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GAETANO
FILANGIERI,
Précurseur
de la “Nation armée” et de la prééminence des forces
maritimes 1
Ferruccio Botti
Avant la Révolution
française, celle d’Amérique (1775-1783) a montré que les armées
de citoyens-soldats pouvaient triompher des armées constituées
de soldats d’élite et de professionnels qui représentaient le
modèle militaire dominant au XVIIIe siècle, modèle
que Frédéric II de Prusse avait porté au sommet de la
perfection. La victoire des faibles et médiocres troupes du général
Washington - qui, sans aucun doute, bénéficiaient de la
connaissance du pays et de la distance qui le séparait de
l’Angleterre - a donné lieu en Italie, à la fin de la première
moitié du XIXe siècle, à un débat entre deux écoles
dont la arguments étaient inconciliables. Les conservateurs, et
tout d’abord Carlo Botta2,
affirmaient que la victoire américaine était surtout due à des
circonstances fortuites et à l’aide de l’Espagne et de la
France ; en fait, cette victoire de Washington était le
fruit des conseils que Washington aurait reçus de son mentor
prussien, le général von Stauben, quelle qu’ait pu être la
faiblesse de ses forces. Tout au contraire, les démocrates
voyaient dans les armées des colons américains et dans leur façon
de combattre en ordre dispersé, sans plan d’attaque rigoureux,
l’élément principal de la victoire. Ils en déduisaient
non seulement une nouvelle tactique, mais aussi le modèle de la
guerre de l’avenir, celui qui convenait non plus aux guerres
d’agression menées par les souverains mais à la seule défense
de la nation et des intérêts des peuples.
Le nouveau modèle militaire
importé de la lointaine Amérique s’allie parfaitement aux
concepts de guerre et de paix nés pendant le siècle des Lumières,
qui puisaient dans l’Encyclopédie leur toute première
et éloquente expression. L’esprit des Lumières ayant une foi
absolue dans la raison et dans le peuple, il ne peut tolérer ni
rois, ni guerres : ces dernières relèvent du caprice des
souverains et sont la conséquence de leur Real Politik qui
entraîne la ruine des peuples.
Dans l’Assemblée nationale
française, on vivait dans l’orgueilleuse certitude qu’avec la
victoire de la liberté sur le despotisme des rois, on mettrait également
fin à la guerre qui est l’aboutissement des ambitions
dynastiques. La Constitution libérale du 3 septembre 1791,
solennellement votée, déclarait dans son Titre VI : "La
nation française renonce à entreprendre une quelconque guerre de
conquête". Même un homme politique aussi avisé que
Mirabeau, qui pourtant connaissait très bien les dangers des élans
chauvinistes dans une Assemblée nationale, déclarait avec émotion
le 25 avril 1790 : "Peut-être le jour est-il proche
où la liberté permettra que le genre humain ne soit plus menacé
de ce crime qu’est la guerre et proclamera la paix
universelle" 3.
Dans la seconde moitié du XVIIIe
siècle, aux nouveaux principes des Lumières correspondaient
ainsi deux Révolutions ; à leur tour, celles-ci imaginèrent
une nouvelle conception de la guerre et de la paix ainsi que de
nouvelles organisations militaires qui exigeaient la participation
de tout le peuple appelé à se battre pour une cause qui n’était
pas aussi la sienne mais qui, en fait, n’était que
la sienne. C’est la première conséquence militaire de la Révolution
française qui, avec la victoire de Valmy en 1792, ouvre une
nouvelle perpective avec laquelle les États européens devront
dorénavant compter.
Les développements en Histoire mûrissent
lentement et sont toujours précédés de mouvements d’idées
qui les préparent et introduisent les facteurs proprement
technico-militaires dans un cadre plus ample dont ils ne sont
qu’une conséquence. Les écrits de Gaetano
Filangieri, Prince d’Arianiello (1752-1788) prouvent que ce lien
obligé existe.
Filangieri a été l’un des
plus illustres représentants de la philosophie des Lumières en
Italie, alors qu’il appartenait pleinement à l’establishment
politico-militaire napolitain fidèle aux Bourbons. Pourtant,
ayant démissionné de l’armée en 1769 pour se livrer aux études
et devenir avocat en 1777, il fut nommé "majordome de
semaine" et "gentilhomme de 1a Chambre" du roi de
Naples Ferdinand IV. Il fut, en outre, élevé au grade
d’officier du Corps royal des volontaires de la Marine4.
Il portait un intérêt
particulier à ses études de droit et d’économie, publiant, de
1780 à 1785 chez l’éditeur Raimondi de Naples, son ouvrage Scienza
della Legislazione inspiré des principes des Lumières et très
vite mis à l’index, ce qui ne fit qu’accroître son succès,
y compris à l’étranger. Selon l’Encyclopédie italienne,
Goethe, dès son arrivée à Naples, alla lui rendre visite et
brossa de lui un portrait flatteur ; Benjamin Franklin lui
demanda conseil pour un projet de première Constitution américaine.
Quant à Napoléon, qui avait la Scienza della Legislazione
sur sa table de chevet, il le définit comme "ce jeune
homme, notre maître à tous" 5.
Ce livre, traduit en français6,
en allemand et en espagnol, est entièrement dominé par un
rationalisme abstrait particulier à l’esprit des Lumières, se
traduisant par la croyance naïve et optimiste qu’un corpus
de nouvelles lois "éclairées" rachètera l’Humanité
et la sauvera des nombreux malheurs présents, apportant enfin une
ère de bonheur. Dans ces pages, la tourmente de la Révolution
française est loin d’apparaître dans sa réalité ; les réformes,
les nouvelles lois ne devraient être conçues que dans une
atmosphère de révolution pacifique dont les rois seraient eux-mêmes
les initiateurs, avec le concours d’une élite sociale aux idées
avancées mais dont la force active resterait pour toujours aux
mains de la noblesse.
Ce même optimisme règne dans le
domaine militaire, lequel est profondément influencé par la Révolution
américaine qui, à cette époque, était en cours. Il est
probable que Filangieri avait à l’esprit l’exemple peu
convaincant de la petite armée napolitaine de l’époque, comme
toute force composée de volontaires et de permanents, qui en possédait
tous les défauts sans en avoir les qualités. En tout état de
cause, Filangieri ne se réfère explicitement à aucun auteur
italien ni même européen, ce qui rend difficile
l’identification de la source militaire à laquelle il a
recours.
L’exemple historique qu’il préfère
est celui de la Grèce antique et celui de la Rome républicaine,
dans lesquelles tous les citoyens devenaient à l’occasion des
soldats courageux et très entraînés.
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En
quoi ressemblons-nous aux Anciens ? Qu’ont de
commun notre génie et notre caractère avec les leurs ?
Où est l’élan qui nous pousse à la guerre et aux
conquêtes ? … Où sont ces prodiges de courage
et de vertus guerrières ? Où sont les jeux au
cours desquels le Grec et le Romain faisaient montre
de leur force et de leur adresse ? 7
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Plus loin,
Filangieri observe qu’avec la découverte de la poudre, le courage
et l’adresse des guerriers de l’Antiquité sont devenus
absolument inutiles : le plus faible compte autant que le plus
fort, le plus courageux autant que le plus lâche. Les objectifs des
guerres sont les plus divers :
|
Car
autrefois, les nations s’armaient soit pour détruire
des royaumes, soit pour en fonder ou encore pour défendre
les droits naturels de l’homme. Aujourd’hui, on
combat pour s’emparer d’un fort, pour la possession
d’une mine, pour avoir seul la jouissance d’un atome
ou enfin pour satisfaire le caprice d’un quelconque
potentat. Les guerres livrées au loin et sur les océans
sont moins ressenties par les peuples. Les guerres
terrestres se développent lentement et sont rares. Nos
anciens sans une force permanente et mercenaire vivaient
dans un état de guerre perpétuel et nous,
aujourd’hui, en Europe nous sommes en paix au milieu
d’un million deux cents mille hommes armés en
permanence. 8
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Filangieri poursuit en
affirmant que, partout, on ne pense à rien d’autre qu’à
être en paix et s’enrichir et les hommes politiques, très
loin de croire que la pauvreté est un bien et une source de
courage militaire et civil comme dans l’Antiquité, "ne
vont qu’à la recherche de richesses et de trésors".
Tandis qu’autrefois les peuples les plus pauvres - et
aussi les plus belliqueux - dictaient leurs lois aux plus
riches, aujourd’hui c’est le contraire :
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Les
richesses sont devenues le premier instrument de
la guerre et l’or et l’argent sont ou des
obstacles ou alors les instruments des conquêtes.
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De nos jours, le
lecteur est conduit à penser que la décadence de
l’esprit militaire et agressif des peuples, ainsi
que les objectifs que les gouvernements de tels
peuples se fixent, induisent ces derniers à privilégier
les forces composées de volontaires, comme cela se
passe à la fin du XXe siècle ;
Filangieri soutient le contraire et, au nom des
principes de progrès social et économique ainsi
que de la bonne administration des ressources, il
formule de sévères critiques contre les armées
permanentes. Il les voit comme l’expression
d’une forme de défense antiéconomique et
socialement nocive. Filangieri affirme qu’il
n’est pas vrai qu’au moment où les besoins des
nations sont aussi importants, on ne peut se
permettre aucune réduction d’impôts. Les
guerres, pour conquérir une province ou l’autre,
ne correspondent ni aux vrais besoins d’un État,
ni aux énormes dépenses pour maintenir le luxe
dans les cours souveraines, ni dans la foule des
courtisans avides et, finalement,
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on
ne peut appeler besoin de l’État le
fait d’entretenir cent mille
combattants, qui rappellent les horreurs
de la guerre en temps de paix et qui, au
lieu de défendre la nation, la dépeuplent
du fait qu’ils sont célibataires et
aussi à cause de leurs vices ; du
moment qu’ils consomment sans se
reproduire, les peuples sont condamnés
à la misère parce qu’ils contribuent
à l’entretenir. Le peuple est
asservi, la nation se dépeuple pour
donner à manger à tant de gens qui ne
se reproduisent pas. Sont-ce là les nécessités
de l’État ? 9
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Les forces
permanentes à gros effectifs, outre
qu’elles ruinent les finances d’un État,
ne garantissent en aucune façon sa sécurité
parce que tout souverain a accru ses forces
en fonction de celles de son adversaire. Une
nation qui n’avait besoin que de dix mille
hommes pour sa défense peut maintenant en
avoir le double, mais cet accroissement de
forces incitera son ennemi désigné à
augmenter les siennes. Par conséquent, pour
Filangieri, le vieux proverbe si vis
pacem para bellum ne tient pas… Il
pense que ce système militaire n’était
pas celui des Anciens, que ce fût celui de
la Grèce antique, celui de Rome jusqu’à
sa libération, celui d’Alexandre, celui
de Philippe, celui des Germains ou encore
celui de Charlemagne.
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Aucun
de ces conquérants célèbres
n’eut jamais l’idée de
conserver en temps de paix
l’armée qu’ils conduisirent
au combat. Le citoyen devenait
soldat quand le besoin s’en
faisait sentir et il cessait de
l’être quand il n’y avait
plus nécessité. Les nations
antiques étaient plus libres
que les modernes puisque ces
dernières étaient armées.
Tout citoyen était soldat :
le champ de bataille devenait sa
propre cité ; il ceignait
l’épée qui assurait sa
liberté et naturellement défendait
sa patrie en payant de sa
personne 10.
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Et
Filangieri poursuit en montrant que
l’introduction de la garde prétorienne
marque aussi le déclin de la liberté
républicaine à Rome. À la suite
des tyrans romains, le premier à
concevoir une force militaire
permanente fut le roi de France,
Charles VII (1403-1461),
lequel, d’une certaine manière, a
voulu protéger l’État contre de
nouvelles incursions anglaises.
Cette mesure "porta le
premier coup à la liberté des Français"
et provoqua une vraie révolution
dans le système militaire de
l’Europe :
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Au
lieu d’obliger Charles VII
à se débarrasser de
cette force qu’il
continuait à conserver
en temps de paix, chacun
se hâta d’imiter son
exemple (…).
Chaque peuple prit les
armes, non pour faire la
guerre, mais pour vivre
en paix. Ce désordre né
en France s’y répandit
ensuite et de proche en
proche gagna le reste de
l’Europe. C’est à
Louis XIV que nous
devons cette excessive
multiplication des
forces armées (…).
Pour entretenir ce corps
inutile, l’Europe fut
accablée et les
populations périclitèrent.
La substance du peuple
fut mise à contribution
pour nourrir un million
deux cent mille célibataires.
N’est-ce pas là une
horrible anthropophagie
qui dévore à chaque génération
une partie de l’espèce
humaine ? 11.
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On
ne peut affirmer qu’une
force militaire permanente
soit nécessaire à la sécurité
des peuples : les
agressions soudaines ne sont
plus possibles "aujourd’hui
que les communications entre
les peuples sont à l’échelle
du monde, que les princes
sont sous le regard de mille
yeux étrangers qui les
observent…".
La
thèse de ceux qui
soutiennent que les troupes
permanentes sont nécessaires
pour le maintien de
l’ordre et pour assurer la
paix à l’intérieur des
États est encore moins
valable :
|
La
justice et
l’humanité
des princes qui
aujourd’hui
nous gouvernent
est la vraie
protection
contre les excès
du peuple, le
vrai soutien des
trônes et la
seule arme dont
doivent se
servir les
gouvernements.
Seuls les tyrans
ont besoin de
forces
mercenaires…
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Enfin,
à celui qui affirme
la supériorité
d’une armée
professionnelle bien
entraînée sur des
milices qui ont tout
juste laissé la
houe ou la charrue
peu de temps avant
de combattre :
|
Je
réponds
que cet
avantage
est
compensé
par
l’indolence
à
laquelle
la vie
oisive
des
garnisons
pousse
le
soldat
de métier
et
qu’en
revanche,
il
suffit
de deux
ou trois
mois de
maniement
d’armes
pour
entraîner
un
robuste
agriculteur
dur à
la peine
alors
que
trois
semaines
de
fatigue
détruiront
dans une
guerre
des légions
entières
de
soldats
de métier
disciplinés
et
rapides
dans
leurs
mouvements,
mais qui
ne sont
pas
habitués
à la
fatigue
et à la
rigueur
des
saisons 12.
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Dans
l’esprit
de
Filangieri,
sans imposer
les peuples
trop
lourdement
et sans
s’opposer
au désir
naturel que
ressent la
jeunesse de
créer au
plus tôt
une famille,
ce nouveau
modèle de défense
permet de
pourvoir à
la sécurité
interne et
externe de
la nation.
Ce modèle,
que
Filangieri
ébauche brièvement
sans entrer
trop profondément
dans les détails
techniques,
est celui
qui, au XIXe
siècle,
portera le
nom de
"nation
armée",
terme fondé
sur le
principe :
"Tous
citoyens,
aucun
soldat",
dont les
applications
pratiques
sont
diverses
mais qui
repose sur
le refus
absolu de
posséder
des forces
professionnelles
d’élite.
Pour
Filangieri,
on ne
devrait
demander aux
citoyens
qu’une
seule chose :
défendre la
patrie en
temps de
guerre. Face
à un danger
lointain et
incertain,
tout
avantage -
aussi faible
soit-il -
serait vu
comme une
compensation
suffisante ;
il est
convaincu
qu’il
suffirait de
"quelques
exemptions,
de quelques
prérogatives
honorifiques
comme, par
exemple, le
droit
exclusif de
porter l’épée"
ou bien une
préférence
dans la
nomination
à certaines
charges
honorifiques.
Tous les
citoyens
rivaliseraient
de zèle
pour
s’inscrire
sur les
listes de
recrutement,
donnant
ainsi au
gouvernement
le moyen de
choisir les
plus aptes
à défendre
la nation en
guerre et à
la faire
respecter en
temps de
paix. Les
troupes ne
seraient
plus composées
de
mercenaires
et de délinquants
fuyant la
justice, car
"être
soldat ne
serait plus
une
infamie"
et les désertions
en pleine
guerre
seraient
plus rares
parce
qu’un
citoyen
convaincu de
défendre sa
famille et
ses biens
abandonne
son poste
bien moins
facilement
qu’un
mercenaire, "lequel
trouve
toujours
plus aisé
de vendre sa
personne à
un autre
prince, ne
perdant rien
en perdant
sa
patrie".
Puisque
aucune
nation ne
peut
maintenir
sous les
armes une
force
suffisamment
nombreuse
pour
s’opposer
à
l’ennemi
en guerre,
ce système
permettrait
au besoin à
une nation
pauvre de
mettre sur
le pied de
guerre, en
peu de
temps, trois
cent mille
hommes qui,
en temps de
paix, vont
à leurs
affaires. De
cette façon,
en cas de
guerre, on
éviterait
aussi de
voir le pénible
et triste
spectacle de
la levée en
masse et du
tirage au
sort que
Filangieri décrit
sous des
couleurs
tragiques :
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Les
citoyens
qui
n’ont
pu
ni
se
cacher,
ni
fuir,
ni
se
soustraire
à
temps
à
ces
levées
en
masse
en
soudoyant
des
personnes
ou
en
faisant
agir
des
privilégiés,
sont
arrêtés,
entravés
et
traînés
devant
un
commissaire
dont
les
fonctions
sont
toujours
odieuses
et
l’honnêteté
douteuse
aux
yeux
du
peuple
(…).
C’est
alors
qu’on
tire
un
mauvais
numéro
de
l’urne
fatale,
celle
qui
désignera
la
victime
que
le
prince
sacrifie
à
la
guerre 13.
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En
temps
de
paix,
les
artisans
et
les
"soldats
libres"
devraient
être
brièvement
entraînés
aux
frais
de
l’État,
sous
le
commandement
d’officiers
choisis
parmi
les
plus
nobles
et
les
plus
riches
du
pays ;
ces
officiers
seraient
chargés
de
l’entraînement
des
soldats
à
l’occasion
des
fêtes ;
on
leur
décernerait
des
récompenses
pour
en
faire
état
auprès
du
roi
qui,
à
son
tour,
les
gratifierait
avec
"le
puissant
argent
que
représente,
pour
ces
soldats
ayant
fait
preuve
d’assiduité
et
d’application,
une
récompense
honorifique".
