Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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STRATEGIE THEORIQUE

Trois études de stratégie théorique publiées par Comparative Strategy, (vol 10 n° l, janvier-mars 1991), retiennent l'attention. Une étude comparée du facteur temps chez Clausewitz et Sun Zi permet à la canadienne Laure Paquette de montrer la corrélation entre la vision du monde propre à chaque culture et la stratégie. Edward O'Dowd et Arthur Waldron examinent les concepts majeurs de Sun Zu (ch'i/cheng, indirect/direct ; shih/hsu, puissance/faiblesse...etc), la vision du monde d'où ils procèdent et leur influence sur l'art de la guerre des états asiatiques, jusqu'à une époque récente. Quant à l'israëlien Yitzak Klein, c'est une théorie pour l'analyse comparative des cultures stratégiques qu'il propose en les considérant comme l'organisation hiérarchique de trois niveaux : doctrine politico-militaire, stratégie et opérations. La démarche est intéressante mais l'usage des concepts, en particulier ceux de doctrine et de métastratégie, pourra paraître arbitraire. Mais surtout la stratégie est délibérément conçue comme un mode de conception et d'organisation de la guerre, dont elle n'est plus qu'un sous-système intelligent. Toujours dans une optique "culturaliste" mais plus empiriste, l'article original d'Adda Bozeman critique les défaillances américaines du processus d'acquisition du renseignement dues à la sous-estimation, voire à la négligence de la culture de l'Autre. A noter également deux plaidoyers solidement argumentés contre le désengagement américain d'Europe (Timothy W. Stanley) et pour
la consolidation de la "maison atlantique" (Timothy Kinnan). F.G.

STRATEGIE NUCLEAIRE

Nouveaux éléments sur les effets de Tchernobyl dans The Bulletin of Atomic Scientists, (vol 46, n° 10, décembre 1990), c'est à 5 000 qu'il faut aujourd'hui estimer le nombre des victimes annonce un responsable soviétique qui reçoit une semi-confirmation officielle. Une enquête très détaillée sur l'usine de plutonium de Savannah River, South Carolina, au bout de quarante années d'existence ne cache pas son objectif, augmenter la défiance diffuse à l'égard des usines fabriquant les armes nucléaires pour mieux les "délégitimiser". Pour faire face à la prolifération, Gerard C. Smith propose un plan de mise sous contrôle international des armes nucléaires, sorte de Fonds Nucléaire International... Intéressante étude du britannique Julian Cooper qui montre comment, en URSS, le processus de reconversion des industries d'armements n'a fait qu'accroître l'influence des militaires dans le processus de restructuration de l'économie soviétique. En fin de numéro, un utile état des forces nucléaires françaises en 1990. F.G.

Le ton de l'éditorial du Bulletin of Atomic Scientists, (vol 47 n° l, janvier-février 1991) se radicalise : George Bush y est interpellé en tant que "Gulf macho". On tiendra compte de l'analyse de Michael T. Klare, à la fois décevante et suggestive, sur la façon dont "nous" avons armé le Moyen-Orient. Fidèle à la conception selon laquelle les armes incitent à l'agression, l'auteur accuse tout le monde mais n'avance guère de données précises, en particulier sur les ventes d'armes américaines à l'Irak. En revanche, on doit prendre en considération ses propositions pour une relance des négociations sur les transferts d'armes conventionnelles (CATT), lancées par l'administration Carter. Six autres suggestions viennent compléter un plan qui stimulera l'imagination contreproliférante. F.G.

L'Irak était-il vraiment si proche de l'arme nucléaire ? Telle est la question à laquelle s'efforce de répondre The Bulletin of Atomic Scientists, (vol 47, n° 2, mars 1991). C'est le prétexte d'une menace nucléaire irakienne imminente qui a permis à George Bush de déclencher cette "guerre qui n'était pas nécessaire" avec le soutien du Congrès. La minutieuse enquête de David Albright et Mark Hibbs, bourrée d'informations précises, suggère que l'Irak, dont les intentions étaient sans équivoque, se trouvait encore loin du compte, contrairement aux allégations sur sa capacité à fabriquer de l'uranium enrichi grâce à des centrifugeuses achetées en RFA. En conséquence, il n' y a pas eu grand chose à détruire et un embargo sérieux aurait pu tout aussi bien placer l'Irak dans l'incapacité d'aller plus avant. D'un intérêt équivalent, l'article de Dan Tenstermacher sur les armes nucléaires américaines de "troisième génération" qui montre astucieusement en quoi un abaissement du seuil de puissance des essais nucléaires affecterait les programmes inutilement sophistiqués des laboratoires nucléaires nationaux. F.G.

L'ACTUALITE STRATEGIQUE

A côté de la collection "Stratégies et Technologies", le CREST vient de lancer Les cahiers du CREST, série de brochures de quelques dizaines de pages qu'il diffuse par ses propres moyens. Le cahier n° 1 est consacré à des "Réflexions sur le combat aéromobile". Partant d'une description de "la menace", il présente ensuite les caractères spécifiques du combat aérien avant d'en venir à l'essentiel, une réflexion générale sur l'emploi des unités d'hélicoptères, à partir du concept français. Le cahier n° 2 a pour thème "l'armée soviétique en quête d'une identité". Ce genre de brochure, très courant aux Etats-Unis, est encore peu courant en France. Il faut espérer que l'expérience pourra se développer. H.C.B.

L'ouvrage collectif Soviet-American Security Relations in the 1990s, (Donald M. Snow, ed.), Lexington Books, 1989 est classique dans ses deux premières parties ("Stability and Soviet-American Relations", "Strategic Nuclear Relations") rappelant des analyses connues sur la nouvelle donne entre les deux grands. Par contre, la troisième partie avec des études de cas ("NATO : coping with new challenges", "Soviet-American Naval Balance and Maritime strategies", "The Soviets in the third world : American military dilemmas", "Move and Countermove : US and Policy Interactions in the Third World") est beaucoup plus intéressante. Sans aller jusqu'à prédire, avant la lettre, une certaine convergence soviéto-américaine dans l'affaire du golfe Persique. B.X.Q.

Comme chaque année, Foreign Affairs (vol 70 n° 1) consacre son premier numéro, traditionnellement intitulé "America and the World", à l'examen de la politique étrangère américaine. Plusieurs articles cherchent à définir la situation des Etats-Unis, dans un monde momentanément unipolaire (Charles Krauthammer) où les caractères distinctifs de la puissance sont à redéfinir (William Pfaff). Michael Mandelbaum, après avoir opportunément relativisé l'importance de (ce qui n'était encore que) la crise du Golfe, examine l'action de George Bush à qui il reconnaît un remarquable talent manoeuvrier, particulièrement adapté aux conditions de la Guerre froide et qui, paradoxalement, risque de ne plus lui servir dès lors qu'elle se termine. Richard Pipes et Coit D. Blacker dressent le bilan et tirent les conséquences de l'écroulement soviétique. Dérive à laquelle, selon Pipes, préside un Gorbatchev qui fut contraint de changer de cap à chaque fois que se manifesta l'échec de la politique qu'il avait cru bon d'adopter. Aujourd'hui par instinct de conservation, il se précipite dans les bras des conservateurs, prêt pour la dictature. En conséquence, les Etats-Unis, s'ils ont gagné la guerre froide, auraient bien tort de baisser leur garde. Précieuse analyse socio-politique, en ces temps d'incertitudes et d'opportunités, de William Quandt sur le Moyen-Orient qui par bien des côtés rejoint le point de vue du français Gilles Kepel sur l'ambivalence des perceptions et des comportements du monde arabe à l'égard de l'Occident. En fin de volume, les quarante pages de chronologie de l'année 1990. F.G.

Comment expliquer les bouleversements de ces deux dernières années et de quoi sera fait le nouveau système mondial ? se demandent Earl C. Ravenal et Stanley Hoffman dans les premières pages de Foreign Policy, (n° 81, hiver 1990-1991). La première étude, davantage centrée sur les Etats-Unis, soutient que les deux ex-super puissances n'ont finalement rien de mieux à faire qu'à trouver les conditions d'une adaptation mutuelle aux évolutions d'un monde de plus en plus segmenté dont elles ne pouvaient plus, depuis vingt ans déjà, espérer contrôler l'évolution. Hoffman s'attache davantage à l'Europe. Prenant le contre-pied des analyses structurales de politique étrangère, il attribue les transformations récentes à deux types de facteurs : l'action des dirigeants, en l'occurrence Gorbatchev et Kohl, qui ont véritablement conduit le changement alors que Bush, Mitterrand et Thatcher jouaient les second couteaux; l'évolution interne des sociétés civiles dans leur rapport avec l'Etat. Ce ne sont donc pas les menaces russe ou allemande qu'il faut redouter mais bien le repli égoïste de l'Europe occidentale sur elle-même et sur sa craintive prospérité. Autre diptyque remarquable, l'étude de Stuart E. Eisenstat sur l'évolution des relations entre les Etats-Unis et Israël et celle de Léon T. Hadar sur la nécessaire révision de la politique de l'état hébreu. Enfin une note originale due à Morton H. Halperin et Jeanne M. Woods qui en appellent à une véritable application des principes de liberté de l'information et à l'abandon de la manie de la classification des documents officiels qui a perdu, avec la fin de la guerre froide, toute justification. F.G.

La sécurité en Europe après la Guerre froide est le thème du dossier d'Arms Control Today, (vol 21, n° l janvier/février 1991). Ouvert par un éditorial angoissé de Spurgeon M. Keeny Jr, président de l'Arms Control Association, sur les chances de bonne fin de la négociation START, le numéro offre diverses suggestions quant au rôle de la CSCE. Historique de la négociation FCE, texte complet du traité et analyse par Lee Feinstein des avantages et des inconvénients qui pourraient entraîner certaines difficultés lors des discussions
au Congrès pour la ratification. Excellent article de conclusion par Catherine McArdle Kelleher, spécialiste des armes nucléaires de courte portée (SNF). L'examen des positions françaises, britanniques et allemandes sur les TASM (Tactical air to surface missiles) retiendra l'attention sur cette étude qui, non sans raison, conclut qu'une négociation SNF pourrait bien aujourd'hui constituer "une solution à la recherche d'un problème". Tableau récapitulatif et comparatif des arsenaux avant et après l'accord FCE. F.G.

