Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

 Revenir au sommaire général

  

Portail Nouveautés Etudes stratégiques Publications ISC- CFHM- IHCC Liens Contacts - Adhésion

 

Dossiers :

 

  . Théorie de la stratégie

  . Cultures stratégiques

  . Histoire militaire

  . Géostratégie 

  . Pensée maritime

  . Pensée aérienne

  . Profils d'auteurs

  . Outils du chercheur

  . BISE

  . Bibliographie stratégique

 

Publications de référence

 

Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

LES BOMBARDEMENTS DE GÊNES ET DE TRIPOLI

 

 

Le commandement des armées navales, qui bombardèrent Alger et Gênes entre 1682 et 1684, fut assuré par Duquesne. A partir de 1685, Seignelay confia ce commandement au maréchal d’Estrées.

Gênes (1684)

Pour le bombardement de Gênes de mai 1684, le commandeur Desgouttes reçut le même commandement qu’à Alger en 1683.

D’après le plan que Vauvré, intendant de la marine à Toulon, avait adressé à Seignelay le 29 février 1684, "les 10 galiotes seront postées à 530 toises (1 060 m) du bastion de Carignan où est le môle afin de pouvoir jeter les bombes à l’intérieur de la ville distante d’environ 800 à 900 toises (1 600 à 1 800 m). On ne peut bombarder que de nuit dans la mesure où les galiotes auraient été de jour trop exposées aux canons. La première galiote du côté du fanal est distante de 630 toises (1 260 m) ; il faudra porter leurs ancres à 400 toises (800 m) des bastions. Les galiotes sont à 40 toises (80 m) les unes des autres".

Préalablement approuvé par d’Usson de Bonrepaus, l’homme de confiance de Seignelay qui avait assuré toute la préparation logistique de l’expédition, le plan de mouillage des galiotes fut établi par Pierre Landouillette de Logivière d’après les données de celui que l’ingénieur Pétré avait fait de la défense de Gênes en 1683. "Les galiotes, qui se trouveront initialement placées à 1 500 toises (3 000 m) des défenses du port, se hâleront sur des flûtes pour être approchées à 800 toises (1 600 m) le jour et 400 toises (800 m) la nuit, afin que les bombes puissent passer les défenses du port le jour 700 à 800 toises (1 400 à 1 600 m) et la nuit 1 000 à 1 200 toises (2 000 à 2 400 m)".

Le 17 mai, les vaisseaux de guerre furent mouillés à 1 500 toises (3 000 m) du bastion de Carignan ou de la côte à 50 brasses d’eau (85 m) dans un fond de vase, distants les uns des autres de 50 toises (100 m). Au départ, les 10 galiotes furent postées à la portée du canon des murailles, à environ 1 300 toises (2 600 m) sur une ligne s’étendant depuis la tour du fanal, qui était à gauche de l’armée navale, jusqu’au faubourg de Bisagno qui était à droite.

Le 18, les chevaliers de Tourville et de Lhéry, qui étaient de jour, visitaient continuellement les postes et portaient les ordres au commandeur Desgouttes. Les commissaires Pointis et Landouillette étaient eux-mêmes sur les galiotes dans une action continuelle pour faire remédier à tous les accidents qui pouvaient arriver et commandaient deux mortiers chacun. Le 19, les galiotes furent rapprochées et postées plus près de la ville. D’après le plan joint à la lettre de Benjamin de Combes du 4 juin 1684, les 10 galiotes se trouvèrent à 600 ou 700 toises (1 200 ou 1 400 m.) des défenses du port, le môle neuf au-dessus, un peu sur la gauche, et le vieux môle au-dessus, sur la droite...

Le 27 décembre, Seignelay reconnaissait les mérites du commissaire Pierre Landouillette qui s’était déjà bien acquitté en 1682 et 1683 de faire servir les mortiers et qui, en 1684, "avait si bien disposé sous nos ordres toutes les choses nécessaires pour les mortiers devant Gênes que la ville avait été embrasée par les bombes dès le premier jour".

Tripoli (1685)

Le 2 janvier 1685, un différend survenait entre Pierre de Combes, capitaine de galiote, et le commissaire Pierre Landouillette de Logivière. Landouillette de Logivière se trouvait en porte-à-faux ; on ne voulait en effet lui obéir ni comme capitaine de bombardiers, ni comme commissaire d’artillerie, bien qu’il eût commandé sous Desgouttes. Quant à Pierre de combes, qui avait espéré avoir le commandement des mortiers, il ne voulait, en tant que capitaine de galiote, obéir ni à Logivière ni à Pointis.

La nomination de Pointis comme commissaire de l’artillerie n’avait fait que compliquer la situation, bien que Logivière et Pointis, qui avaient fait ensemble les campagnes d’Alger et de Gênes, eussent de bonnes relations. Mais Pointis avait beaucoup d’ambition et Logivière plutôt un peu moins. Pointis, outre le commandement général des galiotes à mortiers qu’il avait reçu pour la campagne, cherchait également à obtenir le commandement général des bombardiers. Logivière se trouvait de la sorte en compétition à la fois avec Pointis et avec les commandants des galiotes.

