| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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- à Bône, par l'ambulance chirurgicale de la Marine, en place depuis 1956 dans le service chirurgical de l'hôpital militaire de cette garnison
- à Souk Ahras, par la 16e antenne chirurgicale militaire territoriale
- à Tébessa, par la 17e antenne chirurgicale militaire territoriale.
Cependant à Souk Ahras, la section de triage de la 6le compagnie médicale de la Ile Division d'infanterie ne fut pas, initialement, mise en oeuvre pour épauler la 16e ambulance chirurgicale militaire territoriale et ne fut actionnée que tardivement, à partir du 29 avril, comme on le verra plus loin.
a) A Bône, ils étaient assurés par l'ambulance de la Marine précitée et à Guelma par le service chirurgical de l'hôpital local, renforcé par deux médecins aspirants dont l'un était interne en chirurgie et l'autre réanimateur.
b) A Souk Ahras, indépendamment de l'antenne chirurgicale militaire territoriale dotée de trois équipes, le service chirurgical de l'hôpital mixte était confié à un chirurgien civil qui avait été mobilisé à sa demande, comme médecin capitaine de réserve servant en situation d'activité.
c) A Tébessa, en raison de l'absence de tout service chirurgical dans l'hôpital civil de cette ville, la 17e ambulance chirurgicale militaire territoriale fonctionnait non seulement comme moyen de triage et de mise en condition d'évacuation, mais également, comme échelon chirurgical destiné aux blessés d'urgence absolue ne pouvant supporter une évacuation prolongée.
d) L'hôpital militaire régional de Constantine servait d'hôpital de débordement en cas d'afflux de blessés ne pouvant être opérés dans les forrnations chirurgicales de proximité évoquées ci-dessus.
Indépendamment des moyens routiers appartenant au 52e élément santé de la 2e DIM (18 véhicules) et à la Ile compagnie médicale de la lie DI (12 véhicules), les évacuations sanitaires des gros engagements de la bataille se firent au moyen des hélicoptères des trois détachements d'intervention (DIH) mis en place respectivement à Guelma, Tébessa et Bir el Ater. Chacun de ces DIH possédait une convoyeuse sanitaire de l'ALAT qui prenait en charge les blessés à partir des postes de secours mobiles des régiments demandeurs et poursuivait, à bord, la mise en condition d'évacuation des blessés, tout en procédant, éventuellement, à leur assistance respiratoire.
Durant la bataille de Souk Ahras, un quatrième DIH fut envoyé par le groupement d'hélicoptères no 2 de Sétif, avec une convoyeuse sanitaire et un officier médecin convoyeur-réanimateur.
On notera qu'aucun de ces DIH ne possédait d'hélicoptère réservé uniquement aux évacuations sanitaires ; leurs six hélicoptères avaient, pour mission prioritaire, le transport d'assaut de détachements de parachutistes chargés, soit de prendre contact avec l'ennemi sur son trajet de parcours présumé, après le franchissement du barrage, soit de " verrouiller " cet axe de parcours repéré et de mettre hors combat cet adversaire. Cependant, au cours du combat, l'hélicoptère dans lequel avait pris place la convoyeuse sanitaire procédait au ramassage des blessés, mis, préalablement ou non, en condition d'évacuation sur le terrain par les postes de secours mobiles des régiments engagés. Les régiments parachutistes mettaient en oeuvre, en principe, deux postes de secours dont l'un restait en réserve auprès du poste de commandement du régiment, tandis que l'autre était détaché auprès de la compagnie de combat se trouvant initialement au centre du dispositif offensif du régiment. Toutefois, l'articulation du ler Régiment Étranger de Parachutistes en deux sous-groupements opérationnels coiffant, chacun, selon les circonstances, de trois à quatre compagnies de combat, permettait d'adapter à chacun de ces deux groupements un des deux postes de secours du régiment; ainsi 90 % des blessés de la bataille du barrage purent être mis en condition d'évacuation à terre, par chacun de ces postes de secours mobiles, avant leur embarquement dans l'hélicoptère du DIH adapté au régiment et chargé d'embarquer les blessés survenus au cours des engagements successifs (4).
La mise en oeuvre du soutien sanitaire lors de la bataille de Souk Ahras, du 27 avril au 5 mai 1958.
La multiplicité des franchissements de l'ALN survenus entre le 27 avril et le 5 mai 1958 nécessita de mettre en action, sur cette zone, les trois groupes mobiles du ler REP, du ge RCP et du 14e RCP, tandis que les détachements d'interventions d'hélicoptères de Guelma et de Tébessa furent renforcés par un DIH supplémentaire venu de Sétif, alors que le DIH de Bir el Ater demeura sur place, afin de parer à toute tentative de franchissement éventuel du barrage au sud de Tébessa.