Au moment où Gorbatchev annonce pour le début du mois d'avril 1991, la liquidation des structures militaires du pacte de Varsovie, le rapport n° 16, décembre 1990, du Peace Research Institute Frankfurt, intitulé The End of Alliance tombe fort à propos. L'auteur, Gérard Holden, étudie avec clarté et précision les déclarations des responsables, les événements, les alternatives, les décisions qui conduisent à cette dissolution. Ces développements peuvent être interprétés, soit comme une sérieuse défaite de la politique étrangère soviétique, soit comme la volonté d'instaurer de nouvelles relations est-ouest. De toute façon, l'URSS a fait preuve d'un beau réalisme car elle n'avait d'autre choix, pour arrêter le processus, que d'utiliser la force. B.A.

Il faut signaler la parution d'une nouvelle revue : Enjeux Atlantiques. Le numéro 2, décembre 1990, intitulé Nouvelle Europe, Nouvelle sécurité ?, sans apporter des données originales, a cependant le mérite de faire le point sur cette question d'actualité, avec des signatures "internationales" comme Manfred Wörner, l'amiral Carslile Trost, Wladimir Tchernega, Trevor Taylor... Le numéro 1, construit sur le même modèle, était consacré aux armes nucléaires tactiques. Là aussi, beaucoup de données factuelles sont proposées sous forme de tableaux ou de fiches techniques : la panoplie nucléaire préstratégique française, les avions et les canons à double capacité soviétiques... B.A.

Courrier International paraît en kiosque tous les jeudis et reprend les articles de la presse étrangère sélectionnés, en principe mais la rédaction l'assure, dans la semaine précédant la parution. A titre d'exemple, le numéro 16 du 21 février 1991 confronte les opinions sur la guerre du golfe à travers les colonnes de Al Ahram, Al Arab, Al Destour, Al Quds, Al Ra'i, Tashrine ou El Watan. Cinq scénarios pour sauver Gorbatchev sont tirés des colonnes de Kommersant et des Izvestia... Pour qui n'est pas polyglotte et a besoin de lire ce qu'on lit rarement, voilà une bonne idée ! B.A.

Pendant longtemps, seules les personnes en mesure de lire le chinois ont pu accéder aux excellentes analyses sur l'armée populaire de Libération de Chine parues dans la revue mensuelle Chung-Kung Yen-chiu ou l'indispensable annuaire Chung-kung Nien-pao, publiés à Taipei (Taïwan, république de Chine). Depuis 1988, une heureuse initiative du Sun Yat-sen Center for Policy Studies (SCPS) de l'Université Nationale Sun Yat-sen a fait plus que combler cette lacune par la publication d'un annuaire, SCPS Yearbook on PLA Affairs. De concert avec ses propres experts, le SCPS a fait appel aux compétences des meilleurs spécialistes des affaires militaires chinoises comme Ellis Joffre, Harlan Jencks, Paul Godwin et Gérard Segal. Compte-tenu de la richesse de ses informations et de la qualité de ses analyses, cet annuaire est un ouvrage de référence indispensable dans l'analyse de problèmes militaires chinois. G.T.

L'arrivée simultanée, en ce début d'année, sur la place de Paris des Asia Yearbook 1991, (FEER, Hongkong), Asian Security 1990-91, (Brassey's, Londres) et Defence of Japan 1990, (The Japan Times) rappelle à ceux qui s'intéressent au déchiffrage, à
la réflexion, à l'action en Asie combien ces trois instruments de travail, de référence sont indispensables, incontournables. Ces annuaires imposent une lecture approfondie, inquiète, sérieuse de ce qui se produit là-bas, si on ne veut pas se laisser surprendre. B.X.Q.

Le Centre de recherches sur l'Asie de Hull (Québec) lance une nouvelle revue : Sécurité et stratégie Asie. Les deux premiers numéros sont intitulés "Vers un nouvel ordre régional en Asie du Nord" et "La Chine face à la paix et la sécurité internationale". La France n'a malheureusement plus l'équivalent depuis la disparition de Mondes asiatiques. N.B.

la controverse sur le budget militaire soviétique n'est pas nouvelle. Mais la perestoïka lui a permis de s'étendre à l'URSS elle-même comme le montre cette interview du commandant Lopatine à Radio-Moscou le 10 janvier 1991 :

Q. Vladimir Nicolaevitch, le budget militaire dépasse 96 milliards de roubles. On dit que ce chiffre ne correspond pas à la réalité. Le chiffre réel serait deux ou trois fois plus élevé...

Lopatine : Effectivement, ce chiffre est loin de la réalité. Le budget militaire réel est bien plus élevé. Voici les arguments à l'appui de ma thèse. Ce chiffre ne rend compte que des dépenses du ministère de la Défense. Les dépenses consacrées aux autres formations militaires, aux unités de transport, de construction n'y figurent pas. Et pourtant elles sont importantes. Et l'administration militaire considère ses formations comme une partie intégrante de l'organisation militaire de notre pays1. Le chiffre donné ne tient pas non plus compte des moyens dépensés par d'autres ministères, par les organisations, les entreprises et les administrations locales travaillant pour la défense. Par exemple, les entreprises sont obligées de verser un salaire à leurs employés durant les périodes, alors qu'elles assument les pertes liées à leur absence. C'est le ministère de l'Education qui finance la préparation militaire dans les établisse-ments scolaires, les instituts techniques, les écoles professionnelles. Les municipalités financent les logements des militaires, une partie de leur retraite, alors qu'ils sont dispensés de payer des impôts. Ces frais devraient être assumés par le ministère de la Défense et reversés aux municipalités.

Il existe une liste énumérant plus de dix postes de dépenses militaires cachées. Cette liste a été constituée par le Gosplan, le ministère des Finances et le ministère de la Défense. Mais ces postes ne sont malheureusement toujours pas inclus dans le budget proposé.

Pourquoi cette augmentation des dépenses militaires ? La part du lion revient à l'augmentation du prix du matériel et des armements... L'industrie militaire est obligée de se rapprocher des prix réels si elle veut survivre. Car les prix actuels sont maintenus artificiellement trop bas. Là où nous dépensons un rouble, les Américains dépensent de 6 à 14 dollars... Donc les prix d'achat peuvent augmenter de 5 à 8 fois. Par conséquent, le budget militaire réel augmentera de 2,5 à 3 fois. Le chiffre avancé aujourd'hui n'est pas définitif.

Nous ne sommes pas d'accord non plus avec la structure des dépenses militaires envisagée. 40 % ira une fois de plus à l'acquisition de matériel et d'armements. Et si l'on tient compte des hausses de prix imminentes, cette partie des dépenses budgétaires militaires ne fera qu'augmenter. Moins d'un tiers du budget va aux dépenses de fonctionnement. Alors que dans les pays civilisés les proportions sont inverses. f.t.

SCIENCE ET TECHNIQUE

Dans La Recherche de mars, sous le titre "Les lanceurs électriques", Francis Jamet et Volker Wegner se penchent sur le regain d'intérêt donné à la vieille idée des lanceurs électromagné-tiques de projectiles par les récentes études menées dans le cadre de la "Guerre des Etoiles" : les canons à propergols chimiques - solides ou liquides - ne permettent guère de dépasser une vitesse de 2 km/s pour la simple raison de la vitesse propre des gaz de combustion, et non sans une formidable accélération de départ. Les trois dispositifs envisageables sont les suivants :

- "canon" dans la chambre duquel une puissante décharge électrique crée un gaz ionisé très chaud à partir à partir d'un matériau constitué surtout d'atomes de faible masse (hydrogène de CH4 par exemple). Mais on ne saurait en obtenir que des vitesses maximales de l'ordre de 3 km/s, avec toujours le problème de la formidable accélération sur une courte distance (système cité "pour mémoire").

- dispositif "à rails" exploitant la loi de Laplace, sans limites théoriques pour les vitesses ou/et accélération (105 à 107 m/s2 envisagés actuellement pour ces dernières). Peut convenir pour de petits projectiles à très grande vitesse, mais problème grave de frottement sur les "rails".

- système à bobines, utilisant la répulsion magnétique : série de bobines fixes parcourues à l'instant opportun par un courant créant un champ dans une bobine mobile fixée au projectile.

Les auteurs estiment que dans la décennie postérieure à 2010, le troisième système devrait permettre de lancer des masses de 500 kg, au moins, à une vitesse de 4,5 km/s. L'application essentielle serait la mise en orbite de satellites : un seul étage de fusée serait nécessaire pour l'orbite basse, et deux étages pour celle de transfert géostationnaire. L'économie réalisée sur le premier et très gros étage classique devrait réduire très sensiblement le coût du kg mis en orbite. (A cette époque, la miniaturisation des éléments devrait permettre à un satellite de 500 kg de remplir les mêmes fonctions qu'un satellite actuel de plusieurs tonnes.) J.B.M.

L'article "Kourou, an 2000" de Serge Brunnier dans Ciel et Espace de janvier fait le point sur le chantier en cours - du même ordre de grandeur que celui du tunnel sous la Manche pour l'ampleur des travaux - pour amener le Centre spatial guyanais (CSG) aux normes de la future Ariane 5 - dans cinq ans - puis de la navette Hermès - dix ans. Le chantier Ariane 5 (ELA 3, pour Ensemble de Lancement n°3) couvre 20 km2 où, après défrichage, ont été déjà remaniés 4 000 000 de m3 de terre, et "des bâtiments grands comme des cathédrales ont été érigés là où coassaient les crapauds-buffles". L'auteur rappelle que la toute première Ariane a été lancée à Kourou dans la nuit de Noël 1979. Depuis lors, 41 autres Ariane - types 1 puis 2, 3 et 4 - ont été tirées, avec seulement 5 échecs : taux de succès, 88 %. Mais avec la navette Hermès, habitée, la fiabilité d'Ariane 5 devra être d'au moins 99 %, encore que l'adoption récente de "sièges" éjectables offre une large chance supplémentaire (que n'avait pas l'équipage de Challenger). En 2001, Kourou devrait être le premier port spatial commercial du monde, et le troisième "aéroport-passagers".

