| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
|
||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||
|
LES DEUX PREMIERS BOMBARDEMENTS D’ALGER
En 1682, la mise en service des galiotes à bombes et des mortiers constitua une grande innovation. Le Roi fit appel, au départ, pour commander le corps des galiotes qui devaient bombarder Alger, non pas à un officier de marine, mais à un officier d’artillerie, Nicolas Camelin, capitaine de bombardiers de terre, qui n’avait en fait aucune expérience de la mer. Alger (1682) Le commandement de l’attaque et des opérations de bombardement appartenait au général, c’est-à-dire en 1682, à Alger, à Duquesne lui-même, qui commandait l’armée navale, et, par délégation, aux officiers généraux qui l’assistaient. Dès le début des campagnes bombardières, ce rôle fut dévolu aux chevaliers de Tourville, lieutenant général, et de Lhéry, chef d’escadre, en raison de leur compétence dans les armes nouvelles. Après la mort prématurée du chevalier de Lhéry à Gênes, en mai 1684, le chevalier de Tourville resta, parmi les officiers généraux, le plus qualifié pour les attaques et les bombardements. Le 2 mai, les premières instructions de tir pour l’exécution des mortiers furent communiquées par Nicolas Camelin aux commandants des galiotes, officiers, sergents, bombardiers et fusiliers. "c’est la galiote commandée par Nicolas Camelin, envoyé par le Roi pour cette expédition et assisté du commissaire Pierre Landouillette, qui commencera le feu et les autres galiotes tireront ensuite, sans s’attacher à d’autre signal, le nombre de bombes qui leur aura été ordonné". L’escadre de Duquesne arriva devant Alger le 12 juillet. Le mauvais temps retarda les préparatifs et le début de l’entreprise. Selon Duquesne, qui dut changer ensuite le dispositif de l’attaque, "les galères devaient remorquer les vaisseaux et les galiotes à la demi-portée du canon du côté du nord de la ville, la plupart devant se ranger sur une ligne en demi-cercle au nord-est, et le reste le long de la terre". Le positionnement des galiotes fut, pour une large part, déterminé par les moyens de défense de la ville et du môle. Le 15 août, alors que la saison était déjà fort avancée, Duquesne renvoya les galères à bout de vivres, et réduites de ce fait à la disette, compromettant ainsi le positionnement des galiotes. Pour donner aux galiotes le moyen de s’approcher et de se retirer en sûreté, Duquesne imagina alors un moyen de conduire les galiotes près du mur d’Alger à l’aide d’ancres portées par les chaloupes "à une distance du port qu’on crût raisonnable". Il donna ordre au sieur Job Forant, capitaine de vaisseau, de faire jeter cinq ancres au nord-est de la ville. On avait attaché à ces ancres des grelins d’environ 2 000 brasses (3 200 m) de longueur, dont les bouts furent distribués aux vaisseaux. Ces cordages devaient servir aux galiotes à s’approcher et à s’éloigner de la ville. Lors de la première nuit de tir, celle du 20 août, l’on mouilla trop loin de la ville, Camelin et Landouillette ayant mal jugé l’éloignement des navires. Les officiers généraux estimèrent pour leur part qu’il convenait de mouiller les galiotes au nord-ouest du môle. Sur ordre du chevalier de Tourville, lieutenant général, Belle-Isle-Erard, capitaine de vaisseau, jeta deux ancres dans la nuit du 20 au 21 août ; le chevalier de Lhéry, chef d’escadre, en mouilla trois autres dans la nuit du 21 au 22 août, deux ou trois fois plus près du môle que celles de Belle-Isle-Erard. Le commissaire Landouillette, capitaine des bombardiers, fit lui-même exécuter les mortiers de la galiote la Cruelle sur laquelle il se trouvait. Les bombes n’atteignirent qu’à peine le môle et pas du tout la ville. La deuxième nuit fut celle du 30 août ; sur le soir, les galiotes halèrent à leur poste et tirèrent dans de bien meilleures conditions, étant beaucoup plus près du môle. "Les ancres furent placées à la portée du pistolet du mur qui fait la clôture du port". Ainsi Tourville, chargé par Duquesne du soin de la deuxième