Les moyens adaptés au soutien sanitaire du barrage étaient suffisants pour permettre de supporter le choc des blessés de la bataille de Souk Ahras. Encore aurait-il fallu qu'ils fussent tous mis en alerte dès le début de la bataille et utilisés à bon escient lors du coup dur qui survint à la 3e compagnie du ge RCP, sur le djebel Mouadjene, le 29 avril 1958. Tel ne fut pas le cas.
Il y eut un flottement au niveau du service de santé divisionnaire, ce qui détermina le médecin-colonel directeur du Service de santé du Corps d'Armée de Constantine à se rendre, par la voie des airs, à Souk Ahras pour prendre en main la conduite du soutien sanitaire de l'opération. Il ne manquait pas d'expérience. Lors des opérations actives de mai-juin 1940, alors qu'il appartenait à un bataillon de chasseurs de la 14e Division d'infanterie, il avait, comme médecin capitaine, été l'animateur de Iî défense héroïque du village de Faissault, près de Rethel, lors de la bataille défensive du front de l'Aisne, ce qui conduisit son général de division, de Lattre de Tassigny, à l' - affecter comme officier adjoint au colonel directeur du Service de santé de la 14e DI. Déporté en Allemagne pour faits de résistance, il partit en Indochine, peu après son retour de déportation, après avoir obtenu le titre de chirurgien des hôpitaux ; il y fit trois séjours consécutifs, en grande partie comme chirurgien d'antenne chirurgicale mobile, avant d'être récupéré, à nouveau, par le " ROI JEAN ", nommé commandant en chef et haut-commissaire en Indochine. C'est dire que nul n'était mieux placé que le colonel Petchot-Bacqué - car c'était lui - pour prendre la direction opérationnelle du Service de santé du Corps d'Armée de Constantine. A son arrivée à Souk Alitas, dans l'aprèsmidi du 29 avril 1958, il découvrit avec stupeur que la 6le compagnie médicale de la 1 le DI n'avait reçu aucun ordre de déployer un centre de triage sur le terrain de poser des hélicoptères amenant les blessés des deux groupements de combat engagés dans la bataille, afin de les répartir, selon leurs degrés d'urgence respectif, entre les centres chirurgicaux militaires de Souk Alitas, Bône et Constantine, puisque les trois équipes chirurgicales de Souk Alitas ne pouvaient absorber l'afflux quasi instantané des 38 blessés du 9e RCP ; en outre, la 6je compagnie médicale n'avait pas mis en renforcement des postes de secours des groupements de combat engagés dans les environs de Souk Alitas le personnel de sa section de ramassage prévu à cet effet ; enfin, le colonel, directeur du Service de santé de Constantine, découvrit qu'un hélicoptère venait de transporter sur Bône 12 blessés de première urgence qui n'avaient préalablement bénéficié, à Souk Alitas, d'aucun conditionnement médical de survie, tandis que les files d'attente du centre chirurgical militaire de cette garnison comprenaient non seulement des blessés de première urgence devant être traités rapidement, mais aussi de nombreux blessés de troisième urgence qui auraient dû être dirigés sur l'annexe hospitalière de ce centre, afin d'y recevoir les soins nécessités par leur état, dans l'attente d'une éventuelle intervention chirurgicale pouvant être différée de quelques heures (5).
Aussi ce médecin-colonel prit-il, sur-le-champ, la décision de faire déployer immédiatement, sur le terrain d'atterrissage des hélicoptères, la section de triage de la 6le compagnie médicale en vue de trier tous les blessés à venir et de les ventiler de la façon suivante :
- traitement à Souk Alitas des blessés de première urgence par deux des trois équipes chirurgicales disponibles
- évacuation par hélicoptère sur l'hôpital militaire de Bône des blessés de deuxième urgence ;
Ces dispositions permirent aux moyens sanitaires de Souk Alitas de pouvoir recevoir et trier, du 30 avril au 5 mai 1958, les 73 autres blessés survenus lors des combats d'interception s'étant déroulés dans les environs de cette agglomération. Le centre chirurgical de Souk Ahras ne traita que les blessés de première urgence, tandis que les blessés de deuxième urgence furent évacués sur l'hôpital de Bône ; enfin les blessés survenus entre le 2 et le 5 mai 1958, lors du nettoyage des derniers rebelles ayant franchi le barrage, furent évacués vers le centre chirurgical de Guelma (6).