A propos de Kourou, à signaler aussi l'article de Tania d'Aubrydolles, "Les centurions d'Ariane", dans Armées d'aujourd'hui de février : reportage sur les 450 hommes du 3e Régiment étranger chargés d'assurer la sûreté de la base spatiale avec un "maximum d'efficacité au moindre coût", à l'heure actuelle et dans le cadre du futur CSG 2000. On peut regretter que l'auteur n'ait pas rappelé que les travaux préparatoires à l'établissement de la base - années 70 - avaient dû être confiés à la Légion étrangère, car présentant un certain danger : serpents et autres animaux venimeux ; zone de vase profonde "aspirante", etc. J.B.M.

Science et Vie de février comporte un article de Renaud de la Taille, "L'informatique sauve le télescope spatial", relatif au fameux téléscope satellisé Hubble, dont on connait la "myopie", due à une erreur de taille non détectée avant lancement en raison de l'économie - infime - faite sur la partie centrale. L'affaire fit grand bruit, et l'on n'hésita pas à parler "d'échec astronomique du siècle". Mais, en attendant la mise en place in situ de lentilles correctrices sur les capteurs, le traitement par ordinateur des images floues a déjà permis de récupérer une définition dépassant les meilleures images données par les télescopes terrestres : la résolution actuelle du système Hubble plus ordinateur est de 0,1 seconde d'arc, alors que celle des meilleurs télescopes terrestres ne descend pas au-dessous de 0,3, et ce dans des conditions de stabilité atmosphérique très exceptionnelles. J.B.M.

Le même Science et Vie de février comprend un article de Guy Willis, "L'attaque aérienne comme un jeu vidéo" : divers moyens (cartes géographiques, photographies aériennes et spatiales y compris obliques) permettent de "numériser" le terrain de l'adver-saire, en y plaçant les zones dangereuses par concentrations de défenses AA repérées. Introduites dans l'un des ordinateurs de bord, ces données permettent au pilote de disposer d'une vision 3 dimen-sions, synthétique et en temps réel, de l'itinéraire de mission le plus approprié compte tenu : des caractéristiques de son appareil, des armements et du carburant emporté, du dispositif des forces amies et ennemies le long du parcours, des couloirs de pénétration possi-bles selon altitudes et batteries ennemies, des prévisions météo. L'équipage peut donc, avant d'effectuer sa mission, la "vivre", comme en jeu vidéo, autant de fois qu'il le veut et dans diverses variantes, dont celle exécutée sera choisie en fonction des derniers renseigne-ments reçus avant le départ réel. On peut dire que le pilote va attaquer une cible qu'il connait bien, ainsi que sa route d'accès et ses défenses, sans les avoir jamais vues au sens habituel du terme. J.B.M.

(Encore) dans le Science et Vie de février, l'article "Nouveau radar contre avion invisible", de Serge Grosselin présente le système RIAS (Radar à Impulsion et Antenne Synthétique) issu des travaux de Jacques Dorey, directeur des travaux de synthèse à l'ONERA. Le système comporte un très grand nombre d'antennes émettrices, un peu à la manière de ceux "balayage", mais constituées de pylônes dipôles de 15 m de hauteur, répartis sur un cercle de 400 m de diamètre, de 15 m en 15 m environ, les antennes réceptrices étant placées - semble-t-il - sur un cercle de plus faible rayon, concentrique. C'est donc un système "bistatique", puisque fixe et ("bi") à émission et réception séparée. Le radar "découpe" l'espace en millions de petits volumes élémentaires dont chacun est "illuminé" selon un code propre : l'écho donné par un avion traversant l'un de ces volumes est spécifique et donne la position de cet avion. Plusieurs échos successifs, provenant de volumes jointifs, permettent de connaître la vitesse et la trajectoire suivie. Face aux appareils furtifs, l'avantage du système est la possibilité d'emploi en bande métrique, vis-à-vis desquelles la "surface équivalent radar" - SER - est beaucoup plus difficile à diminuer que pour les ondes centimétriques. Le RIAS combine donc la précision, médiocre en bande métrique par les systèmes classiques, et la lutte contre les techniques de furtivité, absorption en particulier. Mais le RIAS ne pourra être opérationnel que lorsqu'il sera possible de l'associer à un ordinateur à très grande vitesse de calcul - genre "Teraflops" - lui-même en étude au plan du matériel et moins avancé encore au plan des logiciels "non von neumanniens" : en 1980, et avec un puissant Cyber 360, l'enregistrement d'une minute d'observation du "prototype" RIAS demandait une semaine de traitement informatique. Pour passer au temps quasi réel, par exemple 1/10e de seconde, le traitement de l'information doit être 6 millions de fois plus rapide.

Toutefois, même si dans l'avenir, le RIAS tient ses promesses grâce à un futur ordinateur déjà baptisé TRIAS, il sera essentiellement un radar de détection, difficilement adaptable au guidage d'un missile de défense AA : un "cube" de 20 km de côté contient 8 000 000 de "cubes" élémentaires de 100 m de côté ; or le missile AA doit passer à moins de 10 m de sa cible. Par ailleurs, fixe par définition, le RIAS - très coûteux - ne peut servir qu'à la surveillance autour de quelques points d'intérêt vital. L'"anti-furtivité" opérationnelle réside peut-être dans la multiplicité d'avions type AWACS à haute altitude, déjouant les formes planes ou obliques du "stealth" genre FA 117. J.B.M.

L'article de Elisabeth Corcoran de Pour la Science de mars, "Les superordinateurs", est relatif aux recherches en cours sur les nouvelles architectures (non "von neumaniennes") d'ordinateurs assez rapides et dotés de mémoires suffisantes pour leur faire simuler correctement les phénomènes naturels les plus complexes (par exemple, modélisation fine des explosions ; changements de climats). L'objectif des concepteurs est celui dit "des 3T", T étant l'initiale de téra, qui désigne le nombre mille milliards (1012). On vise ainsi 1012 "flops" (ou opération en virgule flottante par seconde), 1012 octets de mémoire et une transmissions de 1012 octets par seconde dans les lignes de communication. La création des "téra-ordinateurs", pour difficile qu'elle soit, ne sera pas l'aspect le plus délicat : la programmation de telles machines restera à mettre au point, ce qui n'est pas un mince problème. J.B.M.

La rubrique "Flashes aviation" du Science et Avenir de janvier rapporte que quatre pays (Italie, Pays-Bas, Espagne, Grande-Bretagne) qui prévoyaient le développement commun d'un hélicoptère anti-char, le Tonal, (dérivé du Mangusta italien) ont renoncé à ce projet. Dans le cas où ces nations se rallieraient à l'hélicoptère de combat franco-allemand Tigre (Aerospatiale et MBB), les coûts considérables de R & D de cet appareil - 11 gf environ - pourraient être répartis sur un nombre d'exemplaires nettement supérieur à un concurrent redoutable, l'Apache de McDonnel-Douglas, déjà en service. La décision constituera un bon test de la volonté européenne d'unification des armements. J.B.M.

Encore dans Science et Avenir de janvier, la rubrique "flashes informatique" rapporte qu'après les composants, les ordinateurs et les périphériques, le Japon s'intéresserait aussi désormais aux logi-ciels, point sur lequel son niveau et sa production marquaient un net retard par rapport à ses capacités sur les matériels (point commun, d'ailleurs à toutes les productions de l'Extrême-Orient). D'après les observateurs européens et américains, il faut s'attendre à une "offensive" nippone de grande envergure dans ce domaine, soutenue à la fois par les pouvoirs publics - le MITI - et les énormes réserves financières privées de ce secteur. Menace pour la France qui détient une part du marché logiciel "haut de gamme" très honorable. J.B.M.

Autre bref article de la rubrique "Actualités" du Science et Avenir de février : "Variole : vers la disparition du virus". On sait que le virus de la variole peut constituer une arme biologique redoutable - 2 millions de morts sur 10 millions de personnes touchées par l'épidémie de 1967 - surtout depuis que les pays occidentaux, sur proposition de l'OMS, ne vaccinent plus les enfants (France : juillet 1979). Pour cette raison, l'OMS vient de demander la destruction de tous les stocks de virus, d'ici à décembre 1993. Les 500 échantillons officiellement déclarés sont essentiellement détenus par l'Institut de recherches de préparations virales de Moscou et par le CDC d'Atlanta aux USA. Parallèlement, l'Institut de Genève doit ramener sa réserve de vaccins à 500 000 doses, qui seront éliminées après décembre 1993. L'OMS a également demandé aux gouvernements de supprimer les stocks de vaccins destinés à protéger les forces militaires envoyées en zones "suspectes" ; (vaccination ou revaccination selon le cas). Toutefois, l'OMS a déclaré "croire" qu'un ou deux pays - non cités - continuent à vacciner systématiquement leurs personnels militaires, attitude qu'elle condamne. Il est évident que les recommandations de l'OMS supposent un monde idéal. Le numéro suivant de la même revue rapportera que les soldats améri-cains envoyés dans le Golfe ont subi une impressionnante batterie de vaccinations ou revaccinations : fièvre jaune, choléra, tétanos, typhus, typhoïde, méningite, hépatite A et B, anthrax. J.B.M.

Le Science et Avenir de mars publie, sous la signature de Pierre Kolher, "L'électronique dans la guerre" qui, en cinq pages de texte seulement (moins photographies intéressantes), constitue une bonne synthèse "grand public" de la question : reconnaissance aérienne et spatiale - en visible et radar - renseignement électronique ("Elint") , brouillage, télé et auto-guidage, vision nocturne IR et par amplification de lumière, etc. A reprocher toutefois :

- une petite erreur : l'avion "espion" TR-1 n'est pas un U-2 rebaptisé, mais un appareil de nouvelle génération. En outre, et quoique le commandement américain ait été d'une totale discrétion à cet égard, on peut penser que les SR.71 ont été utilisés plutôt que les TR-1.

