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ESPACE
MILITAIRE, RECRUTEMENT ET COMMANDEMENT EN FRANCE de 1873 à 1923
Philippe Boulanger
La mobilisation de
plusieurs millions d’hommes en 1914 n’aurait pu s’effectuer dans les
conditions d’efficacité que nous connaissons si une structure complexe et
étendue, composant un large maillage de services de recrutement, n’avait
été établie selon une véritable logique spatiale. Si "la plus
importante des institutions militaires, la loi mère, pour ainsi dire, est
la loi de recrutement"1, il n’en
demeure pas moins que la possibilité de recruter des jeunes gens doit
reposer avant tout sur une base administrative dont la mission est de répondre
à de multiples besoins pour le temps de paix comme pour le temps de guerre.
Cette organisation militaire demeure encore méconnue. L’imprécision du
terme "recrutement" renvoie à des notions souvent complexes à étayer
sinon à aborder. Sur un plan législatif et administratif, l’expression
recrutement, abréviation de Service de recrutement, désigne "l’institution,
le service qui, sous la haute direction du ministre de la guerre et des généraux
commandants les régions de corps d’armée, sous l’autorité immédiate
et hiérarchique des généraux de division et de
brigade commandant les circonscriptions territoriales, a dans ses
attributions le recrutement proprement dit, la mobilisation, l’armée
territoriale, la réquisition des chevaux et des voitures" 2.
Cette définition de l’Encyclopédie des sciences militaires, publiée
en 1911, sous-entend une complexité de gestion et de coordination
d’actions à la fois dans l’espace et dans le temps. Elle fait apparaître
en filigrane une logique strictement réservée au domaine militaire qui
allie les échelles spatiales, les échelles de recrutement et les échelles
de responsabilités et de commandement. De 1873 à 1923, la cohérence
espace/recrutement/ commandement est le fondement logique sur lequel repose
tout l’édifice de la conscription, et plus précisément du recrutement
de l’armée d’active auquel cet article est consacré, sans lequel
l’acte de recruter n’aurait de sens que pour lui-même. Pour rendre ce
système cohérent dans l’espace français, plusieurs structures se sont
succédé depuis l’Ancien Régime, affermies au XIXe siècle
pour former un ensemble complet à la veille de la guerre. Il ne cesse, en réalité,
d’évoluer et de s’améliorer depuis les années 1870, parallèlement à
la recherche d’un régime de conscription qui répond à l’idéal de
nation armée. En soit, cette logique spatiale se caractérise par trois
points essentiels : la lente mise en place d’un nouveau cadre
territorial militaire, une adéquation entre espace militaire, recrutement
et commandement, une permanence structurelle qui s’étend au-delà des épreuves
subies par l’expérience de la Guerre.
- VERS UN NOUVEL ESPACE MILITAIRE FRANCAIS
(1873-1913)
- La base du système : la loi de
l’organisation générale de l’armée
de juillet 1873
La loi du 24 juillet 1873 constitue la
pierre angulaire sur laquelle s’appuie l’ensemble des réorganisations
territoriales jusque dans l’entre-deux-guerres. L’espace français
est alors divisé en régions militaires qui doivent servir d’armature
à un découpage administratif plus étroit. Cette réforme de
l’organisation territoriale militaire s’inspire des dispositions préexistantes
dès l’Ancien Régime. Selon André Corvisier, jusqu’à la fin du
XVIIIe siècle, le
domaine militaire et le domaine civil
ne s’opposaient pas fondamentalement3.
Au contraire, il existait un rapport essentiel dans la gestion du
territoire et de ses habitants par des représentants de l’Etat
monarchique dont les responsabilités s’inscrivaient dans une même
circonscription. Par l’ordonnance du 25 mars 1776 sont créées seize
divisions militaires dont la conception devait se rencontrer de nouveau
dans la programmation des circonscriptions militaires au début de la
IIIe République.
L’essentiel des caractères de la géographie
des régions militaires repose sur la loi de juillet 1873. Un an après
l’adoption de la loi sur le recrutement militaire de juillet 1872, une
structure assemblant élément militaire et espace se met en place.
Dix-huit régions militaires naissent de la loi sur
"l’organisation générale de l’armée". Chacune s’étend
sur un vaste domaine qui n’est pas sans rappeler les limites des
gouvernements de l’Ancien Régime. Elle comprend plusieurs départements
et représente une spécificité géographique. La neuvième région
militaire s’étend sur une large partie du littoral atlantique, du
Finistère à l’estuaire de la Loire. La quatorzième région comprend
une large partie des Alpes du Nord laissant le sud à la quinzième région,
"provençale" et tournée vers la Méditerranée. Trop vaste
par sa dimension, ce découpage ne pouvait suffir à organiser la
nouvelle armée. Il est alors créé des subdivisions militaires dans
chaque région.
La délimitation des régions
militaires dans l’espace est définie lors de la séance du 21 juin
1873 du Conseil supérieur de la guerre. Chacune doit fournir le même
effectif. Leur plus ou moins grande étendue est établie selon
l’importance de la population puisque le critère de densité démographique
est retenu comme élément directeur4.
Quant au tracé des subdivisions militaires, il ne répond pas à un découpage
administratif abrupt. Seul le décret du 6 août 1874 détermine une
certaine géométrie dans la composition de chaque région en ordonnant
la création de huit subdivisions pour chacune d’entre elles. Mais
aucun critère précis ne fixe leur tracé selon des entités
rationnelles. La taille d’une subdivision apparaît donc variable en
fonction de la capacité à gérer plus ou moins facilement cet espace,
du nombre d’hommes à recruter, des moyens de communication en cas de
mobilisation, de la disposition du relief et des unités culturelles.
Elle s’appuie, en fait, sur des structures administratives civiles
existantes, c’est-à-dire les arrondissements et les cantons. Elle
peut s’étendre à l’échelle du département comme la subdivision
de Bourges (Cher) dans la treizième région militaire ou la subdivision
de Rodez (Aveyron) dans la seizième région. Elle peut aussi se situer
à l’échelle d’un groupement de cantons ou d’un arrondissement.
Tel est le cas du département de la Somme dont les trois
arrondissements composent trois des huit subdivisions de la troisième région.
L’utilisation de ces subdivisions administratives civiles présente
l’avantage de disposer d’un espace restreint, facilement contrôlable
et caractérisé par une unité linguistique ou l’homogénéité
d’une culture locale ; ce qui, sur un plan militaire, apparaît
essentiel pour le commandement autant pour le recrutement que pour la
mobilisation.
La loi de juillet 1873 pose les
premiers jalons de cette structure contemporaine de la création de la
conscription. La région militaire ne tient son originalité que par
cette combinaison d’éléments disparates qui fait de la carte des
subdivisions militaires un réseau surprenant, laissant entrevoir les préoccupations
stratégiques et politiques de l’époque. De ce fait, la première région,
située au nord, comprend un réseau extrêmement serré de subdivisions
militaires à l’échelle de l’arrondissement. Le département
industriel de la Loire, par exemple, se divise en trois subdivisions
militaires (Roanne, Montbrisson et Saint-Etienne) dans la treizième région.
Globalement, les subdivisions fondées sur la base géographique du département
apparaissent surtout enclavées et rurales, au contraire de celles
industrielles où la densité démographique justifie un maillage plus
serré.
La cohérence entre espace militaire,
recrutement et commandement semble être l’objectif de la nouvelle loi
de 1873. Il n’en demeure pas moins qu’elle reste incomplète, imprécise,
ou encore inadaptée à une réalité militaire qui se découvre au fil
des décennies qui mènent à l’entrée en guerre.
