Overlord : un exemple
significatif de supériorité aérienne
L’acquisition de la supériorité
aérienne doit être préalable à toute autre opération aérienne.
Ce constat constitue le premier
enseignement de la Seconde Guerre mondiale et tout spécialement
d’Overlord.
En effet, il est apparu très tôt
au commandement suprême allié que, la première mission à confier
aux forces aériennes, est l’acquisition de la supériorité aérienne,
appelée à l’époque suprématie aérienne.
L’Air Marschal Tedder, adjoint
"air" au général Eisenhower déclarait après la guerre.
"Nous avions découvert à la rude école de la guerre que
sans la suprématie aérienne aucune autre action de guerre ne
pouvait être tentée sauf à admettre une efficacité faible et de
fortes pertes. La suprématie aérienne est donc un préalable à
toute opération victorieuse en mer, sur terre ou dans les airs.
Pour des opérations de courte durée, le commandement
"air" peut accepter des pertes relativement élevées en
lançant des actions d’une autre nature avant d’avoir obtenu la
supériorité aérienne. Pour des opérations plus longues dans le
temps, la suprématie aérienne est essentielle".
Déjà lors de la campagne de
Tunisie cette priorité bien affirmée en matière d’emploi de
l’arme aérienne avait été la source d’un incident entre alliés.
Le général Georges Patton s’était amèrement plaint de
l’absence d’appui rapproché ainsi que de défense aérienne, en
particulier face aux attaques constantes conduites par la Luftwaffe
lors de la bataille d’El Guettar.
Le général Eisenhower détacha
l’air Marshal (britannique) Tedder afin d’expliquer, avec tout
le tact nécessaire, qu’une fois la supériorité aérienne
obtenue, la Luftwaffe n’aurait qu’un potentiel réduit pour
attaquer et que l’aviation alliée pourrait alors assurer
l’appui rapproché des forces terrestres.
Sur le front européen, une part
importante de l’aviation de combat alliés fut consacrée dans un
premier temps à l’acquisition de la supériorité aérienne
essentiellement par l’attaque au sol, des forces aériennes
adverses et de leurs logistiques. Ce furent d’abord les terrains
d’aviation, les dépôts de munitions et de carburant, la défense
antiaérienne des bases qui furent attaqués. Et les résultats
obtenus furent bien supérieurs, semble-t-il, à ce qu’aurait été
la recherche prioritaire de la destruction en vol d’avions
ennemis. En plus, comme le souligne le général (Usaf) William
Momyer, "si nous avions consacré d’abord nos efforts à
la
bataille terrestre avant
l’acquisition du contrôle de l’espace aérien, nos pertes dans
les airs puis au sol eussent été vraisemblablement infiniment plus
importantes".
Il apparaît ainsi que l’arme aérienne
excelle d’abord et surtout dans son rôle offensif. Les avions
furent et demeurent vulnérables au sol, ils le sont beaucoup moins
en vol. En outre, sans infrastructure opérationnelles une unité aérienne
ne peut opérer efficacement. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le
taux d’avions détruits en vol, toutes causes confondues (chasse,
DCA, collisions) est de 90 pour 10 000 sorties soit moins de
1/100.
L’efficacité de l’arme aérienne
s’exerce donc principalement et prioritairement dans son action
offensive qui permettra d’acquérir la maîtrise du ciel.
Eisenhower d’ailleurs l’écrivait dans l’une de ses directives
pour Overlord2 "l’utilisation
de la puissance aérienne ne peut être assurée que si la supériorité
aérienne a été préalablement acquise".
Il décida donc d’engager
massivement l’U.S. Strategic Air Force et le RAF Bomber Command
afin de neutraliser les terrains d’aviation, en France en priorité,
puis dans la profondeur du dispositif allemand. Au cours des 90
jours qui précédèrent le débarquement allié en Normandie,
bombardiers lourds et moyens ainsi que chasseurs-bombardiers pilonnèrent
sans répit, jours et nuits, les terrains allemands situés en
France, à un degré tel que l’état-major allié avait envisagé
une réaction de la Luftwaffe sur la tête de pont normande limitée
à 700 sorties/jours. Or sur les 200 avions de combat allemands
stationnés en France, 60 seulement purent prendre l’air pour
n’effectuer que 160 sorties lors du premier jour d’Overlord. Les
alliés effectuèrent, ce même jour, 14 000 sorties SANS
aucune perte due à la chasse allemande.