- l'appellation abusive - généralisée dans les média il est vrai - du Patriot, qui n'est pas un anti-missile. En réalité, en pré-étude depuis 1961, il avait été défini en 1965 comme missile anti-aérien à hautes performances, baptisé SAM-D : Sol-Air Missile D, (depuis, avait reçu la désignation officielle MIM 104). Les tirs d'essai de 1977 et 1978 ayant été réussis, la production commença au début des années 80. Mais l'amélioration de l'électronique du système au cours de ces années 80 conféra au sol-air Patriot une certaine capacité ABM contre les SSBM à portée de quelques centaines de kilomètres, donc à vitesse de rentrée mach 2,5 à 3, capacité mise à profit dans le Golfe. Le SA-12 soviétique, officiellement missile AA, est réputé avoir aussi des capacités ABM. J.B.M.

Toujours dans Science et Avenir de mars, Albert Ducrocq évoque "Le Japon dans le club des grandes puissances" (spatiales). Malgré la création de la NASDA - National Space Development Agency - en 1970, le Japon a pris un net retard sur les réalisations européennes ; a fortiori sur celles des USA et de l'URSS. Le lanceur H 1 en service depuis 1987 a pourtant permis la mise en orbite d'un petit satellite de télédiffusion, d'envoyer une sonde vers la comète de Halley, etc. Mais sa puissance est insuffisante pour l'avenir. L'effort - en commun : MITI, NASDA et KSAC (organisme représentant les firmes privées, Keidanren Space Activities Council) - sera le développement du lanceur H 2, à 2 étages et boosters, dont les performances seront analogues à celles d'Ariane 44L ou du Titan 34-D : 10 tonnes en orbite basse, 4 tonnes en orbite de transfert et 2,2 tonnes en géostationnaire. Premier tir prévu en 1993, depuis l'île de Tanegashima, futur "Kourou oriental". Pour la suite, il est prévu de "gonfler" le lanceur H 2, notamment en passant de 2 à 6 boosters, de manière à pouvoir placer 20 tonnes en orbite basse, et lancer la future navette japonaise, déjà baptisée HOPE-1 (plus petite que Hermès). Cette navette est prévue pour servir de "taxi" entre le sol et le module japonais de la station internationale "Freedom". Pour l'expérience du vol habité, le Japon, à la différence de la France - et peut-être comme suite à l'envoi, très coûteux mais "raté pratique", d'un journaliste à bord d'un MIR en 1990 - se tourne vers les USA : vols en navette spatiale prévu pour 1992, 1994 et 1996. J.B.M.

Dans Défense nationale de janvier, le L.V. Audoin de Chanterac, sous le titre "Espace et maîtrise de l'Océan", montre l'importance prise par l'espace sur les opérations navales, et celles menées par les forces de surface en particulier. L'auteur examine d'abord les possibilités d'emploi pratique de moyens de surveillance et localisation. Il conclut que le moins coûteux pour créer
la "constellation" de satellites nécessaires à une surveillance mondiale permanente est constitué par des satellites d'écoute électronique "sommaire" : localisation à quelques nautiques près et analyse sommaire des émissions radio ou radar. ("hors des zones focales de trafic des détroits l'océan présente une faible densité de signaux.") L'existence d'un tel réseau, en effet, condamnerait pratiquement une escadre à la paralysie radio et radar ; c'est à dire qu'elle la ramènerait à cet égard de près d'un siècle en arrière. En particulier les liaisons entre porte-avions et aéronefs en vol seraient impossibles, de même que les échanges de renseignements ASM et AA, sauf à utiliser des fréquences inférieures à 30 Mhz (longueur d'onde supérieure à 10 m) pour lesquelles l'ionosphère filtre les signaux, ce qui ne permet que des communications locales et est impensable pour les radars. Une telle réalisation, utilisant des satellites légers et simples, pouvant être mis en orbite par des lanceurs peu coûteux, est à la mesure d'une nation - ou d'un groupe de nations- ne pouvant s'offrir le luxe de systèmes de surveillance océanique du genre NOSS (USA) ou EORSAT-RORSAT (URSS). Cette question représente l'un des aspects des problèmes exposés dans le récent cycle de conférences du CERD, par le C.V. (er) Harnay, relatif au passage du concept de guerre électronique, trop limité, à celui plus général de guerre "électromagnétique", qui peut se traduire par d'importantes modifications de l'architecture navale des bâtiments de surface, restée quelque peu stagnante depuis 100 ans (dièdres réflecteurs etc.) malgré l'apparition et le formidable développement du radar : il est peut-être temps de penser à des formes "radar-furtives", et à prendre en compte pour chaque navire son "volume d'indiscrétion" électromagnétique. J.B.M.

La rubrique "Actualités" de Défense & Armement de janvier rapporte comme tout à fait plausibles les bruits selon lesquels la Libye envisage la production d'armes biologiques près de Sebha, capitale du Fezzan. Par ailleurs, l'incendie survenu dans l'usine de rabta n'aurait été qu'une ruse destinée à faire croire à la disparition de la menace chimique. Enfin, serait prévue la construction de trois autres usines chimiques : à Sebha, en plein Sahara ; à Waddam au sud de la ville côtière de Syrte, et à proximité de l'actuelle usine de rabta (qui alors se consacrerait à sa production officielle : celle de médicaments). Le gouvernement allemand aurait recommandé la plus grande vigilance aux industries qui pourraient être contactées par le réseau d'import-d'export mis en place en Europe. J.B.M.

Toujours dans le Défense & Armement de janvier, à signaler l'article de Jean Girodet, "Les grenades à fusil", sur les derniers développements de ces munitions, sans cesse perfectionnées, contrairement aux grenades à main qui n'évoluent plus. (La grenade à main de l'armée française est celle de 1937 : on ne voit guère ce qui pourrait l'améliorer.) Ces perfectionnements ne portent pas seulement sur les portées, les puissances vulnérantes, la précision, la capacité généralisée au lancement par cartouche normale de fusil - malgré la moindre puissance du 5,56 mm par rapport aux munitions classiques - mais aussi sur la réduction de l'encombrement de transport (par exemple, queue rentrant dans la tête explosive, etc.) L'ensemble tend à donner au fantassin une capacité anti-personnel, anti-véhicule et anti-char toujours croissante qui, en situation défensive notamment, en fait un ennemi redoutable. A signaler la récente "grenade", en fait petite roquette mise sur trajectoire par tir en bout de fusil, RAAM (Rifle-Launched Anti Armor Munition) de Olin Defence, dont la portée en tir direct est de 250 m et
la pénétration, 400 mm d'acier à blindage (utilisable contre les flancs et l'arrière des chars porteurs de blindage composite ou réactif). Il ne manque plus, en somme, au fantassin pour lutter contre tous ses ennemis immédiats du champ de bataille, que la grenade à fusil anti-aérienne, contre les avions d'assaut agissant en feu direct, et, surtout, contre les hélicoptères d'attaque. Une RAAM à auto-directeur verra-t-elle le jour ? Un problème risque pourtant de se poser : la plupart des concepteurs des armes individuelles futures ne prennent guère en compte, au moins au stade actuel des études, la capacité de tir des grenades à fusil. J.B.M.

Encore dans Défense & Armement de janvier, l'article de Dan Boyle, "détection du rayonnement ultraviolet des missiles" dont le titre indique bien le sujet. De manière "classique", la détection des missiles SRBM à LRBM se faisait au lancement par trajectoire extra-atmosphérique, par radars (et bientôt sans doute "lidars") ; à la rentrée par radar et système à infra-rouge. Mais les ingénieurs ont pris conscience du fait que pour la poursuite d'objets à "basse" altitude - tout est relatif - et circulant à grande vitesse - plus de 3,5 à 4 km/s - l'"onde de choc d'étrave" produit des plasmas à très haute température qui émettent en I-R, en visible, mais aussi en U-V. Cette propriété peut permettre d'enlever leur efficacité aux techniques de leurres I-R qui, légers, donnant lieu aux émissions U-V. Des essais ont montré que dans la bande des 190 à 400 nanomètres (milliardièmes de m), on détecte jusqu'à 80 km d'altitude des émissions d'U-V beaucoup plus puissantes que ce que l'on pensait jusqu'à présent. L'auteur conclut que l'emploi de missiles ABM à tête auto-directrice U-V peut éliminer la menace d'une frappe modeste (nous dirons : "tiers-mondiste") future de quelques douzaines de missiles, qui, non arrêtés, pourraient engendrer une situation mondiale susceptible de dégénérer en holocauste nucléaire. J.B.M.

La rubrique "Nouvelles de l'industrie" de Défense & Armement de janvier signale les premiers essais prochains - mois d'août - du dirigeable Sentinel 1000 de Westinghouse, porteur d'un radar de surveillance aérienne, commandé par un client anonyme pour des missions du domaine de la lutte anti-drogue. Voyant plus loin, Westinghouse propose son ASSR 1000 pour le complément des moyens AWACS (et notamment en haute mer). Après amortisse-ment des frais de développement, l'exemplaire ASSR 1000 coûterait moins de 15 000 000 de dollars ; plus intéressant est le fait que l'heure de vol reviendrait à 230 dollars, contre quelques 6800 pour l'avion type AWACS E3, et l'autonomie, sans ravitaillement, atteindrait plus de 30 heures pour une vitesse vent de 55 à 60 nœuds (102/111 km/h). Une "constellation" de dirigeables-AWACS de plus grande taille, le sentinel 5000 - à 70 millions de dollars l'unité - pourrait constituer une bonne parade aux avions furtifs, (dont l'architecture vise à contrer les radars au sol ou à faible altitude, mais ne saurait faire face à tous les sites), ainsi qu'aux missiles de croisière. Particularité du radar : à balayage d'antenne, en carré ou delta, couvrant la totalité de l'espace, il sera situé à l'intérieur de l'enveloppe, qui lui servira de radome protecteur des intempéries. Ce Sentinel 5000, à autonomie propre de 72 heures, pourrait commencer ses essais en 1995. J.B.M.