- Les compléments structurels de 1873 à
1913
Une série de mesures jusqu’en 1914
permet d’améliorer cette première structure ainsi ébauchée en
1873. Un autre décret crée le 30 septembre 1873 une dix-neuvième région
militaire en Algérie5. En métropole,
outre le décret du 6 août 1874, qui fixe le nombre de subdivisions
militaires à huit par région militaire, la loi du 5 janvier 1875
institue un élément supplémentaire dans la hiérarchisation des échelles
spatiales du commandement et du recrutement. Deux gouvernements supérieurs
sont de fait fondés à Paris et à Lyon eu égard à leur taille et à
la masse d’individus à gérer dans ces espaces. Leur originalité
tient surtout au fait que les officiers généraux placés à leur tête
reçoivent le commandement des troupes stationnées dans leurs limites,
même si ces effectifs sont détachés dans d’autres régions
militaires.
L’armature administrative demeure
globalement à son état de 1873 jusqu’au décret du 8 février 1898.
Celui-ci met en place une nouvelle région militaire, la vingtième, par
dédoublement de la sixième dont la place sur un plan stratégique
devenait disproportionnée dans l’ensemble du système. En effet, la
persistance de la menace allemande à l’Est de la France faisait
reposer sur la sixième région une charge militaire trop lourde tant en
matière de préparation de la mobilisation des hommes que dans la
concentration des forces. Toute sa partie Sud forme alors un nouvel
espace militaire dont le chef-lieu s’installe à Nancy. Comme les
deuxième et sixième régions, la vingtième région militaire répond
à des préoccupations d’ordre stratégique, car son orientation, s’étendant
d’est en ouest, permet une gestion des ressources d’une zone active
(surveillance de la frontière) à une zone arrière, toutes deux gérées
par le même commandement et le même service de recrutement. Le décret
du 8 février 1898 reconnaît également un régime d’exception au décret
d’août 1874, puisque trois régions militaires ne comportent pas le
nombre exigé des subdivisions militaires dans chacune d’entre elles.
Il est fait cas ainsi de quatre subdivisions dans la sixième région,
de neuf dans la quinzième et de quatre dans la vingtième.
D’autres décisions viennent compléter
cette disposition en faisant transférer des subdivisions d’une région
à l’autre. Ce sont surtout les régions militaires du Nord-Est de la
France qui sont l’objet de modifications fréquentes jusqu’en 1914.
Par le décret du 6 septembre 1899, la frontière séparant la
septième de la vingtième région est ainsi révisée au profit de la
première. La 41e division, qui appartenait à la vingtième
région, dépend désormais de la septième dont l’orientation
nord-sud, de la vallée du Rhin jusqu’aux Alpes, pouvait constituer
une source de faiblesse dans le dispositif de défense.
Enfin, l’instruction du 10 juin 1910
définit plus précisément que par le passé les attributions de chaque
bureau de recrutement dans leur espace. A cette date, les régions
militaires regroupent 145 subdivisions. Au chef-lieu de chacune de ces
subdivisions se situe un bureau de recrutement "embrassant les
services du recrutement, de la mobilisation, des réquisitions et de
l’armée territoriale, duquel relèvent tous les hommes domiciliés
dans la subdivision et non encore libérés définitivement de leurs
obligations militaires". Elles précisent en outre les
attributions de quatorze autres bureaux de recrutement à savoir trois
à Lyon, un à Versailles dans le département de Seine-et-Oise, six
dans le département de la Seine, trois en Algérie et un en Tunisie.
- Circonscriptions des bureaux de
recrutement de Lyon,
Paris et Versailles en 1910
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Lyon
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1 bureau central
2 bureaux
annexes
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Versailles
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1 bureau dans le
département de Seine-et-Oise
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Seine
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6 bureaux dans
le département de la Seine comprenant :
1er :
porte de la Chapelle-Saint-Denis
2e :
porte de Passy
3e :
porte de Chatillon
4e :
porte de Charenton
5e :
71 rue Saint-Dominique (bureau spécial)
6e :
porte de Champerret
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Le gouvernement militaire de Paris présente
une structure complexe qui résulte de plusieurs réformes
administratives spécifiques. Par la circulaire du 1er mai
1902, celui-ci voit ses attributions étendues aux sept bureaux de la
Seine et de la Seine-et-Oise et exerce son autorité par l’intermédiaire
du chef d’état-major du Gouverneur militaire de Paris. Mais, en
janvier 1908, un nouvel aménagement territorial modifie ces données et
accentue l’autonomie de certains bureaux de recrutement dans un système
largement décentralisé. Le Bureau central de la Seine, le 5e
bureau annexe, est supprimé et ses attributions sont réparties entre
les cinq bureaux annexes. Un bureau spécial de mobilisation et de
recrutement est substitué au bureau central. Celui-ci ne conserve
d’ailleurs plus que les affaires importantes dont la gestion se doit
d’être traitée à l’échelle nationale. Par arrêté du 29 janvier
1908, le service de recrutement de la Seine comprend les cinq
bureaux numérotés 1, 2, 3, 4 et 6 qui, jusque-là annexes, deviennent
autonomes et ont les mêmes attributions que les bureaux
subdivisionnaires. Ils conservent leurs numéros et prennent le nom de
Bureaux de recrutement de la Seine. D’autre part, le Bureau spécial
de mobilisation et de recrutement de la Seine acquiert une importance spéciale
dans ce département6. Il a la
responsabilité, entre autres, de faire procéder à la visite des
jeunes gens candidats aux grandes écoles en résidence dans la Seine,
de constituer leurs dossiers d’engagement, d’administrer les hommes
étrangers au département, les non-affectés, les non-disponibles, les
affectés spéciaux. Les séances du conseil de révision de ce département
de la Seine peuvent être consacrées aussi à l’examen des jeunes
gens recensés en province et qui en sont autorisés. La réforme
territoriale ainsi appliquée suscite dès lors de vives réclamations
du Gouverneur militaire de Paris demandant le rétablissement du système
antérieur7. Il faut attendre mai 1913
pour que cette demande soit satisfaite. De nouveau, le bureau spécial
de la mobilisation et du recrutement de la Seine devient le bureau
central ayant autorité sur les autres bureaux de la Seine et de la
Seine-et-Oise. Ce retour à un système centralisé au profit du
gouvernement militaire de Paris insuffle d’autres projets de
centralisation des pouvoirs au profit de quelques bureaux de
recrutement. La Direction de l’infanterie demande expressément la
constitution par région militaire d’un "organe central de
recrutement qui serait le bureau du chef-lieu de corps d’armée ayant
la haute main sur les autres bureaux de recrutement de la région"8.
En 1913, intervient une réforme décisive
de l’organisation territoriale militaire de la France. La montée des
tensions entre la France et l’Allemagne depuis les années 1910, la
course aux effectifs menée entre les deux belligérants par
l’adoption respective d’un prolongement de la durée du service
militaire, la préparation du nouveau plan offensif français, dit plan
XVII, en 1913, rendent inadaptée la disposition des régions militaires
du Nord-Est de la France. Le dispositif de couverture devait être réaménagé
et s’appuyer sur un système assurant souplesse et efficacité le jour
de la mobilisation générale. Pour répondre aux nouvelles exigences,
une vingt et unième région militaire est créée par la loi du 22 décembre
1913. Ce nouveau découpage territorial provoque l’amputation de
plusieurs subdivisions dans les deuxième, sixième, septième et vingtième
régions. Aucune nouvelle unité n’est formée9.