attaque, avait-il changé la disposition des galiotes et rectifié les distances et la Cruelle était-elle mouillée devant le fanal d’Alger à l’endroit qu’il avait proposé. Lors de la troisième nuit, celle du 3 au 4 septembre, les galiotes furent postées à peu de distance du môle. Les chevaliers Tourville et de Lhéry étaient dans leurs canots. Lors de la quatrième nuit, celle du 4 au 5 septembre, Duquesne renvoya les galiotes vers le môle. Les galiotes furent postées plus près encore qu’au cours des nuits précédentes, à une distance d’environ 200 à 260 toises (400 à 520 m) du môle, soit à environ 800 m des murailles de la ville. Selon le plan de la disposition des
galiotes de Nicolas Camelin du 9 septembre 1682, qui ne mentionnait pas les
distances, les galiotes changèrent de place au cours des quatre nuits
durant lesquelles elles tirèrent, entre le 20 août et le 5 septembre. Pointis, dans la relation du premier bombardement d’Alger adressa à Mlle Deshoulières, fille de "la dixième muse" et de Guillaume Deshoulières, ingénieur du Roi, écrivait : "Camelin, qui avait donné les distances et qui s’était cru plus avancé qu’il ne l’était, avait fait mouiller les ancres trop loin de terre et les bâtiments trop près les uns des autres". Camelin, dont "le zèle et l’application n’étaient pas en cause", n’aurait eu en réalité aucune connaissance des choses de la marine. Le 11 octobre, le Roi, qui n’était guère satisfait du résultat, reconnut cependant l’effet terrifiant du petit nombre de bombes, 280 environ, qui avaient été jetées. Alger (1683) Le commandement du corps des galiotes et des compagnies de bombardiers, comme celui de l’exécution des mortiers, donna lieu, de 1683 à 1690, à des controverses et à des démêlés sans fin, en raison des lacunes des règlements qui régissaient les différentes catégories de personnels militaires auxquels ces commandements étaient confiés. Les commissaires généraux de l’artillerie de la marine refusaient de composer ; les capitaines de galiotes refusaient d’obéir. Pierre Landouillette de Logivière, qui était à l’époque, avec le chevalier de Pointis, l’homme le plus qualifié pour ce qui était de l’emploi et de la maintenance des mortiers et des bombes, en fut la principale victime. Leur duel, qui dura six ans, ne prit fin qu’avec la mort prématurée de Logivière. En 1683, le commandeur Desgouttes, capitaine de vaisseau, reçut du Roi le commandement du corps des galiotes qu’avait exercé le capitaine Camelin en 1682. Sa Majesté avait ordonné aux capitaines commandant les galiotes et aux bombardiers "d’obéir au commissaire Landouillette pour tout ce qui sera commandé et enjoint le commandeur Desgouttes de tenir la main à l’exécution du présent ordre". Le 5 mai, Seignelay écrivait à Colbert : "Landouillette a le soin principal de tout ce qui regarde les batteries ; Pointis et Grandpré, qui sont les meilleurs officiers qui servent dans les bombardiers, pointeront eux-mêmes les mortiers". Alger était le port le mieux défendu de toute la Méditerranée, mieux que Gênes, beaucoup mieux que Toulon. Selon Benjamin de Combes, près de cent cinquante canons protégeaient la ville et le port, dont près de cent autour du môle. Etablis en juin et juillet 1683 par les ingénieurs envoyés par Colbert pour participer à l’expédition, en particulier Renau et Plantier, les plans des défenses de la ville et du port indiquèrent la position des batteries. Le môle proprement dit était notamment protégé par les batteries du fort Babassan qui disposaient des 14 canons de 36 et 24 l. Les batteries superposées du fort du fanal qui disposaient de 42 canons dont 3 de 48 l., 25 de 18 l… et entre les deux par les batteries d’un ouvrage composées de 18 canons de 36 et 24 l. "qui battent à fleur d’eau". Quasiment tous ces canons étaient de fonte. Le 18 juin, devant Alger, Duquesne n’ayant encore aucune nouvelle des galères, jugea à propos de disposer toutes choses pour l’attaque et de mettre les galiotes en état de jeter des bombes contre la ville. Le chevalier de Tourville, lieutenant général, et le chevalier de Lhéry, chef d’escadre, firent prendre à sept vaisseaux des positions analogues à celles qu’avaient occupées les cinq vaisseaux en 1682 et mouiller les ancres en demi-cercle devant le môle. Le 23, à dix heures du matin, les ancres furent postées par Tourville et Belle-Isle-Erard, qui commandait le Cheval marin, à 600 toises (1 200 m) du môle. Dans la nuit du 26 au 27, une heure après