HISTOIRE

D'Edwin Bickford Hooper, United states naval power in a changing world, Praeger, 1988 est une histoire de la marine américaine partant des "Early Years" (Guerre d'Indépendance) jusqu'à "The nuclear Age", en passant par "The transitional period", "The new navy", "The World wars", sans oublier "The future". La conclusion "The past is prologue" sonne comme une promesse faite par la nation américaine à soi-même de ne pas (plus) négliger la puissance navale. B.X.Q.

La Commission française d'histoire maritime publie un livre partiellement inédit et inachevé de l'amiral Castex La liaison des armes sur mer (Economica). Seuls les chapitres traitant des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles ont été rédigés en 1913 et 1914. Cette histoire du combat naval est abordée à partir du principe de liaison entre les différentes armes que Castex s'employait alors à faire triompher contre les tenants tout-puissants de l'école du canon. Ce livre apporte à la fois des éléments d'information sur l'histoire de la pensée navale (notamment les auteurs du XIXe siècle qui restent aujourd'hui encore complètement inconnus) et sur le débat tactique qui divisait la marine à la veille de la Grande guerre. Une préface de Hervé Coutau-Bégarie retrace l'évolution du livre et sa place dans l'œuvre de Castex. A.B.

Le thème principal de la Revue historique des armées, 1991-1, est l'Ancien Régime. On y relève en particulier l'étude de Jean-François Pernot sur les cartes enjeu stratégique, ainsi que l'article de Marc Vigié sur la pensée navale au XVIIe siècle autour des galères qui cite des auteurs aujourd'hui bien oubliés ; il est néanmoins dommage que le mémoire capital d'Isaac de Razilly, texte précurseur de la géostratégie, soit si rapidement évoqué. Le père Hoste y est présenté comme le prête-nom de Tourville, ce qui est excessif, comme l'a montré Michel Depeyre. Dans le même numéro, une substantielle étude de Claude Huan sur la collaboration entre l'Allemagne et le Japon durant la seconde guerre mondiale, histoire restée jusqu'à présent à peu près totalement inconnue. J.M.S.

Excellent exemple de ce que la recherche historique judicieusement dirigée par une visée stratégique peut directement apporter à la stratégie, Military Misfortunes, de l'américain Eliot A. Cohen et du britannique John Gooch (The Free Press, 1990.), analyse cinq cas d'échecs militaires. L'ouvrage est donc une réflexion argumentée sur trois notions étroitement corrélées : la malchance (misfortune), l'échec (failure) et le désastre (disaster). Démarche fine
puisque les auteurs ont écarté les défaites que l'on peut attribuer à l'incompétence notoire ou à une excessive disproportion des forces. On aurait toutefois aimé quelques exemples pour juger des critères de sélection. Sans rejeter la solitude de la décision du chef responsable, donc les effets de son incompétence ou d'une psychologie inadaptée, Cohen et Gooch préfèrent rechercher les causes de l'échec et du désastre en termes de théorie des organisations et par l'étude des systèmes complexes que sont les machines militaires de l'époque contemporaine. Ceci leur permet de construire une matrice analytique qui donne une représentation graphique rendant compte, aux différents niveaux du commandement (axe Ox) et en développement diachronique (axe Oy), de l'enchaînement des causes qui vont conduire au résultat fatal. Cette matrice trouve donc à s'appliquer à cinq cas historiques illustrant cinq catégories d'échec. La lutte anti sous-marine américaine en 1942 illustre l'échec par refus d'apprendre les enseignements britanniques antérieurs. La défense israëlienne de Suez et du Golan démontre l'échec par l'incapacité à prévoir les intentions adverses, alors même que les services de renseignement avaient fait leur travail aussi correctement qu'à l'ordinaire. L'échec britannique en août 1915 à Gallipoli témoigne de l'échec par défaut d'adaptation de la machine militaire à des conditions opérationnelles originales mal définies par le commandement. Le quatrième cas, la défaite de la VIIIe Armée américaine en Corée, en novembre et décembre 1950, rend compte de l'échec par accumulation d'erreurs, parfois minimes mais généralisées à tous les niveaux. Enfin l'échec-catastrophe est illustré par la campagne de France de mai-juin 1940 qui correspond à la conjonction à tous les niveaux, mais principalement à l'échelon du haut commandement, des trois premières causes d'échec déjà inventoriées. La matrice rend compte de la démultiplication rapide des effets négatifs dans une situation de ce genre et, donc, du raccourcissement temporel qui conduit à l'effondrement final. F.G.

Fighting for Peace : Seven Critical Years in the Pentagon (New York, Warner Books, 1990), par Caspar Weinberger, décrit comment la restauration de la puissance américaine, entreprise au cours des deux mandats présidentiels de Ronald Reagan, a porté ses fruits. "Notre stratégie était simple à formuler et difficile à accomplir ; il s'agissait de regagner, aussi rapidement que possible, suffisamment de puissance militaire pour convaincre nos amis de demeurer étroitement alliés avec nous et convaincre les Soviétiques de l'impossibilité pour eux de gagner la moindre guerre qu'ils pourraient déclencher contre nous ou nos alliés." Le résultat atteint a largement dépassé cet objectif car "le plus grand effort de défense accompli en temps de paix dans l'histoire des Etats-Unis" a, au bout du compte, repoussé l'URSS vers ses frontières d'avant la seconde guerre mondiale. En somme, vis-à-vis de ceux qui - comme les pacifistes - préféraient l'asservissement à la mort, cette politique américaine, basée sur la fermeté et la lucidité, nous a permis de demeurer libres et vivants. G.T.

GEOPOLITIQUE ET GEOSTRATEGIE

Toujours l'Europe, ses promesses, ses dangers, dans International Security (vol 15, n° 3, hiver 1990/1991). Une étude très détaillée de Stephen van Evera conclut à la disparition des causes traditionnelles de guerre en Europe. En revanche les conflits inter-ethniques en Europe de l'Est et la désagrégation de l'empire soviétique constituent les ferments de guerres futures, d'ampleur indéterminable. Le maintien d'une présence militaire américaine en Europe, la "finlandisation" des pays d'Europe de l'Est (c'est-à-dire la promesse de ne pas les laisser entrer dans une alliance militaire occidentale contre la garantie soviétique de leur liberté intérieure). Finalement, Evera considère qu'il est préférable de ne pas encourager les sécessions à l'intérieur de l'Union Soviétique mais de contribuer à promouvoir la démocratie à l'intérieur des républiques fédérées. Les conflits interethniques font l'objet d'une étude approfondie, cas par cas, de F. Stephen Larrabee de la Rand Corporation. La gravité du cas yougoslave est soulignée et l'auteur préconise à la fois une assistance économique pour traiter en profondeur le marasme économique de régions déshéritées et la mise sur pied d'une force d'interposition pan-européenne pour prévenir les risques d'escalade du conflit à l'ensemble des Balkans. Trois études historiques sur la crise de 1914 complètent, pour mémoire, ce dossier européen. F.G.

La lecture toujours passionnante d'Hérodote ne doit pas dispenser de lire les vénérables Annales de géographie qui fêtent cette année leur centenaire. Le n° 555 (septembre-octobre 1990), contient, outre un utile article sur l'Estonie, deux articles sur Friedrich Ratzel qui rectifient heureusement quelques interprétations abusives, notamment à propos de son prétendu déterminisme. H.C.B.

Dans United States Overseas Basing : An Anatomy of a Dilemma (New York : F.A. Praeger, 1990), James Blaker analyse comment plusieurs décennies de rationalité budgétaire et de progrès technologiques ont réduit le système des bases américaines à l'étranger au strict minimum. Ce faisant, la marge de manœuvre des Etats-Unis a diminué vis-à-vis des pays d'accueil : les redevances payées par Washington augmentent de même que les restrictions d'usage de ces bases. Il préconise un système intégré unique qui évite de tenter de se maintenir à prix fort sur telle ou telle base. G.T.

Bùi Xuân Quang a soutenu en septembre 1990, devant l'Université de Paris I, sa thèse pour le Doctorat d'Etat en Science Politique, (direction Pierre Dabezies) sur La Sécurité en Asie du Sud-est : Permanences et Ruptures, 1975-1982-1989. Depuis le départ des troupes américaines du Sud-Vietnam, en 1975, les nations de l'Asie du Sud-est ont connu des mutations politiques considérables, des situations de violence répétitives, des successions de conflits militaires, entre Cambodge et Vietnam, entre Chine et Vietnam. Il importe, certes, de reconnaître les particularités de chaque conflit et de chaque situation politique, mais n'y a-t-il pas aussi quelques relations entre toutes ces mutations et conflits, et comment en rendre compte ? C'est la question centrale que pose Bùi Xuân Quang dans cette recherche considérable, non pour parvenir à une réponse simple, mais avec le projet d'inventorier toutes les données, les contradictions et les forces en présence, de repenser les stratégies des acteurs et des gouvernements, de comprendre les doctrines et les idéologies, et, par là, la dynamique de cette "zone polémogène". L'hypothèse centrale se formule comme un questionnement : comment s'est posé, pour ces nations l'impératif de sécurité, pourquoi et comment y ont-elles répondu ? Formuler ainsi la question, c'est s'imposer d'alterner les analyses locales et les synthèses internationales, avec l'ambition de mettre à jour toutes les relations entre la sécurité interne et la sécurité externe, entre les acteurs régionaux et les puissances extérieures. Le rappel des formes de sécurité qui ont précédé la coupure de 1975 est éclairant. La pax sinica, puis la sécurité octroyée du régime colonial, toutes deux imposées de l'extérieur, rappellent l'étendue des problèmes qui vont se poser dès les années 1975-77, et comment la sécurité va être recherchée, paradoxalement, par la guerre.