Les forces existantes changent simplement d’appartenance de
territoire.
Les mesures prises en 1913 attestent
d’une évolution structurelle influencée directement par la
conjoncture internationale. La configuration des régions du Nord-Est présente
effectivement des caractères différents de ce que le décret d’août
1874 prescrivait. L’organisation des huit subdivisions imposée par région
militaire ne peut plus être respectée tandis que toute l’armature géographique
du recrutement s’est orientée vers un équilibre entre recrutement
(mobilisation des forces) et commandement (gestion des forces) en
direction de la principale menace outre-Rhin. En décembre 1913, sept régions,
dont six situées sur la bordure Est du pays, ne correspondent pas aux
critères développés quarante ans auparavant. A l’exception de la
quinzième région située dans la Sud-Est de la France et de la douzième
dans le Sud-Ouest, toutes bordent la frontière franco-allemande10.
Enfin, la loi du 22 décembre 1913 marque la dernière réorganisation
territoriale du pays.
- Les régions militaires en 1914
Les régions militaires françaises résultent
de cette réorganisation quasi permanente de leur tracé entre 1873 et
1914. Ces limites territoriales ne connaissent pas de changement durant
toute la guerre et même la réforme de 1919 ne bouleverse pas cet ordre
établi. Il est vrai que cette structure complexe et largement décentralisée
ne peut être modifiée sans créer de lourdes conséquences sur la
gestion des hommes et du matériel. La loi du 22 décembre 1913,
suivie du décret du 31 décembre 1913, en définit le cadre général.
Les régions et les
subdivisions militaires en France
selon la loi du 22 décembre 191311
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Régions
militaires
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subdivisions
militaires
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Départements
formant la région
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I
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Lille,
Valenciennes, Cambrai, Avesnes, Arras, Béthune, Saint-Omer,
Dunkerque.
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Nord et Pas-de-Calais.
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II
|
Amiens,
Mézière,
Saint-Quentin, Beauvais, Abbeville, Laon, Péronne.
|
Aisne moins les arrondissements
de Soissons et de Château-Thierry ; Oise moins les
arrondissements de Compiègne et de Senlis, Somme.
L’arrondissement de Pontoise (Seine-et-Oise), les cantons de
Saint-Denis, Saint-Ouen, Aubervilliers, Noisy-le-Sec et de
Pantin (Seine), les 10, 19 et 20e arrondissements de
Paris, Ardennes (arrondissements de Rocroy, Sedan et Mézières),
Meuse (arrondissement de Montmédy), Meurthe-et-Moselle (cantons
de Longuyon, Longuy et Audun).
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|
III
|
Rouen
Nord, Rouen Sud,
Le Havre, Caen, Evreux, Falaise, Lisieux, Bernay.
|
Calvados, Eure, Seine inférieure,
les arrondissements de Mantes et de Versailles (Seine-et-Oise),
les cantons de Courbevoie, Puteaux, Asnières, Boulogne,
Levallois-Perret, Clichy et de Neuilly (Seine) et les 1er,
7, 9, 15, 16, 17 et 18e arrondissements de
Paris
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IV
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Le Mans,
Mayenne, Dreux, Mamers, Chartres,
Alençon, Argentan, Laval.
|
Mayenne, Sarthe, Eure-et-Loire,
Orne. L’arrondissement de Rambouillet (Seine-et-Oise), les
cantons d’Ivry, Vanves, Villejuif et de Sceaux (Seine) et les
4, 5, 6, 13 et 14e arrondissements de Paris.
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|
V
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Orléans, Fontainebleau,
Melun, Coulommiers, Auxerre, Montargis,
Blois, Sens.
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Loiret, Loire-et-Cher,
Seine-et-Marne, Yonne. Les arrondissements de Corbeil et
d’Etampes (Seine-et-Oise), les cantons de Charenton,
Nogent-sur-Marne, Saint-Maur, Montreuil, et de Vincennes (Seine)
et les 2, 3, 11 et 12e arrondissements de Paris.
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|
VI
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Châlons-sur-Marne,
Reims, Verdun, Compiègne,
Soissons.
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Aisne (arrondissements de
Soissons et de Château-Thierry), Oise (arrondissements de Compiègne
et Senlis), Ardennes (arrondissements de Vouziers et Rethel),
Marne, Meuse (arrondissements de Verdun, Bar-le-Duc et
Commercy), une partie du département de Meurthe-et-Moselle
(cantons de Briey, Conflans, Chambley, Pont-à-Mousson,
Triaucourt).
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VII
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Besançon, Belfort,
Vesoul, Lons-Le-Saunier, Bourg, Belley, Mulhouse.
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Ain, Doubs, territoire de
Belfort, Haute-Saône (moins l’arrondissement de Gray), Vosges
(arrondissement de Saint-Dié, canton de Gérardmer,
arrondissement de Remiremont et cantons de Redon-l’Erape,
Rambervillers et Rhône (4 et 5e arrondissements de
Lyon, arrondissement de Villefranche, cantons de l’Arbresle,
Condrieu, Limonest, Mornant, Neuville, Saint-Symphorien et
Vaugneray).
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|
VIII
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Bourges,
Auxonne, Dijon, Chalon-sur-Saône,
Mâcon, Cosne, Autun, Nevers.
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Cher, Côte-d’Or, Nièvre, Saône-et-Loire.
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|
IX
|
Tours, Châteauroux,
Le Blanc, Parthenay, Poitiers, Chatellerault, Angers, Cholet.
|
Maine-et-Loire, Indre-et-Loire,
Indre, Deux-Sèvres et Vienne.
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|
X
|
Rennes, Guingamp,
Saint-Brieuc, Vitre, Cherbourg, Saint-Malo, Granville, Saint-Lô.
|
Côtes du Nord, Manche et
Ille-et-Vilaine.
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|
XI
|
Nantes,
Ancenis,
La-Roche-sur-Yon, Fontenay-Le-Comte, Vannes, Quimper, Brest,
Lorient.
|
Finistère, Loire inférieure,
Morbihan et Vendée.
|
|
XII
|
Limoges,
Magnac, Laval, Guéret, Tulle, Périgueux,
Angoulême, Brive, Bergerac.
|
Charente, Corrèze, Creuse,
Dordogne, Haute-Vienne.
|
|
XIII
|
Clermont-Ferrand,
Riom, Montluçon, Aurillac,
Le Puy, Saint-Etienne, Montbrisson, Roanne.
|
Allier, Loire, Puy-de-Dôme,
Haute-Loire et cantal.
|
|
XIV
|
Grenoble,
Bourgouin, Annecy, Chambéry,
Vienne, Romans, Montélimar, Gap.
|
Hautes-Alpes, Drôme, Isère,
Savoie, Haute-Savoie, Basses-Alpes (cantons de Saint-Paul,
Barcelonnette et du Lauzet), Rhône (cantons de Givors,
Saint-Genis, Laval, Villerbanne, 1, 2, 3 et 6e
arrondissements de Lyon.
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|
XV
|
Marseille,
Digne, Nice, Toulon, Nîmes,
Avignon, Privas, Pont-Saint-Esprit, Ajaccio.
|
Basses-Alpes (moins les cantons
de Saint-Paul, Barcelonnette et du Lauzet), Alpes-maritimes, Ardèche,
Bouches-du-Rhône, Corse, Gard, Var et Vaucluse.