La neutralisation quasi-totale au
sol de la Luftwaffe fut une performance superbe, un exemple
indiscutable d’obtention et de maintien de la supériorité aérienne3
par l’action offensive.
La bataille d’Angleterre fournit
l’exemple inverse. Dans un premier temps, la Luftwaffe s’est
attaquée aux bases de son adversaires. Mais, "le 7 septembre 1940,
des ordres venus de très haut vont tout changer. Désormais il faut
attaquer Londres !… Ce bouleversement stratégique sera
considéré par les Anglais, et avant tout par Churchill, comme la
plus grosse erreur commise par les Allemands. C’est le salut de la
chasse anglaise, elle va pouvoir se remettre des coups sévères
portés contre les terrains d’aviation" 4.
La bataille d’Angleterre a certes été gagnée par la RAF mais
surtout perdue par la Luftwaffe qui a cessé de la neutraliser sur
ses terrains :
Après sa victoire
sur les armées continentales franco-britanniques, l’Allemagne se
trouve confrontée aux problèmes posés par le franchissement de la
Manche. Elle pratique alors avec succès une stratégie d’attaque
de surface de dimensions beaucoup plus considérables qu’une base
aérienne à savoir celle de grandes villes britanniques. Aussitôt
le rendement militaire s’effondre. Le temps passe, la Luftwaffe
s’épuise, Hitler abandonne finalement son projet d’envahir la
Grande-Bretagne 5.
Cette brève analyse de quelques
chiffres reconnus par les historiens permet de dégager certains
enseignements concernant la supériorité aérienne et qui pourront
être comparés à ceux de conflits différents, en particulier pour
ce qui concerne les contraintes.
Quels sont ces enseignements ?
C’est surtout par des actions
offensives que s’acquiert la supériorité aérienne qui est un préalable
à la pleine utilisation de la puissance aérienne.
C’est parce que l’avion est peu
vulnérable en vol (destruction en vol inférieure à 1/100 des
sorties) que ce choix stratégique s’impose, dès lors que
l’avion est beaucoup plus vulnérable au sol, comme l’est son
environnement logistique (stocks, voies de communications,
transmissions).
L’arme aérienne excelle
d’abord et surtout dans son rôle offensif.
La supériorité aérienne pendant
la guerre de Corée
La radioscopie de ce conflit qui éclata
cinq ans après la fin de la guerre mondiale fait apparaître
combien la recherche de la supériorité aérienne devint une
priorité absolue pour le commandement des Nations-Unies, c’est-à-dire
des Américains.
En effet, le rapport quantitatif
des forces terrestres apparut, dès le début des opérations,
favorable aux sino-coréens, de façon écrasante.
Afin que ce grave déséquilibre
n’entraînât pas un désastre pour les forces terrestres de
l’ONU, il fut indispensable d’éviter que des avions nords-coréens
ne puissent appuyer leurs troupes.
En fait les forces aériennes
nord-coréennes étaient constituées, pour une part importante, de
pilotes soviétiques et polonais. La plupart des engagements en
combat aérien contre les F 86 américains le fut par des MIG 15
aux mains de pilotes soviétiques (les escadrons soviétiques étaient
relevés toutes les six semaines).
A cette situation militaire défavorable
s’ajouta une sévère contrainte politique. Il fut, en effet,
interdit aux forces aériennes de l’ONU d’intervenir au sol
comme en vol en territoire chinois, base de départ nombreux raids
"nord-coréens".
Dans ces conditions, la recherche
de la supériorité aérienne fut conduite dans ce qui fut nommé la
"Mig Alley" :
- par le biais de la destruction
par la 5e US air force des 75 terrains militaires nord-coréens.
- par l’engagement en vol des
forces aériennes ennemies.
Même si les engagements furent fréquents
dans cette "allée", les résultats des destructions en
vol furent faibles.
En décembre 1952, qui est un mois
particulièrement "actif", 3 997 MIG 15 furent aperçus
par la chasse américaine, 1849 furent engagés (46 %), 27
seulement furent abattus c’est-à-dire 1,5 % des avions engagés,
la plupart du temps en combat tournoyant.