Avant, néanmoins, de repenser les stratégies et le déroulement des conflits successifs, Bùi Xuân Quang invite à penser en termes de contraintes et d'environnement. Les contraintes géographiques accompagnent cette longue histoire : les terres rares, les rizières convoitées, face à la mer omniprésente. L'auteur montre l'importance prévisible des conflits de frontières, mais il insiste longuement, et de façon convaincante, sur l'étendue et la gravité des tensions concernant les mers qui baignent toute cette région ; il dit comment, dans cette aire géomaritime homogène, les problèmes de navigation et d'exploitation ne cessent de créer des occasions de conflit. La mer est un enjeu territorial, elle est aussi, pour les puissances locales et lointaines, un enjeu économique. Ces analyses fournissent des éléments de réflexion pour une écologie des stratégies qui pourraient, à l'évidence, servir de guide pour d'autres situations ou régions. Et, de même, avant de réfléchir sur les stratégies politiques, l'auteur invite à repenser les spécificités de ces populations si complexes, leurs nombreuses minorités, les pesanteurs démographiques et les mouvements de population.

Ce long détour par les choses et les êtres, par l'analyse des contradictions anciennes et nouvelles, permet de mieux appréhender la montée des conflits entre Khmers et Vietnamiens après 1975, puis l'invasion du Cambodge par l'armée vietnamienne en décembre 1978. La disposition des lieux, l'imbrication des populations, la présence d'une population favorable aux nouveaux occupants, autant d'éléments qui permettent de relier les contraintes et les stratégies, et de clarifier l'imbroglio politique et militaire. De même, se trouve éclairé, dans cette perspective, le conflit entre la Chine et le Vietnam. A l'horizon de ces conflits, les puissances extérieures, le Japon, l'URSS, les Etats-Unis, sont présentes par leurs pressions, leurs changements et leurs tentatives de gérer la sécurité (exemple, l'ASEAN). C'est, en effet, la totalité de ces liens, de ces relations et de ces contradictions, qui permet de penser ces successions de conflits. Fondée sur une information d'une étendue exceptionnelle, cette longue recherche éclaire lumineusement les relations politiques et militaires entre les pays du Sud-est asiatique. Il faut souhaiter une publication rapide. P.A.

Pour la troisième fois, l'Indochine est victime du Moyen-Orient et de l'effet-Golfe. L'après-Diên Biên Phu et la Conférence de Genève de 1954 ont vu le dégagement français du bourbier vietnamien dramatisé par la crise de Suez. Après la signature des Accords de Paris de 1973 pour mettre fin à l'enlisement américain au Vietnam, les problèmes du Moyen-Orient et la crise pétrolière ont vite détourné les Américains de leurs responsabilités en Asie du Sud-est. Après la Conférence internationale de Paris (juillet-août 1989), alors que le processus de paix sur le Cambodge est en marche (pour une fois, les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité se sont mis d'accord sur une solution imposée aux Cambodgiens), les turpitudes de Saddam Hussein ont de nouveau braqué les projecteurs sur le golfe Persique et marginalisé le dossier indochinois. Pour suivre de près ce dossier qui reviendra bientôt dans l'actualité internationale, il faut se reporter aux analyses de Bill Turley, "The Khmer war : Cambodia after Paris" (Survival, vol. XXXII, n° 5, septembre-octobre 1990), de François Guilbert, "Cambodge : la guerre, toujours la guerre" (Cultures & Conflits, n° 1, hiver 1990-91) et surtout aux documents de travail et de réflexion diffusés par le conseiller diplomatique du Forum des ONG au Cambodge, Raoul M. Jennar, "La nouvelle donne cambodgienne" (août 1990), "Le document-cadre des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité : sur le bon chemin de la paix ?" (septembre 1990), "Un pari dangereux", (décembre 1990), "Donnez une chance à la paix" (février 1991). Et notre étude, "Incontournable défi khmer rouge" (Cosmo-politiques, n° 12, octobre 1989). De même, Défense nationale (mars 1991) qui a demandé à P.M. de la Gorce, J.P. Gomane, J.C. Pomonti et Guy Georgy de constituer un dossier sur "la Péninsule indochinoise". B.X.Q.

L'Asie du Sud-est se prépare à l'après-Cambodge, tant sur le plan militaire que diplomatique. Les enseignements de la guerre du Golfe sont à prendre sérieusement en compte. On peut lire dans Asian Defence Journal (novembre 1990) l'interview accordée par le ministre de la Défense de Malaisie concernant la modernisation des forces armées malaises, les articles sur "Japan and the Security of Southeast Asia : fearing the juggernaut ?", sur la défense côtière "Coastal Defence : obsolete or overlooked ?", sur les ventes d'avions soviétiques "Multi-role fighters and Soviet offer to the Asia-Pacific" . Le numéro de décembre 1990 attire l'attention sur le pacte de défense triangulaire entre Singapour, la Malaisie et l'Indonésie, sur la vulnérabilité des plate-formes d'exploitation pétrolières off-shore, sur les capacités des chasseurs de mines thaïlandais et surtout sur l'équipement en missiles et contre-missiles des pays de l'ASEAN et de l'Asie du Sud-est. B.X.Q.

Le contentieux maritime et territorial important entre la Chine et le Vietnam sur les îles Paracels et Spratley ne se règle toujours pas. Ces deux pays ne sont pas les seuls à faire valoir des titres de propriété sur les archipels, récifs ou terres émergées de cette méditerranée d'Asie du Sud-est. Il y a émulsion de toutes les revendications entre la Chine et les pays riverains, entre l'ASEAN insulaire ou péninsulaire et les Etats indochinois continentaux. Alors qu'on parle de possible normalisation des relations sino-vietnamiennes, le dossier des îles constitue un obstacle majeur. La Chine a bien proposé aux pays de l'ASEAN une conférence régionale sur cette question, sans y inviter bien sûr le Vietnam. Il est rare de voir les officiels chinois se livrer à un commentaire public, comme l'a fait Ji Guoxing du Shanghai Institute for International Studies avec son article très long et très argumenté, "The Spratley Islands : China's dispute with Vietnam" dans Indochina Report, IRC, Singapour, juillet-septembre 1990. B.X.Q.

Et pour aller plus loin, il faut impérativement se reporter aux deux tomes de la Géopolitique de l'Extrême-Orient (tome 1 : "Espaces et Politiques"; tome 2 : "Frontières et Stratégies"), de François Joyaux aux éditions Complexe. Conçus à partir des thèmes de travail et de réflexion d'un séminaire de doctorat à la Sorbonne, ils passent en revue les enjeux essentiels, passés, présents et à venir pour la gestion stratégique, diplomatique, politique de l'espace géographique dénommé Extrême-Orient. La multiplicité et l'enchevêtrement des thèmes abordés ne nuit pas à l'unité d'approche par l'auteur ni à l'intérêt constamment éveillé pour le lecteur. L'éclairage par plans, par plans successifs ou croisés fournit des clefs multiples, avec une évidence lumineuse que rappelle l'auteur : "La géographie ne permet pas seulement de comprendre les politiques telles qu'elles s'élaborent, mais aussi telles qu'elles se manifestent." B.X.Q.

Dans le Pacifique, les choses bougent rapidement. On avait beaucoup parlé, il y a quelques années, des querelles, des déchirures dans les relations entre les Etats-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, surtout à propos de la prolifération nucléaire dans le Pacifique Sud. Puis, il y avait le danger d'une pénétration soviétique dans la zone. L'Amérique s'est penchée tout de suite sur ce qui pose problème, en organisant des consultations et un colloque pour évoquer toutes les questions contentieuses. Cette perception américaine a donné lieu à un ouvrage collectif : John Ravenhill (ed.), No longer an american Lake : alliance problems in the South Pacific, University of California (Berkeley), 1989. Voir les contributions de John Ravenhill, "Political turbulence in the South Pacific" de Michael McKinley, "The New Zealand perspective on ANZUS and nuclear weapons" de Graeme Gill, "Soviet interests in the Pacific" de Henry Albinski, "American perspectives and policy options on ANZUS", sans négliger Robert Aldrich, "France in the South Pacific". Depuis, les choses se sont mieux arrangées entre Washington, Canberra et Wellington. B.X.Q.

Mise à jour de la première édition de 1985 de The Ties That Bind, de Jeffrey Richelson et Desmond Ball (Unwyn Hyman, Boston, 1990), constitue un véritable guide du renseignement anglo-saxon. En 1947 cinq pays (Etats-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie et Nouvelle Zélande) signaient un traité de coopération créant un réseau confidentiel d'échanges de données secrètes concernant leur sécurité. La première partie de l'ouvrage présente les services de chacun des pays (remarquable synthèse de Richelson qui réussit en trente-cinq pages à donner des services américains une présentation claire et complète). La seconde partie détaille les activités de coopération, notamment en matière de signaux (COMINT, communications et ELINT, écoute électronique) et fournit une nomenclature des matériels utilisés. On se rend compte en lisant le chapitre 9 sur la surveillance conjointe des océans de l'immensité et de l'efficacité de ce réseau qui semble ne pas avoir laissé de grandes chances au développement de la puissance maritime soviétique et constitue un des principaux moyens de contrôle de la planète. Mais tout ne va toujours au mieux entre ces vingt agences différentes, aussi bien au niveau national interne qu'international. La rétention d'information, parfois même l'intoxication, sans être monnaie courante, font cependant partie du jeu. L'actualisation pour l'année 1989 montre que l'altération des relations due au refus néo-zélandais d'accueillir les navires américains porteurs d'armes nucléaires ne remet pas profondément en question la solidité de ces liens exceptionnels dont George Bush disait, en 1982, combien ils attachaient étroitement entre elles ces cinq nations. Un appendice de trente pages fournit la liste des responsables depuis la création des services, la localisation des installations d'écoute et complète les cartes, tableaux et diagrammes qui font de cet ouvrage austère un outil exceptionnel. A quand l'équivalent en France où l'on se contente de nous abreuver d'historiettes paranoïaques ? F.G.