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|
XVI
|
Montpellier,
Béziers, Mende, Rodez, Narbonne,
Perpignan, Carcassonne, Albi.
|
Aude, Aveyron, Hérault, Lozère,
Tarn, Pyrénées-orientales.
|
|
XVII
|
Toulouse,
Agen, Marmande, Cahors, Montauban,
Foix, Mirande, Saint-Gaudens.
|
Ariège, Haute-Garonne, Gers,
Lot, Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne.
|
|
XVIII
|
Saintes,
La Rochelle, Libourne, Bordeaux,
Mont-de-Marsan, Bayonne, Pau, Tarbes.
|
Charente-inférieure, Gironde,
Landes, Basses-Pyrénées et Hautes-Pyrénées.
|
|
XX
|
Nancy,
Toul, Neufchâteau, Troyes.
|
Haute-Marne (arrondissements de
Wassy et de Chaumont, moins les cantons de Chaumont,
Arc-en-Barrois, Châteauvillain et Nogent-en-Bassigny) et Vosges
(arrondissement de Neufchâteau et cantons de Charmes, Mirecourt
et Vittel), Aube, Meurthe-et-Moselle (moins les arrondissements
de Briey et les cantons de Pont-à-Mousson, Thiaucourt, Blâmont,
Cirey, Badonviller, Baccarat).
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XXI
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Epinal,
Langres.
|
Haute-Saône (arrondissement de
Gray), Haute-Marne (arrondissement de Langres, cantons
d’Arc-en-Barrois, Châteauvillain, Chaumont,
Nogent-en-Bassigny), Vosges (arrondissements d’Epinal, de
Miraucourt (cantons de Darney, Dompaire, Monthureux-sur-Saône),
Meurthe-et-Moselle (cantons de Blamont, Cirey, Badonviller,
Baccarat).
|
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Gouvernement
Militaire de Paris
|
Seine
(Bureaux 1, 2, 3, 4,
6),
Seine-et-Oise
(Corps 2, 3, 4, 5).
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|
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Gouvernement
Militaire de Lyon
|
Rhône
: Lyon Central,
Lyon Nord,
Lyon Sud.
|
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En gras sont indiqués les chefs-lieux
de région.
En 1914, il existe vingt et une régions
militaires dont une hors de métropole, en Algérie. Elles se composent
de 155 subdivisions en France dessinant un large maillage d’espaces de
petites et de moyennes tailles. Chacune d’entre elles dispose d’un
chef-lieu où siège le général commandant de la région militaire,
dirigeant à la fois les armées sur son territoire et l’ensemble des
services, y compris le service du recrutement. La particularité de
l’organisation et de la logique spatiale du recrutement s’explique
par une forme de cohérence entre espace, recrutement et commandement.
Chaque service de recrutement dans les régions militaires est relié à
différents organes de commandement dans un large organigramme,
permettant avec souplesse de répondre à la fois aux besoins locaux, à
l’échelle de la subdivision, régionaux et nationaux. Quels sont les
caractères de cette forme de cohérence ? Quelles sont les conséquences
de la mise à l’épreuve de la guerre ?
- LA COHÉRENCE ESPACE
MILITAIRE/RECRUTEMENT/ COMMANDEMENT
- L’unité recrutement/commandement
Parallèlement à la mise en place
d’une structure administrative, répondant à la fois au souci de
gestion des intérêts dans chaque espace militaire et à la concrétisation
de l’idéal de nation armée, toute une hiérarchisation des
pouvoirs et de commandement est définie. Cette organisation militaire
présente la première particularité de relier tous ses éléments.
Il se forge ainsi une unité fusionnant la logique d’organisation
des services du recrutement et celle de la constitution des unités
militaires. La seconde particularité fait intervenir ces deux éléments
constitutifs de l’armée dans le même espace. Les attributions de
l’un et l’autre se trouvent généralement imbriqués dans le
cadre de la subdivision et de la région militaire.
Le régime antérieur à la
constitution de l’armée au début de la IIIe République
fonctionnait dans une toute autre logique spatiale. L’administration
n’était pas subordonnée au commandement, les armes n’étaient
pas réunies. Il en résultait un désordre réduisant l’efficacité
de l’armée car les régiments n’étaient généralement pas au
complet et leurs approvisionnements n’étaient pas réunis à temps12.
Selon le général Hoff, pour la première fois après 1871, naît une
structure cohérente, impliquant une adéquation de tous les éléments
constitutifs de l’armée ou presque. Un certain équilibre se fait
jour entre les facteurs humains et les facteurs techniques qui rend
interdépendants dans le même espace des éléments aussi différents
que la densité de population, l’approvisionnement des troupes, le
service de recrutement ou le commandement des unités.
Le fondement institutionnel de cette
unité recrutement/ commandement repose sur le décret du 28 septembre
1873. A la suite de la création de dix-huit régions militaires par
la loi du 24 juillet 1873, il est décidé la mise en place
de dix-huit corps d’armée, chacun correspondant à une région
militaire. Chaque corps d’armée comprend deux divisions
d’infanterie de chacune deux brigades à deux régiments ; soit
au total la mise en place de trente-six divisions, soixante-douze
brigades, cent quarante-quatre régiments d’infanterie. Dans chaque
corps d’armée, sont constitués également une brigade de cavalerie
(un régiment de cavalerie légère et un régiment de Dragons), une
brigade d’artillerie (deux régiments, deux compagnies de train
d’artillerie), un bataillon de génie, un escadron du train des équipages,
un état-major et des services spéciaux13.
A chacune des subdivisions militaires
créées par la loi de juillet 1873, correspond un bureau de
recrutement et un régiment d’infanterie. Cette unité
d’organisation des corps de troupe et du recrutement dans un même
espace est complétée aussi par l’unité de commandement dont tous
les éléments sont aux mains du général de corps d’armée. Les
vingt et un généraux commandants les régions militaires sont les dépositaires
de l’autorité du ministre de la guerre. Ils sont chargés d’exécuter
ses ordres concernant l’utilisation du personnel mobilisable et
mobilisé. La bonne administration des effectifs dépend donc de
l’action éclairée et énergique de ces hauts fonctionnaires.
C’est pourquoi une grande liberté d’action leur est donnée. "Le
général commandant la région est le seul organe qui, par son
assiette locale, par sa connaissance permanente des besoins et des
ressources, par sa liaison continue avec les représentants locaux des
grands services de la guerre et de l’armement, puisse exercer une
action rationnelle et un contrôle effectif" 14.
Les commandants des bureaux de recrutement dirigent les services de
recrutement, de la mobilisation, des réquisitions et de l’armée
territoriale sous l’autorité hiérarchique des généraux de
brigade et de division investis du commandement territorial, eux-mêmes
placés sous l’autorité du général commandant de corps d’armée.
Ainsi constituée, l’armée présente une configuration rationnelle
et équilibrée entre les facteurs humains, c’est-à-dire la capacité
à recruter et à gérer un groupe d’individus, et les facteurs
techniques, à savoir la nécessité de répondre à la formation
d’unités minimales pour assurer la défense du territoire de façon
équitable dans le territoire national.
Une fois de plus, force est de
remarquer que cet équilibre repose étroitement sur la base
territoriale de la subdivision. Il est donné à la subdivision
militaire le rôle primordial d’accueillir l’ensemble d’un
dispositif largement décentralisé par rapport à la région et à
l’état-major de l’armée. La logique spatiale du recrutement
repose ainsi sur cette assise territoriale devenue rapidement la
pierre angulaire de l’organisation entière de l’armée française.
