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LES BOMBARDIERS

 

 

Les premières compagnies de bombardiers furent créées à Toulon en 1682 pour servir à bord des galiotes qui bombardèrent Alger.

Le 1er mai 1682, Louvois transmettait à Colbert l’ordre du Roi au sujet de l’embarquement d’une compagnie de fusiliers bombardiers commandée par Nicolas Camelin, capitaine des bombardiers de terre, et composée d’un lieutenant, d’un sous-lieutenant, de deux sergents, de deux caporaux, de cinq soldats du premier rang, de 10 bombardiers et de 50 fusiliers.

Nicolas Camelin, qui avait à la fois le commandement des galiotes et des bombardiers, était chargé d’effectuer les approvisionnements pour l’habillement des bombardiers : justaucorps de drap bleu, doublure de serge rouge ; serge d’Aumale pour les culottes et les bas ; ratine écarlate pour les parements des justaucorps et pour les vestes ; boutons de cuivre doré ; baudriers de buffle ; bas écarlates ; gibecières ; galons de soie couleur du Roi pour les tambours ; ruban de laine couleur feu.

Le 1er octobre, les 19 canonniers bombardiers et le maître canonnier entretenus du ponant, qui avaient participé au premier bombardement d’Alger, étaient de retour à Brest. Nicolas Camelin était alors placé sous le commandement du commandeur Desgouttes, commandant en chef des bombardiers, auquel le Roi donnerait le commandement des galiotes pour 1683.

Le 29 octobre, Duquesne écrivait à Colbert : "Sur ce que Landouillette assure qu’il faut six hommes à chaque mortier, je donne ordre à l’intendant de Brest de lever 20 des meilleurs matelots de Saint-Malo et de les faire passer à Toulon sous la conduite d’un bon maître canonnier ; ainsi cette compagnie sera composée de 80 hommes, y compris les 20 qui ont servi la campagne dernière et pareil nombre que les sieurs Demuin et Vauvré doivent lever chacun dans leur département. J’écris au sieur de Vauvré de choisir de concert avec vous six des meilleurs sergents entretenus dans le port pour, avec six des plus habiles maîtres canonniers, faire 12 sergents des bombardiers afin que de cette sorte il y ait toujours à chaque mortier un sergent et un maître canonnier pour le faire servir".

Le 7 janvier 1683, Pierre Landouillette, commissaire ordinaire de l’artillerie, qui avait participé à la campagne d’Alger de 1682, était à son tour désigné pour commander, sous les ordres du commandeur Desgouttes, capitaine de marine, et sous l’inspection du chevalier de Lhéry, chef d’escadre, la compagnie de bombardiers établie à Toulon. La compagnie était composée de 84 hommes, dont 70 bombardiers et 14 sergents qui avaient été choisis entre les meilleurs canonniers. Elle devait être répartie en 14 escouades de cinq bombardiers et d’un sergent chacune, chaque escouade devant servir un mortier d’une galiote. Ainsi les sept galiotes disposèrent-elles de 12 bombardiers chacune, dont un sergent : Jean-Baptiste Humeau sur l’Ardente, François Sigalin sur la Fulminante, Nicolas Aguin sur la Brûlante, Antoine Roubaud sur la Bombarde, Jean Sourisseau sur la Menaçante, Pierre Richard sur la Foudroyante, Honoré La Tour sur la Cruelle… Les bombardiers devaient être habillés de la même manière que ceux qui avaient servi avec Camelin devant Alger en 1682.

Le 9 septembre, le chevalier de Tourville, lieutenant général, estimait que le nombre de 90 bombardiers n’était pas suffisant pour tirer de nuit et de jour. En octobre, l’effectif était porté 200 bombardiers entretenus, en prévision du bombardement de Gênes où l’on allait tirer jour et nuit, répartis en deux compagnies de 100 hommes chacune, exercées et commandées par Landouillette de Logivière et Pointis, commissaires ordinaires de l’artillerie. Le 20 octobre, une gratification était accordée par Seignelay aux officiers bombardiers et aux bombardiers qui avaient été blessés à Alger.