A signaler dans Asian Survey (novembre 1990) "Indian Security Perspectives in the 1990s" sur le géant hindou qu'on néglige trop souvent sur l'échiquier stratégique asiatique mais qui a son mot à dire tant sur le plan continental que dans l'océan qui porte son nom. La très récente (janvier 1991) restitution du sous-marin nucléaire d'attaque prêté par l'URSS en 1988 est cependant venue montrer les limites de cette ambition. On devrait bientôt disposer en français d'un instrument utile avec les actes du colloque organisé au Sénat en janvier dernier par le CRESPI. B.X.Q.

POLEMOLOGIE

Combien de lecteurs de cette revue lisent la Revue de métaphysique et de morale ? Fort peu sans doute. lacune à combler d'urgence avec la livraison 1990-4 consacrée à la guerre. Le lecteur y retrouvera une signature qu'il connaît bien puisque Lucien Poirier a donné un article de synthèse sur le stratège militaire. Il faut lire aussi le texte de A. Philonenko sur Clausewitz, décidément inépuisable, et celui de Julien Freund sur l'idée de la guerre dans la philosophie présocratique. H.C.B.

Dans la Revue européenne des sciences sociales 1990, n° 88, Julien Freund poursuit sa réflexion dans la lignée de Carl Schmitt sur les différences entre le partisan et le terroriste. Analyse conceptuelle et historique qui s'impose par sa densité et aussi par sa brièveté. H.C.B.

Le numéro 3 des Cahiers de la sécurité intérieure (novembre 1990 - janvier 1991) est consacré au marché de la sécurité privée. Le numéro 4 (février-avril 1991) à l'insécurité : pluralité d'ap-proches, problèmes et méthodes, usages et prospectives. N.B.

GUERRE DU GOLFE

Radiographie d'un courant politico-religieux, au confluent du sunnisme et du chiisme, se qualifiant lui-même de révolutionnaire islamique, l'Atlas mondial de l'islam activiste, publié aux éditions la Table ronde/Stratégiques, est une mine de données factuelles, rarement assemblées de façon aussi claire et précise. Grâce à des fiches pays, facilement réactualisables (noms, dates, chronologies détaillées, méthodes d'action) on découvre l'existence d'un mouvement jeune, nomade, fluide, au prosélytisme actif. La révolution iranienne en a été le détonateur et le modèle face à l'orthodoxie de l'Arabie Saoudite. Même si les auteurs, dont le regretté juge Boulouque, en montrent le caractère minoritaire, les faisceaux d'événements ainsi répertoriés suggèrent une volonté redoutable. B.A.

En avant-première de leur biographie politique de Saddam Hussein, à paraître chez Brassey au printemps, Efraim Karsh et Inari Rautsi passent en revue dans Survival de janvier-février 1991 les raisons de l'invasion du Koweit par l'Iraq. La guerre avec l'Iran a laissé le pays exsangue. Face à la montée d'un violent mécontentement interne S. H. a tenté "d'attendrir" ses frères arabes pour obtenir à la fois le remboursement de sa dette, une augmentation des prêts, la hausse des prix du pétrole et le respect des quotas. Avec le succès que l'on sait. La perception de la menace israëlienne, qui ne peut accepter la construction d'un CMI non conventionnel à ses portes, la conviction du déclin de Moscou, un comportement provoquant du Koweit et des EAU, une attitude américaine conciliante vus au travers de l'esprit hégémonique du leader irakien, ont conduit selon les auteurs à la guerre. B.A.

Science et Vie de mars comporte cinq articles formant un dossier "Guerre du Golfe" :

1) "Le vif contre le fixe", repris de Defence & Aerospace Publishing Services (Genève). Il assimile les opérations du Golfe à la confrontation entre la doctrine américaine "Air-Land Battle" en offensive ou contre-offensive, et la doctrine soviétique en défensive ; la première, très mobile, ayant montré sa supériorité sur la seconde, trop statique. La comparaison n'est pas à rejeter ; toutefois elle ne tient pas compte de plusieurs facteurs qui auraient été radicalement différents dans le cas d'une confrontation entre les forces de l'OTAN et celles de L'URSS en Europe :

- Les alliés ont disposé de 5 mois 1/2 pour la mise en place des forces et de la logistique.

- Dès l'ouverture du conflit, la supériorité aérienne a été écrasante, permettant pendant un mois le "matraquage" physique, moral et nerveux de l'adversaire ; la destruction de son réseau de communication et de celui de transmissions ; l'arrêt de son système logistique.

- Une grande partie des matériels terrestres irakiens étaient périmés. Par exemple, les nombreux T.55 étaient des chars dont la mise en service a commencé en 1950, ne disposant ni des conduites de tir, ni des appareils de vision nocturne des engins modernes alliés, et dont l'état mécanique ne pouvait être excellent après 8 ans de guerre contre l'Iran.

- Enfin (nous en resterons là), les pertes subies au cours de ces 8 années de guerre, de l'ordre de 500 000 tués - et 250 000 mutilés - étaient assez comparables, pour une population de 18 millions de personnes à celles subies par la France au cours du conflit 1914-1918 : mise à part la garde présidentielle, le gros des forces ne pouvait, en grande partie, être composé que des "restes" de la population masculine. (Supposons la France lancée dans un conflit majeur en 1920 !)

2) "Si l'Irak a la bombe, c'est grâce à la France", par Mme jacqueline Denis-Lempereur. Militante écologiste, l'auteur, comme à son habitude, considère la supposition d'un paragraphe comme une certitude dans le suivant, ce qui affaiblit son raisonnement. Par ailleurs, bon nombre des affirmations "techniques" peuvent plonger un ingénieur en génie atomique dans une certaine perplexité.

3) "Rendez-vous éclair dans le ciel" (annoncé en couverture comme "Les secrets du Patriot") est aussi repris de Defence & Aerospace Publishing Services déjà cité. Il s'agit du minutage de la mise en œuvre du missile Patriot depuis la détection du lancement d'un Scud, par AWACS ou/et satellite géostationnaire DSP Early Warning, jusqu'à l'interception. Ce minutage avait déjà été donné par de nombreuses publications.

4) "Pourquoi les Jaguar ne voient pas la nuit" par Jean-René germain. Réponse : parce que les armées n'ont pas eu les crédits permettant cette mise à niveau par montage du pod Atlis infra-rouge fournie par Thomson à des armées de l'Air étrangères, notamment saoudienne. Le même article traite du problème des jumelles de nuit à amplification de lumière de "3e génération" pour hélicoptères et troupes au sol. D'après l'auteur, le fournisseur de l'armée de Terre est la société américaine Varian, elle-même se procurant auprès d'ITT des tubes refusés par l'armée US comme étant hors normes. Faute de crédits pour des séries suffisantes, la fabrication - techniquement possible - ne peut être lancée en France. (Elle pourrait sans doute l'être à l'échelon européen ?)

5) "Qui a fourni quoi à Saddam Hussein". Autre article repris de Defence & Aerospace Publishing Services. Les types de matériel sont énumérés, mais pas toujours leur nombre. On retiendra que les principaux fournisseurs ont été l'URSS (presque exclusive et en matériels très modernes au cours des 12 mois qui ont précédé l'invasion du Koweit), suivie de loin par la Chine, la France, l'Italie (surtout en matériel naval), etc. Tchécoslovaquie, Brésil, Espagne, Hongrie, Autriche... Au total 28 nations. Ces fournitures sont venues pour 80 à 85 % des pays socialistes (ou qui l'étaient au moment des livraisons), 15 à 20 % de l'Occident. A noter aussi le fait que l'extrême diversité des matériels - donc de leurs pièces de rechange - et des calibres, des carburants, n'a pu que poser de véritables cauchemars aux services irakiens chargés de la logistique. Quelques matériels américains semblent avoir été fournis par la Jordanie ; d'autres saisis au Koweit à la faveur de la rapidité de l'invasion : le Koweit, avec 17 818 km2 représente l'équivalent de trois départements français. J.B.M.

Science et Avenir de janvier comprend un article de Pierre Grumberg : "L'Irak a-t-il la bombe ?" qui, en fait, examine la situation des pays qui sont susceptibles de détenir, déjà ou à terme, l'arme nucléaire (ou souhaitent la détenir). L'auteur rappelle d'abord que, par le traité de non-prolifération du 1er juillet 1968 le "Club des cinq" puissances nucléaires avait tenté de "fermer la porte" à de nouveaux "adhérents". Il y eut 27 réfractaires dont Chine et France - du "club" pourtant, mais celle-ci n'avait pas encore testé l'arme thermonucléaire : 1er essai d'engin non opérationnel, le 28 août 1968 - Israël, Afrique du Sud, Brésil, Argentine, Inde, Pakistan, Cuba... d'autres nations - Corée du Nord, Egypte, etc - ont signé le TNP mais ne l'ont jamais ratifié. Pour l'auteur et actuellement, on peut subdiviser les "aspirants en trois groupes, Irak de Saddam Hussein mis à part :

- Israël, crédité de 100 à 200 armes opérationnelles ; Inde qui ayant opéré à une explosion "pacifique" expérimentale en 1974 peut être parvenue au stade opérationnel ; Pakistan, cherchant activement, sous couleur de "bombe islamique", à pouvoir rivaliser avec l'Inde.

- Candidats "conciliants" : Afrique du Sud, qui quoique ayant peut-être procédé à un essai (non opérationnel) en 1979, serait prête à sacrifier à l'arme contre la levée des sanctions économiques ; Brésil et Argentine, à l'économie trop faible pour continuer des recherches coûteuses.

- Les "réfractaires", comme la Corée du Nord, la Libye, l'Iran et Taïwan, mais dissuadés, peut-on penser, les uns par le coût et la complexité, les dernier par d'"amicales" pressions américaines.