- Une cohérence entamée par la
guerre
La cohérence espace, recrutement et
commandement est mise à l’épreuve dès les premiers jours de la
guerre. En fait, d’après les témoignages et les études déjà réalisées
sur la mobilisation, l’ensemble de l’organisation territoriale mis
en place dès les années 1870 se montre facilement opérationnel. Le
rappel des réservistes comme l’appel des classes à l’incorporation
se sont effectués dans les conditions fixées en temps de paix.
Toutefois, un problème se fait jour
devant l’avancée des troupes allemandes en territoire français.
Comment organiser le recrutement lorsque les subdivisions des régions
de l’Est de la France sont occupées par l’ennemi ? Comment gérer
la masse des jeunes gens à recruter lorsque ceux-ci font partie des
flots de réfugiés et d’évacués dans la zone de l’intérieur ?
L’état-major de l’armée se trouve alors face à une difficulté
qu’aucun rapport militaire du ministère de la guerre, conservé
jusqu’ici, n’avait envisagé.
D’août 1914 à novembre 1915, le
service du recrutement doit prendre les dispositions nécessaires pour
éviter de laisser certains bureaux de recrutement paralysés par
l’occupation allemande. Les premiers mois de la guerre provoquent un désordre
partiel de ce service de l’armée par le déplacement de ces bureaux
vers l’arrière où des centres peuvent les accueillir. Leur
fonctionnement n’en n’est pas altéré, mais il n’en demeure pas
moins des complications administratives accentuées encore par le fait
qu’un grand nombre de convocations à l’incorporation ne sont pas reçues
par les intéressés en déplacement, eux aussi, et fuyant la zone des
armées.
Selon un rapport de l’état-major de
l’armée du 8 septembre 1914, les bureaux de sept régions et certains
des département de la Seine et de la Seine-et-Oise sont déplacés de
manière à ne pas être menacés par l’avancée allemande. Ce sont
ceux de la première, deuxième, cinquième, sixième, septième, vingtième,
vingt et unième régions, le sixième bureau de la Seine, le Bureau
Central et celui de la Seine-et-Oise.
Les bureaux de recrutement de la première
région sont ainsi transférés dans la douzième région, ceux de la
deuxième dans la onzième, ceux de la sixième dans la quatrième, ceux
de la septième dans la treizième, ceux de la vingtième dans la cinquième,
celui de la vingt et unième dans la huitième. Le Bureau Central est évacué
à Bordeaux avec le Gouvernement ainsi que celui de Seine-et-Oise. Le
sixième bureau de la Seine est transféré à Pauillac.
Nouveaux emplacements
des bureaux de recrutement déplacés au 8 septembre 1914
|
Régions
|
Bureaux de
recrutement
|
Nouveaux
emplacements
|
|
I
|
Lille
Valenciennes
Cambrai
Avesnes
Arras
Béthune
Saint-Omer
Dunkerque
|
Limoges
Guéret
Tulle
Brive
Cognac
Périgueux
Bergerac
Sarlat
|
|
II
|
Mézières
Saint-Quentin
Beauvais
Amiens
Abbeville
Laon
Péronne
|
Nantes
Quimper
Brest
Morlaix
Landerneau
Lorient
Ancenis
|
|
V
|
Fontainebleau
Melun
Coulommiers
|
Mende
Albi
Rodez
|
|
VI
|
Verdun
Reims
Soissons
Compiègne
Châlons-sur-Marne
|
Rennes
Chartres
Le Mans
Le Mans
Rennes
|
|
VII
|
Belfort
Vesoul
|
Clermont-Ferrand
Clermont-Ferrand
|
|
XX
|
Toul
Nancy
|
Troyes
Troyes
|
|
XXI
|
Epinal
|
Chaumont
|
|
PARIS
|
Bureau central
Bureau 6 de la
Seine
Bureau
Seine-et-Oise
|
Bordeaux
Pauillac
Bordeaux
|
Source : SHAT, 7 N 164.
Trente-six bureaux de recrutement sur
cent cinquante-cinq en France sont déplacés vers des zones de sécurité
et installés ainsi jusqu’à la fin du mois de septembre 1914. Si,
dans la réalité, ils n’occupent plus le même secteur géographique,
ils continuent à enregistrer, comme en temps de paix, les données du
recrutement. Dès la fixation d’une ligne de front et le début de la
guerre de tranchées, un grand nombre de bureaux rejoignent leur
emplacement d’origine. Dès octobre 1914, dans la deuxième région,
le bureau de Beauvais s’installe dans ses locaux du temps de paix. Il
en est de même pour ceux de la cinquième région, ceux de Reims, de
Compiègne et de Châlons-sur-Marne dans la sixième, de Vesoul dans la
septième, de Toul dans la vingtième, de tous les bureaux de la Seine
et de la Seine-et-Oise déplacés.
Progressivement jusqu’à l’été
1915, un plus grand nombre de bureaux peuvent retrouver leur emplacement
d’origine. En novembre 1914, ce sont les bureaux de Vesoul et de
Neufchâteau qui reviennent dans leurs subdivisions respectives.
En janvier 1915, la tendance se
poursuit. Les bureaux des vingtième et vingt et unième régions sont réintroduits
dans leurs subdivisions. Seul le bureau de Reims dans la sixième région
doit être déplacé de nouveau à Châlons-sur-Marne, tandis que ceux
de Soissons et de Verdun sont rapprochés de leur subdivision
d’origine15. En juillet 1915, la
carte des bureaux déplacés est définitivement déterminée à
l’exception de ceux de la septième retrouvant leur subdivision
d’origine. L’état-major de l’armée n’effectue plus de
transfert déterminant sinon pour rapprocher deux bureaux de recrutement
déplacés vers leur subdivision d’origine. Il s’agit du bureau
d’Arras installé à Boulogne-sur-Mer en novembre, suivi, dans cette même
ville, de celui de Lille en décembre 1915.
Les bureaux de
recrutement déplacés au 11 novembre 1914
|
Régions
|
Bureaux de
recrutement
|
Nouveaux
emplacements
|
|
I
|
Lille
Valenciennes
Cambrai
Avesnes
Arras
Béthune
Saint-Omer
Dunkerque
|
Limoges
Guéret
Tulle
Brive
Cognac
Périgueux
Bergerac
Sarlat
|
|
II
|
Mézières
Saint-Quentin
Amiens
Abbeville
Laon
Péronne
|
Nantes
Quimper
Morlaix
Landerneau
Lorient
Ancenis
|
|
VI
|
Verdun
Soissons
|
Rennes
Chartres
|
|
VII
|
Belfort
|
Clermont-Ferrand
|
|
XX
|
Nancy
|
Troyes
|
|
XXI
|
Epinal
|
Chaumont
|
Source : SHAT, 7 N 164
Le tumulte du début de la guerre
entame, en conséquence, pour un quart du nombre total des bureaux de
recrutement en France, la cohérence qui allie espace, recrutement et
commandement. Si une grande partie des bureaux de recrutement retrouve
leur emplacement d’origine au cours de l’année 1915, il est vrai
que la menace d’une occupation allemande désorganise le bon
fonctionnement de ce système. Le retour de certains commandants de
bureaux dans leurs subdivisions d’origine indépendamment de leur
service administratif ne suffit pas pour que le recrutement se produise
dans de bonnes conditions16. A ce problème
de gestion des ressources, une solution provisoire est apportée17.