En outre, des évacuations sanitaires de débordement, faites par avion de type " Dakota " à partir de Souk Alitas et Guelma vers Bône, Constantine et Alger au profit de 75 blessés opérés, permirent de restituer aux centres chirurgicaux de Souk Ahras et Guelma une capacité d'hospitalisation pouvant faire face à tout nouvel afflux éventuel de blessés (voir note 5).
LE DISPOSITIF DE SOUTIEN SANITAIRE D'INTERCEPTION DU RENFORT DE L'ALN AYANT FRANCHI LE BARRAGE DE LA FRONTIÈRE ALGÉPO-TUNISIENNE EN FÉVRIER 1959.
Ce n'est que dix mois après l'échec sanglant des franchissements de force du barrage, en fin avril 1958, que l'armée dite " de libération nationale algérienne " tenta de faire pénétrer à nouveau en Algérie, le 11 février 1959, un ensemble de plusieurs compagnies de renfort qui furent interceptées et mises hors de combat dans le triangle Morsott, Tébessa, La Meskiana, Un groupement mobile de la 25e Division Parachutiste, comprenant le 8e Régiment de Parachutistes Coloniaux, renforcé par 3 bataillons d'infanterie locaux et par le 2e Régiment Étranger de Cavalerie, fut chargé de cette intervention au cours d'un engagement qui dura de 8 heures du matin à la tombée de la nuit et se termina, le lendemain, par le nettoyage de la zone concernée.
Les moyens sanitaires engagés dans cette opération (7).
Les movens de ramassage et de mise en condition d'évacuation, placés en renforcement des groupes sanitaires des régiments et bataillons participant à l'opération, provenaient du 448e élément santé de réserve générale.
a) Les moyens de triage étaient constitués par la 17e antenne chirurgicale militaire territoriale de Tébessa qui fut renforcée, le 12 janvier, par la 75e antenne chirurgicale parachutiste acheminée, en cours d'opération, de Bir el Ater, situé à 50 km au sud de Tébessa.
b) Les moyens d'évacuation par hélicoptères étaient constitués par trois appareils " VERTOL H 21 " " bananes volantes " appartenant aux trois détachements d'intervention d'hélicoptères (DIH) mis en oeuvre pour l'opération, qui disposaient de trois convoyeuses sanitaires et d'un officier-médecin convoyeur. c) Les moyens de traitement chirurgical étaient ceux de l'ambulance chirurgicale de Tébessa, pour les blessés d'urgence absolue, et ceux de l'hôpital militaire de Constantine, pour les blessés d'urgence relative.
La mise en oeuvre du soutien sanitaire de l'opération.
Ce soutien fut dirigé par le médecin colonel, directeur du Service de santé de la 25e Division de Parachutistes, agissant au poste de commandement de l'opération. Cet officier supérieur parachutiste, véritable officiermédecin de guerre, avait commandé, en 1944-1945, une compagnie médicale de ramassage du 25e bataillon médical de la 9e Division d'infanterie Coloniale ". Il avait, ensuite, à son actif, plusieurs séjours en Indochine comme officier-médecin de bataillon parachutiste. C'est la raison pour laquelle il avait su mettre sur pied à Tébessa un réseau sanitaire de transmissions radioélectriques qui lui permettait de recueillir rapidement tous les renseignements visant le déroulement des opérations, et de transmettre aux formations sanitaires placées sous sa coupe les ordres de conduite imposés par la situation du moment (7). Un total de 40 blessés (dont 20 blessés du 8e RPIMA), furent transportés par hélicoptère, entre le Il et le 13 février 1959, sur l'antenne chirurgicale militaire territoriale de Tébessa qui reçut, le Il février, dans un intervalle de quatre heures, un afflux de 26 blessés àtrier et à réanimer, tout en opérant sur place les blessés d'urgence absolue. Ce fut cet afflux quasi instantané de blessés qui conduisit le médecin colonel, directeur du Service de santé de la 25e Division Parachutiste, à donner l'ordre à la 75e ambulance chirurgicale parachutiste de rejoindre Tébessa, à partir de Bir el Ater.
Afin d'éviter la saturation des moyens chirurgicaux locaux, le médecin colonel précité demanda à la Direction du Service de santé du Corps d'Armée de faire évacuer sur Constantine, par avion, les blessés de troisième urgence qui auraient dû, selon les dispositions en vigueur, être transportés par voie routière. Deux avions " Nord-Atlas " se chargèrent de cette mission, tandis qu'un blessé crânien fut évacué par avion léger " Broussard "sur l'hôpital neurochirurgical d'Alger.