Reste l'Irak de Saddam Hussein. Les vérificateurs de l'Agence de Vienne auprès des pays signataires du TNP ne peuvent se rendre que là où ces pays les invitent à se rendre. Il reste donc de grandes possibilités discrètes dans tout pays où le secret est de rigueur et l'information plus que soigneusement filtrée. Toutefois la production d'une arme opérationnelle n'est pas un mince problème. Il faut réunir :

- le matériau fissile en quantité "critique", U234 très enrichi ou Pu239 presque pur,

- le dispositif explosif qui assurera la mise à feu en conditions critiques ; problème de "détonique" très délicat, même en disposant des fameux krutrons, car la moindre erreur "donne un "pfuit" là où on attendait un "bang"",

- le vecteur capable de porter une arme opérationnelle qui peut être très lourde s'il s'agit d'une réalisation "fruste". Après la ruine de la non-impossible (quoique très surveillée) filière Pu239, résultant du raid israëlien sur le réacteur Osirak, le 7 juin 1981, l'auteur estime que l'Irak ne pouvait espérer réussir que par la filière U235, et qu'à la date à laquelle il écrivait les délais de mise au point pouvaient être compris entre 2 et 10 ans - plus probablement 10 - c'est-à-dire entre 1993 et 2001. On peut penser que les destructions sélectives opérées par les 6 semaines de bombardements massifs ultérieurs ont anéanti les ambitions nucléaires irakiennes pour des décennies. J.B.M.

La rubrique "Flashes aviation" du Science et Avenir de mars rapporte que les appareils furtifs F-117.A opérant en Irak se sont montrés réellement furtifs : non seulement ils ont totalement échappé aux radars irakiens, mais les radars alliés implantés au sol ou portés par AWACS ne parvenaient à les repérer que lorsque les avions "allumaient" leurs système d'identification IFF. Revers de cette qualité, le risque de collision avec des avions alliés, dans un ciel très fréquenté. On peut supposer que les couloirs de pénétration des F.117.A étaient laissés libres de toute présence amie le temps d'un raid. J.B.M.

l'article "Quinze jours dans le Golfe", publié par Michel Saint-Setier dans Défense & Armement de janvier n'aurait que l'intérêt d'un reportage s'il n'était pas accompagné en encarts hors-textes de :

- Cartes montrant : A) le déploiement avant août 1990 des forces terrestres irakiennes sur le territoire national. B) le déploiement - d'après les renseignements connus en janvier - au Koweit et entre Koweit et cours de l'Euphrate. C) les bases aériennes sur le territoire national : 20 bases opérationnelles, et appareils relevant de ces bases ; cinq bases de dispersion  ; douze autres bases utilisables en dispersion de temps de guerre. (Renseignements "frais" puisqu'ils prennent en compte la centaine de MIG 23, 25, SU 20, 24, 25, livrée par l'URSS de l'été 1989 à l'été 1990, et le déclassement des vieux J.6 chinois - copies du MIG 19.).

- Tableaux relatifs à  : A) l'ordre de bataille de l'ensemble des forces terrestres irakiennes : sept armées, numérotées de 1 à 7, plus ou moins bâties sur le modèle soviétique, mais avec nettement moins de D.B. ; l'armée dite "de la frontière syrienne" ; armée "de la garde républicaine", à 17 divisions dont celle de la garde présidentielle, nettement plus richement dotées en blindés et matériels modernes (ordre de 1000 T.72 des types B, G et MI, T 74M et peut-être quelques T80 acquis de l'été 1989 à l'été 1990) ; trois "armées de fusées" à trois brigades chacunes. B) l'organisation des divisions d'infanterie, des divisions d'infanterie, des divisions mécanisées et des divisions blindées.

- Tableaux exhaustif (au moins au plan des types, les nombres n'étant pas toujours connus) des matériels majeurs ou tout au moins importants de l'armée de terre : missiles et roquettes (plus missiles air-air) ; canons de tous types ; véhicules blindés et chars ; véhicules du génie et de dépannage ; hélicoptères. On trouvera les matériels marins et aériens dans l'édition 90/91 du Military Balance. J.B.M.

Le même Défense & Armement de janvier publie sous la signature de Vladimir Sokomov, et sous le titre "Le terrorisme tous azimuts", une étude des différents groupes terroristes dont l'intervention était redoutée sur le territoire des pays de la coalition. Pour chacun : dénomination, chef(s), effectifs connus, quartier général et centrales connus, source des armes et des fonds, éventuellement, lieux et pays d'entraînement identifiés, bref rappel des actions déjà menées et des objectifs annoncés (pas toujours cohérents ou clairs). On peut citer :

- DGI (ou Mukhabarat), branche des Services de renseignements irakiens.

- Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP)

- Front de libération de la Palestine, groupe dissident du FPLP.

- FPLP-Commando spécial, ce FPLP-CS étant un autre groupe dissident du FPLP.

- Organisation arabe du 15 mai.

- Front de libération arabe.

- OLP, groupe Hawari.

- OLP, groupe "Force 17".

- Fatah-Conseil révolutionnaire (FCR), ou organisation Abu Nidal.

Très récents et mal connus, deux nouveaux groupes ont utilisé la voie des agences de presse pour se faire connaître : le Front armé islamique pour la libération de la Palestine, FAILP et l'Organisation de l'action révolutionnaire-Front de résistance arabe, ou OAR-FRA.

Ces divers mouvements coopèrent avec des mouvements terroristes européens (par exemple : "branche provisoire de l'IRA") et s'appuient sur certaines représentations diplomatiques. J.B.M.

DESARMEMENT

L'UNIDIR vient de publier les actes de la table ronde qu'il avait organisée à Alger les 24 et 25 mars 1990, Afriques, désarmement et sécurité. Les propositions ont été nombreuses, mais les réalisations n'ont pas suivi. Les communications, pour la plupart semi-officielles, contiennent des éléments d'information utiles, mais sont surtout intéressantes par l'état d'esprit qu'elles révèlent. La théorisation est généralement d'un niveau assez faible. N.B.

FRANCE

Le numéro 167 (février), de Armées d'aujourd'hui est plus particulièrement consacré à l'exposé du budget des Forces Armées françaises pour 1991 (articles de la revue et encart de la plaquette annuelle du SIRPA sur cette question). Les points marquants sont les suivants :

- Le budget augmente de 2,69 % en termes de francs courants ; c'est à dire que, compte tenu de l'inflation en 1990 - 3,4 % - il diminue en pouvoir d'achat de 0,7% et représente, avec 3,37 % du PIBM,
la plus faible part de ce PIBM depuis 1945 (15,2 % du budget de l'Etat). (A noter le fait que les % annuels de PIBM de 1986 à 1990 indiqués en p. 5 sont différents de ceux donnés l'an dernier. Par exemple, pour 1990, la nouvelle indique 3,46 % là où l'ancienne donnait 3,55 %.)

- L'évolution des titres III (fonctionnement) et V (investisse-ments) s'inverse (se "rééquilibre") : de 1990 à 1991, le T. III passe de 53,9 à 53,0 % du budget, le T. V de 46,1 à 47,0.

- Malgré la création de 1 000 postes pour la gendarmerie et de 99 pour les élèves de l'Ecole polytechnique, la déflation des effectifs - active, appelés, personnels civils - se poursuit avec la suppression de 9 111 postes, l'armée de Terre étant surtout touchée, puisqu'elle perd 8 905 postes dont 1 225 personnels d'active, 7 000 appelés et 680 civils.

Il serait très long d'entrer dans tous les détails. On notera pourtant :

- L'abandon de certains programmes (par exemple le radar héliporté de surveillance de champ de bataille "Orchidée"), la diminution ou le ralentissement d'autres programmes (par exemple le nombre des régiments de lance-roquette multiples LRM est ramené de 3 à 2).

- L'augmentation des RCS (Rémunérations et charges sociales) : toutes catégories de personnes confondues, actives, appelés, civils, leur moyenne par individu passe, de 1990 à 1991 (valeurs calculées comme celles indiquées plus bas, à partir des données fournies) :

pour l'armée de Terre : de 56 508 à 61 313 F.

pour la Marine : de 111 905 à 119 192 F.

pour l'armée de l'Air : de 94 242 à 100 407 F.

pour la Gendarmerie : de 139 440 à 146 590 F.

pour la section commune : de 140 460 à 158 637 F.

(en francs courants, mais ces augmentations dépassent l'inflation 90/91).

- La diminution, toujours en francs courants, à fortiori en francs constants, des dépenses d'activité. Rapportées aux effectifs budgétaires et aux seuls militaires, active et appelés confondus, elles passent de 1990 à 1991 à une moyenne par homme :

* pour l'armée de Terre de 4283 à 3389 F. (-20,1 % en F courants, -23,5 % en F constants)

* pour la Marine de 56 281 à 48 870 F. (-9,6 % en F courants, -13,0 en F constants)

* pour l'armée de l'Air de 35 235 à 33 940 F. (-3,7 % en F courants, -7,1 % en F constants).

- La diminution des crédits d'études de 16,2 à 15,4 % du budget (soit une baisse de 5,7 % en termes de F. constants : 30 690 MF en 90 ; 29 960 MF en 91, c.-à-d. 28 942 MF de 1990). J.B.M.

Cette question du budget de défense fait l'objet d'un article de Pierre Lellouche, "France : école de guerre", paru dans Le Point du 10 mars 1991. Pour l'auteur, depuis trois décennies la France entend s'offrir trois armées à la fois : 1) une "triade" stratégique nucléaire, 2) un corps de bataille aéroterrestre puissant en Centre-Europe, 3) une force d'intervention extérieure et une marine de haute mer. Mais l'érosion de la part du budget de Défense dans celui du PIBM - de l'ordre de 6 % après la fin de l'"affaire d'Algérie" - d'une part, l'augmentation rapide des coûts des matériels d'autre part (en y comprenant les frais de R & D pour de très petites séries) conduisent à l'impasse, que les armées conservent le principe de la conscription ou passent à la professionnalisation - plus coûteuse. P. Lellouche conclut à la nécessité, "loin, on le voit, des espoirs de "dividendes de la paix" évoqués par certains hommes politiques, d'une augmentation de 1 % de la part du PIBM dévolue à la Défense ; et ce, d'autant plus que "dans l'après-Golfe et l'après-Yalta les Américains cesseront de payer pour l'Europe". J.B.M.

 Notes:

1 Bien que les unités de transport ferroviaire ne dépendent plus officiellement du ministère de la Défense depuis mars 1989 !

 

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