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LES ECOLES

 

Dès juin 1663, une école de canon et une école d’hydrographie furent installées à Toulon par l’intendant de La Guette car "il en fallait bien une pour savoir se servir des canons et pour apprendre à être bon pilote". Au départ, l’école de canon compta 18 écoliers canonniers. L’ambition de l’intendant, en avance sur son temps, était d’établir à Toulon divers établissements de formation. Le port-arsenal de Toulon n’était-il pas déjà un pôle de développement comportant une fabrique de vaisseaux et de galères "avec les meilleurs maîtres de la chrétienté", une fonderie de canons et tout un ensemble d’installations ?

Le mémoire de Colbert du 8 octobre 1670 sur la police des arsenaux systématisa l’initiative prise à Toulon sept ans plus tôt par l’intendant.

L’école des canonniers

L’école du canon, "comme elle est assurément la plus importante et la plus nécessaire et que l’artillerie décide de tous les combats de mer, il faut s’appliquer à l’établir en sorte que nous puissions égaler et même surpasser tous les étrangers et particulièrement les anglais".

En 1671, Lempereur, commissaire de la marine et auteur d’un traité sur l’artillerie de mer, proposait à Seignelay "les buttes à canon ou pontons comme la plus sûre et la meilleure méthode pour faire de savants canonniers en les faisant exercer au mouvement de la mer".

D’après le règlement du 15 octobre l676 concernant l’établissement de l’école des canonniers, "la butte sera établie en lieu tel que l’on puisse, s’il est possible, tirer sur mer et sur terre, et pour cet effet l’on se servira de vieux bâtiments inutiles pour apprendre aux canonniers à prendre leur temps, suivant le mouvement de la mer. Le maître canonnier de chaque port tiendra l’école du canon et fera faire l’exercice tous les dimanches, tant en hiver qu’en été, soit le matin ou l’après-dîner. Ce temps sera en partie employé à enseigner par ledit maître canonnier tout ce qui regarde l’artillerie de mer et généralement tout ce qui regarde le service du canon dans un vaisseau".

En 1678, le maître canonnier de l’arsenal du Havre tenait l’école tous les jours. Le commissaire général Desclouzeaux réclamait à Colbert les médailles qu’il lui avait promises pour récompenser les meilleurs apprentis ainsi que l’adjonction de trois canonniers entretenus.

En 1681, les appointements des deux maîtres canonniers qui tenaient l’école du canon de l’arsenal de Toulon étaient portés à 50 l. par mois. En janvier 1682, Louvois donnait l’ordre au sieur de Vigny d’instruire à Metz les officiers de marine et les canonniers.

En 1683, Seignelay estimait que Pointis, Gouëyton, La Motte d’Airan et Grandpré, qui avaient commandé des galiotes et avaient participé aux bombardements d’Alger, seraient susceptibles de servir plus tard dans les autres ports aux écoles du canon.

En novembre, d’Usson de Bonrepaus écrivait de Brest : "Les maîtres canonniers s’appliquent à l’école du canon. On commence à avoir de la peine à trouver dans cette province 300 matelots par an propres à être instruits à cet exercice". Seignelay estimait, pour sa part, qu’il convenait d’en prendre 200 et de les laisser six mois au lieu de quatre. Ainsi les canonniers deviendraient plus capables. C’était aussi l’avis de tous les officiers. Quant au chevalier de Nesmond qui commandait l’école, il servait avec beaucoup d’application.

En janvier 1686, François Daniel, pourvu du brevet de maître canonnier du port de Toulon, tenait l’école de la butte du canon.

En 1688, l’école du canon du port du Havre était située hors de la ville et de la citadelle "pour tirer beaucoup sur terre et sur mer". Inspirée de celle de La Tremblade, elle fonctionnait selon le règlement de Sa Majesté en date du 17 novembre 1676. L’établissement avait représenté une dépense de 2 742 l. dont notamment 1 346 l. pour la maison et 1 173 l. pour la plate-forme. Elle avait pour élèves, depuis janvier 1682, les jeunes matelots de la compagnie des apprentis canonniers commandée depuis sa création par le sieur de Grosbois, ancien capitaine frégate légère, qui servait au Havre comme officier de marine depuis une dizaine d’années. Le commissaire général du Havre déplorait "qu’appuyés par des esprits mal intentionnés, les pères et mères détournent leurs enfants de l‘école du canon". D’après d’Usson de Bonrepaus, l’école avait été "accueillie avec la plus grande répugnance par les matelots de cette province alors que partout ailleurs on en reconnaissait l’utilité. Les marchands avouaient maintenant qu’elle présentait "un intérêt pour le commerce".