Les bureaux de recrutement sont ainsi placés "sous les ordres
des autorités territoriales de la région sur laquelle ils ont été évacués".
De fait, les bureaux de Beauvais, Amiens, Abbeville, Béthune, Boulogne,
Arras et Lille sont placés sous les ordres du général commandant la région
du Nord. Les bureaux de Valenciennes, Cambrai, Avesnes, Mézières,
Saint-Quentin, Péronne, Laon et Dunkerque dépendent désormais de
l’autorité des généraux des régions onze et douze. Les ressources
en excédent de la région du Nord seront à la disposition du ministre
de la guerre. La désorganisation du recrutement apparaît bien réelle
pour les régions militaires les plus touchées par l’avancée
allemande.
La plupart des bureaux conserve la même
cohérence de recrutement avec les autres organismes militaires dans
leur espace durant toute la guerre. Il n’en n’est pas de même pour
ceux du Nord et de Picardie qui ne recouvreront leur aire
d’administration d’origine qu’au lendemain de la guerre.
- LA PERMANENCE STRUCTURELLE AU TRAVERS
DES RÉFORMES TERRITORIALES DE 1919 à 1923
Au lendemain de l’armistice, le
service de recrutement reprend ses fonctions comme les règles
d’avant-guerre le prescrivent. La logique entre les aires
administratives militaires, le recrutement et le commandement garantit
de nouveau la cohésion de l’organisation de l’armée.
Toutefois, la victoire acquise, les départements
de la Moselle, du Haut-Rhin et du Bas-Rhin réintégrés à la France,
l’état-major des armées doit procéder à une réorganisation des régions
du Nord-Est en fonction de nouveaux critères. Quel choix opérer dans
le découpage administratif des nouvelles subdivisions de Lorraine et
d’Alsace ? Faut-il partager l’Alsace entre plusieurs régions
militaires ? En fait, la conjoncture tendue des lendemains de la
guerre a influencé le choix de l’état-major des Armées. Les
conditions du traité de paix imposées à l’Allemagne en juin 1919
qui, certes, confirment la suprématie de l’armée française au-delà
du Rhin, ne semblent pourtant pas être respectées. Cette attitude
suscite de vives réactions dans les mondes militaire et politique. Le
spectre de la guerre n’a toujours pas disparu. Il faut donc conserver
une logique spatiale de mobilisation et de guerre comme le confirment
d’ailleurs les plans offensifs de l’état-major jusqu’au début
des années vingt dans le nouveau tracé des régions militaires du
Nord-Est de la France. La décision de redéfinir la carte
administrative de la France doit tenir compte de ces nouvelles données
pour que la logique espace/recrutement/commandement puisse montrer
autant d’efficacité qu’en 1914.
- La réorganisation territoriale
d’octobre 1919
Le décret du 20 octobre 1919 fixe
pour l’année 1920 une délimitation qui répond à ce souci à la
fois d’intégration des nouveaux territoires conquis, et de réserve
envers cet ennemi terrassé mais encore animé par un esprit de
revanche.
Les régions et les
subdivisions militaires
selon le décret du 20 octobre 1919
|
Régions
militaires
|
Subdivisions
militaires
|
Départements
formant la région
|
|
I
|
Lille,
Valenciennes, Cambrai, Avesnes,
Arras, Béthune,
Saint-Omer, Dunkerque.
|
Nord et Pas-de-Calais.
|
|
II
|
Amiens,
Mézières,
Saint-Quentin, Beauvais, Abbeville, Laon, Péronne, Compiègne,
Soissons.
|
Aisne, Oise, Somme,
Seine-et-Oise (l’arrondissement de Pontoise), Seine (les
cantons de Saint-Denis, Saint-Ouen, Aubervilliers,
Noisy-le-Sec et de Pantin), les 10, 19 et 20e
arrondissements de Paris, Ardennes (arrondissements de Rocroy,
Sedan et Mézières).
|
|
III
|
Rouen Nord,
Rouen Sud,
Le Havre, Caen, Evreux, Falaise, Bernay, Lisieux.
|
Calvados, Eure, Seine inférieure,
Seine-et-Oise (les arrondissements de Mantes et de
Versailles), les cantons de Courbevoie, Puteaux, Asnières,
Boulogne, Levallois-Perret, Clichy et de Neuilly (Seine) et
les 1er, 7, 9, 15, 16, 17 et 18e
arrondissements de Paris.
|
|
IV
|
Le Mans,
Mayenne, Dreux, Mamers,
Chartres, Alençon Argentan, Laval.
|
Mayenne, Sarthe, Eure et
Loire, Orne. L’arrondissement de Rambouillet
(Seine-et-Oise), les cantons d’Ivry, Vanves, Villejuif et de
Sceaux (Seine) et les 4, 5, 6, 13 et 14e
arrondissements de Paris.
|
|
V
|
Orléans, Fontainebleau,
Melun, Coulommiers, Auxerre, Montargis, Blois, Sens.
|
Loiret, Loire-et-Cher,
Seine-et-Marne, Yonne. Les arrondissements de Corbeil et
d’Etampes (Seine-et-Oise), les cantons de Charenton,
Nogent-sur-Marne, Saint-Maur, Montreuil, et de Vincennes
(Seine) et les 2, 3, 11 et 12e arrondissements de
Paris.
|
|
VI
|
Châlons-sur-Marne,
Reims,
Bar-Le-Duc, Thionville, Metz.
|
Ardennes (arrondissements de
Vouziers et Rethel), Marne, Meuse, une partie du département
de Meurthe-et-Moselle (cantons de Briey, Conflans, Chambley,
Pont-à-Mousson, Triaucourt), Moselle (Thionville, Metz,
Boulay).
|
|
VII
|
Besançon, Mulhouse,
Bourg, Vesoul, Belley,
Lons-Le-Saunier, Belfort.
|
Ain, Doubs, territoire de
Belfort, Haute-Saône (moins l’arrondissement de Gray), Rhône
(4 et 5e arrondissements de Lyon, arrondissement de
Villefranche, cantons de l’Arbresle, Condrieu, Limonest,
Mornant, Neuville, Saint-Symphorien et Vaugneray), Haut-Rhin
(Thann, Mulouse, Alkirch).
|
|
VIII
|
Bourges,
Auxonne, Dijon, Chalons-sur-Saône,
Mâcon, Cosne, Autun, Nevers.
|
Cher, Côte-d’Or, Nièvre,
Saône-et-Loire.
|
|
IX
|
Tours, Châteauroux,
Le Blanc, Parthenay, Poitiers, Cholet, Chatellerault, Angers.
|
Maine-et-Loire,
Indre-et-Loire, Indre, Deux-Sèvres et Vienne.
|
|
X
|
Rennes, Guingamp,
Saint-Brieuc, Vitre, Cherbourg, Saint-Malo, Granville, Saint-Lô.
|
Côtes du Nord, Manche et
Ille-et-Vilaine.
|
|
XI
|
Nantes,
Ancenis,
La-Roche-sur-Yon, Vannes, Brest, Fontenay-Le-Comte, Quimper,
Lorient.
|
Finistère, Loire inférieure,
Morbihan et Vendée.
|
|
XII
|
Limoges,
Magnac, Laval, Guéret,
Tulle, Périgueux, Angoulême,
Brive, Bergerac.
|
Charente, Corrèze, Creuse,
Dordogne, Haute-Vienne et Indre.
|
|
XIII
|
Clermont-Ferrand,
Riom,
Le Puy, Montluçon, Aurillac, Saint-Etienne, Montbrisson,
Roanne.