Le 24 novembre, on envisageait de faire venir 100 matelots canonniers du ponant pour compléter les deux compagnies de bombardiers entretenus et les porter ensemble à 300 hommes. Gombault devait écrire huit ans plus tard à ce propos : "A l’époque, on avait 20 sergents et 20 caporaux dans les compagnies des bombardiers parce qu’on avait 20 mortiers à servir sur les 10 galiotes ; l’intention de Sa Majesté étant d’entretenir un maître canonnier par vaisseau, il suffisait d’avoir trois sergents bombardiers par compagnie".

En 1684, deux enseignes de bombardiers furent nommés, Du Laric, écrivain de l’artillerie à l’arsenal de Toulon depuis 1677, et Joseph Clavel qui commençait, pour sa part, une longue carrière dans l’artillerie. En mai, lors du bombardement de Gênes, vingt bombardiers et deux sergents furent affectés à chacune des 10 galiotes, "qui ne purent cependant charger autant de bombes qu’on en tirât". Parmi les sergents bombardiers figurèrent François Sigalin et Pierre Villemin sur la Brûlante, Honoré de La tour et Pierre Doudon sur la Cruelle, Antoine Roubaud et Nicolas Le Service sur la Bombarde, Jean Sourisseau et Louis Ligny sur la Menaçante, Jean Guyot et Antoine Langlois sur la Foudroyante, Jean-Baptiste Humeau et Nicolas Barbier sur l’Ardente, Honoré Valtiau et Louis de La Serre sur la Fulminante, René Gabillié et Jean Peliot sur la Belliqueuse, Jean Pevin et Etienne Lassue sur la Terrible, Etienne Meyra et François Rousset sur l’Eclatante. 4 000 l. de gratification furent attribuées par Seignelay aux 200 sergents et bombardiers qui avaient servi à Gênes. Le 11 décembre, Seignelay demandait ce qu’il en était des 150 bombardiers à congédier.

En juin 1685, à Tripoli, Logivière et Pointis commandaient chacune une compagnie de bombardiers, Logivière, la première, et Pointis, la seconde, composées ensemble de 22 sergents, 20 caporaux, 104 bombardiers, quatre tambours et quatre hautbois. Parmi les sergents figurèrent notamment Jean Denin et Etienne Lassue sur la Terrible, Louis de La serre et François Brunet sur l’Eclatante, Honoré Vachin et René Gabillié sur la Fulminante, Louis Ligny et Pierre Hardy sur l’Ardente, Antoine Roubaud et Noël L’Ecrevisse sur la Bombarde. Le maréchal d’Estrées ne manqua pas d’informer le ministre "de la façon dont Logivière et Pointis se sont acquittés lors du bombardement de Tripoli de leurs fonctions avec beaucoup d’affection et de fermeté".

Selon le règlement, les bombardiers étaient placés sous le commandement des capitaines bombardiers, non seulement pour servir les pièces de canons et de mortiers, mais pour agir avec l’infanterie des vaisseaux dans l’océan en qualité de grenadiers et dans les descentes, "les bombardiers pouvaient être employés dans les actions de guerre avec des troupes". Les capitaines de galiote ne commandaient les bombardiers qu’à défaut des capitaines bombardiers.

Des problèmes n’avaient cependant pas manqué de se poser à propos des commandements respectifs de Pointis et de Logivière. Une résolution avait été prise concernant les descentes à terre. Toutes les fois que les compagnies de bombardiers seraient employées avec des troupes dans des actions de guerre et jointes pour agir avec l’infanterie des vaisseaux, elles seraient, l’une et l’autre, commandées par Pointis, celle de Logivière par son lieutenant. S’agissant de "matelots qui se piquent de bravoure et d’être des gens de distinction", Vauvré posait la question : "Les bombardiers et les grenadiers ont-ils une position si particulière dans la marine qu’ils ne doivent faire corps avec aucun autre régiment alors que les instructions sont de faire bataillonner ensemble gardes de la mer, soldats du port et bombardiers ?".

En 1686, 22 sergents, 30 caporaux et 57 bombardiers furent embarqués sur les vaisseaux et les galiotes à bombes du duc de Vivonne. En décembre, un sergent, un caporal et 8 bombardiers de Toulon furent désignés pour le Siam.

En 1687, Du Laric, enseigne de bombardiers, et 10 bombardiers partirent de Brest avec la deuxième expédition envoyée au Siam. A la fin de l’année, Du Laric repartit pour la France, mais les bombardiers, envoyés entretemps dans la capitale du royaume de Siam avec les bombardes que le Premier ministre refusait de restituer, restèrent sur place un certain nombre trouva la mort dans les combats qui suivirent. Dans son livre Un jésuite à la cour de Siam, Raphaël Vongsuravatana relate l’affaire des bombardiers : "Dix bombardes avaient été embarquées à Brest. Rappelons qu’il était prévu de s’emparer de la forteresse de Bangkok. par la force, au cas où les siamois ne l’auraient pas cédée de plein gré. Les instructions données à Du Laric qui en avait la charge étaient assez simples. Il devait les ramener en France, qu’elles aient été ou non utilisées. Mais Phaulkon, le Premier ministre, souhaitait les conserver. Ces canons primitifs, déjà dépassés en Europe, constitueraient entre les mains du roi de Siam une arme absolue. Phaulkon, qui le savait bien, profita de la complaisance de Desfarges pour les garder. Desfarges ayant transporté les bombardes à la capitale pour en faire une démonstration à Naraï, Phaulkon refusa de les restituer. Desfarges, malgré une Déclaration de MM. de La Loubère et Céberet à M. Desfarges pour le renvoi du bombardier, entra dans le jeu du ministre".

Le 4 février 1688, Seignelay ordonnait de faire passer 40 bombardiers de Rochefort à Toulon. En mars, Logivière, commissaire général de l’artillerie, et Ressons, commissaire ordinaire, chargés de l’exercice de la compagnie des bombardiers de Toulon, procédaient à l’exercice des gros mortiers et des bombes de 500 l. que l’on devait utiliser devant Alger.

Le 18 avril, le maréchal d’Estrées, qui allait présider au troisième bombardement d’Alger, rendait hommage aux bombardiers dans son ordre du jour : "Depuis quatre ans que Sa Majesté a entretenu continuellement la compagnie de bombardiers à Toulon, ils ont été dans un perpétuel exercice. Cette compagnie doit être à présent la meilleure qui soit au monde pour tirer juste et diligemment". Cette diligence apparaissait très importante à
Sa Majesté.

En vue de compléter les deux compagnies de bombardiers, le nombre de bombardiers entretenus ne pouvant suffire à l’armement de dix galiotes, dix bombardiers, dont un sergent ou un caporal, furent embarqués sur chacune des galiotes d’Alger au lieu de quinze en 1685. Parmi les sergents figurèrent notamment Pierre Bassinet sur la Bombarde, Jean Bertrand sur la Foudroyante, Pierre Doudon sur la Brûlante, Honoré de La Tour sur la Cruelle… Des sergents, des caporaux et des bombardiers furent par ailleurs embarqués sur quelques-uns des vaisseaux de l’escadre bombardière, quatorze dont quatre sergents sur le Marquis, commandé par La Bretèche ; dix, dont trois sergents sur le Sérieux commandé par le comte de Chateaurenault, chef d’escadre. Les rôles respectifs des commissaires généraux de l’artillerie et des officiers de galiote, furent précisés dans le réglement du 26 avril 1688 pour l’exercice du mortier et l’exécution des bombes.

En juillet, 16 ou 17 bombardiers furent tués ou grièvement blessés devant Alger. Logivière devait déplorer la précipitation des bombardiers à tirer sans bien nettoyer le fond des mortiers et expliquait de cette façon ces pertes d’hommes excessives et inutiles. Selon Seignelay, "Landouillette, Pointis et Grandpré sont les meilleurs officiers qui servent dans les bombardiers".

Tableau des galiotes et des bombardiers
du port de toulon (1682-1688)

 

1682

1683

1684

1685

1688

Nombre de galiotes

5

7

10

5

10

Nombre de bombardiers par galiote

11

12

20

15

10

Le 9 janvier 1689, Du Laric, enseigne bombardier du département de Rochefort, était désigné pour embarquer sur le Hasardeux et servir en qualité de lieutenant.