Selon l’ordonnance du 15 avril 1689, "les capitaines eux-mêmes assistaient aux écoles tenues dans les salles d’artillerie et à l’atelier des affûts "où on leur apprend à pointer le canon avec un bois de Gajac dont la culasse se lève pour leur faire voir quand ils ne pointent pas juste, ce qui se fait en présence des officiers d’artillerie, des maîtres canonniers des ports et même des canonniers amiraux et vice-amiraux, quand ils ne sont pas à la mer. Cette école finie, ils sont conduits par leur capitaine dans les différents ateliers des ports pour y travailler aux différents mouvements qui s’y font, et, les jours de fêtes et dimanches, ils vont à la butte, où, en présence desdits officiers d’artillerie et maîtres canonniers, on leur fait tirer à poudre et à boulets des canons de fer".

En juillet 1690, après la victoire de Béveziers et le succès des artilleurs de la marine, on lisait dans le Mercure galant : "Il y a bien de la gloire pour M. de Seignelay d’avoir établi depuis des années de si belles écoles de canonniers". Selon le comte de Tourville, le sieur Trullet, qui commandait les batteries du Soleil-Royal à Béveziers, était le meilleur artilleur de France. Antoine Trullet, lieutenant de vaisseau à Brest depuis 1679, fut nommé capitaine en 1692. Le 29 septembre, on décidait, à Lorient, de faire une batterie à terre pour l’école des canonniers.

Le 24 novembre 1694, Benoist, écrivain de l’artillerie de la marine à l’arsenal de Toulon, notait : "Il y a depuis un an à la Sainte-Barbe un dénommé Daniel qui a toutes les qualités ; c’est un homme entendu, vigilant et agissant et très assidu. Il y a largement servi comme maître canonnier. Il n’est payé que 12 sols par jour, il serait juste de lui en donner 18 ou 20. Il les mérite parfaitement et on l’engagerait aussi à faire son devoir plus agréablement".

L’école des bombardiers

L’école des bombardiers de Toulon fut au départ confiée au commissaire Pierre Landouillette placé lui-même sous le commandement du capitaine Camelin, puis du commandeur Desgouttes.

Le 2 octobre 1682, Colbert confirmait, au nom du Roi, sa résolution à Duquesne, son principal interlocuteur pour toutes les affaires de la marine : "J’estime que la dernière épreuve que vous avez faite des bombes devant Alger vous a persuadé que rien ne peut être plus utile que d’avoir dans la marine des gens capables de les tirer, qui entrent dans le détail de tout ce qui leur peut être nécessaire dans une occasion, et qui y travaillent par avance. C’est pourquoi mon intention est d’établir à Toulon une école de bombardiers dans laquelle seront exercés, pendant tout l’hiver, les officiers que je choisirai pour servir sur les galiotes et les canonniers qu’il sera nécessaire d’accoutumer au service de ces bombes. Je veux donc que, avant votre départ de Toulon, vous fassiez un mémoire de tout ce que vous estimerez nécessaire à cet égard, des officiers que vous trouverez capables de cet emploi, et de tout ce qu’il faudra préparer pendant l’hiver pour être en état l’année prochaine d’achever avec plus de succès la ruine entière de la ville d’Alger, comme il est possible de le faire, pourvu que toutes choses soient si bien concertées que rien de ce qui est nécessaire ne manque dans l’occasion. Je donnerai mes ordres pour couler des bombes et mortiers avec diligence".

A la même date, Duquesne, qui avait la main sur tout et qui avait été chargé de veiller à la mise en place des différents rouages de l’arsenal, écrivait à Colbert : "J’écris à Landouillette de faire disposer une batterie de mortiers sur l’une des galiotes, de la faire poster dans la petite rade, en sorte que les bombes tombent à terre dans un endroit où il faudra tracer un fort pour servir de butte, d’établir encore une autre batterie à terre dans l’endroit le plus commode qu’il se pourra pour y exercer les canonniers pendant les mauvais temps. Cette école sera tenue tous les jours en présence d’un officier général qui sera commis à cet effet par Sa Majesté et il y sera tiré 50 coups par jour avec des bombes remplies de terre et 50 autres chargées de poudre, pour crever afin de les habituer au bruit".

Sa Majesté voulut que l’école des bombardiers se tînt en présence du chevalier de Lhéry et du commandeur Desgouttes qu’Elle avait choisi pour commander les galiotes en 1683, puis en 1684. Le commandeur Desgouttes, capitaine de vaisseau depuis 1676, avait ainsi succédé à Nicolas Camelin qui avait présidé à la formation des premiers bombardiers et, sous lui, Pierre Landouillette, commissaire ordinaire de l’artillerie et capitaine de bombardiers.

Selon Pidansat de Mairobert, "Seignelay continua l’établissement des écoles commencé par M. Colbert ; il faisait faire de fréquents exercices dans les rades et recommandait aux officiers et aux commandants même d’y être assidus, de dresser des projets d’exercices avec l’intendant et, pour user d’économie, de ne charger les bombes d’exercice que de terre pour qu’elles puissent reservir et de ne tirer qu’à de petites distances pour consommer moins de poudre".

 

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