On doit préciser que les hélicoptères de l'ALAT transportèrent tous les blessés d'urgence absolue sur Tébessa, même au plus fort de la bataille ainsi que durant la nuit qui suivit l'engagement initial ; les véhicules sanitaires routiers ne transportèrent vers Tébessa, à partir des postes mobiles de secours de bataillons et régiments, que les blessés d'urgence relative.
CONCLUSION.
Les deux cas concrets de soutien sanitaire d'importants engagements de mise hors de combat des renforts de l'armée dite " de libération nationale "venant de franchir le barrage de la frontière algéro-tunisienne, font apparaitre que, même dans une campagne expéditionnaire, l'emploi des moyens de soutien sanitaire ne s'improvise pas et doit faire l'objet d'un plan d'emploi, mûrement réfléchi et susceptible d'être très rapidement adapté à la situation du moment qui doit être connue à tout instant.
Ces campagnes expéditionnaires nécessitent donc que le soutien sanitaire soit commandé par des officiers médecins rompus de longue date aux opérations de ce type de guerre et ne saurait être conduit par des officiers médecins bureaucrates n'ayant aucune expérience opérationnelle ni aucun sens des relations étroites qu'ils doivent entretenir, en tous temps, avec l'état-major de la grande unité opérationnelle à laquelle ils appartiennent, afin de n'être jamais surpris par l'évolution de la situation opérationnelle du moment.
PERTES HUMAINES DES REGIMENTS Engagés directement dans la bataille du barrage algéro-tunisien (1er janvier-31 mai 1958)
SOURCES : JMO des 1er REP, 9e RCP, 14e RCP, 3e RCP. SHAT, cartons série 7U.
RÉSUMÉ
Le médecin général Forissier traite d'un problème très particulier et limité dans le temps : le soutien sanitaire des grandes opérations du premier semestre 1958 pendant lesquelles des régiments parachutistes se sont opposés à de violentes tentatives de franchissement en force d'un barrage en cours de développement.
L'article évoque les pertes respectives et la manière dont fut assurée l'évacuation des blessés.
SUMMARY
Général Forissier, MO deals with a very particular problem which occured within a short time period : the sanitary support units involvement in the large opérations wich took place in the semester back in 1958, during which the parachutiste were opposed to units which were violently attempting to jump forcibly over a barrage which was still under construction.
The article focusses on the respective losses inflicted on the forces involved and on the manner in which the évacuation of the wounded was undertaken.
(1) CARRE (LCL) : "Aspects opérationnels du conflit algérien, 1954-1961 ", Revue historique des Armées, 1987, n° 1, p. 87.
(2) Lieutenant-colonel Jeanpierre, commandant le ler, REP : exposé au ministre de la Défense nationale concernant les combats livrés par le ler REP dans la région de Guelma (en date du ler avril 1958), SHAT, carton IH 2086/Dl. (3) Les pertes rapportées proviennent des JMO des régiments concenés (archives de la campagne d'Algérie conservées au SHAT, série 7U). (4) Témoignage de l'auteur, alors officier médecin-chef du ler Régiment Étranger de Parachutistes.
(5) JMO de la Direction du Service de santé du Corps d'Armée de constantine. SHAT, carton IH 4597 (qui fut le seul JMO du Service de santé de la campagne d'Algérie rédigé entre 1956 et 1958 de façon minutieuse et précise) et témoignage oral à l'auteur du médecin général Petchot-Bacqué, alors colonel directeur du Service de santé du corps d'armée de Constantine.
(6) Décomptes effectués par l'auteur à partir du JMO de la Direction du Service de santé du Corps d'Armée de Constantine (précité) et du JMO de la Direction du Service de santé de la 2e DIM, SHAT, carton IH 4644-DI, en date du 28 avril , 5 mai 1958.
On notera que le JMO de la Direction du Service de santé de la 11e Division d'infanterie n'a pas été tenu à jour durant cette période trop mouvementée pour son colonel-directeur. Cependant, Plusieurs feuilles manuscrites volantes ont enregistré le bilan des pertes survenues au cours de la bataille de Souk Ahras mais ne précisent pas le dispositif sanitaire mis en place pour cette bataille. SHAT, carton IH 4682/D4.
(7) JMO de la Direction du Service de santé du Corps d'Armée de Constantine (période du 10 au 13 février 1959). SHAT, carton IH 4597 ; JMO de la Direction du Sei-vice de santé de la 25e Division de Parachutistes (très bien rédigé pour la même période). SHAT, carton IH 4684/D5 et rapport mensuel d'activité du service de santé des forces terrestres d'Algérie de février 1959.
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