L’ordonnance du 15 avril 1689 stipulait que les bombardiers seraient pris parmi les matelots les plus aptes enrôlés dans la classe. Si la compagnie des bombardiers se trouvait trop faible, on remplacerait ceux qui manqueraient par des canonniers pris sur les vaisseaux. Le nombre de bombardiers de la compagnie de Toulon varia de 87 en mai 1689 (18 sergents, 20 caporaux et 49 bombardiers) à 59 en décembre 1690 (16 sergents, 15 caporaux et 38 bombardiers). Parmi les sergents bombardiers embarqués sur les vaisseaux de l’escadre du levant figurèrent notamment François Rousset et Nicolas Barbier sur le Conquérant, François Sigalin sur le Fougueux…

En 1691, l’année qui suivit la mort du commissaire général Landouillette de Logivière, la compagnie de bombardiers, commandée par le chevalier de Ressons, commissaire ordinaire de l’artillerie, n’était plus composée que de 48 hommes : trois sergents, six caporaux, 39 bombardiers et deux fifres et tambours.

En janvier, deux nouveaux enseignes de bombardiers, Nicolas de Lambert et François Du Bosquet, furent nommés en remplacement de Joseph Clavel, devenu lieutenant de galiote, et de Du Laric, décédé.

Selon le commissaire général de Pointis, "Du Bosquet est bon sujet, sage, appliqué et on en fera un bon officier d’artillerie, mais il faudrait le faire lieutenant des bombardiers parce que cela lui donnera de l’émulation, que la fatigue de l’emploi jointe aux faibles appointements et le fait de se voir le dernier officier du corps le rebutent, mais l’on peut compter d’en faire un bon sujet en l’encourageant". Quant à Lambert, "c’est un brave garçon, ferme dans un combat mais libertin aimant ses plaisirs et ne vaut rien pour travailler ; aussi il le faudrait ôter d’enseigne des bombardiers et le mettre enseigne de galiote".

Pointis proposait par ailleurs une promotion pour Sigalin et La Balme : "Sigalin, sergent des bombardiers depuis l’établissement de la compagnie, est un très bon sujet et sur lequel je me repose de beaucoup de choses, mais il est presque rebuté et, depuis qu’on a fait enseignes les sergents d’infanterie, il est découragé. Aussi, comme c’est un parfait bon sujet, il faudrait le faire enseigne bombardier ou enseigne de galiote". Quant à Laurent de La Balme, sergent bombardier, né gentilhomme, "il a de l’honneur et du commandement ; ainsi il serait bon comme enseigne de galiote". Pointis pensait la même chose du sieur Bénezet, "gentil garçon".

Le 19 septembre, le commissaire général de Pointis proposait la réduction de l’effectif des bombardiers de Toulon, qui était alors de 100 hommes, et la formation de deux compagnies, l’une à Toulon et l’autre à Brest, composées de 50 hommes chacune. Le commissaire général estimait en outre que 10 des sergents bombardiers devaient être faits maîtres canonniers, attendu qu’il était inutile et superflu "d’avoir 20 sergents comme présentement". Une autre suggestion de Pointis visait à porter l’effectif des deux compagnies à 156 hommes au lieu de 100. Fin 1691, l’effectif des bombardiers de Toulon, qui était de 105 hommes en septembre, fut porté à 156 hommes.

Aux termes de l’ordonnance du 6 février 1692, "deux compagnies de bombardiers sont formées, l’une à Brest pour le ponant, l’autre à Toulon pour le levant, composées chacune de 50 hommes dont trois sergents, six caporaux, 39 bombardiers, un tambour et un fifre. Les deux plus anciens capitaines de galiote commanderont les compagnies de bombardiers dans les ports de Toulon et de Brest. Le troisième capitaine, étant au port de Rochefort où il n’y aura pas de bombardiers, aura le même soin pour l’artillerie que les deux autres capitaines à Toulon et à Brest. Les trois capitaines auront chacun sous eux un lieutenant, un sous-lieutenant et un aide d’artillerie. Les trois sergents seront payés chacun 40 l. par mois, les six caporaux 30 l., les vingt premiers bombardiers 25 l., les autres bombardiers de 18 à 25 l., les fifres et les tambours 13 l. 10 s.".

Le 1er mars, Gombault et Félix Beaussier, les plus anciens capitaines de galiote et d’artillerie, étaient nommés commandants de l’artillerie et des compagnies des bombardiers, le premier à Toulon, et le second à Brest. Gombault, qui avait été enseigne en 1671, capitaine de galiote et d’artillerie en 1684, devait être nommé capitaine de vaisseau en 1696 et trouver la mort à Carthagène en 1697. Quant à François de Boisfermé, il était le plus ancien lieutenant d’artillerie et de la compagnie des bombardiers.

Parmi les enseignes de bombardiers qui bénéficièrent d’un brevet de sous-lieutenant, figurèrent notamment Du Coudray affecté à la compagnie des bombardiers de Toulon, Sigalin à celle des aides canonniers de Toulon, Du Bosquet à celle des canonniers de Rochefort ; quant à Lambert, il était nommé sous-lieutenant d’artillerie à Dunkerque. Selon le commissaire général de Pointis, qui les avait tous distingués, "Du Coudray, qui a servi dans tous les détachements de la dernière campagne, a de la disposition pour l’artillerie, étant brave, vigilant, actif, entendu et jeune et serait bon pour faire un jour un bon commissaire".

Le 23 mars, Gombault écrivait : "Chacune des deux compagnies de bombardiers du port de Toulon est composée de 49 hommes, y compris tambours et fifres. Sur cet effectif, 27 embarquent comme canonniers sur les vaisseaux, 46 sur les trois galiotes qui sont armées et 16 sur les deux galiotes qui restent au port de Toulon, cinq rejoignent la compagnie des bombardiers de Brest et quatre hommes sont manquants". Un très bon sergent, Noël l’Ecrevisse, et un caporal, Jean Béraud, estropié d’une main au combat, étaient dans le même temps réformés.

D’après le chevalier de Ressons, il fallait sur chaque galiote 12 bombardiers, plus deux surnuméraires. Les bombardiers étaient des matelots canonniers de la marine dont la perfection était de bien se servir des mortiers et des canons. Ainsi les bombardiers furent-ils régulièrement employés comme maîtres canonniers ou deuxièmes maîtres canonniers sur les vaisseaux. Selon Jérôme de Pontchartrain, "c’est un des services les plus considérables que puissent rendre ces compagnies par rapport à la marine, mais c’est aussi un moyen immanquable de détruire le corps de ces bombardiers".

Le 4 décembre, Gombault indiquait, dans le détail, la tenue et l’équipement des bombardiers : "La plupart des bombardiers de la compagnie du département de Toulon a été embarquée sur l’escadre du comte d’Estrées au complet, sauf les tambours et fifres. Ils sont habillés comme ils l’ont toujours été : justaucorps rouge doublé de bleu avec la veste bleue, les boutons d’étain sur le justaucorps et la veste ; la culotte et les bas bleus, le ceinturon de buffle où pend la baïonnette et le fourniment à côté ; les bonnets sont bleus en poil comme les grenadiers de terre, excepté que les nôtres sont doublés de peau mouchetée. Leurs habits peuvent encore faire deux campagnes". Le coût de l’habit complet du bombardier n’était pas très différent de celui du soldat de serge de Berry qui revenait à 37 l. 4 s. 40 d. Selon Jean Boudriot, les bombardiers portaient sur le côté droit, grâce à une large banderole en bandoulière, une giberne, ainsi qu’un pulvérin ou poire à poudre. Ils étaient armés d’un fusil qu’ils tenaient sur l’épaule gauche, et d’une épée, du même côté. Les bas de vestes comportaient deux grandes poches à trois boutons. Les souliers, munis d’une boucle sur le coup de pied, étaient liés par un ruban de cuir rouge.

Les sergents des compagnies de bombardiers avaient sensiblement le même uniforme que celui des bombardiers, sinon que leurs parements, galons et boutons, étaient blancs avec des brandebourgs, également blancs, et que leurs bonnets comportaient au milieu du triangle frontal, un mufle de lion, symbole de force. Ils étaient armés d’une hallebarde, et non pas d’un fusil, et d’une épée.

Fin 1693, des bombardiers étaient envoyés à Belle-Isle, à Martin-de-Ré, au fort de la Prée, à Sablanceau, à l’île d’Aix pour servir les mortiers de fer installés pour la défense des côtes.