Sur l’ensemble de la guerre de
Corée, les pertes d’appareils "alliés" en vol s’établirent
à 44 avions détruits pour 10 000 sorties6,
soit moins de la moitié du taux de destruction en vol constaté
lors de la Seconde Guerre mondiale.
Ne pouvant intervenir en et au
dessus du territoire chinois, l’USAF adopta rapidement la stratégie
du containment c’est-à-dire de l’endiguement, le long de
la rivière Yalu, dès lors que les terrains de Corée
septentrionale étaient devenus inopérationnels en raison des sévères
destructions subies.
La souplesse d’emploi de l’arme
aérienne autorisa le respect rigoureux de la règle d’or de
l’aviation de combat occidentale : la poursuite d’un
objectif unique. La concentration
des moyens dans le temps et l’espace, la quasi-permanence des
"sweeps" de chasse dans ce quadrilatère, la rapidité des
interventions constituèrent les éléments les plus représentatifs
de la stratégie aérienne.
Si le conflit de Corée constitue
un cas particulier, compte tenu des données politiques et géographiques,
il convient toutefois de souligner que les chefs aériens, nourris
des riches enseignements de la Seconde Guerre mondiale, surent
s’adapter afin d’atteindre rapidement à cet impératif de la
supériorité aérienne, en complétant l’action de neutralisation
des terrains ennemies en Corée du Nord par la fixation des forces aériennes
soviétiques et chinoises dans un quadrilatère choisi par eux.
Cette stratégie de l’abcès de
fixation fonctionna merveilleusement. En effet :
- le taux de pertes en vol fut
faible, inférieur de moitié au taux observé pendant la Deuxième
guerre mondiale.
- l’appui au sol des forces
nord-coréennes écrasantes numériquement, fut en conséquence
insignifiante.
Une nouvelle voie pour
l’obtention de la supériorité aérienne venait de s’ouvrir.
Elle fut appliquée en Corée. Une autre s’ouvrira au Viêt-nam,
toujours autour de l’enjeu prioritaire qu’est l’acquisition
avant toute autre action de guerre, de la supériorité aérienne
par d’autres moyens que le combat aérien.
La supériorité aérienne pendant
la guerre du Viêt-nam
En 1965 débuta la réalisation
d’un important système intégré de défense aérienne au Nord-Viêt-nam.
Ce système bien intégré d’avions MIG, de SAM 2, de DCA
classique, de radars, constitua d’emblée l’objectif prioritaire
des responsables militaires américains sur le terrain. Toutefois le
pouvoir politique, craignant l’escalade du conflit, refusa toute
attaque de destruction jusqu’au printemps 1966 ; même après
1966 ce système de défense ne fut jamais attaqué dans sa globalité.
Les conclusions devront donc tenir compte de cette contrainte que le
général Westmoreland dénonce violemment dans son livre A
soldier reports 7.
Dès 1966, le système de défense
aérienne réalisé au Nord Viêt-nam englobait 200 radars qui
participaient à la coordination des interventions des MIG, des SAM
(200 sites fixes et quelques SAM 4 et SAM 6 mobiles) et de
l’artillerie classique, cette dernière composée de 7 000 pièces
de tout calibre.
Près de 80 % des pertes américaines
furent le résultat de la DCA, la chasse et les SAM 2 se
partageant les 20 % restants.
Face à l’interdiction politique
de paralyser par le feu ce menaçant système de défense aérienne,
le commandement de l’USAF au Viêt-nam se lança dans un important
programme accéléré d’équipement de guerre électronique, en
particulier au profit des avions de chasse.
Acquérir la supériorité aérienne
par le biais de contre-mesures électroniques apparut très
novateur, surtout à l’aviation de chasse pour laquelle la vitesse
et la manœuvrabilité demeuraient les éléments principaux de sa
relative vulnérabilité. Il fallut donc changer les mentalités
avant de changer les équipements.
Les équipements de contre-mesures
ne pouvaient plus, sauf à admettre de longs délais, être installés
en interne. Des nacelles "E.C.M"8
furent donc montés sur des chasseurs d’accompagnement qui protégèrent
les raids composés d’au moins 16 avions. L’efficacité de ces
contre-mesures contre les SAM 2 en particulier fut remarquable
en dépit des tirs de barrage menés par les nord-Viêt-namiens, sur
les lourds dispositifs aériens.