minuit, le chevalier de Tourville était dans son canot avec le duc de
Mortemart, envoyant porter les ordres. Le chevalier de Lhéry était dans le
sien avec Pierre de Combes et son frère Benjamin, ingénieur. Le tir dura
deux heures ; 90 bombes furent tirées. Le soir du 27, Duquesne fit
avancer les galiotes dans le même ordre que le soir précédent ; le
tir qui commença à onze heures du soir dura à nouveau deux heures ;
127 bombes, dont 15 ou 16 crevèrent, furent tirées dans la nuit. La trêve que Duquesne avait accordée le 28 juin pour la libération des esclaves fut interrompue le 21 juillet. Le tir reprit le soir même et se poursuivit au cours des nuits suivantes. Dans la nuit du 21 au 22 juillet, "les galères remorquèrent contre les murailles de la ville les galiotes qui firent merveille, ainsi que les quatre chaloupes carcassières". Dans la nuit du 22 au 23, les galiotes furent placées à une distance raisonnable des murailles, "pas si avant que la veille". Le 27, Duquesne autorisa Tourville, après deux ou trois jours de réflexion, à faire tirer les galiotes de jour, conformément à la proposition qu’il lui avait faite. "Duquesne permit de laisser trois galiotes un peu plus retirées qu’elles n’étaient de nuit". On continua de tirer de jour le 28, et aussi de nuit le 28 et le 29, deux heures durant. Du 22 au 28 juillet, les équipages des 10 galiotes comptèrent parmi les bombardiers une douzaine de blessés, dont Du Laric. Parmi les officiers, Duquesne-Mosnier, qui commandait l’Ardente, fut "blessé d’une grande contusion à la cuisse gauche" Duquesnel, enseigne de galiote, fut blessé au bras droit. Quant à La Bretêche, lieutenant de galiote, grièvement blessé, il était mort de ses blessures. En six jours, les pertes de l’armée navale s’étaient élevées, au total, à 20 morts et 78 blessés. Le 7 août au matin, Tourville fit poster les galiotes près du môle. Le tir commença après dîner. Tourville écrivait à Seignelay : "Je fis tirer tout le jour avec le succès qu’on pouvait en attendre et depuis on a toujours continué avec les sept galiotes". Il ajoutait : "L’expérience nous fait voir que les sept galiotes pouvaient tirer 600 bombes de neuf heures du soir jusqu’au jour, malgré l’humidité de la poudre". Il restait alors 1 500 bombes environ. Le même jour, dans la soirée, les sept galiotes se postèrent plus près du môle. Le 8, Duquesne disposa les ancres, auxquelles les galiotes étaient attachées, à 600 toises (1 200 m) du môle. Le tir se poursuivit, de jour ou de nuit, selon le temps, du 8 au 17 août. A cette date, le stock de bombes avait été épuisé. D’après "le plan de la disposition des vaisseaux et galiotes pour tirer les bombes", fait par l’ingénieur Plantier et joint à la lettre de Benjamin de Combes du 1er juillet 1683, les galiotes, postées initialement à environ 600 toises (1 200 m ) du môle, auraient été par la suite avancées. D’après le plan du commandeur Desgouttes sur "la manière dont les vaisseaux étaient postés pour tirer des bombes sur Alger", les galiotes auraient été au début postées à environ 600 ou 700 toises (1 200 ou 1 400 m) du môle. Bien qu’ indiquées à la fois par Desgouttes et de Combes, les distances ne peuvent être considérées qu’à titre indicatif en raison de l’imprécision des plans et des échelles. Elles ne figurent d’ailleurs pas dans le livre d’Auguste Jal. Encadrant la ville, les sept galiotes avaient été déployées en arc de cercle sur un peu plus de 800 toises (1 600 m), les vaisseaux étant eux-mêmes mouillés à 600 toises (1 200 m) en arrière des galiotes.
|
||||||||||||||||||
|
|
Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin |
||||||||||||||||||