Le 24 mars 1694, les instructions étaient de laisser à Toulon 34 bombardiers pour servir les mortiers établis dans les villes maritimes de Provence. Le 19 juillet, Jérôme de Pontchartrain écrivait à son père : "On a établi une troisième compagnie de bombardiers à Rochefort où il n’y en avait pas, bien que ce soit ce port qui fournisse l’artillerie aux autres ports du ponant. Il y aurait aussi à faire des détachements de cette compagnie pour les forges". Le commandement de cette compagnie fut donnée à Etienne-Nicolas de Grandpré qui commandait l’artillerie du port de Rochefort. "Les bombardiers travaillent comme des journaliers sans même avoir deux jours par semaine pour faire l’exercice du mortier, des grenades et du mousquet". Le 10 décembre, les effectifs des bombardiers des différents ports ne s’avéraient pas suffisants pour servir le grand nombre de mortiers qui étaient dans les villes maritimes et sur les côtes du royaume.

Le 25 janvier 1695, un sergent, deux caporaux, 13 bombardiers de la compagnie de Brest étaient détachés pour former la tête de la compagnie que le Roi avait résolu d’établir à Rochefort. Fin 1695, la compagnie des bombardiers du port de Toulon était composée de 50 hommes, comme celle de Brest. Le 30 mars, Pontchartrain ordonnait à Ressons "de distribuer les officiers d’artillerie et des bombardiers dans les vaisseaux où il y a des batteries de mortiers établies".

En 1696, la compagnie des bombardiers de Toulon était commandée par Joseph Clavel, capitaine de galiote et d’artillerie, qui remplaçait Gombault comme commandant de l’artillerie à Toulon. Les compagnies de bombardiers de Brest et de Rochefort étaient commandées respectivement par Nicolaï et le chevalier de Boulainvilliers, capitaines de galiote et d’artillerie. Le 6 février, la compagnie des bombardiers de Rochefort, la dernière pourtant à avoir été créé, prenant le rang sur celles de Toulon et de Brest. En mai, les bombardiers furent envoyés à Port-Louis et Belle-Isle.

Le 2 février 1697, la compagnie des bombardiers de Rochefort se trouvant incomplète, on envisagea de faire appel à 20 ou 25 des meilleurs apprentis canonniers. En mai, au siège de Barcelone, 30 bombardiers servirent à terre les batteries des mortiers. Si la plupart des bombardiers, qui avaient beaucoup souffert à Barcelone, étaient rétablis, Hérault était mort de ses blessures ; quant à Joseph Fournier, qui commandait la compagnie des apprentis canonniers de Toulon et qui avait été un certain temps aveugle, il était à nouveau sur pied. Six bombardiers allaient devenir maîtres canonniers ou gardiens. A Toulon, dans le même temps, l’exercice du mortier se faisait en présence de François Daniel, capitaine de galiote et d’artillerie.

En 1698, la compagnie de bombardiers commandée par Joseph Clavel était composée, comme en 1695 et 1696, de trois sergents, six caporaux et 41 bombardiers. Le 22 mai, 24 bombardiers embarquaient sur les vaisseaux à raison de quatre par vaisseau. Le 29 septembre, Vauvré notait : "Les bombardiers de la compagnie de Toulon sont tous provençaux".

Le 4 janvier 1699, l’intendant rendait compte au ministre : "trois officiers d’artillerie et 50 bombardiers travaillent tous les jours et font l’exercice le dimanche" et ajoutait : "On fait servir 30 bombardiers comme canonniers". Vauvré signalait à cette occasion les qualités de commandement d’Honoré Vachin, âgé de 60 ans, 1er sergent à la compagnie de bombardiers, tandis que deux autres bombardiers, dont un homme âgé et estropié qui touchait une demi-solde de sergent, servaient de valets au capitaine. Dans le même temps, Joseph Brun, âgé de 40 ans et déjà paralysé de la langue était victime, d’une attaque d’apoplexie.

