| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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La stratégie maritime britannique Eric Grove
Le
peuple britannique est pragmatique ; son esprit ne se prête pas à l’élaboration
de grandes idées politiques ou stratégiques. Chez lui, il n’existe rien
qui se puisse comparer à la "stratégie maritime" de l’US
Navy énoncée au milieu des années 80. Des officiers britanniques jouèrent
cependant un rôle à la fin des années 70 dans l’élaboration du
"concept des opérations maritimes" (CONMAROPS)
lequel servit en partie à ébaucher le concept américain. De plus, la
claire énonciation de ce concept définissant une stratégie à long terme
aida la
Royal Navy à préciser sa propre doctrine touchant en cas de conflit
majeur avec l’URSS. Mais,
à peine la nouvelle doctrine était elle définie que le monde subit un
changement progressif. L’intensité de la guerre froide commença à décroître
et la menace soviétique devint de plus en plus difficile à envisager. En
1990, les bouleversement en Europe de l’Est eurent un effet immédiat sur
les plans structurels de la Royal
Navy. On annonça des restrictions à court terme pour faire face aux dépassements
du budget de la Défense ainsi que d’autres à long terme dans le cadre
d’une restructuration "Options pour un changement". Il est
remarquable de constater que la réflexion théorique est restée éloignée
de ce débat, mais la Royal Navy, appui
traditionnel, dans tous les sens du terme, des responsabilités restantes de
la Grande-Bretagne dans le monde, n’est pas étrangère aux arguments
tendant à réordonner les contraintes et les priorités britanniques dans
le monde. Longtemps avant l’affaire du Koweït, on avait souligné le
rapport entre le déploiement à l’échelle mondiale et la flotte
britannique. Des signes ont montré qu’à long terme la position défensive
de la Grande-Bretagne pourrait prendre à nouveau un caractère maritime. La
politique de défense britannique repose encore aujourd’hui sur quatre
"assises" énoncées par John Nott dans son compte-rendu sur la Défense
daté de 1981. Ces "assises" ont été officiellement définies
dans le dernier Livre blanc de la Défense comme étant les "Missions
principales de défense de la Grande-Bretagne". Toutes les forces
maritimes sont parties prenantes dans ces quatre missions : La
Royal Navy est responsable de la
dissuasion nucléaire stratégique grâce aux quatre SSBN de la classe Résolution,
dont l’un au moins est à la mer avec ses seize missiles balistiques Polaris
A-3TK. L’armement initial composé de missiles MRV
avec systèmes de leurres et têtes nucléaires multiples destinées à
percer les défenses autour de Moscou paraît maintenant moins efficace que
par le passé et doit être remplacé par les Trident D-5 donnant une plus
grande flexibilité dans le choix des cibles. Étant donnée la pénurie
probable de têtes nucléaires, due aux difficultés rencontrées par
l’industrie britannique, il ne serait pas nécessaire de placer huit de
ces têtes sur chaque missile ; le système, au siècle prochain, pourrait
n’exiger qu’une ou deux têtes. Il
existe aussi trois systèmes navals nucléaires préstratégiques : -
les bombes sous-marines britanniques portées par des hélicoptères
embarqués, -
les bombes sous-marines américaines portées par des Nimrod
de la RAF, -
les bombes nucléaires portées par les Sea
Harrier embarqués sur les porte-avions. On
va prochainement retirer les bombes sous-marines mais il pourrait être intéressant
d’équiper les Sea Harrier du
futur missile tactique air-sol en cas de prolifération des menaces nucléaires.
Cela dépendra des progrès de la maîtrise des armements à la mer. Défense
du Royaume-Uni Cette
mission a été remise en honneur au début des années 80. Les bâtiments
de la Royal Navy font partie intégrante
du système national de défense aérienne qui remonte loin vers le nord.
Ils assurent la surveillance et apportent l’appui de leurs missiles tandis
que les opérations navales bénéficient d’une couverture aérienne grâce
à des intercepteurs et à des appareils d’alerte aérienne avancée. Mais
la principale contribution de la marine à la défense du royaume est la
lutte contre les mines. Les flottilles de guerre des mines comprennent 40
unités opérationnelles susceptibles d’être déployées sur des théâtres
lointains. A la différence des chasseurs de mines, la plupart des dragueurs
sont armés par des équipages de réservistes (Royal
Naval Reserve). Les bâtiments de la classe Ton devenus obsolètes sont
remplacés par les chasseurs de mines récents de la classe Sandown. Même
si les flottilles doivent d’abord assurer l’accès à la haute mer de la
force de dissuasion, cette mission a une portée plus générale. C’est
une contribution de la plus haute importance aux "opérations dans les
eaux peu profondes" (Shallow
Seas Campaign) du CONMAROPS. Défense
du continent européen Cette
contribution est autant le résultat de l’adhésion de la Grande-Bretagne
à l’Europe que du souvenir de la guerre froide. La participation de la
Grande-Bretagne à la défense du continent européen comprend une
importante dimension maritime sur les flancs de l’OTAN, particulièrement
au nord. Les forces amphibies britanniques ont pour mission prioritaire le
renforcement maritime de la position norvégienne, et cela depuis 1968, au
moment du retrait "de l’est de Suez", et de l’adoption par
l’OTAN de la "riposte graduée" qui a mis l’accent sur les
forces conventionnelles dans la gestion de la dissuasion et des crises sur
les flancs de l’OTAN. Des doutes émis dans certains milieux ont conduit
à reporter le remplacements des LPD[1]
qui représentent une très grande capacité de transport de personnel, mais
le gouvernement prévoit néanmoins de leur donner des successeurs et de
leur adjoindre au moins un "transport d’aviation" en vue
d’augmenter le nombre de postes d’hélicoptères disponibles pour
assurer un minimum efficace de rotations au cours d’une opération de débarquement.