Le 19 avril, Vauvré, qui estimait Logivière en raison des grandes capacités qu’il lui reconnaissait, écrivait : "Il serait désagréable pour Logivière que Pointis commandât et qu’il ne reçût aucun commandement". Selon Vauvré, "Logivière, comme commissaire d’artillerie à la suite de l’armée navale, prétend avoir la principale inspection sur tout ce qui regarde le service des mortiers et que c’est à lui à faire préparer toutes les choses nécessaires dans le port, et qu’allant en sa qualité visiter les batteries des galiotes, il doit rectifier ce qui s’est fait et faire servir à propos les mortiers ; il l’entend d’ailleurs mieux que les capitaines et officiers qui ont beaucoup appris de lui. Ce qui plaide pour lui, c’est que les bombardiers qui servent les mortiers sont sous son commandement comme capitaine bombardier et que le capitaine de galiote ne commande les bombardiers que lorsque le commissaire d’artillerie (et capitaine bombardier) s’est retiré ; de même Pointis, comme capitaine de vaisseau, commande les galiotes pour le mouillage, et à l’occasion les batteries ; les commissaires d’artillerie (et capitaines bombardiers) doivent toujours les commander lorsqu’ils sont là et même à terre si l’on fait des descentes. Les commissaires d’artillerie doivent, sans difficultés et sans que cela fasse de la peine aux capitaines de galiote, commander dans les batteries de leurs vaisseaux et faire le service auquel ils sont destinés qui ne regarde pas la manœuvre ni la navigation pour lesquelles sont commis les capitaines de galiote".

Le 29, le Roi donnait à Landouillette de Logivière le commandement des batteries des galiotes à mortiers : "Le sieur de Logivière, commissaire de l’artillerie et commandant l’une des compagnies de bombardiers entretenues au port de Toulon, est chargé du soin de tout ce qui regarde la préparation des bombes, de visiter toutes les batteries des galiotes à mortiers pour voir si elles sont en bon état et pour faire fournir la quantité de poudre, bombes, tampons et autres choses nécessaires pour l’exécution desdits mortiers pendant qu’elles seront en mer. elle veut et entend que le sieur Landouillette de Logivière commande dans les batteries où il se trouvera par préférence aux capitaines de galiote", comme à Gênes en 1684.

Quant au commandement des galiotes, il était donné au sieur de Pointis : "Sa Majesté mande et ordonne à tous les officiers qui commandent de lui obéir en tout ce qui regardera la navigation desdites galiotes, qu’il ait soin de leur mouillage dans les rades et de la manière de les poster aux occasions dans lesquelles il y aura des bombes à jeter, le tout sous le commandement des officiers généraux". Selon Vauvré, un règlement du roi était nécessaire pour régler le rang des capitaines bombardiers et commissaires d’artillerie : "Il faudrait accorder à Logivière que les commissaires bombardiers qui ne sont eux-mêmes commandés que par le général aient le rang de capitaine de vaisseau".

Le 6 mai, quelque temps avant le départ de l’escadre pour Tripoli, les ordres du Roi étaient confirmés : à Pointis revenait le commandement des galiotes, et à Logivière, le soin de tout ce qui regarde la préparation des bombes et de ce qui est nécessaire pour l’usage des mortiers et le commandement des batteries où il se trouvera par préférence aux capitaines de galiotes". Ainsi le commandement des galiotes pour tout ce qui regardait la navigation, le mouillage dans les rades et le positionnement pour les bombes à jeter continuait-il bien d’être exercé par un officier de marine, en l’occurrence le chevalier de Pointis, commissaire de l’artillerie depuis le 7 juillet 1684 et capitaine de vaisseau depuis le 1er janvier 1685.

Arrivée devant Tripoli le 19 juin alors que le marquis d’Amfreville, lieutenant général, croisait, l’escadre commandée par le maréchal d’Estrées mouillait à deux lieues au large en raison des mauvais fonds. deux gros bastions assez forts avec des embrasures où l’on comptait 64 canons en batterie protégeaient la ville.

Le 22, les chaloupes des vaisseaux mouillèrent les ancres à portée du canon de Tripoli. Les ancres furent postées à environ 700 toises (1 400 m) de la ville, "les ancres marquant l’endroit où les galiotes devaient s’approcher de la ville pour tirer les bombes. Le chevalier de Tourville, après avoir fait sonder sous les murs de la ville, fut chargé du positionnement des galiotes et du commandement de l’attaque. Les deux commissaires de l’artillerie "avaient si bien mis les choses en état qu’elles réussirent comme prévu".

Le tir commença le 22, à dix heures du soir, et se poursuivit dans la nuit du 23 au 24 ; "les bombes tirèrent fort juste". Pointis et Logivière furent envoyés par le maréchal d’Estrées reconnaître un endroit où placer une batterie de deux mortiers sur un écueil avec un bâtiment commandé par le sieur de Motheux qui portait le gros mortier pour tirer des bombes de 500 l.

Le 30 juin, la paix était faite ; 1 039 bombes avaient été tirées sur la ville. Le maréchal d’Estrées ne manquait pas d’être élogieux pour Logivière et Pointis "qui méritent qu’on ne laisse pas ignorer la façon dont ils se sont acquittés de leurs fonctions avec tant d’affection et de fermeté".

Le 7 septembre 1686, en vue de mettre fin aux démêlés entre Logivière et Pointis et de lever leurs différents, "Sa Majesté donne pour toujours le commandement des galiotes à Pointis". Ce dernier avait sur son rival l’avantage d’être officier de marine. Deux ans ne devaient cependant pas s’écouler sans que le Roi ne prît une autre résolution.

 

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin