| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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"COMMUNICATION INFORMATION ET STRATÉGIE" - n°69
L'information est l’une des caractéristiques majeures de notre époque au point que certains commentateurs ont proposé d’appeler la société post-industrielle, la société de l’information. La stratégie n’est pas restée à l’abri de la contagion : dans le sillage de la RMA américaine, la guerre de l’information est devenue à la mode. L’idée centrale est que les moyens modernes permettent de recueillir et de transmettre en temps réel des informations qui fournissent une connaissance parfaite du théâtre des opérations et éliminent donc l’une des composantes fondamentales de la stratégie traditionnelle : l’incertitude. celui qui maîtrise l’information sait désormais quoi et où frapper et les armes de précision à grande portée lui permettent de porter ses coups tout en restant à l’abri de la riposte de son ennemi, condamné à subir sans pouvoir réagir. Est-on vraiment en présence d’une révolution ? La vogue de la guerre de l’information s’accompagne d’une grande imprécision de son contenu exact, au point qu’un commentateur américain a pu dire que la définition qui en était proposée dans une publication officieuse du Pentagone était tellement générale qu’elle aurait pu convenir à Sun Zi. Les moyens modernes modifient de manière radicale la connaissance de l’espace stratégique et de l’ennemi. faut-il en déduire une mutation de la nature même de la stratégie ? Le succès des États-Unis dans la guerre du Golfe a incité beaucoup d’observateurs à donner une réponse positive. Mais les caractéristiques propres du théâtre des opérations et le déséquilibre écrasant entre les forces en présence auraient abouti en toute hypothèse au même résultat. Une expérience dans un théâtre moins favorable, face à un ennemi plus déterminé, serait nécessaire avant de prétendre tirer des conclusions définitives. On a beaucoup dit que la démonstration, faite par des personnels de l’OTAN, de la reconstitution de leur dispositif militaire avait impressionné les dirigeants des Serbes de Bosnie au point de les inciter à accepter enfin de traiter. Mais il s’agissait d’un jeu diplomatico-stratégique particulièrement complexe dans lequel même les Serbes de Bosnie avaient intérêt à éviter une ascension aux extrêmes. Peut-on dire que les Soviétiques auraient pu garder le contrôle de l’Afghanistan s’ils avaient eu les moyens d’observation et de surveillance dont les Américains disposent aujourd’hui ? c’est loin d’être certain. Comme toujours, le détour théorique est utile pour préciser les contours du débat et tenter de distinguer les facteurs de rupture des principes, supposés, sinon invariants, du moins stables. C’est ce à quoi s’emploie le dossier réuni par le professeur Pierre-Marie Fayard, directeur du Laboratoire Communication, Information scientifique et technique de l’Université de Poitiers. C’est le premier résultat de la coopération entre l’ISC et le LABCIS dans le cadre de la convention signée en 1997. Ce dossier s’accompagne de sujets divers qui touchent tant à l’histoire qu’aux nouvelles dimensions de la stratégie et aux problèmes théoriques fondamentaux. Les exigences de l’actualité, dont traitent nombre de revues, ne doivent pas nous détourner de ce regard un peu plus éloigné qui, à défaut de remplacer la réflexion sur les problèmes immédiats, peut au moins contribuer à la clarifier. Hervé Coutau-Bégarie
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