Les Norvégiens demandent, même si une telle éventualité est peu
vraisemblable, que l’appui de la Grande-Bretagne leur soit assuré en cas
de crise, particulièrement au moment où les États-Unis découvrent des
priorités ailleurs. En fait, le sort de la Norvège est une priorité
nationale britannique, sans doute plus perçue en Écosse qu’en
Angleterre. Défense
du trafic marchand en Atlantique Au
grand dam de la Royal Navy, cette
mission a été placée par M. Nott à la quatrième place sur sa liste ; la
défense du trafic atlantique a toujours été la préoccupation majeure et
traditionnelle de la Grande-Bretagne, non seulement depuis la guerre, mais
tout au long du XXe siècle. La méthode traditionnelle par laquelle
l’OTAN a cherché à protéger ses communications atlantiques depuis 1952[2]
repose sur une offensive menée d’abord avec des sous-marins, puis une
force de frappe composée de bâtiments de surface polyvalents, les uns et
les autres opérant aussi loin que possible en avant, de préférence en mer
de Norvège, là où cette force de frappe pourra aussi apporter un appui à
la défense norvégienne par l’action de forces amphibies et aériennes.
La Grande-Bretagne, durant la guerre froide, avait eu tendance à mettre
l’accent sur la protection des convois comme complément essentiel de
l’offensive en avant ; mais avec des forces insuffisantes dans les années
80 pour constituer des groupes d’escorte en nombre suffisant, elle a changé
complètement de méthode et met désormais fortement l’accent sur les opérations
en avant. Les
stratégistes, de formation plus historienne, ont parfois eu tendance à
considérer les opérations en avant comme des panacées en soi. La
contribution à des opérations en avant était et reste double : une force
de sous-marins nucléaires d’attaque, la seule force de quelque importance
entre les mains d’une puissance moyenne, et la force de frappe anti-sous
marine composée d’un groupe de deux porte-avions ASM au plus et
d’escorteurs ASM et AA[3]
chargés de protéger les porte-avions et les éléments amphibies dans
l’environnement hostile de la mer de Norvège. L’AWSTRIKFOR[4]
est une force qui comprendrait des unités de plusieurs marines de l’OTAN,
mais serait en majorité britannique ; une fois constituée, elle serait
sous les ordres d’un officier britannique, le commandant de la 3e
flottille. L’objectif est de contraindre l’ennemi à se tenir sur la défensive
plutôt que de laisser ses forces faire irruption en Atlantique. La "Norwegian
Sea Campaign" bénéficie donc d’une extrême priorité dans le
cadre du CONMAROPS, bien que des
forces d’escorte soient aussi prévues pour les opérations "Atlantic
Lifelines", "Shallow Seas" et "Mediterranean
Lifelines" de protection directe des lignes de communications
maritimes. CONMAROPS
est fondé sur les principes fondamentaux de
l’OTAN, à savoir la dissuasion, la défense en avant et la réponse graduée.
Ses trois principes opérationnels sont l’endiguement (containment),
la défense en profondeur et la conservation de l’initiative. CONMAROPS
élabore deux types de plans : ceux d’urgence pour une période de
crise et ceux de défense générale en cas de guerre. Les scénarios
typiques de crise imaginés à la fin des années 80 concernent le déploiement
d’un groupe aéronaval britannique accompagné du groupe amphibie qui
achemine une brigade anglo-hollandaise
vers le sud de la Norvège, où elle prendra position dans les
fjords. Des bâtiments de
guerre allemands et hollandais devraient participer
à cette opération, qui montre l’importance de l’engagement
britannique aux côtés
de la Norvège dès le début d’une crise. L’autre
groupe aéronaval ferait route au nord pour rejoindre la ligne Islande-Feroë-Écosse
en vue des opérations préliminaires (avec l’appui de la marine
hollandaise) et pour former dès l’arrivée des renforts américains et
canadiens, l’ASWSTRIKFOR (force
de frappe anti-sous-marine). Celle-ci ferait ensuite route à l’Ouest
pour traverser la ligne Islande-Feroë-Écosse
et rallier la force principale de frappe. L’ensemble
de la force de frappe (peut-être après avoir fait un exercice de débarquement
dans un but dissuasif) ferait route au nord en longeant de près la côte
norvégienne et prendrait position dans les réduits protégés de Vestfjord
et de Andfjord. L’ASWSTRIKFOR,
peut-être avec ses unités lourdes basées dans ces fjords,
contraindrait la force sous-marine ennemie à la défensive durant les opérations
amphibies et d’attaque aérienne. Entretemps, les SNA britanniques et américains
se livreraient à la chasse aux sous-marins soviétiques à l’intérieur
du "bastion" soviétique, au-delà du cap Nord, forçant ainsi
l’adversaire à conserver ses propres sous-marins dans une position défensive
avec l’appui du reste de la flotte soviétique. Des
commandants britanniques joueraient un rôle crucial dans de telles opérations.
Outre le commandement de l’ASWSTRIKFOR,
le commandant en chef de la flotte britannique (CINCFLEET)
est aussi à la tête des forces alliées de l’Atlantique Est (CINCEASTLANT),
ainsi que de celles de la Manche (CINCHAN)
; sous
les ordres du commandant suprême des forces alliées en Atlantique
(SACLANT), il contrôle toutes les opérations qui ne relèvent pas de la
force de frappe dans
ces zones. Le commandant britannique des forces sous-marines est chargé
des opérations dans l’Atlantique Est. Ces commandements sont considérés
comme ayant une réelle influence au sein de l’Alliance ; de plus, ils
montrent que la Grande-Bretagne fournit
la plus grande partie des forces normalement stationnées dans ces
zones. En outre, la Grande-Bretagne maintient des relations bilatérales
extrêmement étroites avec l’US
Navy. Des accords d’échanges de renseignements donnent à la Royal
Navy la faculté d’agir
comme une marine de premier rang plutôt que comme une marine
de puissance moyenne,
tant dans la zone OTAN qu’hors de celle-ci. Les satellites américains ont
été très utiles pour les communications au cours de la guerre des
Falkland. Le
Premier Lord de la Mer a publiquement affirmé que les risques d’attaque
soviétique étaient devenus "très faibles". Certes, il existe
des possibilités de "débordements" à la suite de
l’effondrement de l’ordre et de la légalité en Europe de l’Est.
Mais, même si la puissance intrinsèque de la marine soviétique reste élevée,
un petit nombre d’unités très récentes remplaçant un plus grand nombre
de bâtiments anciens, la probabilité pour la Royal
Navy de livrer une guerre pour laquelle elle se préparait depuis la fin
des années 40 semble aujourd’hui très faible. Les États-Unis s’apprêtent
à rompre avec le passé et à remodeler leur "Stratégie
maritime" qui deviendra une "Politique navale" pour faire
face à de multiples menaces et à des opérations à l’échelle mondiale.
La Royal Navy subira le
contrecoup de ce changement, mais on ne doit pas s’attendre un impact
comparable. On l’a dit, la Grande-Bretagne est plus proche de la Russie et
la menace résiduelle qui pèse encore sur la sécurité en Atlantique est
destinée à jouer un rôle relativement plus important dans la pensée
britannique que dans celle de son principal associé naval de l’OTAN. On
peut donc s’attendre à ce que la Grande-Bretagne persiste, au moins
pour un temps, à porter toute son attention sur les opérations
sous-marines sous la calotte glaciaire ou sur d’autres formes de guerre
navale qui pourront paraître de plus en plus désuètes. L’idée d’une
stratégie en avant européenne unifiée, en collaboration étroite avec des
forces aériennes basées à terre, étudiée par l’Eurogroupe de l’OTAN
à la fin des années 80, et qui n’a pas eu l’heur de satisfaire
Whitehall à l’époque, pourrait être réexaminée. L’aviation
basée à terre est une composante essentielle de la capacité maritime de
la Grande-Bretagne : elle représente une partie de sa "marine" au
sens large du terme. L’histoire montre clairement qu’un avion basé à
terre doit relever de l’autorité de la RAF
plutôt que
de celle de la Navy proprement
dite ; cependant l’état-major du groupe de soutien maritime de la RAF se
trouve être très proche de l’état-major de la Flotte à Northwood. La
RAF dispose de : 1)
deux escadrilles pour le combat à la mer ; elles sont formées de Buccaneer
équipés de missiles air-mer qui seront remplacés par des Tornado,
devenus inutiles en Allemagne, 2)
quatre escadrilles composées de Nimrod,
avions de patrouille maritime à long rayon d’action. Les Nimrod
sont particulièrement efficaces dans la lutte ASM lorsqu’ils sont
amatelotés avec des bâtiments équipés de sonars à longue portée. L’aptitude
des Nimrod à assurer la
surveillance générale les rend aussi capables de participer à des
missions de police sur les zones britanniques "off-shore". Le pétrole
de la mer du Nord a permis à la Grande-Bretagne de s’industrialiser à
nouveau et de réorienter son économie dans les années 80 ; ce pétrole,
qui a donné à la Grande-Bretagne une quasi-indépendance du point de vue
énergétique, exige une présence navale dans les zones britanniques
off-shore. De même, la Grande-Bretagne doit surveiller la zone de pêche
qui lui est dévolue dans la Communauté européenne. Hormis une petite
flottille dépendant du secrétaire d’État pour l’Écosse, la
Grande-Bretagne s’est toujours refusée à entretenir un service de
garde-pêche spécialisés dans ce but ; en revanche, la Navy
a affecté des patrouilleurs et aussi quelques navires de guerre des
mines à des missions de police. Toutes ces forces forment
administrativement un commandement nouvellement créé : Commodore
Minor War Vessels. Quelques
uns prétendent que la Royal Navy ne
porte pas suffisamment attention au maintien du "décor off-shore"
mais les menaces contre la sécurité de la Grande-Bretagne qui exigeraient
une réponse
militaire se produiront probablement plus fréquemment dans un contexte
éloigné de la mer du Nord ou même de la mer de Norvège. La fin de la
guerre froide a provoqué la disparition de la discipline
internationale qu’elle imposait, comparable à l’impact terriblement
destructeur de la Perestroïka sur les affaires russes. La crise
du Golfe montre à quel
point l’éventualité d’une aggression locale peut
menacer, non seulement l’ordre international en général, mais aussi
les intérêts nationaux et européens en particulier. Les forces navales
britanniques ne pourront être appelées à agir que dans trois
cas : -
dans des opérations internationales sous l’autorité de l’ONU comme
en 1990 dans le golfe Persique ; -
en coopération avec les alliés comme au Liban en 1984 ou en accord avec
leurs partenaires de l’Europe de l’Ouest comme dans le Golfe en
1987-1988 ; -
dans un contexte strictement national comme à l’époque de la guerre des
Falkland en 1982. Pour
parer à toute éventualité, la Grande-Bretagne maintient une Task
Force nationale disponible en cas d’urgence sous le commandement du
chef de la 2e flottille (FOF2). Elle possède encore à l’échelle
mondiale des responsabilités importantes qui requièrent l’appui d’une
force navale. Elle doit toujours assurer la sécurité extérieure d’un
certain nombre de territoires aux Antilles ; un "garde-côte", frégate
ou destroyer, en station dans cette zone est affecté presque en permanence
à la lutte anti-drogue. Il y a une autre obligation outremer qui est
souvent oubliée ; elle concerne le traité des Cinq Puissances en Asie du
Sud-Est : Singapour, Australie, Nouvelle Zélande et Grande-Bretagne. Le
retour de Hong Kong à la Chine va marquer la disparition d’une base
navale impériale ; toutefois, il est probable que ce sera le dernier
retrait britannique. Il se pourrait que surviennent d’autres fâcheuses
surprises, comme en 1982, mais la tendance n’est certainement pas à des
opérations purement nationales, surtout à cause de l’intégration de
plus en plus étroite de la Grande-Bretagne à la Communauté européenne
que la chute de Mme Thatcher laisse prévoir. Déjà,
avant 1990, les Britanniques ont joué un rôle déterminant en présidant
à la naissance et aux premiers pas de la marine européenne. Ils ont apporté
leur aide en préparant l’envoi de la flottille de guerre des mines du Bénélux
vers le Golfe et en lui fournissant une aide tactique étroite. Ce dernier
accord évolua favorablement vers la création d’une force "Calendar"
malgré tous les efforts de Mme Thatcher ; cette force multinationale opéra
dans la zone et collabora avec les marines française et italienne. Même si
l’intégration de la Grande-Bretagne dans l’Europe reste encore indéterminée,
on perçoit cependant que le consensus britannique, tant au sein de la Royal
Navy qu’en dehors, est plus favorable aux solutions "européennes"
des événement mondiaux qu’à celles offertes dans le cadre de l’OTAN,
quelle que soit l’intensité des relations entre la Grande-Bretagne et les
États-Unis. L’Union de l’Europe occidentale (UEO) a encore été invoquée
quand les affaires du Golfe ont rebondi une fois de plus en 1990. L’accent
mis récemment sur ce qu’on a appelé les opérations "hors
zone" met en lumière les décisions sur l’importance et la structure
de la flotte annoncées dans le rapport "Options for Change", dont
les éléments de base ont été fixés au cours de l’été 1990. Le très
remarquable intérêt de ce rapport réside dans l’accent mis sur la
flotte de surface. Le nombre d’unités de la flotte sous-marine de la Royal
Navy doit diminuer d’un maximum de 17 sous-marins nucléaires en
1990 jusqu’environ 12 vers le milieu de la décennie. Ceci signifie, non
seulement le retrait sans remplacement de tous les Valiant, mais aussi
d’abord le déclassement des bâtiments de la classe "S"... La Navy
aurait préféré que l’on retint un chiffre de "plus de 13"
qui aurait permis de conserver tous les bâtiments récents. Le retrait des
vieux SNA a d’abord commencé avec les deux unités déjà refondues, le Warspite
et le Churchill, rejoints
ensuite par le héros des Falkland, le Conqueror.
On a beaucoup parlé dans la presse des ennuis de réacteurs de ces unités.
La vérité est qu’il existe effectivement un problème de métal défectueux
dans le circuit primaire de la centrale 1 (PWR 1) mais cela est réparable
et n’affecte nullement la sécurité. Des réparations seraient coûteuses,
sans oublier le risque d’irradiation des ouvriers spécialisés. Il
n’est pas raisonnable de prévoir de telles dépenses pour amener ces unités
au niveau technologique le plus récent si elles doivent n’avoir qu’un
temps de service réduit. Mais surtout, l’explication de la réduction du
nombre des SNA se trouve dans l’inadaptation de bâtiments à la période
qui suit la guerre froide. Environ une douzaine de SNA à hautes
performances semblent être suffisants pour faire face à des événements
imprévus dans la zone ou ailleurs, comme l’a montré le Conqueror. L’évolution
vers une stratégie plus globale met en cause l’existence
des sous-marins à propulsion classique et toutes les unités de la
classe Oberon doivent être retirées dans les années à venir sans
remplacement. Une unité de cette classe fut utilisée aux Falkland, mais le
rôle principal de ces sous-marins se ramène à des missions de
surveillance dans des zones comme le "gap"
Gröenland-Islande-Écosse. L’emploi du sonar passif n’étant plus
à l’ordre du jour et la nouvelle situation internationale changeant les
données de la stratégie,
on a décidé l’abandon de ces missions. Les nouveaux sous-marins
de la classe Upholder sont d’un modèle qu’on a voulu plus sophistiqué,
pour des missions plus générales, afin d’intéresser des acheteurs
étrangers qui, jusqu’à présent, ne se sont pas manifestés. Seules
quatre unités doivent être construites pour des opérations sur le
plateau continental. Mais elles auront un rôle encore plus important, qui
sera l’entraînement des personnels de détection de la Royal
Navy dans l’art très
particulier de la guerre sous-marine. Il existe
aujourd’hui 39 puissances sous-marines en dehors des cinq
"grandes" et la
menace qu’elles font peser sur des forces adverses est considérable. Il
faut se rappeler que les premières forces argentines attaquées par la Royal
Navy aux Falkland ont été des sous-marins. Dans
les crises futures, les Britanniques et les marines alliées devront
mettre en œuvre des instruments de projection de puissance. Ainsi la Royal
Navy dispose de 3 porte-avions légers (CVSG) de la classe Invincible,
dont 2 sont maintenus armés. Il n’y a que 2 groupes aériens opérationnels,
avec hélicoptères de surveillance avancée et des avions de combat à décollage
court ou vertical
Sea Harrier ;
cependant un troisième groupe pourrait être rapidement constitué
pour faire face à des circonstances exceptionnelles. Les Invincible peuvent
aussi opérer avec des porte-hélicoptères
et servir dans des opérations aéro-amphibies bien que la Navy
n’y tienne pas beaucoup, car elle espère obtenir un jour une unité
spécialisée pour cet
usage. La guerre des Falkand a montré combien le Sea Harrier
présentait des avantages exceptionnels dans des circonstances qui
pourraient se reproduire. Il est intéressant à cet égard
de constater que les Américains
projettent d’utiliser leurs LHD/LHA[5]
comme porte-avions dans des cas particuliers ; en effet le nombre de
leur groupe aéronaval commence à diminuer. La flotte de Sea
Harrier est en cours de modernisation ; il faut se demander ce que réserve
l’avenir au chasseur-intercepteur britannique à décollage court et aux
navires qui l’embarqueront. Aucun problème ne risque autant de réveiller
les querelles inter-armées, mais la logique de la nouvelle ère de
responsabilités à l’échelle mondiale exige des flottes susceptibles de
possédant une force d’avions de combat capables d’opérer tant sur
terre que sur mer. Si l’on abandonne le projet de chasseur européen, tout
sera à recommencer, malgré le peu d’enthousiasme de la RAF
pour le décollage court. Pour
fournir des bâtiments d’escorte aux porte-avions et aux nouveaux navires
pour opérations amphibies, la flotte de frégates et de destroyers de la Royal
Navy paraît devoir être maintenue, moyennant une faible diminution de
ses unités. La flotte "d’environ 50 navires" à laquelle le
gouvernement Thatcher s’était arrêtée à la fin des années 80, qui en
fait correspondait à un total de 48 unités et une force opérationnelle
d’environ 41 unités, doit devenir une flotte d’environ 40 navires
correspondant à une force opérationnelle de quelques 30 unités. La Royal
Navy s’est engagée à posséder une flotte combattante de surface de
grande qualité, malgré l’impact de l’accroissement du coût unitaire
sur le nombre de bâtiments en service. Cela est normal dans un monde où la
menace des armes hautement sophistiquées est omniprésente ; les navires
envoyés dans le golfe Persique doivent être équipés de plus d’armes et
de contre-mesures qu’il n’en faudrait en Atlantique. Les
premiers navires à être retirés du service actif sont les frégates
Leander qui nécessitent un équipage nombreux. Ce sont de bonnes
plate-formes pour les sonars à longue portée remorqués ; cependant
la Phoebe dont la refonte était
prévue pour 1990 a été retirée du service. On peut s’attendre à ce
que les 8 unités de la deuxième série des Leander soient retirées dans
un proche avenir, alors que les 5 unités de la série 3A refondues sont
appelées à durer plus longtemps ; leur système d’armement anti-aérien
les classe parmi les unités les plus efficaces de la flotte. Elles
pourraient avoir une vie plus longue que les frégates de type 21 qui sont
classées comme bâtiments de patrouille pour servir aux Antilles ou aux
Falkland plutôt que dans le Golfe. Tous
ces navires seront considérés comme déclassés au moment lors de l’achèvement
de la construction des 16 unités du type 23 (classe Duke). Celle-ci est un
bon exemple des problèmes que pose la conciliation des hautes performances
et d’un coût raisonnable. Le résultat sera sans doute les meilleures frégates
d’escorte de la flotte. Ce type est issu d’un simple
"remorqueur" de sonar et
avait d’abord été prévu pour les opérations utilisant un sonar
passif à longue portée pour la lutte anti-sous-marine ; on lui a
adjoint un sonar actif, des missiles AA de défense rapprochée et un
hélicoptère ASM
lui donnant les possibilités les plus diverses. Toutefois, cette classe
a causé des difficultés à cause de l’incapacité de son système
d’exploitation des informations tactiques à absorber la surcharge
due à cette augmentation des prévisions opérationnelles. Le
remplacement de ce système (SSCS) ne sera pas possible avant 1993-1994. On
prévoit un rythme de construction de 2 unités par an, ce qui signifie que
la série des Duke ne sera complète qu’à la fin du siècle. Aux
environs de 2000, il y aura 42 unités des types 42,22 et 23, c’est-à-dire
un nombre supérieur aux prévisions. On peut alors s’attendre au retrait
de la première série du type 22 qui ne possède pas de sonar remorqué.
Ensuite on pourra envisager le remplacement de la plupart (mais pas de
tous) des 12 destroyers anti-aériens du type 42. Les qualités tactiques de
cette classe vieillissante ont été largement améliorées grâce à
l’installation de systèmes de défense rapprochée (close
in weapons) ; ceux-ci
ne leur permettront toutefois pas de servir longtemps au-delà de la fin
du siècle. ils devaient être remplacés par le type NFR
90 multinational qui a
fait long feu ; des personnalités importantes de Whitehall appartenant au
gouvernement et à l’opposition n’ont pas été satisfaites par ce
programme, qui a été abandonné. Cependant des déclarations officielles
ont affirmé que la Grande-Bretagne serait intéressée par un nouveau
projet international de navire de défense anti-aérienne à construire avec
la France seule, ou bien avec l’Espagne et les Pays-Bas. Les
missiles anti-aériens que les Britanniques vont choisir résulteront
certainement d’une coopération multinationale et il est presque sûr
qu’ils se rallieront à la solution européenne du projet FAMS.
Bien qu’ils fassent actuellement confiance à un système de missiles
de défense de proximité, étant données les difficultés d’une défense
de zone, les options de longue portée attachées au système FAMS
pourraient être encore utiles. L’élément
le plus important dans la conception des nouveaux navires de guerre est l’économie
de personnel. On a fait dans ce sens de très grands progrès ; les vieux
Leander ont des équipages qui atteignent 260 hommes alors que les Duke
n’en auront que 170. La Royal Navy a toujours manqué de personnel depuis
la guerre. Le manque de personnel de diverses spécialités n’a pas cessé
d’être préjudiciable à l’évolution de la flotte et à l’élaboration
des programmes ; la situation est aussi grave en 1990 qu’hier. Les
effectifs de la Royal Navy
et des Royal Marines représentent
environ 66 000 personnes mais le Livre blanc de la Défense en 1990 n’en
compte que 62 700 et on s’attend à ce que ce chiffre ne soit plus en 1995
que de 60 000. Environ
54 % du personnel de la Royal Navy sert
en première ligne sur toutes les mers du monde ; les contraintes d’une
telle activité peuvent contribuer à faire naître des problèmes de relève.
Les admissions dans le corps masculin des officiers de marine ont augmenté
de 7 % en 1989-1990, compensant les départs qui s’élèvent à 8 % dans
le personnel masculin ; dans les autres grades, on a perdu pas moins de 15
%, alors que le recrutement n’a augmenté que de 1,6 %. Il s’en faut de
13 % pour que la Royal Navy atteigne
son objectif de recrutement. Cette pénurie de personnel a déjà provoqué
des changements de comportement avec l’affirmation tardive de l’égalité
entre les sexes. La Royal Navy, longtemps
considérée à cet égard comme la plus rétrograde de toutes les armées,
est devenue en 1990 la plus avancée. Les premières femmes ont été
embarquées pour servir sur les bâtiments de combat et on a annoncé à la
fin de l’année qu’elles accéderaient aux mêmes grades que les hommes.
L’entraînement des officiers féminins a été intégré et maintenant
les Britanniques possèdent une marine où la discrimination n’existe plus
entre les sexes. On ne pouvait s’offrir le luxe de conserver une marine au
comportement passéiste. On a envisagé de cantonner les femmes à des tâches
"non-combattantes", mais vu la dynamique de la guerre sur mer, on
a réalisé que c’était impossible. Les
conséquences du manque de personnel apparaissent dans les réaménagements
des établissements à terre. La Royal
Navy a l’habitude de faire des réductions de personnel à terre pour
conserver armée la flotte en activité. Dans les années 50, le processus "
Way Ahead' (En avant!), appuyé par le Premier Lord de la Mer lord
Mountbatten, permit à la Royal Navy de
traverser les difficultés de la fin des années 50 au moment de la révision
de la Défense sans que soit diminuée sa capacité opérationnelle. La
politique des années 70 qui préférait faire des économies sur de petites
choses, et celle des années 80 qui portait ses efforts sur une plus grande
efficacité dans l’administration, ont la tendance qui prônait des économies
maintenu dans les établissements à terre ; cela a d’ailleurs été vrai
jusqu’en 1990. Les arsenaux ont été transféré au secteur privé dans
les années 80 ; on peut s’attendre dans les années 90 à une décentralisation
de la gestion des bases navales et
des magasins de la marine afin
que l’organisation nouvelle "puisse fournir des services plus
efficaces et plus rentables compte tenu des approvisionnements
disponibles" comme le dit le Livre blanc de 1990. Bien entendu, des réductions
et une réorganisation dans les établissements à terre créent presque
autant de problèmes qu’elles en résolvent ; il ne fait néanmoins aucun
doute que la ferme volonté d’activer les réformes a permis à la Royal
Navy de conserver une puissante flotte active avec un très faible
investissement en argent et en personnel. En
février 1990, le Ministre de la Défense (Marine) a communiqué au Times
la répartition sur toutes les mers du monde des unités de la flotte. Cette
initiative exceptionnelle était clairement destinée à montrer que la Royal
Navy était sans doute davantage confrontée à une plus large gamme de
menaces et de responsabilités que les deux autres armées. Grâce à ce
communiqué, on sait qu’il existe au moins 36 unités de combat de surface
et de soutien armées par 7 000 hommes stationnées hors des eaux
britanniques sur toutes les mers du monde. Aux Antilles, la frégate garde-côte
qui y patrouille en permanence a été rejointe par un porte-avions et deux
autres frégates, accompagnés de deux navires ravitailleurs, pour des
exercices avec l’US Navy. Un
navire hydrographe était en Islande, le bâtiment d’assaut Intrepid
en exercice au large de la Norvège, l’Argus, porte-avions auxiliaire
polyvalent, et deux frégates sur les côtes portugaises, deux patrouilleurs
à Gibraltar, le navire de recherches Challenger
en Méditerranée,
un navire hydrographe au large du Ghana, une frégate et un ravitailleur
à l’île de l’Ascension, une autre frégate, un ravitailleur et un
patrouilleur accompagné d’un navire atelier aux Falkland, l’Endurance
dans l’Antarctique. Un destroyer, deux frégates et un ravitailleur se
trouvaient en patrouille Armilla au large du Golfe alors que deux
destroyers, une frégate et un ravitailleur étaient en route pour les
relever. Trois patrouilleurs étaient à Hong Kong et l’Escadre
d’instruction de Dartmouth comprenant un destroyer et deux frégates était
en croisière dans les eaux australiennes à l’occasion d’un tour du
monde. Enfin, un destroyer, quatre frégates et trois dragueurs de mines
patrouillaient dans les eaux de l’Atlantique et de la Manche. Ce
niveau d’activité n’est possible qu’avec un soutien logistique en mer
exceptionnellement important. Depuis les année 60, à mesure que les bases
outre-mer disparaissaient, la Grande-Bretagne a fait porter tous ses efforts
sur la construction de navires ravitailleurs qui lui donnent le meilleur
rendement d’une marine de moyenne puissance. Il existe 4 grands pétroliers
d’escadre datant des années 60 encore en service, 5 unités plus petites,
et 4 pétroliers ravi-tailleurs anciens navires marchands reconvertis. Elle
dispose aussi de navires de ravitaillement en vivres secs, dont 2 ont été
construits dans les années 60 et 2 autres dans les années 70. Une série
de pétroliers type "one
stop" destinés au réapprovisionnement est en construction ; le
premier, le Fort Victoria, est prêt
à remplacer le plus ancien des pétroliers d’escadre. La conception de
ces derniers bâtiments montre le souci d’une militarisation croissante de
la flotte auxiliaire ; en effet, ils seront équipés de missiles de défense,
d’un central opérations et
d’un service complet d’entretien d’hélicoptères pour les frégates
d’escorte. Traditionnellement armée par des équipages de commerce et
occupant une place à part, le statut de la Royal
Fleet Auxiliary (RFA) est devenu celui d’un "ensemble de navires
appartenant au gouvernement et destinés à un service non-commercial".
Pendant quelque temps, certains bâtiments de la RFA ont joué le rôle de
plate-formes d’hélicoptères ASM et
cette tendance a pris des proportions extrêmes avec l’Argus
utilisé
comme centre d’entraînement pour hélicoptères, qui est en fait un
porte-hélicoptères de la flotte auxiliaire, sans en porter le nom. Il peut
servir de ravitailleur comme les autres unités de la flotte auxiliaire ; l’Argus
est polyvalent et a été dans le Golfe en 1990 comme navire-hôpital.
Comme les bâtiments de la classe Fort Victoria, son équipage est mixte RN/RFA,
une sorte de semi-privatisation de la flotte qui s’inscrit bien dans
le contexte politico-économique britannique. Le navire atelier Diligence,
depuis qu’il n’est plus
navire de commerce, a été envoyé aux Falkland et ensuite dans le
Golfe ; comme le Fort Victoria, son
équipage est mixte. Pendant de longues années, la flotte auxiliaire a
aussi armé les navires de débarquement logistiques dont 5 sont encore en
service. Les 3 LSL (Landing Ship
Logistic) déjà anciens vont être modernisés pour répondre à
une politique de maintien des capacités amphibies de la Royal
Navy. En
période de crise, la flotte auxiliaire seule ne peut pas répondre aux
besoins de la Royal Navy et à
ceux des autres forces années déployées outre-mer. Ceci nous amène à
cette forme de l’activité maritime de la Grande-Bretagne qui a été
gravement touchée au début des années 80 : la marine marchande. Pendant
les trois premiers quarts du XXe siecle, la marine marchande britannique a
conservé une forte position bien que sa part dans le trafic mondial ait
subi une détérioration après la première guerre mondiale ; après la
guerre de 1940-1945, elle fut concurrencée en tonnage par des marines
rivales. Dans les années 70, la Grande-Bretagne possédait encore une des
plus grandes marines marchandes du monde, avec un tonnage brut était élevé.
C’est alors que commença le déclin
final dans un monde où
il y avait surabondance de tonnage, des armements peu rentables, et un
gouvernement qui, après 1970, se laissa aller, conduit par l’idéologie,
à permettre aux forces du marché d’opérer librement. A la fin des années
80, avec une flotte marchande britannique amputée de 75 % de son tonnage,
de sérieux doutes furent exprimés : on murmura que le déclin de la marine
marchande pourrait avoir de sérieuses répercussions sur la défense
nationale. Bien que la Royal Navy se
considérât satisfaite des possibilités d’utilisation des navires
marchands à des fins militaires, une pénurie de tonnage apparaissait dans
la préparation des plans de renforcement en Europe. On exprimait aussi des
doutes à propos des navires sous pavillon étranger et surtout sur ceux qui
appartenaient à des armateurs britanniques avec des équipages des pays de
l’Est. La
fin de la guerre froide a plutôt contribué à combattre l’argument
militaire utilisé par les lobbies maritimes qui réclamaient pour aider la
flotte marchande britannique des réductions d’impôts et autres mesures.
Les renforts à destination du Golfe en 1990, transportés presque
totalement par des navires sous pavillon étranger, l’ont été sans
grandes difficultés. Le coût, bien qu’élevé, des affrêtements a été
inférieur à long terme à celui des transports sous pavillon national. Le
ministre de la Défense, peut-être par crainte d’avoir à transférer des
crédits au Département des Transports dans le cadre d’une politique
d’aide à la flotte marchande paraît vouloir démontrer que la flotte
marchande internationale pourrait assurer les besoins de la défense. On a
relevé quelques cas de discrimination à l’encontre de la marine
marchande britannique. Quoi qu’il en soit, il est clair qu’en
Grande-Bretagne, les relations traditionnelles entre la Royal
Navy et la marine marchande se sont gravement détériorées. Doit-on y
voir l’internationalisation souhaitée d’un aspect important du commerce
mondial ou bien une tentative de saper la sécurité nationale ? Étant donnée
la réelle confusion sous-jacente à la fin du XXe siècle dans le système
international entre l’internationalisme et la souveraineté nationale,
l’incertitude règne à cet égard. Les
"options pour un changement" impliquent que la Royal
Navy sera relativement moins touchée par les réductions dans les années
90 que les deux autres armées ; c’est le résultat de l’étroite
relation de la marine avec la récente importance de la politique de défense
britannique à l’échelle mondiale. Comme la crise du Golfe le montre, les
forces de terre et de l’air sont indispensables hors d’Europe, mais les
capacités qu’offre la marine de montrer le pavillon, observer, apporter
du secours, appliquer des sanctions, assurer le blocus, escorter le trafic
marchand vital pour la Grande-Bretagne et ses alliés européens, frapper, débarquer
des troupes et évacuer ses nationaux, apportent des avantages collectifs et
particuliers. La Grande-Bretagne va poursuivre son destin, sinon régner sur
mer, tout au moins entretenir un marine de classe mondiale. [1]
Grands navires amphibies Fearless
et Intrepid. [2]
Date de création du commandement
allié pour l’Atlantique. [3]
ASM : anti-sous-marins ;
AA : anti-aérien. [4]
ASWSTRIKFOR : Anti Submarine
Strike Force. [5]
LHD/LHA : grands navires
amphibies.
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