|
Allier, Loire, Puy-de-Dôme,
Haute-Loire et cantal.
|
|
XIV
|
Grenoble,
Bourgouin, Annecy,
Chambéry, Vienne, Montélimar,
Romans, Gap.
|
Hautes-Alpes, Drôme, Isère,
Savoie, Haute-Savoie, Basses-Alpes (cantons de Saint-Paul,
Barcelonnette et du Lauzet), Rhône (cantons de Givors,
Saint-Genis Laval, Villeurbanne, 1, 2, 3 et 6e
arrondisements de Lyon).
|
|
XV
|
Marseille,
Digne, Nice, Toulon,
Nîmes,
Avignon, Privas,
Pont-Saint-Esprit, Ajaccio.
|
Basses-Alpes (moins les
cantons de Saint-Paul, Barcelonnette et du Lauzet), Alpes
maritimes, Ardèche, Bouches-du-Rhône, Corse, Gard, Var et
Vaucluse.
|
|
XVI
|
Montpellier,
Béziers, Mende, Rodez,
Narbonne, Perpignan, Carcassonne, Albi.
|
Aude, Aveyron, Hérault, Lozère,
Tarn, Pyrénées-orientales.
|
|
XVII
|
Toulouse,
Agen, Marmande, Cahors,
Montauban, Foix, Mirande, Saint-Gaudens.
|
Ariège, Haute-Garonne, Gers,
Lot, Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne.
|
|
XVIII
|
Saintes,
La Rochelle, Libourne,
Bordeaux, Mont-de-Marsan, Bayonne, Pau, Tarbes.
|
Charente-inférieure,
Gironde, Landes, Basses-Pyrénées et Hautes-Pyrénées.
|
|
XX
|
Nancy,
Toul, Neufchâteau, Troyes,
Sarreguemines, Sarrebourg.
|
Haute-Marne (arrondissements
de Wassy et de Chaumont, moins les cantons de Chaumont,
Arc-en-Barrois, Châteauvillain et Nogent-en-Bassigny) et
Vosges (arrondissement de Neufchâteau et cantons de Charmes,
Mirecourt et Vittel), Aube, Meurthe-et-Moselle (moins
l’arrondissement de Briey et les cantons de Pont-à-Mousson
et Thiaucourt), Moselle (Château-Salins, Sarrebourg,
Sarreguemines, Forbach) et le Bas-Rhin (Sarre-Union,
Durningen).
|
|
XXI
|
Epinal,
Langres, Strasbourg,
Saverne, Sélestat,
Colmar.
|
Haute-Saône (arrondissement
de Gray), Haute-Marne (arrondissement de Langres, cantons
d’Arc-en-Barrois, Châteauvillain, Chaumont,
Nogent-en-Bassigny), Vosges (arrondissement d’Epinal, de
Miraucourt, cantons de Darney, Dompaire, Monthureux-sur-Saône),
Bas-Rhin (Saverne moins Sarre-Union, Durningen, Haguenau,
Wissembourg, Strasbourg, Molsheim, Erstein, Sélestat) et
Haut-Rhin (Ribeauvillé, Colmar et Guebviller).
|
|
Gouvernement
Militaire de Paris
|
Seine
(Bureaux 1, 2, 3, 4, 6),
Seine-et-Oise
(Corps 2, 3, 4, 5).
|
|
|
Gouvernement
Militaire de Lyon
|
Rhone
(Lyon Central, Lyon Nord, Lyon
Sud).
|
|
La réorganisation des régions
militaires du Nord-Est concerne les régions deux, six, vingt et vingt
et un. Sa particularité revient à l’orientation de leurs tracés.
Toutes bordent la frontière avec l’Allemagne et présentent une
configuration ouest-est. Ce choix témoigne d’ailleurs des préoccupations
stratégiques de l’état-major de l’Armée qui y voit une plus
grande facilité de commandement et de recrutement "dans la
mesure où les responsabilités sont partagées par quatre généraux
de corps d’armée" dans l’espace français.
La deuxième région militaire
s’est élargie aux arrondissements de Rocroi, de Mézières et de
Sedan dans le département des Ardennes, à ceux de Soissons et de Château-Thierry
dans le département de l’Aisne et à ceux de Compiègne et de
Senlis dans le département de l’Oise. Elle voit deux nouvelles
subdivisions la compléter, celles de Compiègne et Soissons. Cette
extension s’est effectuée au détriment de la sixième qui perd une
partie de sa superficie à l’Ouest (Aisne-et-Oise), mais s’est étendue
à son tour à tout le département de la Meuse, ainsi qu’aux
arrondissements de Thionville, Metz et Boulay dans le département
retrouvé de Moselle. Trois de ses anciennes subdivisions (Verdun,
Compiègne et Soissons) sont remplacées par les nouveaux bureaux de
Bar-le-Duc18, Thionville et Metz. La
vingtième voit elle aussi ses attributions augmenter aux territoires
annexés. Son extension vers l’Est lui amène les arrondissements de
Château-Salins et de Sarrebourg dans la Moselle, ceux de Sarre-Union
et de Durningen dans la Bas-Rhin. Sont ainsi créées les subdivisions
de Sarreguemines et de Sarrebourg. Enfin, la vingt et unième région
militaire comprend le reste des territoires d’Alsace-Lorraine. Dans
le Bas-Rhin, les arrondissements inclus dans cette région de Saverne,
Haguenau, Wissembourg, Strasbourg, Molsheim, Erstein, Sélestat
appartiennent désormais aux subdivisions de Strasbourg, Saverne et Sélestat.
Dans le Haut-Rhin, les arrondissements de Ribeauvillé, Colmar et de
Guebviller dépendent de la nouvelle subdivision de Colmar.
Le décret du 20 octobre 1919 met en
place une organisation territoriale qui se distingue par sa permanence
structurelle et par sa cohérence entre espace, recrutement et
commandement. Un rapport du ministre de la Guerre du 14 avril 192319,
adressé au président de la République, rappelle d’ailleurs dans
quel esprit cette réforme fut entreprise. "On prévoyait en
1919 la nécessité de procéder, dès que les circonstances le
permettraient, à un remaniement ultérieur de la répartition des
subdivisions entre ces différentes régions, pour égaliser autant
que possible leurs ressources de recrutement et faciliter à l’intérieur
de chacune d’elles l’exercice du Commandement et l’exécution éventuelle
de la Mobilisation". Cette intervention du ministre de la
Guerre résume à elle seule plus de cinquante ans d’histoire de la
conception spatiale du recrutement et du commandement. Comment
imbriquer des éléments si éloignés dans leurs missions, et
pourtant indissociables en temps de paix comme en temps de guerre,
dans un même espace ? Comment adapter les facteurs à la fois
humains et techniques de cette immense organisation militaire qui
rassemble plusieurs milliers, voire plusieurs millions d’hommes ?
Dans la recherche permanente, depuis
le début de la Troisième République, d’une adéquation parfaite
de l’espace et de l’organisation militaire de la nation armée, la
refonte spatiale des régions et des subdivisions se révèle
rapidement inadaptée aux besoins et à la réalité. L’ouverture de
l’Alsace vers la France sur un plan culturel, économique et
politique nécessite une nouvelle structure moins disproportionnée et
discontinue dans sa configuration spatiale20.