De
cette
façon,
les
officiers,
"sans
gaspiller
leurs
revenus
dans
les
plaisirs
et
dans
l’oisiveté
des
garnisons",
feraient
leur
devoir
sans
abandonner
leurs
terres,
les
mettant
ainsi
mieux
en
valeur
pour
le
bien
de
tous.
Enfin,
tous
les
deux
ou
trois
ans,
on
pourrait
faire
une
"revue
générale"
au
cours
de
laquelle
les
officiers
nommés
par
le
gouvernement
s’assureraient
du
niveau
d’entraînement
des
soldats
en
leur
faisant
répéter
les
exercices.
Filangieri
ajoute
à
ces
détails
caractérisant
la
nation
armée
un
système
bien
organisé
d’instruction
publique
dans
lequel
les
citoyens
de
toutes
classes
sociales
suivraient
des
cours
de
culture
générale
et
apprendraient
les
matières
nécessaires
aux
arts,
aux
métiers
et
aux
professions,
ainsi
que
les
éléments
théoriques
et
pratiques
pour
bien
remplir
leurs
devoirs
de
soldats ;
on
insisterait
sur
l’éducation
physique
et
morale
(ce
qui
doit
rendre
l’homme
meilleur
et
le
plus
possible
semblable
à
ce
que
furent
les
Anciens).
C’est
une
question
extrêmement
importante
de
penser
qu’"aujourd’hui
les
vrais
soldats
et
les
vrais
hommes
de
guerre
sont
le
fusil,
le
canon,
les
camps ;
les
exercices
ne
sont
rien
d’autre
que
l’alimentation
de
ces
bêtes
sauvages
de métal
(…)
et
les
législateurs
ont
rendu
aux
armées
ces
soins
qui,
autrefois,
étaient
entièrement
consacrés
à
la
perfection
de
l’homme".
Selon
Filangieri,
ces
mesures
suffiraient
pour
changer
le
sens
de
la
guerre
et
celui
des
exercices ;
avec
beaucoup
d’optimisme,
il
pense
que
les
princes
eux-mêmes
sont
désormais
persuadés
|
qu’il
est
inutile
d’armer
tant
de
bras
menaçant
toujours
les
peuples ;
du
fait
que
leurs
sujets
tremblent
devant
eux
et
leurs
hommes
de
troupe,
ces
derniers
feront
de
même
devant
l’ennemi.
Ils
sont
obligés
de
reconnaître
que
dans
une
nation
qui
n’est
pas
opprimée,
mais
qui
est
heureuse,
tous
les
citoyens
quand
cela
est
nécessaire
deviennent
des
soldats ;
ces
derniers
seront
autant
Spartiates
qu’Athéniens
ou
Romains
se
consacrant
à
la
défense
de
la
patrie ;
ainsi
l’ennemi
ne
gagnerait
rien
en
remportant
une
victoire
car
il
trouverait
toujours
de
nouvelles
forces
pour
résister
et
d’autres
citoyens
pour
combattre ;
ainsi,
les
guerres
se
feraient
rares
tout
en
se
faisant
justes
et
les
victoires
deviendraient
honorables ;
les
triomphes
ne
seraient
pas
alors
comme
ceux
d’aujourd’hui
qui
font
pleurer
les
malheureux
dont
les
parents
sont
morts,
désespérant
les
familles
qui
ont
fait
le
sacrifice
de
leur
fortune,
alors
que
l’ambitieux
qui
les
a
trahis
par
ses
iniquités
jouit
de
la
gloire 14.
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Dans
une
autre
partie
du
texte,
soutenant
que
les
lois
d’un
État
doivent
être
en
rapport
avec
la
situation
locale,
avec
l’étendue
du
territoire,
avec
le
caractère
de
la
population,
avec
le
nouveau
modèle
de
défense
et
de
recrutement,
Filangieri
semble
voir
partout
des
effets
miraculeux.
On
devrait,
d’un
seul
coup
et
pour
toujours,
supprimer
les
défauts
de
l’organisation
militaire,
ouvrir
une
nouvelle
ère,
faire
renaître
les
antiques
vertus
dans
l’âme
des
citoyens,
celles
que
lui-même
considère
comme
dominées
par
le
matérialisme
envahissant
et
par
l’égoïsme
individuel.
De
cette
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