Le 29 octobre 1700, Joseph Clavel et les deux officiers bombardiers recevaient un justaucorps, un bonnet et un uniforme neufs. Quant aux 48 bombardiers, aux trois tambours et aux quatre fifres, ils recevaient également des habits de bombardiers, des bonnets et des ceinturons neufs. En janvier 1701, la compagnie des bombardiers de Toulon était composée de quatre sergents, de neuf caporaux et de 42 bombardiers. En février, Clavel interdisait aux bombardiers de se servir de la nouvelle tenue qui leur avait été fournie pour la visite des princes, l’ancienne pouvant servir jusqu’à l’année prochaine. Les compagnies de bombardiers de Brest et de Rochefort étaient commandées respectivement par Nicolaï et Chavagnac, capitaines de galiote et d’artillerie.

Le 22 mars 1702, Pontchartrain ordonnait au chevalier de Ressons de remettre la compagnie de bombardiers de Toulon en bon état : "Que ce puisse être à l’avenir une pépinière de premiers et de seconds maîtres canonniers". Les bombardiers "dont le courage doit être reconnu" devaient être âgés au moins de 23 à 25 ans et au plus de 28 à 30 ans. En 1703, la compagnie de Toulon était composée d’une quarantaine de bombardiers. Deux sergents de la compagnie, Claude et Jean Allard, furent tués, le premier le 7 mars, et le second en octobre.

Tableau du nombre de bombardiers
du port de Toulon (1684-1703)

Bombardiers

1684

1685

1686

1689

1690

1692

1695

1698

1701

1703

2 compagnies

200

150

109

87

69

-

-

-

-

-

1 compagnie

-

-

-

-

-

48

50

50

55

40

Le 28 septembre 1704, trois sergents, huit caporaux et 30 bombardiers, dont 28 de Toulon et 11 de Brest, étaient détachés de l’armée navale du comte de Toulouse et placés sous le commandement de Joseph Clavel, capitaine de galiote et d’artillerie, pour le siège de Gibraltar.

En novembre, lors du siège du château de Nice, le mortier de 18 pouces était servi par 12 bombardiers, les mortiers de 12 pouces par cinq bombardiers et ceux de neuf pouces par trois bombardiers. venus principalement du port de Toulon, 83 bombardiers se trouvaient ainsi sur place pour le service des 16 mortiers dont celui de 18 pouces pour les bombes de 500 l. et 15 de 12 et de 9 pouces pour les bombes ordinaires.

En 1707, Vauvré écrivait : "A la différence des maîtres canonniers qui ont un brevet et qui sont entretenus, les sergents bombardiers n’ont aucun titre particulier et ne paraissent que dans le rôle de la compagnie à la revue. Une médaille était décernée à Joseph Guérin, sergent de bombardiers à la compagnie de Toulon. Le 12 février 1708, la compagnie du port de Toulon était au complet, sans compter les bombardiers qui étaient à Port-Mahon. Pontchartrain rappelait : "Les bombardiers font corps et bataillonnent avec les troupes. Le ministre envisageait de loger ceux de Toulon".

Le 13 mars 1709, les bombardiers qui n’étaient pas payés se trouvaient dans une extrême misère ; de Combes, commissaire général de l’artillerie, écrivait : "C’est sur eux que reposent les travaux de l’artillerie du port". Pontchartain ne pouvait que laisser espérer des jours meilleurs. Le 4 septembre, Saint-Meloir, capitaine de galiote et d’artillerie, recevait l’ordre de faire embarquer les bombardiers du port de Rochefort sur l’escadre de Du Casse et de Dugay-Trouin.

En 1714, le commissaire général de Grandpré recevait l’ordre d’embarquer sur les vaisseaux les bombardiers pour le service du Roi d’Espagne et de les employer ensuite sur terre pour le siège de Barcelone. En 1716, les effectifs des trois compagnies de bombardiers de Toulon, de Brest, et de Rochefort furent, pour des raisons d’économie, ramenés à 25 hommes chacune dont deux sergents, deux caporaux, 20 bombardiers et un tambour, représentant une dépense par compagnie de 7 500 l. par an.

En mars 1749, M. d’Orves écrivait au comte de Maurepas : "L’art du bombardier embrasse entre autres connaissances pratiques celles de savoir faire la composition des fusées, de les charger, de les mettre dans les bombes, de les en tirer lorsqu’on veut les décharger, opération particulièrement délicate, ainsi que la composition de tous les artifices".

 

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