par un lieutenant d’artillerie. Les compagnies de Brest et de Rochefort étaient à la même époque composées de 100 apprentis canonniers, comme en 1683. Le montant de la dépense s’élevait, pour chacun des deux ports, à 18 000 l. par an.

Selon le règlement du 26 avril 1688, la compagnie des apprentis canonniers devait toujours être commandée par un capitaine de vaisseau. Celle de Toulon était alors commandée par le chevalier de La Galissonnière, "qui, avec succès, y consacrait toute l’application possible". celle de Brest, composée de 100 hommes, représentait une dépense de 16 237 l. par an. Au Havre, la compagnie des apprentis canonniers, constituée en décembre 1681 et commandée par le sieur Bayard, capitaine de brûlot, était composée de 30 matelots de vingt à vingt-cinq ans, relevés tous les quatre mois. La levée se faisait sur trois classes. Selon l’intendant, "ils prennent le matin à cinq heures leur leçon à la Sainte-Barbe du maître canonnier du port et font ensuite leurs exercices avant d’aller participer aux travaux du port. Tous les dimanches, ils tirent à la butte, c’est-à-dire sur une tonne à la mer". Un prix de 50 sols était décerné aux meilleurs tous les trois mois.

Selon l’ordonnance du 15 avril 1689, une compagnie de 100 hommes était entretenue dans les ports de Brest, Toulon et Rochefort, composée chacune de 96 apprentis, deux caporaux et deux sous-caporaux choisis parmi les gens de mer, respectivement seconds canonniers et aides canonniers, ainsi qu’une compagnie de 30 hommes au Havre, composée de 28 apprentis, un caporal et un sous-caporal. "Les apprentis devaient être âgés de 18 jusqu’à 25 ans, avoir fait quelque voyage en mer et savoir lire et écrire autant qu’il se pourra, pour être instruits de tout ce qui concerne l’exercice du canon sur les vaisseaux". Recrutés parmi les jeunes marins des classes, ils pouvaient, après six mois de service et deux campagnes à la mer, devenir canonniers. Après une instruction supplémentaire de quatre mois, les plus capables pouvaient, le cas échéant, devenir maîtres canonniers.

Le 16 janvier 1692, la compagnie des aides canonniers au port de Toulon était composée de 100 hommes. "Les apprentis étaient payés 15 l. par mois comme il s’était pratiqué par le passé".

Selon l’ordonnance du 6 février 1692 concernant l’établissement d’un corps de l’artillerie de la marine, "les compagnies d’apprentis canonniers dans les ports de Rochefort, Brest et Toulon, ne pourront être de plus de 100 hommes chacune, et moins suivant que cela conviendra au service de Sa Majesté. Les apprentis feront dans les ports les fonctions de journaliers comme il s’est pratiqué jusqu’à présent. Les trois capitaines d’artillerie les moins anciens auront le commandement de chacune des compagnies", ce qui déroge à l’ordonnance de 1689 selon laquelle le commissaire général d’artillerie n’aura aucune inspection sur les apprentis canonniers pour l’exercice du canon dans le port, cet exercice devant être toujours commandé par un capitaine de vaisseau. Les trois capitaines auront sous eux chacun un lieutenant, un sous-lieutenant et un aide d’artillerie".

Le 1er mars, deux capitaines de galiote et d’artillerie furent désignés pour commander les compagnies des apprentis canonniers : Joseph Clavel à Toulon, Daire à Brest, ainsi que deux lieutenants et deux sous-lieutenants, Saint-Aubin et Sigalin à Toulon, d’Etelan de Norey et Sourisseau à Rochefort.

Nommé enseigne bombardier le 18 octobre 1684, "fort soldat et fort capable", lieutenant de galiote le 1er février 1690 et capitaine d’artillerie en mars 1692, Joseph Clavel s’était illustré à diverses reprises, notamment lors du siège du château de Nice en 1691. Quant au chevalier de Saint-Aubin et à Sigalin, anciens premiers sergents de bombardiers, ils étaient, l’un et l’autre, "de très bons sujets".

En janvier 1693, le chevalier de Boulainvilliers, promu capitaine de galiote et d’artillerie après avoir été enseigne depuis 1684 et lieutenant de galiote depuis 1690, était nommé commandant de la compagnie des apprentis canonniers au port de Toulon en remplacement de Joseph Clavel.

Le 19 juillet 1694, Jérôme de Pontchartrain écrivait à son père : "Les apprentis canonniers, après qu’ils ont été à l’école le matin, sont distribués dans les ateliers du port où ils travaillent comme journaliers". Pour certains, ce système n’était pas sans inconvénient tant au plan de la formation des jeunes gens que de leur recrutement. Les jeunes matelots éprouvaient en effet une répugnance pour ce qu’ils considéraient comme "des corvées fâcheuses". Aussi étaient-ils recrutés le plus souvent dans les familles les plus misérables.

Le 14 mai 1695, la création d’une compagnie d’apprentis canonniers fut envisagée à Bayonne. Devant la dépense, Pontchartrain y renonça. Une dizaine de matelots basques furent en revanche envoyés à l’école du canon à Rochefort. Deux maîtres canonniers de l’artillerie de Rochefort furent par la suite envoyés à Bayonne pour former des matelots basques sur place.

En 1696, la compagnie des apprentis canonniers de Toulon était commandée par François Daniel, promu capitaine de galiote et d’artillerie ; celles de Brest et de Rochefort étaient commandées respectivement par Massiac et Languillet, capitaines de galiote et d’artillerie. Les apprentis-canonniers de la compagnie de Rochefort furent habillés cette année là "d’une même parure" qui ne devait servir que les jours de revue.

Le 29 octobre 1697, les instructions étaient de remettre la compagnie des apprentis canonniers de Toulon sur le même pied qu’avant la guerre. Le 22 juin 1698, Levasseur, contrôleur de la marine à Toulon, écrivait : "La compagnie des 100 canonniers apprentis n’est pas encore formée". Le 29 mars 1699, la compagnie des apprentis canonniers du port de Toulon était composée de 80 hommes dont 54 de Toulon, 18 de Marseille et quelques-uns de La Seyne, de Six-Fours et de La Ciotat.

Le 15 octobre 1702, le comte de Toulouse, amiral de France, inspectait, pour la première fois, la compagnie des apprentis canonniers de l’arsenal de Toulon.

 

 

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