- Les réformes territoriales de 1923
La loi du 28 février 1923
répond à cette nécessité. Elle implique un regroupement de régions
voisines par la suppression de la vingt et unième région. La sixième, la
septième et la vingtième régions se la partagent au profit d’une plus
grande souplesse de gestion. Cette réforme ne devait pourtant pas
satisfaire. Le décret du 22 août 1923 apporte de nouvelles
modifications. Le ministre de la Guerre estime qu’un “certain nombre
de modifications doivent être également apportées aux limites actuelles
des régions de l’Intérieur de la France pour répondre aux exigences de
la mobilisation” 21. L’inégale
répartition des formations militaires et la nécessité d’assurer leur
transport dans les meilleures conditions de rapidité sont de nouveau des
facteurs avancés pour procéder à un nouvel aménagement territorial. La
disposition des régions doit plus que par le passé tenir compte des
facilités de communication et de “l’orientation des grands courants
de transports par voies ferrées”. Selon le décret du 22 août 1923,
les modifications territoriales sont les suivantes :
1) Passage de la dixième à la troisième
région des subdivisions de Cherbourg et Saint-Lô.
2) Rattachement de la dixième région des
arrondissements de Brest, Morlaix, et Châteaulin appartenant auparavant à
la onzième région, dans le but de placer ces territoires sous une autorité
commune située à Brest.
3) Nouvelle délimitation du tracé des régions
cinq et huit. Cette dernière comprend des territoires qui se localisent sur
des lignes de communication de Bourgogne, desservant la Côte-d’Or et la
Saône-et-Loire, celles du Bourbonnais traversant la Nièvre et le Cher. En
revanche, les départements de la Seine-et-Marne et de l’Yonne
constituent, avec ceux du Loiret et du Loir-et-Cher, le territoire de la
cinquième région. Il paraît plus logique de séparer de la cinquième région
le département de l’Yonne et de lui rattacher ceux du Cher et de la Nièvre.
Il est prévu aussi que la huitième région s’étend sur l’ensemble des
départements de Saône-et-Loire de la Côte-d’Or, de l’Yonne et
l’Aube dont le rattachement à une région de l’Intérieur semblait
s’imposer depuis l’extension, jusqu’au Rhin, de la vingtième région.
Ces modifications aboutissent au transfert de Bourges à Dijon du chef-lieu
de la huitième région.
4) L’extension jusqu’au Rhin de la
septième région. Celle-ci conduit au rattachement à la quatorzième région
du département de l’Ain et des arrondissements du Rhône, faisant ainsi
coïncider la cohésion spatiale de cette région avec le théâtre des opérations
des Alpes.
La succession des réformes territoriales
ne modifient en rien la cohérence entre espace militaire, recrutement et
commandement. La logique reste semblable à celle qui avait prévalu au début
de la IIIe République. Au contraire, chaque réorganisation
territoriale tend vers le même but, celui du perfectionnement de
l’organisation du recrutement militaire.
La cohérence entre espaces militaires,
recrutement et commandement se caractérise par cette continuité dans
l’espace et le temps. Elle naît, s’enrichit et se réforme parallèlement
aux grandes évolutions conceptuelles de la conscription de laquelle elle
est indissociable. Les réorganisations territoriales de décembre 1913,
d’octobre 1919 et d’avril 1923 en témoignent. Cet équilibre des éléments
humains et techniques ne saurait toutefois exister si, dans l’application
de cette logique spatiale du recrutement, le système n’était conçu sans
une certaine élasticité.
LES RÉGIONS MILITAIRES EN
France EN 1914
d’après le décret du 31 décembre 1913
LES RÉGIONS MILITAIRES EN
France EN 1919
d’après le décret du 20 octobre 1919
LES RÉGIONS MILITAIRES EN
France EN 1923
d’après le décret du 22 août 1923
BUREAUX DE RECRUTEMENT DÉPLACÉS
AU 8 SEPTEMBRE 1914 PAR SUBDIVISION MILITAIRE
BUREAUX DE RECRUTEMENT DÉPLACÉS
AU 27 JUILLET 1915 PAR SUBDIVISION MILITAIRE
________
Notes:
1 Dictionnaire
militaire, Encyclopédie des sciences militaires rédigée par un comité
d’officiers de toutes armes, Paris, Berger-Levrault, 1911, 3 223
pages, p. 2 387.
2 Op.
cit., p. 2 402.
3 André
Corvisier, “Les circonscriptions militaires de la France, facteurs humains
et facteurs techniques”, Frontières et limites de 1610 à nos jours,
Actes du 101e congrès national des sociétés savantes, Lille,
1978, tome 1, pp. 207-229.
4 “Il
y aura donc des régions peu étendues là où la population est très dense
et des régions plus vastes là où la population est plus clairesemée”.
Intervention du ministre de la guerre Barail. Guy Pedroncini, Vaincre la
défaite (1872-1881), volume 1 des Archives des Hautes Instances de la Défense
nationale, Shat/Ihcc, 1989, 723 pages, p. 271.
5 La
création de la dix-neuvième région est définitivement consacrée par la
loi du 5 décembre 1897.
6 Il
prend le numéro cinq.
7 Rapport
de l’état-major de l’armée, Direction de l’infanterie, 1er
bureau, daté du 4 avril 1913, SHAT, 9 N 12.
8 SHAT,
9 N 12.
9 Le
rapport du ministre de la guerre Noulens du 31 décembre 1913 précise que
la nouvelle région territoriale sera alimentée par prélèvement d’unités
sur la septième région militaire. La réorganisation territoriale
entrerait en vigueur le 15 janvier 1914.
10 Nombre
de subdivisions par région militaire :
11 Une
note du 1er Bureau Organisation du recrutement et mobilisation générale
de l’état-major de l’armée ajoute que les cantons de Gérardmer, les
arrondissements de Saint-Dié et de Remiremont (cantons de Remiremont,
Saulxures, le Thillot et Plombières), rattachés à la subdivision de
Belfort (7e corps) par le décret du 31 décembre 1913,
continuent à être administrés provisoirement par le bureau de recrutement
d’Epinal.
12 Général
P. Hoff, “Un siècle de région militaire”, Revue historique des Armées,
n° 2, 1974, pp. 95-112.
13 Jean-Claude
Devos et Jean Nicot, Inventaire sommaire des archives de la guerre,
1872-1919, Troyes, Imprimerie de la Renaissance, 1975, 513 pages.
14 Note
de la Direction de l’Infanterie, EMA, 2 février 1917, SHAT, 7 N 2326.
15 Le
bureau de Soissons est transféré à Oulchy-le-Château ; celui de
Verdun à Bar-le-Duc.
16 Un
certain nombre de commandants de recrutement dont le bureau a été déplacé
ont rejoint de leur personne la région des bureaux de Lille, Arras, Béthune,
Saint-Omer, Dunkerque, Beauvais, Amiens, Abbeville.
17 SHAT,
7 N 434. Circulaire du 1er bureau de l’état-major de l’armée
du 29 août 1914.
18 La
circulaire du 30 décembre 1919 reconnaît définitivement le changement
d’appellation du bureau de recrutement de Verdun en “bureau de
recrutement de Bar-le-Duc”. Bulletin officiel du ministère de la guerre.
19 SHAT,
bureau de documentation de l’armée de Terre.
20 Ce
même rapport du 14 avril 1923 ajoute que “l’expérience de ces dernières
années vient de démontrer la nécessité de faire disparaître certaines
limites arbitraires résultant de la mutilation de notre frontière de
l’Est par le Traité de Francfort et de procéder à une nouvelle
organisation basée sur les intérêts historiques, économiques et sur la
facilité des communications”.
21 SHAT,
7 N 2318.
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