De même, la DCA classique, en dépit
de quelques bons résultats en 1967, vit son efficacité décroître
rapidement alors que les actions offensives américaines connurent
une augmentation quantitative importante.
Si la DCA classique fut la plus
meurtrière, sans atteindre des résultats satisfaisants pour les
Nord-Viêt-namiens, leur aviation de chasse, comme d’ailleurs le
système de missiles SAM, virent leur efficacité de plus en plus réduite
avec le temps9.
Cette aviation de chasse opéra à
partir de 9 terrains principaux (13 terrains auxiliaires), pour
l’essentiel interdits d’attaques par les autorités américaines.
Sa flotte, riche d’une
cinquantenaire de MIG 19 en 1965, doubla en 1967 pour atteindre
plus de 200 appareils en mai 1972 (80 MIG 17, 33 MIG 19,
93 MIG 24).
Il s’agissait donc d’une flotte
au potentiel de combat non négligeable pour un territoire de faible
superficie relative, d’autant plus que la manœuvrabilité des MIG
est en général meilleure que celle des avions américains10.
Le missile air-air des MIG, "l’atoll", aurait pu
permettre des tirs meurtriers sur les raids "lourds" de
l’USAF.
Les importants moyens de guerre électronique
mis en œuvre par des tactiques appropriées permirent d’atteindre
et de maintenir une supériorité aérienne totale.
Par voie de conséquence, les
forces terrestres et maritimes américaines purent jouir d’une
complète immunité face à la menace aérienne adverse.
Jamais le déploiement des troupes
américaines, le stockage, l’approvisionnement des forces, la
concentration presque provocatrice des navires dans les ports ne
furent limités par la menace aérienne ennemie.
Les raids offensifs américains ne
furent pas sérieusement désorganisés par le dispositif de défense
aérienne adverse, comme en témoigne le taux de perte, toutes
causes confondues : 25 avions détruits pour 10 000
sorties (99 pour la deuxième guerre mondiale, 44 pour la guerre de
Corée).
La supériorité aérienne fut ici
acquise grâce à la mise en œuvre d’impressionnants moyens de
guerre électronique autorisant le largage d’un tonnage de bombes
non moins impressionnant (6 500 000 tonnes, 2 000 000
par les alliés de 1940 à 1945).
L’arme aérienne, dont la stratégie
reste fidèle à la recherche prioritaire de la supériorité aérienne,
démontra, une fois encore, sa faculté d’adaptation technique et
tactique, face à des données nouvelles et des contraintes
politiques inattendues et variables dans le temps.
*
* *
A partir de ce regard porté sur
trois conflits aux contraintes diversifiées, il peut être dégagé
quelques réflexions d’ordre stratégique.
L’arme aérienne possède de
fortes spécificités que l’on ne retrouve pas dans les armes de
surface, terrestres ou maritimes.
La vitesse d’exécution des
missions, la soudaineté résultante des actions aériennes dans un
espace à trois dimensions confèrent à l’aviation de combat -
avions et missiles - la vertu de l’effet de surprise, quelles que
soient les défenses adverses11.
C’est ainsi qu’est donnée
cette préférence à l’offensive sur la défensive dans la
totalité des conflits depuis un demi-siècle, même et surtout pour
conquérir la maîtrise du ciel. L’arme aérienne excelle
d’abord et surtout dans son rôle offensif. A ce titre, elle est
l’arme des premières heures qui sont un préalable à des actions
de guerre installées dans la durée.
En leur temps, la brève campagne
de Suez (1956), la guerre des Six Jours (1967), celle du Kippour
(1973) ont souligné la validité du recours privilégié à
l’offensive pour l’arme aérienne.
Il faut bien comprendre que ce
constat ne peut être réduit à une photographie instantanée de la
prétendue lutte éternelle que se livrent le glaive et le bouclier.
Non, la chose aérienne, ici
l’avion de combat, possède, par essence même, une
relative invulnérabilité, que les progrès techniques
n’amoindrissent pas véritablement.
C’est ainsi que l’initiative de
Défense stratégique (l’IDS) ou guerre des étoiles, dont l’hérésie
opérationnelle était éclatante dès sa conception, n’a jamais
vu le jour. Mais le Président Reagan avait ainsi contenté les
responsables du Pentagone qui virent, un long moment, les crédits
couler à flots.
L’interruption volontaire… de
naissance du projet devait marquer un retour aux vérités
orthodoxes de l’analyse stratégique.
Du côté français, la lecture de
cette donnée stratégique devrait toutefois donner l’impression
d’absence de choix.
Certes, numériquement, les forces
aériennes tactiques répondaient au choix privilégié de
l’offensive. Les deux tiers de l’aviation de combat étaient
affectés aux forces aériennes tactiques, le tiers restant à la défense
aérienne.
Mais il en est tout autre pour ce
qui concerne la définition des avions ainsi que de leur équipement.
La France est-elle victime du
"syndrome de Guynemer" avec tous les symptômes qui le
caractérisent ? Certains, y compris dans les rangs de notre
armée de l’air, le pensent.
La fascination du combat aérien,
par son aspect chevaleresque, va avoir des conséquences importantes
pour l’équipement de nos forces qui est réalisé par un
industriel doté en France du monopole de l’avion de chasse et
qui, pour de multiples raisons, procéda à un choix unique :
l’intercepteur.
A une seule exception près, tous
les avions de chasse12 fabriqués
par la France, du Mystère II au Rafale monoplace, sont en effet
initialement des intercepteurs dont sont dérivées les versions
d’avions de pénétration : F1 CR, Mirage 2000 N, F1 CT.
Or, jusqu’à la guerre du golfe
Arabo-Persique comprise, toutes les interventions menées par
la France avec participation aérienne ne l’ont pas été par des
avions franco-français. Seul le Jaguar, avion conçu en coopération
avec la Grande-Bretagne sur le thème tactique, c’est-à-dire de pénétration,
participera aux interventions armées en Afrique et au Moyen-Orient.
Et encore, pendant la "Tempête du désert", ce bon Jaguar
n’a pu intervenir la nuit. Son sous-équipement est patent.
L’industriel, c’est-à-dire
l’unique avionneur français pour l’aviation de chasse, n’a
d’ailleurs pas prêté une attention particulière à la rénovation
du seul avion engagé depuis longtemps en opérations. Certes la
guerre du golfe Arabo-Persique conduira à améliorer le système de
navigation du Jaguar. Bien tardivement, selon l’avis d’un
utilisateur responsable d’une grande unité !…
Il faut en outre souligner que les
raids effectués par les Jaguar français ne purent l’être que
sous accompagnement "électronique" des appareils américains.
De nombreuses missions prévues pour les Jaguar furent annulées
pour insuffisance de moyens de guerre électronique.
D’autres armées de l’air, la
RAF, la Luftwaffe, l’armée de l’air italienne, ont voulu et se
sont dotées d’appareils spécifiquement conçus pour la pénétration,
c’est-à-dire de "gros camions aériens" qui, de jour et
de nuit, délivrent en masse des munitions de grande précision. Le
célèbre Tornado en est un exemple. Sous cet aspect, qu’il eût
été bon de construire un avion de combat européen avec
participation française !… Et les contribuables autant que
les militaires peuvent s’interroger sur les raisons qui ont
conduit à réaliser, encore une fois, un avion de chasse
franco-français.
En guise de conclusion, il peut être
souligné que la réflexion stratégique n’est pas un jeu purement
intellectuel. Partant du réel, elle s’élève au niveau du
concept pour retourner au réel, au concret.
Les choix deviennent alors plus
rationnels et la contribution de l’armée de l’air à la
politique de défense n’en sera que plus efficace13.
Annexe 1
Efficacité des SAM au Nord-Viêt-nam (1965-1972)
| Missiles
tirés |
194
|
1 096
|
3 202
|
322
|
4 244
|
10 704
|
| Avions
détruits |
11
|
31
|
56
|
3
|
49
|
150
|
| Taux
de destruction |
5,7 %
|
2,8 %
|
1,75 %
|
0,9 %
|
1,15 %
|
1,4 %
|
En 7 ans, le taux
d’efficacité des SAM au Viêt-nam est divisé par 5 environ.